Libération (journal)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Liberation.fr)
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Libération.
Libération
Libération.svg

Pays France
Langue Français
Périodicité Quotidienne
Format Tabloïd
Genre Presse nationale, journal d'opinion
Prix au numéro 1,60
Diffusion 124 371[1] ex. (2012)
Fondateur Jean-Paul Sartre, Serge July, Philippe Gavi, Bernard Lallement
Date de fondation 1973
Éditeur SARL Libération
Ville d’édition Paris

Propriétaire Bruno Ledoux et Édouard de Rothschild, Pathé, Mediascap, etc[2].
Directeur de publication Nicolas Demorand
Directeur de la rédaction Nicolas Demorand
Rédacteur en chef Gérard Lefort, Ludovic Blecher (Internet), Christophe Boulard (technique), Fabrice Rousselot, Françoise-Marie Santucci (Next)
ISSN 0335-1793
Site web http://www.liberation.fr/

Libération (appelé aussi de manière familière Libé) est un journal quotidien généraliste national français de presse écrite.

Fondé sous l'égide de Jean-Paul Sartre, le journal paraît pour la première fois le 18 avril 1973. Situé à l'extrême gauche à ses débuts, Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate au début des années 1980, à la suite du départ de Jean-Paul Sartre. En 1978, le journal n'a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire »[3].

Titre de presse créé à l’origine en 1927 par l'anarcho-syndicaliste Jules Vignes, le quotidien reprend en 1973 le nom du journal de la Résistance, Libération, qui était dirigé par Emmanuel d'Astier de La Vigerie.

En proie à de graves difficultés financières et confronté à la nécessité de se restructurer, Libération est propriété de la holding Refondation qui a pour actionnaires de référence depuis 2012 les hommes d'affaires Bruno Ledoux — propriétaire du siège du journal — et Édouard de Rothschild[4]. Sa ligne éditoriale est de centre-gauche ou de gauche sociale-démocrate, selon le spectre politique français habituellement utilisé, et son lectorat est majoritairement de gauche[5]

Une Société des rédacteurs a pour mission de veiller à l'indépendance journalistique. La rédaction respecte le principe de protection des sources d'information des journalistes.

Sommaire

Histoire [modifier]

Libération n°1 première époque : Jean-Paul Sartre [modifier]

En 1972, Jean-Claude Vernier, ancien élève de l'École centrale de Paris et militant maoïste, rencontre au quotidien Paris-Jour, alors en grève et occupé par ses salariés, Jean-René Huleu, journaliste hippique, qui imprime, sur place, un bulletin quotidien appelé Pirate afin de rendre compte des luttes ouvrières de la région (affaire de Bruay-en-Artois) ou des répressions policières (affaire Alain Jaubert)[6]. Jean-Claude Vernier, qui cogère déjà avec Maurice Clavel l’Agence de presse Libération (APL, agence de presse créée le 18 juin 1971 sur le modèle du centre Landry animé par Pierre Vidal-Naquet lors de la guerre d'Algérie ou du Liberation News Service (en), agence de presse underground des révolutionnaires américains[7]), en rapporte à Paris l'idée d'un journal populaire de gauche. Le projet est repris par Benny Lévy, dirigeant de la Gauche prolétarienne, afin de relancer son mouvement qui était en train de s'étioler.

Le 6 décembre 1972, une réunion préparatoire au lancement d'un nouveau quotidien nommé Libération se tient à Paris. Cinq personnes s'y trouvent rassemblées derrière deux tables mises bout à bout : Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Vernier, Jean-René Huleu, Serge July et Philippe Gavi. Claude Mauriac, qui a été convié à cette réunion, raconte la séance dans son journal[8].

En février 1973, Jean-Paul Sartre, Serge July, Philippe Gavi, Bernard Lallement et Jean-Claude Vernier fondent le journal Libération. Un manifeste, rendu public le 3 février, constitue la charte politique du journal dont la doctrine devait être « Peuple, prends la parole et garde-la ». Le quotidien se voulait sans publicité ni actionnaires financiers.

