Le Déserteur (chanson)

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Le Déserteur est une chanson écrite par Boris Vian. Son antimilitarisme a provoqué beaucoup de polémiques.

Contenu[modifier | modifier le code]

Il s’agit d’une lettre adressée à « Monsieur le Président » par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation en raison d’un conflit armé. L’homme y explique qu’il ne souhaite pas partir à la guerre, et justifie sa décision par les décès survenus dans sa famille proche à cause de la guerre, et par le fait qu'il ne veut pas tuer de pauvres gens. Il révèle son intention de déserter pour vivre de mendicité tout en incitant les passants à suivre son exemple.

Marcel Mouloudji a conseillé à Boris Vian de remplacer  : « Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que je possède une arme, Et que je sais tirer » par : « Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que je n'aurai pas d'armes, Et qu'ils pourront tirer[1] »}.

Interprétations[modifier | modifier le code]

À l'origine, il s'agit d' un poème dont la première interprétation a été diffusée en mai 1954, par Mouloudji dans la version pacifiste.

À l'exception de Mouloudji, tous les artistes sollicités s'étant désistés lors de sa première édition. Mouloudji a d'abord demandé à Boris Vian de modifier certaines paroles, parce qu'il souhaitait un propos plus large. Ainsi, « Monsieur le Président » est remplacé par « Messieurs qu'on nomme grands » ; « ma décision est prise, je m'en vais déserter » est remplacé par « les guerres sont des bêtises, le monde en a assez » etc. De plus, Mouloudji n'imagine pas un pacifiste ayant un fusil[2].

« Il est gêné par cette chute, par cet homme qui s'apprête à tuer pour ne pas aller à la guerre. La fin est contradictoire. Ensemble, Boris et Mouloudji composent le dernier quatrain : Si vous me poursuivez, Prévenez vos gendarmes, Que je n'aurais pas d'armes, Et qu'ils pourront tirer[2]. »

La chanson a été interprétée ensuite par Serge Reggiani, Juliette Gréco, Richard Anthony, Johnny Hallyday, Dan Bigras, Maxime Le Forestier, Ferhat Imazighen Imoula, Leny Escudero, Dédé Fortin, Joan Baez, Hugues Aufray, Marc Lavoine, Peter, Paul and Mary, Luigi Tenco, Ornella Vanoni, Marc Robine, Ivano Fossati (it) et Renzo Gallo (it)[3], ainsi que Les Sunlights. En 1964, l'artiste néerlandais Peter Blanker enregistre une version néerlandophone, De deserteur. En 1983, Renaud en fait une adaptation, sous le titre Déserteur. En 2013 pour son album Ĉiamen plu, le groupe La Perdita Generacio adapte cette chanson en espéranto sous l'intitulé : « La dizertanto ».

Peter, Paul and Mary la chanteront, aux États-Unis, au début de la guerre du Viêt Nam[4]. Chanter Le Déserteur en France, en 1963-64 était beaucoup moins problématique qu'en 1954 (voir à ce sujet la chanson Pauvre Boris de Jean Ferrat).

Contexte[modifier | modifier le code]

Contextes militaire et politique[modifier | modifier le code]

Boris Vian a publié sa chanson en 1954 à la fin de la guerre d'Indochine (1946-1954) alors que la contre-offensive française face aux troupes du général Võ Nguyên Giáp conduit à la défaite française de Diên Biên Phu où 1 500 soldats français sont tués. Pierre Mendès France doit ouvrir des négociations qui conduisent aux accords de Genève, signés le 21 juillet 1954. Le Vietnam, le Laos et le Cambodge deviennent indépendants. Puis en novembre 1954, la Toussaint rouge marque le début de la guerre d'Algérie (1954-1962)[5].

Contexte de la censure[modifier | modifier le code]

En 1953, la chanson Quand un soldat, datée de 1952, chantée par Yves Montand et écrite par Francis Lemarque est interdite[6]. Les affaires Henri Martin et Raymonde Dien font scandale[7].

Censure[modifier | modifier le code]

Paul Faber, conseiller municipal de la Seine, avait été choqué par le passage à la radio de cette chanson, et avait demandé à ce qu'elle soit censurée. En guise de réponse, Boris Vian écrit une lettre mémorable qu'il diffuse partout sous forme de lettre ouverte, sous le nom de « Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber »[8] ; mais la radiodiffusion et la vente de ce chant antimilitariste furent interdites. L'interdiction fut levée en 1962.

Dans les années 1965-1970, pendant la guerre du Viêt Nam, la chanson a été utilisée pendant des marches pacifistes et interprétée par Joan Baez et Peter, Paul and Mary. En 1991, elle a également été utilisée durant des manifestations contre l’intervention occidentale dans la guerre du Golfe. Renaud a adapté la chanson qu'il a publiée dans « L'Idiot international » le 9 janvier 1991. En conséquence, la chanson pacifiste a été inscrite sur la liste de proscription des radios.

Mais le sujet reste brûlant : une directrice des écoles à Montluçon, Mme Pinon, fut suspendue à vie de toute direction d’établissement[9] pour l'avoir fait chanter à deux élèves le 8 mai 1999 pour commémorer la capitulation allemande du 8 mai 1945.

Bibliographie[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]