Le Déserteur (chanson)

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Le Déserteur est une chanson écrite par Boris Vian, musique de Harold Berg. Son antimilitarisme a provoqué beaucoup de polémiques.

Sommaire

Contenu [modifier]

Le texte de la chanson Le Déserteur comporte douze strophes en rimes embrassées. Il s’agit d’une lettre adressée à « Monsieur le Président » par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation en raison d’un conflit armé. L’homme y explique qu’il ne souhaite pas partir à la guerre, et justifie sa décision par les décès survenus dans sa famille proche à cause de la guerre, et par le fait qu'il ne veut pas tuer de pauvres gens. Il révèle son intention de déserter pour vivre de mendicité tout en incitant les passants à suivre son exemple.

Marcel Mouloudji aurait conseillé à Boris Vian de remplacer les deux derniers vers Que je tiendrai une arme / Et que je sais tirer par : Que je n’aurai pas d’armes / Et qu’ils pourront tirer ; afin de conserver le côté pacifiste de la chanson. Cependant, selon un ami de Harold Berg, la chanson aurait contenu les vers pacifistes dès l'origine[1], en contradiction avec la version attestée par Françoise Renaudot, dans son ouvrage Il était une fois Boris Vian.

Interprétations [modifier]

À l'origine, cette chanson est un poème. La première interprétation a été diffusée en mai 1954, créée par Mouloudji dans une version pacifiste. Cette chanson est interprétée par Mouloudji, le jour de la défaite de la France à Dien Bien Phu qui marque la fin de la guerre d'Indochine.

Cette chanson a été interprétée par, entre autres, Mouloudji qui fait partie des plus connus, puis après 1962, par Serge Reggiani, Juliette Gréco, Richard Anthony, Johnny Hallyday, Dan Bigras, Maxime Le Forestier, Ferhat Imazighen Imoula, Leny Escudero, Dédé Fortin, Joan Baez, Hugues Aufray, Marc Lavoine, Peter, Paul and Mary, Luigi Tenco, Ornella Vanoni, Ivano Fossati et Renzo Gallo[2], ainsi que les Sunlights. En 1983, Renaud en fait une adaptation, sous le titre Déserteur.

Mais c'est Mouloudji qui fut le premier à la chanter, tous les artistes sollicités s'étant désistés. Mouloudji demande à Boris Vian de modifier certaines paroles, parce qu'il souhaitait un propos plus large. Ainsi, « Monsieur le Président » est remplacé par « Messieurs qu'on nomme grands » ; « ma décision est prise, je m'en vais déserter » est remplacé par « les guerres sont des bêtises, le monde en a assez » etc. De plus, étant non violent, il veut modifier la fin car, il n'imagine pas avoir un fusil, et de plus tirer sur des gendarmes[Contradiction !]. Et Boris Vian lui aurait répondu « tu fais comme tu veux Mouloud, c'est toi qui chantes »[réf. nécessaire].

La chanson, enregistrée le jour même de la défaite de Dien-Bien-Phu, par pur hasard, sera immédiatement interdite de diffusion radio, et interdite de vente. Boris Vian enregistrera plus tard la version « armée » mais c'est la version Mouloudji qui sera apprise par tous les jeunes entre 1954 et 1960-62, transmise par les associations militantes, syndicales, par les spectacles de soutien dont Mouloudji n'était pas avare.

Ensuite, Peter, Paul and Mary la chanteront, aux États-Unis, au début de la guerre du Viêt Nam[3]. Chanter Le Déserteur en France, en 1963-64 était beaucoup moins problématique qu'en 1954 (voir à ce sujet la chanson Pauvre Boris de Jean Ferrat).

Contexte [modifier]

Boris Vian a publié sa chanson en 1954 à la fin de la guerre d'Indochine (1946-1954) alors que la contre-offensive française face aux troupes du général Võ Nguyên Giáp conduit à la défaite française de Diên Biên Phu où 1 500 soldats français sont tués. Pierre Mendès France doit ouvrir des négociations qui conduisent aux accords de Genève, signés le 21 juillet 1954. Le Vietnam, le Laos et le Cambodge deviennent indépendants. Puis en novembre 1954, la Toussaint rouge marque le début de la guerre d'Algérie (1954-1962)[4].

En 1953, la chanson Quand un soldat, datée de 1952, chantée par Yves Montand et écrite par Francis Lemarque est interdite[5]. Les affaires Henri Martin et Raymonde Dien font scandale[6].

Censure [modifier]

Paul Faber, conseiller municipal de la Seine, avait été choqué par le passage à la radio de cette chanson, et avait demandé à ce qu'elle soit censurée. En guise de réponse, Boris Vian écrit une lettre mémorable qu'il diffuse partout sous forme de lettre ouverte, sous le nom de « Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber »[7] ; mais la radiodiffusion et la vente de ce chant antimilitariste furent interdites. L'interdiction fut levée en 1962.

Dans les années 1970, pendant la guerre du Viêt Nam, la chanson a été utilisée pendant des marches pacifistes et interprétée par Joan Baez et Peter, Paul and Mary. En 1991, elle a également été utilisée durant des manifestations contre l’intervention occidentale dans la guerre du Golfe. Renaud a adapté la chanson qu'il a publiée dans « L'Idiot international » le 9 janvier 1991. En conséquence, la chanson pacifiste a été inscrite sur la liste de proscription des radios.

Mais le sujet reste brûlant : une directrice des écoles à Montluçon, Mme Pinon, fut suspendue à vie de toute direction d’établissement[8] pour l'avoir fait chanter à deux élèves le 8 mai 1999 pour commémorer la capitulation allemande du 8 mai 1945.

Notes et références [modifier]

Liens externes [modifier]

Ouvrage [modifier]

  • Bertrand Dicale, La chanson française, FIRSTéditions, coll. « Pour Les Nuls », 25 novembre 2006 (ISBN 2754002871)