La Nouvelle Revue d'histoire

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La Nouvelle Revue d’histoire/La NRH
Image illustrative de l'article La Nouvelle Revue d'histoire

Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité Bimestriel
Genre Histoire
Date de fondation juillet 2002
Ville d’édition Paris

Propriétaire SARL Histoire et Mémoire
Directeur de publication Benoît Mancheron
Directeur de la rédaction Philippe Conrad
ISSN 1764-2019
Site web http://www.la-nrh.fr/

La Nouvelle Revue d’histoire (devenue temporairement La NRH en 2006-2007[1]) est une revue bimestrielle française consacrée à l’histoire, créée en juillet 2002.

Équipe éditoriale[modifier | modifier le code]

La Nouvelle Revue d'histoire succède à Enquête sur l'Histoire (1991-1999), également fondée et dirigée par Dominique Venner[2] ; elle est éditée par la SARL Histoire et Mémoire. Les principaux contributeurs de « la NRH » ont été des sympathisants de la « Nouvelle Droite » (souvent anciens membres du GRECE), courant issu du nationalisme européen, tels que Philippe Conrad. Mais d'autres sensibilités sont présentes, comme celle des historiens de sensibilité royaliste Anne Bernet, des universitaires Bernard Lugan (docteur en histoire, maître de conférence à l'université de Lyon III en histoire et géostratégie de la francophonie), François-Georges Dreyfus, professeur émérite de l'université Paris IV-Sorbonne, ancien cadre gaulliste, Jacques Dupâquier, démographe, ou Jacques Heers ainsi que des personnalités venant s'exprimer à Radio Courtoisie.

Politique éditoriale[modifier | modifier le code]

D'après l'éditorial du premier numéro : « [la revue] a été créée par plusieurs historiens las des interprétations partiales et partielles de l'histoire récente ou ancienne[3]. » (Philippe Conrad, François-Georges Dreyfus, Bernard Lugan, Philippe Masson et Dominique Venner). Le même éditorial affirme aussi la volonté de retrouver « un héritage spirituel » européen destiné à fournir les repères et le sens en dehors desquels tout n'est que chaos[3].

Chaque numéro explore un thème spécifique éclairé par des historiens d'opinions et de nationalités différentes. Parmi les thèmes divers déjà évoqués, on peut citer notamment ceux de « l'empire américain », de la « naissance du fascisme », des relations entre « la Russie et l'Europe », de « l'Amérique divisée » (au moment des élections américaines de 2004), de « la Chine et l'Occident », des « énigmes du terrorisme » ou dernièrement « L'Espagne de la Reconquista ».

Une orientation sujette à controverse[modifier | modifier le code]

Si La NRH suscite des soutiens notamment venant de la droite de l’échiquier politique, elle fait aussi l'objet de nombreuses critiques de la part d'universitaires ainsi que d'auteurs de gauche.

Soutiens et jugement positifs[modifier | modifier le code]

Fin 2006, au moment où la revue était menacée de disparition, des historiens (dont Emmanuel Le Roy Ladurie et Lucien Jerphagnon), ainsi que des écrivains comme Jean Dutourd ont tenu à lui manifester leur solidarité et leur soutien : un éditorial de la revue précisait alors « Il n'est pas possible de citer tous [les] messages [de soutien]. Plusieurs viennent d'écrivains, essayistes ou journalistes comme Jean Dutourd (...). D'autres sont le fait d'historiens éminents, comme Emmanuel Le Roy Ladurie (...) ou Lucien Jerphagnon. »[4]. Durant la même période, le journaliste Christian Brosio prenait la défense d'« une revue d'histoire menacée » unique en son genre par « l'esthétique de [sa] présentation », « l'originalité dans le traitement des sujets », la « profondeur des analyses » et « la qualité de ses collaborateurs »[5]. Moins d'un an auparavant, le périodique universitaire[réf. nécessaire] Conflits actuels recommandait un numéro de La NRH sur l'Europe réunissant « des philosophes des idées politiques, des historiens bien sûr des différentes périodes (de l’origine mythique de l’idée d’union au matérialisme de la « construction européenne ») » pour « un dossier très maîtrisé par la rédaction de la revue [qui] offre un panorama relativement achevé de la connaissance historique en la matière. »[6].