Un premier numéro de quatre pages paraît le lundi 5 février 1973, avec cette profession de foi, en encadré : « La politique pour « Libération », c'est la démocratie directe. Aujourd'hui, élire un député, c'est vouloir que le peuple ne dise son mot, qu'une fois tous les cinq ans. Et encore, pendant ces quatre années, « l'élu du peuple » peut-il faire ce qu'il veut ? Il n'est pas placé sous le contrôle de ses électeurs ; il ne représente que lui-même. Mais si des gens du peuple veulent dire pourquoi il voteront, ils pourront le faire dans « Libération ». Cette forme de débat est possible dans les colonnes du journal. Pour sa part, l'équipe de « Libération » refuse de cautionner un système qui coupe la parole au peuple. »[9].

Un autre quatre pages paraît le 18 avril 1973, lançant une souscription pour le financement « d’un organe quotidien entièrement libre ». Le 22 mai, Libération sort pour la première fois régulièrement en kiosque au prix de 0,80 franc[10].

Jean-Paul Sartre et Jean-Claude Vernier sont les premiers directeurs de publication du journal. Ils le restent jusqu’à leur démission le 24 mai 1974 pour désaccord avec Serge July, qui leur succède.

Libération encourage à cette époque tous les combats des opprimés. Quand les travailleurs de Lip, menacés de licenciement, occupent leurs usines, Libération titre en première page « Travailleurs, vous pouvez faire de même ». En 1978, le journal cesse sa bienvaillance envers l'action violente et le terrorisme d'extrême gauche lorsqu'il publie le 18 octobre, suite à la mort suspecte en prison des membres de la Fraction armée rouge Gudrun Ensslin et Jan-Carl Raspe, « RAF-RFA : la guerre des monstres », ce qui provoque la rupture avec ses lecteurs autonomes[11]. Le journal refuse les publicités payantes, car la direction est convaincue que sans indépendance financière, une indépendance politique est impossible.

De 1973 à 1981, Libération est dirigé par ses salariés ; il n'y a pas de hiérarchie des salaires et toutes les décisions importantes sont prises par l'assemblée générale des salariés, à la majorité des voix.

C'est Libération qui introduit à cette époque, ou du moins généralise dans la presse française la pratique des jeux de mots dans les titres[12].

Libération n°2 [modifier]

Le journal traverse plusieurs crises, entraînant plusieurs interruptions. La parution est suspendue le 21 février 1981. Après un plan de licenciement, il reparaît le 13 mai, soit 3 jours après la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle (un « numéro zéro » est néanmoins paru le lendemain de la victoire, mais il n'a pas été diffusé en kiosque). Son développement est alors assuré par la société d'investissement Communication et Participation créée par le banquier Claude Alphandéry avec la participation de l'assureur Patrick Peugeot et de quelques patrons de gauche autour de Martine Bidegain, Jean et Antoine Riboud[13]. Le nouveau logo à losange rouge est créé par le graphiste Claude Maggiori[14]. La formule évolue alors et se situe de nouveau vers la gauche sociale-démocrate (tout en conservant ses convictions libertaires). Son nouveau rédacteur en chef est Jean-Marcel Bouguereau qui reste à la direction opérationnelle du journal jusqu'en 1987.

Autour de Serge July, l'équipe de direction est vivement critiquée par d'anciens acteurs du mouvement de Mai 68, qui l'accusent d'avoir trahi les principes fondateurs du journal. Le 16 février 1982, les premières pages de publicité apparaissent dans le journal. Serge July justifie alors ce reniement des principes initiaux par un éloge opportun de la publicité: « Non, Libération ne change pas ; c’est la publicité qui a changé. Elle est un art. On ne sait plus très bien où commence la culture et où finit la publicité. Sans elle Libération eût été incomplet »[15]

Dans les années 1980-1990, le tirage de Libération ne cesse d'augmenter. Le journal lance un Libération Lyon, puis un Libération magazine. Afin de multiplier ses ventes, le journal ouvre ses colonnes à des artistes (comme Enki Bilal, auteur de bande dessinée) chargés pour une journée d'illustrer les articles, de modifier les mises en pages… Régulièrement, des suppléments consacrés à des questions politiques ou culturelles accompagnent le journal.

Libération n°3 [modifier]

Le 26 septembre 1994 est lancé Libération 3, un journal de 80 pages qui peine à trouver son lectorat. Échec commercial et financier, la nouvelle formule est abandonnée au cours du second semestre 1995. Le contrôle financier du journal est alors pris par le groupe Chargeurs de Jérôme Seydoux à hauteur de 65 %[16].

