François Maspero

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François Maspero (né en 1932 à Paris) est un écrivain et traducteur français. Il a également été éditeur, libraire et directeur de revues.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'adolescence de François Maspero est marquée par l'engagement de sa famille dans la Résistance. Son père, Henri Maspero, sinologue et professeur au Collège de France, est arrêté en 1944 et meurt au camp de concentration de Buchenwald. Son frère est tué au combat en 1944. Sa mère, auteur d'études sur la Révolution française, est déportée au camp de Ravensbrück mais survit.

Abandonnant très tôt des études d'ethnologie, François Maspéro commence ensuite à travailler dans une librairie située rue Monsieur-le-Prince[1]. Après y avoir rencontré plusieurs militants révolutionnaires africains tels que Mario de Andrade ou Amilcar Cabral[2], il décide à vingt-trois ans, en 1955, de s'endetter pour y reprendre une librairie dans le Quartier latin appelée « La Joie de lire » (elle fermera en 1975[3]). Il crée, en 1959, en pleine guerre d'Algérie, les Éditions Maspero, engagées à gauche. L'équipe de départ est constituée, outre lui-même, par Marie-Thérèse Maugis, puis Jean-Philippe Bernigaud et Fanchita Gonzalez Batlle, rejoints ensuite par Émile Copfermann. Maspero se consacre à l'édition jusqu'au début des années 1980. En 1978, il fonde la revue L'Alternative, qu'il dirigera jusqu'en 1984, pour donner la parole aux « dissidents » des pays du « socialisme réel ».

En 1982, après une nouvelle période difficile, il décide de passer la main à une nouvelle équipe dirigée par François Gèze. L'historien Jean-Yves Mollier précise que « l'acharnement policier a coûté cher à un éditeur qui fit l'objet de dix-sept condamnations »[4]. Il démissionne sans indemnités et cède ses parts à ce dernier pour un franc symbolique. À cinquante ans, il quitte ses éditions qui prennent le nom de La Découverte. Il n'aura désormais plus aucune relation avec celles-ci.

À partir de 1984, François Maspero se consacre à l'écriture et publie Le Sourire du chat. Ce roman, qui se déroule de l'été 1944 à l'été 1945, s'appuie largement sur une expérience autobiographique. Le suivant, Le Figuier, couvre la période 1960-1967, évoquant l'ambiance de la guerre d'Algérie et l'engagement dans les mouvements de libération d'Amérique latine.

Il effectue pour Radio-France des reportages tels que « Cet hiver en Chine » en 1986. En 1989, il fait avec la photographe Anaïk Frantz un « voyage au long cours » sur la ligne B du RER parisien, Les Passagers du Roissy-Express. En 1995, Balkans-transit, en compagnie du photographe Klavdij Sluban, résume cinq ans de voyages entre la Mer Adriatique et la Mer Noire.

Les personnages de ses livres de fiction se retrouvent tous dans son livre Le Vol de la mésange, traversée d'un demi-siècle et interrogation sur le sens du témoignage. Sa chronique de la conquête de l'Algérie, L'Honneur de Saint-Arnaud, est publiée à Paris et à Alger. Autre chronique historique, L'Ombre d'une photographe, Gerda Taro, fait revivre la compagne de Robert Capa morte à 27 ans devant Madrid en 1937.

Les Abeilles et la guêpe est plus directement autobiographique. À son sujet, l'historien Jean-Pierre Vernant écrit dans La Traversée des frontières : « Que les historiens se penchent sur ces pages. Ils y verront à l'œuvre un travail exemplaire — modeste, honnête, rigoureux — pour faire surgir des brumes de la mémoire le socle solide des événements d'autrefois. »

Depuis 1990, François Maspero a rapporté, avec Klavdij Sluban, pour Le Monde, des chroniques de Bosnie (« Les murs de Sarajevo » en 1995, « Retour en Bosnie » en 1998), d'Amérique latine (reportages sur Cuba en 1999, sur les Caraïbes en 2000). On retrouve certains de ces textes, ainsi que ceux sur la Palestine, Gaza, les territoires occupés et Israël, dans Transit & Cie. Il est l'un des organisateurs du Tribunal Russell sur la Palestine[5] et membre du comité de parrainage de ce tribunal d'opinion dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.

Dans le même temps, il traduit plusieurs auteurs en langue française, notamment John Reed, Alvaro Mutis, Jesus Diaz, Joseph Conrad ou Arturo Pérez-Reverte.