Un instrument métapolitique[modifier | modifier le code]

Selon Gwendal Châton, chercheur en sciences politiques et maître de conférences à l’université d'Angers[7], la NRH doit être analysée dans le cadre du parcours politique de Dominique Venner et de sa « conversion au combat culturel » au début des années 1970[2]. La Nouvelle Revue d’histoire, comme précédemment Enquête sur l’Histoire, serait « l’aboutissement d'un projet ancien d'instrumentalisation de l’histoire[8] » à replacer dans le cadre intellectuel de la Nouvelle Droite. La revue permettrait « une manipulation de l’histoire au service d’une mémoire politique[9] » en même temps qu’elle offrirait une apparence de légitimité à cette mémoire « en faisant voisiner des intellectuels des droites extrêmes et des universitaires souvent plus ou moins proches des droites parlementaires. Par ce biais la légitimité des historiens universitaires déteindrait sur leurs collaborateurs les plus engagés[10] ». Cette manipulation s'appuierait aussi sur des stratégies rhétoriques, en particulier la coexistence de « deux niveaux de discours[11] », l'un explicite et l'autre implicite : des faits réels verraient leur importance minorée ou augmentée pour servir le discours implicite afin de « retourner contre l'adversaire idéologique ses propres attaques[12] », la suggestion ou l'inférence, en particulier en ce qui concernerait la défense des positions des négationnistes[13], « l'utilisation légitimante des références universitaires et de l'apparence technique des écrits scientifiques[14] ».

Gwendal Châton observe que la revue fonctionnerait comme un pôle « d'aimantation qui attir[erait] des intellectuels issus de tous les courants des Droites extrêmes[15] » : ce qui expliquerait la diversité des positions qui peuvent relever du « traditionalisme catholique, traditionalisme ésotérique, régionalisme ethnique, néo-fascisme, maurrassisme, vichysme, etc.»[10]. Toutefois, la revue présenterait, par-delà cette diversité, des thèmes réguliers ou plus importants, en particulier celui de « l’Europe face à la menace musulmane[16] » et la défense d'un « traditionisme » européen (notion développée par Dominique Venner) qui ne serait que « l’euphémisation » de positions racistes[17]. Gwendal Châton relève donc dans certains thèmes de la revue ou éditoriaux de Venner une approche idéologique :

  • la politique éditoriale de la NRH reposerait sur l'idée que les civilisations sont irréductibles les unes aux autres[18] ;
  • la revue mettrait en avant l'idée que l'immigration est une invasion ou une colonisation[19] ;
  • le projet européaniste que portent ces revues s'élaborerait ainsi à partir de l'affirmation d'une continuité ethnoculturelle – qui masquerait l'idée sous-jacente de continuité biologique – remontant à des temps immémoriaux[20]. Ce « mythe » permettrait également de soutenir implicitement l'idée de la sauvegarde d'une nécessaire homogénéité biologique des peuples européens[21] ; la rhétorique de la NRH s'appuierait alors sur cette définition de cette tradition européenne par opposition aux autres civilisations conçues comme radicalement étrangères aux Européens et qui seraient entre autres « l'Orient sémitique[22] », les Juifs[23], les Huns et les Sarrasins[24].

Blaise Dufal, alors étudiant, propose une analyse proche dans une tribune du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, en précisant : « cette revue apparaît désormais non seulement comme une simple lubie de vieux professeurs d’université mais comme un véritable lieu de construction d’une contre-histoire de l’Occident[25]. »

Une revue critiquée pour ses engagements et ses choix de rédaction[modifier | modifier le code]

Dans un article publié en 2005, l'universitaire Christopher Flood avance que la revue affiche un tropisme politique de droite très conservatrice, voire révisionniste : « the overall flavour has been persistently, if subtly, revisionist » (« Le ton d'ensemble a été constamment, bien que subtilement, révisionniste »)[26].