Frédéric Filloux devient directeur de la rédaction de Libération de février 1999 à février 2000, qu'il quitte pour la direction de la rédaction du quotidien gratuit 20 minutes.

La diffusion de Libération ne cesse de chuter, encaissant un recul de 20 % en France entre 2001 et 2005 (17 % pour la diffusion totale)[17]. Jérôme Seydoux se désengageant en 2000, la société de capital-risque 3i entre en 2001 à hauteur de 20,8 % du capital mais la bulle internet et l'effondrement des recettes publicitaires accentuent les déficits du journal[18].

Des sursauts ont pourtant lieu. Ainsi, lors de l'élection présidentielle de 2002, le journal augmente considérablement son tirage grâce à ses unes résolument hostiles à Jean-Marie Le Pen. Le lendemain du premier tour, la une comportant une photo de Le Pen avec le simple mot « Non » se vendra à 700 000 exemplaires soit une augmentation de 300 % par rapport au tirage quotidien. En 2003, l'almanach Les trente bouleversantes retrace les trente premières années de Libération. En 2004, c'est 30 années de contre-culture, encensée chaque jour dans les pages du journal, qui sont retracées dans un ouvrage spécial. Mais la tendance est globalement à la baisse.

Arrivée d'Édouard de Rothschild [modifier]

En 2005, le journal a besoin d'un nouveau financement. Serge July se bat alors pour l'entrée dans le capital d'Édouard de Rothschild, et celui-ci est accepté par le conseil d'administration le 20 janvier.

Rapidement le climat se détériore. Lors du conseil d'administration de Libération, qui s'est tenu le mercredi 13 avril 2005, Louis Dreyfus, directeur général adjoint, est élu à l'unanimité directeur général du quotidien, sur proposition du PDG Serge July. Il remplace Evence-Charles Coppée, dont la révocation est approuvée à l'unanimité par les membres du conseil d'administration.

Le 25 novembre 2005, le journal est en grève contre la suppression de 52 postes. Début 2006, les actionnaires refusent de suivre la direction du journal[19], le journal perd de plus en plus d'argent et Édouard de Rothschild estime qu'il ne participe pas assez au processus de décision[20].

Dans ce contexte houleux, le journal annonce au mois de mai 2006, la sortie d'un Libé week-end avec un supplément Écrans (télévision, Internet, cinéma…) et un autre intitulé R. Celui-ci sera abandonné dès septembre.

Le 13 juin 2006, Serge July annonce à la rédaction qu'Édouard de Rothschild n'acceptera une recapitalisation qu'à la condition que lui et Louis Dreyfus (directeur général) quittent le journal, et qu'il s'y résoudra pour le sauver. Pour les journalistes, la nouvelle est un choc. Le lendemain, ceux-ci publient en une un communiqué rendant hommage à leur fondateur et exprimant leur inquiétude quant à leur indépendance[21]. Serge July quitte le journal le 30 juin 2006[22].

Les réactions sont nombreuses. Une polémique naîtra, dans les colonnes du journal Le Monde, entre Bernard Lallement, premier administrateur-gérant de Libération et Édouard de Rothschild. Dans une tribune publiée le 4 juillet 2006, le cofondateur de Libération voit dans le départ de Serge July la fin d'une époque où « écrire était du sens » et brosse un tableau pessimiste de l'avenir du quotidien, et de la presse en général. Il lui oppose cette phrase de Jean-Paul Sartre dans Nekrassov : « L'argent n'a pas d'idées »[23]. Deux jours plus tard, l'actionnaire de référence lui réplique, de façon cinglante, en rappelant que « Libération a besoin d'aides et de supports moraux, intellectuels et financiers. Libération n'a pas besoin de requiem »[24].

L'après Serge July [modifier]

Le 28 juin 2006, Serge July et Louis Dreyfus annoncent leur départ du journal. Vittorio de Filippis, gérant élu de la SCPL (Société civile des personnels de Libération, second actionnaire du titre avec 18,45 % des parts), est nommé provisoirement au poste de président-directeur général. Philippe Clerget, ancien directeur de L'usine nouvelle, devient directeur général du quotidien à la demande de l'actionnaire de référence.

Un comité opérationnel est mis en place composé de trois salariés, désignés par la SCPL, et de trois administrateurs désignés par Édouard de Rothschild : Agnès Touraine, ancienne présidente du pôle éditions de Vivendi, Guillaume Hannezo, ancien directeur financier de Vivendi, tous deux proches de Jean-Marie Messier et Lionel Zinsou, associé-gérant de Rothschild & Cie et animateur du club Fraternité, cercle de réflexion de Laurent Fabius.