Il a reçu en 2006 le Prix Édouard-Glissant pour l'ensemble de son œuvre.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Le Sourire du chat, roman, 1984.
  • Le Figuier, roman, 1988.
  • Les Passagers du Roissy-Express, 1990, photographies d'Anaïk Frantz. Prix Novembre.
  • Paris bout du monde, 1992, texte de l'album de photographies d'Anaïk Frantz.
  • L'Honneur de Saint-Arnaud, chronique historique, 1993.
  • Le Temps des Italiens, récit, 1994.
  • La Plage noire, récit, 1995.
  • Balkans-Transit, photographies de Klavdij Sluban, chronique d'un voyage, 1997. Prix Radio France internationale, « Témoins du monde ».
  • Che Guevara, introduction aux photographies de René Burri, 1997.
  • Les Abeilles et la Guêpe, 2003.
  • Transit & Cie, 2004.
  • Le Vol de la mésange, nouvelles, 2006.
  • L'Ombre d'une photographe, Gerda Taro, 2006.
  • Des Saisons au bord de la mer, roman, Seuil, 2009

Traductions[modifier | modifier le code]

De l'espagnol[modifier | modifier le code]

De l'anglais[modifier | modifier le code]

De l'italien[modifier | modifier le code]

  • Francesco Biamonti, Attente sur la mer, 1996. Les Paroles, la nuit, 1999.
  • Silvia Bonucci, Retours à Trieste, 2007.

Hommages[modifier | modifier le code]

À l'occasion du cinquantenaire de la création des Éditions Maspero :

  • François Maspero et les paysages humains, exposition coréalisée par Bruno Guichard (Maison des Passages, Lyon) et Alain Léger (Librairie À plus d'un titre, Lyon), présentée au Musée de l'imprimerie de Lyon du 16 septembre au 15 novembre 2009, à la Médiathèque André Malraux à Strasbourg du 22 novembre 2009 au 8 janvier 2010[7]...
  • François Maspero et les paysages humains, ouvrage collectif sous la direction de Bruno Guichard (directeur de la Maison des Passages), Julien Hage et Alain Léger ; ouvrage édité par La fosse aux ours et Á plus d'un titre en septembre 2009, (ISBN 978-2-35707-006-6). De « L'homme libre, homme livre » à « Une traversée des œuvres de François Maspero »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Entretien publié en 2014 dans la revue Période
  2. Il déclare en 2014 « De fait, après avoir très mal vécu et encore plus mal supporté l’enseignement de l’ethnologie de l’époque, j’ai eu, dans ma première librairie, rue Monsieur-le-Prince, l’occasion de rencontrer des lecteurs de Présence Africaine, des militants des colonies portugaises, dont Mario de Andrade, Amilcar Cabral, et plus généralement anticolonialistes, et des visiteurs aussi divers que Césaire (alors député), Senghor (alors sénateur) et L. G. Damas.»
  3. « la génération soixante-huitarde [y] avait appris à lire les révoltes des humiliés de la terre » selon Jean-Yves Mollier, « Les tentations de la censure entre l'État et le marché » in Jean-Yves Mollier, Où va le livre ? édition 2007-2008, La Dispute, coll. « États des lieux », 2007, p. 117.
  4. Jean-Yves Mollier, « Les tentations de la censure entre l'État et le marché » in Jean-Yves Mollier, Où va le livre ? édition 2007-2008, La Dispute, coll. « États des lieux », 2007, p. 117.
  5. Les membres du Comité organisateur sont énumérés par Pierre Galand au début de cette vidéo.
  6. http://www.monde-diplomatique.fr/1987/02/SKARMETA/39847
  7. Maison des Passages

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Chris Marker, On vous parle de Paris: Maspero. Les mots ont un sens, 1970.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Maspero et les paysages humains, collectif des éditions À plus d'un titre, La Fosse aux Ours, septembre 2009 (ISBN 978-2-35707-006-6)
  • François Dosse, " François Maspero. La joie de lire. 1932 - ", Les hommes de l'ombre. Portraits d'éditeurs, Paris, Perrin, 2014, p. 249-277.
  • Julien Hage, Feltrinelli, Maspero, Wagenbach : une nouvelle génération d'éditeurs politiques d'extrême gauche en Europe occidentale. 1955-1982, thèse d'histoire sous la direction de Jean-Yves Mollier, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelynes, décembre 2010.
  • Sophie Martin, " Maspero / La Découverte ", in Jacques Julliard, Michel Winock (dir.), Dictionnaire des intellectuels français. Les personnes, les lieux, les moments, Paris, Éditions du Seuil, 2009, p. 927-928.

Liens externes[modifier | modifier le code]