Marie-José Chombart de Lauwe abordant, dans le cadre d'une étude sur les réhabilitations du nazisme publiée dans le Patriote résistant (journal de la FNDIRP), l'orientation politique de La NRH, estime que la reprise d'un extrait d'une note de lecture de la revue dans le catalogue d'un éditeur d'extrême droite prouverait une « convergence » ou un « lien » entre les deux structures[27].

Selon Claire Mauss-Copeaux, historienne de la guerre d'Algérie, chargée de recherche au CNRS, la NRH entretient aussi une nostalgie de la colonisation et instrumentalise les violences qui lui sont attachées[28]. Un jugement qui lui est retourné par Guy Pervillé qui, dans le compte-rendu détaillé du livre de Claire Mauss-Copeaux Algérie, 20 août 1955. Insurrection, répression, massacres, lui reproche de s'être faite l'« avocate d’une cause, en sélectionnant parmi les faits ceux qui allaient dans le sens de ce qu’elle voulait démontrer »[29].

Patrice Sawicki[30], fondateur de Thucydide.com, site consacré à l'histoire, qualifie quant à lui la NRH de « magazine nationaliste, très proche des idées d'extrême-droite[31] »[réf. insuffisante].

Contributeurs[modifier | modifier le code]

L'après-Dominique Venner[modifier | modifier le code]