À la suite du changement de direction, plusieurs journalistes souhaitent quitter le journal. Quatre figures importantes, Florence Aubenas, Antoine de Baecque (rédacteur en chef adjoint chargé de la culture), Jean Hatzfeld et Dominique Simonnot (ancienne présidente de la Société des rédacteurs), annoncent « être en désaccord avec ce qui se passe au journal » et demandent de bénéficier de la clause de cession[25], qui permet, lors d'un changement de propriétaire, de quitter l'entreprise en bénéficiant des avantages du licenciement économique.

Laurent Joffrin, président du directoire du 22 novembre 2006 au 1er mars 2011.

Le 14 septembre, alors que le journal publie un appel à ses lecteurs et à ses actionnaires[26], la rubrique « Quotidienne » de Pierre Marcelle n'est pas publiée, car elle prendrait à partie certains des journalistes susnommés, « dans des termes qui n'ont pas été jugés acceptables »[27].

Le 13 novembre est annoncé l'arrivée de Laurent Joffrin au poste de président du directoire du journal[28]. Quittant alors la direction du Nouvel Observateur, il explique sa décision dans un courrier électronique envoyé à la rédaction :

« Les difficultés financières et la crise interne de Libération m'ont conduit à prendre cette décision, la plus difficile de ma vie professionnelle. La disparition de Libération ferait taire une voix importante dans la société française et exclurait de facto la gauche de la presse du matin. C'est cet enjeu politique et social qui motive cette candidature à la direction d’un journal que je connais et au sein duquel j'ai appris mon métier de journaliste[29]. »

Le 22 novembre 2006 au matin, Antoine de Gaudemar (directeur de la rédaction) est remplacé par Laurent Joffrin. Sous sa direction, Libération va soutenir Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle de 2007.

À partir de 2009, Nathalie Collin prend la coprésidence du quotidien auprès de Laurent Joffrin, sous cette codirection, le journal renouera avec les bénéfices.

Fin 2010, le journal renoue avec les bénéfices, il sera aussi bénéficiaire en 2011, avec une forte hausse de sa diffusion également[30]

Laurent Joffrin quitte Libération pour retrouver le Nouvel Observateur début 2011. Le 26 janvier 2011, Nicolas Demorand est proposé pour prendre la codirection de Libération à partir du 1er mars 2011, aux côtés de Nathalie Collin qui codirige le journal depuis début 2009, et en remplacement de Laurent Joffrin[31]. En août 2011, Nathalie Collin quitte Libération pour prendre la coprésidence du Nouvel Observateur, et la direction générale du groupe Nouvel Observateur, elle est remplacée par Philippe Nicolas au poste de coprésident de Libération. En septembre 2011, Anne Lauvergeon remplace Édouard de Rothschild à la tête du conseil de surveillance du journal.

À la suite de la parution de Charia Hebdo, le journal accueille les membres de Charlie Hebdo et fait paraître les dessins dans ses papiers[32]. Quelque jours après, le site internet du quotidien est menacé de piratage par des hackers turcs[33].

Arrivée de Bruno Ledoux [modifier]

En 2011, le journal a besoin d'un nouvel élan. Laurent Joffrin propose alors l'entrée au capital de Bruno Ledoux, propriétaire de l'immeuble rue Béranger (siège du journal), comme nouvel actionnaire de référence à parité avec Édouard de Rothschild au sein de la holding Refondation. Celui-ci est accepté lors de l'Assemblée Générale du 27 décembre 2012 qui entérine l'augmentation de capital réservée à la société BLHM (Bruno Ledoux Holding Média).

Bruno Ledoux et Édouard de Rothschild cocontrôlent à eux deux 53,28 % du capital de Refondation (qui détient plus de 95 % du journal Libération), chacun à hauteur de 26,64 % (en se répartissant les actions du groupe de contrôle (Groupe A) à hauteur de 50/50 ainsi que les droits de vote y afférent).

Bruno Ledoux est nommé Président du holding Refondation le 1er janvier 2013.

Organisation [modifier]

Le siège social du journal se situe au 11 rue Béranger, dans le 3e arrondissement de Paris.

Depuis le milieu des années 1990, les fonctions de PDG et de directeur de la rédaction sont clairement disjointes. Le PDG fixe les orientations stratégiques (nouvelles formules, suppléments, etc.) tandis que le directeur de rédaction est chargé des choix éditoriaux.

Les statuts du journal prévoient que le PDG propose un directeur à la rédaction auquel celle-ci est libre de donner ou non son aval.

Nathalie Collin, ex-présidente d'EMI-France, a été nommée le 9 février 2009 coprésidente du directoire et cogérante du journal, appelée par Edouard de Rothschild auprés de Laurent Joffrin, elle est chargée notamment de la stratégie de développement du journal[34]. Nathalie Collin a été chargée de redresser le journal en grandes difficultés financières en 2008 et quitte le journal en août 2011, le journal redevenu profitable.

Aujourd'hui Nicolas Demorand occupe ces 2 postes, Philippe Nicolas est coprésident et cogérant également.

Capital [modifier]

Répartition de l'actionnariat de Libération

Au 1er janvier 2013, les deux actionnaires de référence sont Bruno Ledoux et Édouard de Rothschild, à parité, chacun à hauteur de 26,64 %. Ils forment ensemble le bloc de contrôle (Groupe A) du holding Refondation à hauteur de 53,28 %, dont Bruno Ledoux a la présidence.

Édouard de Rothschild est entré dans le capital le 20 janvier 2005 avec l'aval des salariés et a apporté 20 millions d'euros destinés prioritairement à développer le titre.

En 2006, Édouard de Rothschild organise un apport de capital de 15 millions d'euros qui change la structure de capital de Libération. Le patron de presse italien Carlo Caracciolo devient le deuxième actionnaire. L'apport est réparti ainsi :

5,8 M€ Édouard de Rothschild (Holding financier Jean Goujon)
5,0 M€ Carlo Caracciolo, à titre personnel (cofondateur de La Repubblica, décédé en 2008).
1,5 M€ Pathé
1,2 M€ Mediascap, société du groupe de La Libre Belgique - La Dernière Heure
1,2 M€ d’une dizaine d’investisseurs à titre personnel parmi lesquels Pierre Bergé, André Rousselet, Bernard-Henri Lévy, Henri Seydoux.
0,3 M€ Suez

Il est précisé que « la SCPL participera à l’augmentation de capital et contribuera pour un montant à finaliser. Parallèlement, la Société des Lecteurs de Libération a fait part de son intention de souscrire à l’augmentation de capital. » Il est alors difficile de connaitre la pourcentage des actions de la SCPL dans l'ensemble du capital[35].

Le 27 décembre 2012, Bruno Ledoux (Bruno Ledoux Holding Média) devient le nouvel actionnaire de référence au coté d'Édouard de Rothschild moyennant une augmentation de capital réservée de 7,5 millions d'euros. Le capital se répartit comme suit:

Groupe A (bloc de contrôle) : 53,28 % (26,64 % Présidence Bruno Ledoux ; 26,64 % Édouard de Rothschild)

Groupe C : 25,10 % (22,82 % Ersel (Carlo Caracciolo, décédé en 2008) ; 2,28 % Mercurio (Carlo Peronne))

Groupe B : 21,48 % (9,64 % Mediascap ; 5,79 % Soparis Suez ; 1,93 % Pierre Bergé ; 1,16 % David de Rothschild ; 1 % Suez ; 0,46 % Bernard-Henri Lévy ; 0,46 % Guillaume Hannezo ; 0,46 % Lionel Zinsou ; 0,39 % Henri Seydoux ; 0,19 % André Rousselet)

Les salariés possèdent 0,67 % du capital à travers la SCPL (Société civile des personnels de Libération). Les seize membres de cette instance sont élus pour deux ans par l'ensemble des salariés. Ils représentent les trois collèges : rédaction, fabricants et administratifs et commerciaux. Disposant de trois sièges sur les quinze du conseil d'administration, elle veille sur la liberté et l'indépendance du journal.

En 2010, il est le troisième quotidien français qui reçoit le plus de subventions de l'État avec 14 millions d'euros et en 2012, 6,3 millions d'euros d'aides directes[36].

En 2010 et 2011, Libération sort deux résultats d’exploitation positifs de plus de 2,5M€ ce qui fait de Libération une des meilleures performances de la presse écrite.