Selon l'abbé Guillaume de Tanoüarn, La Nouvelle Revue d'histoire est susceptible de continuer de paraître, après le suicide de Dominique Venner, le 21 mai 2013, sous la direction de Philippe Conrad : « Il avait remis les clés de la Nouvelle revue d'histoire ce week-end à celui qu'il considérait comme son plus proche collaborateur et son continuateur, Philippe Conrad »[32].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En mai 2006, la cour d’appel de Paris avait forcé la rédaction de la revue à renoncer à son titre La Nouvelle Revue d’histoire, à cause de la proximité du titre avec La Revue de l’histoire de Robert Lafont, qui avait cessé de paraître en 2005. Elle s’était pourvue en cassation (cf. « Qui veut tuer la NRH ? »), mais a finalement trouvé un arrangement financier avec la partie plaignante. La NRH est redevenue La Nouvelle Revue d’histoire à partir du numéro 29 (mars-avril 2007), dans lequel on peut trouver de plus amples explications en page 6.
  2. a et b Gwendal Châton, 2005.
  3. a et b « L'épée de Thésée », La Nouvelle Revue d'Histoire, n°1 (« 5000 ans de civilisation européenne »), juillet 2002.
  4. « La NRH ne mourra pas ! », La NRH, n°26, septembre-octobre 2006
  5. « Une revue d'histoire menacée », Valeurs actuelles, 28 juillet 2006
  6. recension de Conflits actuels
  7. UFR de Droit, Économie et Gestion
  8. Châton 2005, p. 222.
  9. Châton 2005, p. 230.
  10. a et b Châton 2005, p. 228.
  11. Châton 2005, p. 233.
  12. Châton 2005, p. 234.
  13. Châton 2005, p. 235, n. 70.
  14. Châton 2005, p. 235.
  15. Châton 2005, p. 229.
  16. Châton 2005, p. 236.
  17. « On est donc passé du racisme pseudo-scientifique biologique et hiérarchisant, à un néo-racisme qui prône le respect des différences culturelles mais dont la conséquence implicite est la ségrégation des peuples », (Châton 2005, p. 227).
  18. Châton 2005, p. 239 et passim, renvoyant notamment aux numéros 4, 7, 11 de la revue.
  19. Châton 2005, p. 236-241, renvoyant entre autres aux numéros 4 (Éditorial de Dominique Venner) et 8 de la revue.
  20. Châton 2005, p. 232.
  21. Châton 2005, p. 231.
  22. « les autres civilisations, celle de la Chine, de l'Inde ou de l'Orient sémitique », La NRH, n°4 (cf. éditorial)
  23. « Les Japonais, les Juifs, les Hindous et d'autres peuples possèdent ce trésor qui leur a permis d'affronter les périls de l'histoire sans disparaître. Pour leur malheur, la plupart des Européens, particulièrement les Français, imprégnés qu'ils sont d'universalisme, en sont dépourvus. », La NRH, n°8 (cf. [1])
  24. Châton 2005, p. 230-232.
  25. « Choc des civilisations et manipulations historiques. Troubles dans la médiévistique », site du CVUH, 11 mai 2008.
  26. The politics of counter-memory on the French extreme right, dans Journal of European Studies, no 35(2), juin 2005, p. 221–236.
  27. « Dans le catalogue des Éditions L'Homme libre de l'hiver 2005-2006, où figurent les habituelles idéalisations des armées nazies, il est fait mention d'un ouvrage, Nobilitas, dont l'auteur, qualifié de "spécialiste de l'idéalisme allemand", s'est "attaché à résumer les adeptes du gouvernement aristocratique en tant que système donnant le pouvoir aux meilleurs". La citation est extraite de la Nouvelle Revue d'Histoire, ce qui fait ressortir la convergence ou le lien entre les Éditions de l'Homme libre et La Nouvelle Revue d'Histoire. Ce nouveau bimensuel luxueux publie des articles de fond, souvent signés par des auteurs prestigieux. Mais derrière cette façade, des membres éminents de la Nouvelle Droite et du Club de l'Horloge développent leurs thèses », in M.-J. Chombart de Lauwe, « Réhabilitation du nazisme : des voies multiples depuis 60 ans », Le patriote résistant, avril 2006.
  28. « De nouvelles revues d'histoire comme Reportages de l'histoire ou La nouvelle revue d'histoire ont été lancées ; ouvrant leurs pages aux nostalgiques de l'armée et à leurs héritiers, elles tentent de donner le change en s'attachant aux violences de leur adversaire, l'ALN. Elles n'hésitent pas à faire de la publicité et même à diffuser des photographies d'horreurs, reprenant ainsi la stratégie anti-FLN mise en place au début de la guerre. Il ne s'agit pas pour eux de replacer ces images dans leur contexte, d'évaluer, d'analyser et de dénoncer les sévices, mais de provoquer ou d'entretenir la haine de l'ancien adversaire. » ; Claire Mauss-Copeaux, version française de l'article « Die Erinnerung an den Algerienkrieg in den Medien », in Christiane Kohser-Spohn et Frank Renken éd., Trauma Algerienkrieg Zur Geschichte und Aufarbeitung eines tabuisierten Konflikts, Campus Verlag, 2006, (ISBN 3593377713)
  29. A propos d’un livre de Claire Mauss-Copeaux (2012), Guy Pervillé, guy.perville.free.fr, 6 mai 2012
  30. Patrice Sawicki, thucydide.com
  31. « Histoire et Sciences Humaines dans la presse », Patrice Sawicki, thucydide.com
  32. Guillaume de Tanoüarn, « Le dernier geste de Dominique Venner », sur Blog du « Centre St Paul » (dépendant de l'Institut du Bon-Pasteur), (consulté le 22 mai 2013)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gwendal Châton, « L'histoire au prisme d'une mémoire des droites extrêmes : Enquête sur l'Histoire et La Nouvelle Revue d'Histoire, deux revues de Dominique Venner », dans Johann Michel (dir.), Mémoires et histoires : des identités personnelles aux politiques de reconnaissance, Rennes, Presses universitaires de Rennes (PUR), coll. « Essais », , 288 p. (ISBN 2-7535-0141-6, présentation en ligne, lire en ligne), p. 213-243.
  • (en) Christopher Flood, « The politics of counter-memory on the French extreme right », Journal of European Studies, vol. 35, no 2,‎ , p. 221-236 (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]