Fin 2012 Libération n'est plus endetté qu'à hauteur de 6,6M€ (passif de sauvegarde) et prévoit un résultat d'exploitation en baisse mais positif à hauteur d’environ 1M€.

Libération reçoit le Grand Prix des Médias 2011.

Diffusion [modifier]

En moyenne par jour :

  • ~ 120 000 exemplaires papier,
  • ~ 4 millions de visiteurs uniques en ligne.

La diffusion payée en France de Libération. Sources : OJD 2011[37]. Celle-ci a fortement baissé depuis 2001, comme pour la plupart des autres quotidiens nationaux français? 2011 amorce cependant une croissance, la plus forte de la presse quotidienne.

Titre 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011
Libération 169 427 169 011 174 310 164 286 158 115 146 109 142 557 133 270 137 831 128 331 115 634 116 795 123 114

Pour comparer avec la diffusion des autres quotidiens nationaux français : voir Presse en France.

Quelques journalistes passés et présents de Libération [modifier]

Société des lecteurs de Libération (SLL) [modifier]

Fin septembre 2006, alors que le journal est menacé d'un dépôt de bilan, des salariés du journal créent la Société des lecteurs de Libération (SLL)[40], afin « de resserrer les liens entre le journal et ses lecteurs [et] d’assurer l’indépendance éditoriale de Libération » dans un « univers médiatique contrôlé par quelques riches familles et groupes industriels. » Un bureau provisoire, constitué de trois salariés (Olivier Costemalle, responsable du service médias à Libération ; Nicolas Cori, journaliste au service économie ; et Martine Peigner, responsable de la promotion), gère les premiers pas de la SLL avec l'aide, notamment, de Karl Laske (journaliste au service Société), Catherine Cordonnier (responsable du CE) et Catherine Coroller (journaliste au service Société).

Selon Olivier Costemalle, « différentes sensibilités [représentatives de la rédaction] cohabitent au sein du bureau actuel. La SLL n’est pas impliquée dans les querelles qui divisent les salariés (et qui ont tendance à s’estomper, puisque le désaccord majeur portait sur la cogérance, qui est maintenant terminée). »[41].

Fin novembre 2006, la SLL revendique plus de 4 000 adhérents et 170 000 euros récoltés. Début décembre 2006, deux personnalités qui partagent les valeurs de Libération mais n'en sont pas salariés, Zina Rouabah et William Bourdon, deviennent coprésidents de la SLL. Ils ont notamment pour mission d’organiser une assemblée générale et de procéder à l’élection de nouveaux responsables au conseil d’administration et au bureau. Cette assemblée générale se tient en avril 2007, confirme Rouabah et Bourdon dans leur fonction, et élit un conseil d'administration qui compte désormais 16 membres. L'association édite un journal dont le 1er numéro[42] sort en août 2007 et le second numéro[43]en juin 2008, anime un site web[40] et organise des rencontres dans toute la France associant des lecteurs aux journalistes. En 2008, si les liens avec la direction du journal se sont largement distendues devant la faible coopération ceux avec la Société Civile des Personnels de Libération (SCPL) ont été réaffirmés notamment par la voix de son président, Christophe Ayad lors de la seconde AG de l'association le 21 juin 2008.

Principales rubriques [modifier]

Elles ont pour nom « Rebonds », « Grand angle », « Portrait »… – intégrées dans le journal – et « Livres », « Libération été »…, en supplément.

Éditions [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Diffusion totale OJD
  2. De nouveaux actionnaires pour «Libération» Sur le site liberation.fr du 4 janvier 2007 - consulté le 14 avril 2012
  3. « L’ex-Gauche prolétarienne était “libertaire-autoritaire”, Libération est libéral-libertaire. » Serge July, Esprit, mai 1978.
  4. « Communiqué du Conseil de surveillance de Libération », Libération, 17 avril 2013 [texte intégral (page consultée le 17/04/2013)] 
  5. en 2002, 80% de lecteurs de gauche ; cf. Angélina Peralva et Éric Macé, Médias et violences urbaines : Débats politiques et construction journalistique, Paris, La Documentation Française, 2002, p. 37 
  6. Hervé Hamon, Rotman Patrick, Génération II Les années poudres, Le Seuil Points, 1998, p. 348 
  7. Rémi Guillot, « Les réseaux d’information maoïstes et l’affaire de Bruay-en-Artois », Les Cahiers du journalisme, no 17, 2007, p. 218 
  8. C. Mauriac (1914-1996), Le Temps immobile, t. III, chap. II : « La Goutte d’or », Paris, mercredi 6 décembre 1972 ; Éditions Grasset & Fasquelle, 1976, p. 415-424.
  9. Libération a 40 ans, Feuilletez le premier «Libé» en fac-similé, 4 février 2013, lire en ligne.
  10. Soit l'équivalent d'environ 0,61 en valeur de 2005
  11. Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn, Violences et globalisation : Anthologie et textes inédits de Temps Critiques, Editions L'Harmattan, 2004, p. 128 
  12. Benoît Habert, Pierre Fiala, « La langue de bois en éclat : les défigements dans les titres de presse quotidienne française », Mots, no 21, 1889, p. 84 
  13. François Wenz-Dumas, « Claude Alphandéry. Le banquier solidaire », sur liberation.fr, 24 juin 2010
  14. Jean Bayle, « Manifeste pour un art de presse indépendant », La lettre des directeurs artistiques associés, février 2008, p. 6 
  15. Benjamin Dormann, Ils ont acheté la presse, Jean Picollec, 2012, 344p
  16. Patrick Éveno, Le journal Le Monde : une histoire d'indépendance, Odile Jacob, 2001 [lire en ligne], p. 98 
  17. « Libération, quotidien en difficulté depuis 2001 », Le Monde, 14 juin 2006.
  18. « Libération dispose d’une marge de manœuvre étroite pour se redresser », Le Monde, 14 octobre 2003.
  19. « Libération ? Un cas d’école pour la presse française », L'Humanité, 26 mai 2006.
  20. « Les raisons d'un divorce », Le Figaro, 14 juin 2006.
  21. Depuis trente-trois ans, Serge July, cofondateur de «Libération»…, Libération, 14 juin 2006
  22. Serge July, « Pourquoi je quitte “Libération” », Libération, 30 juin 2006 (article en ligne)
  23. « Une complainte pour Libé », Le Monde, 4 juillet 2006.
  24. « Libération n'a pas besoin de requiem », Le Monde, 6 juillet 2006.
  25. « Quatre figures historiques de Libération sur le départ », Le Monde, 8 septembre 2006 (article en ligne).
  26. « Une page difficile dans l'histoire de “Libération” », Libération du 14 septembre 2006 (article en ligne).
  27. « Libération lance un appel aux actionnaires et aux lecteurs », Le Nouvel Observateur, 15 septembre 2006 (article en ligne).
  28. « Laurent Joffrin annonce son arrivée à “Libération” », Libération du 13 novembre 2006 (article en ligne)
  29. « Laurent Joffrin quitte l'Obs pour Libé », Le Nouvel Observateur, 13 novembre 2006 (article en ligne).
  30. « 2011, l’échappée belle de “Libération” », Libération, 2 février 2012.
  31. Marc Baudriller (Challenges.fr), « Nicolas Demorand va prendre la codirection de Libération », 25 janvier 2011
  32. http://boutiqueliberation.myshopify.com/products/special-charlie-hebdo
  33. « Charlie Hebdo : les hackers turcs menacent Libération », Libération, 6 novembre 2011.
  34. « Nathalie Collin nommée coprésidente du directoire de Libération », Le Nouvel Observateur, 30 janvier 2009 (article en ligne)
  35. « De nouveaux actionnaires pour “Libération” », Libération, 4 janvier 2007
  36. Subventions : la presse passe au contrôle, Vincent Truffy, mediapart.fr, 16 avril 2012
  37. OJD 2011
  38. elle a été détenue en otage en Irak du 5 janvier au 11 juin 2005
  39. « Portraitmaton : Luc Le Vaillant, de Libé », OZap.com, 25 février 2005.
  40. a et b Société des lecteurs de Libération (SLL)
  41. Le site web de la Société des lecteurs de Libération
  42. Journal n°1 de la société des lecteurs de Libération
  43. Journal n°2 de la société des lecteurs de Libération
  44. Livre : Les Unes de Libé, sur Liberation.fr
  45. Luc Le Vaillant, « Le portrait du portrait », sur Liberation.fr, 11 octobre 2010

Annexes [modifier]

Articles connexes [modifier]

Bibliographie [modifier]

Liens externes [modifier]