Confédération nationale du travail (Espagne)

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Confederación Nacional del Trabajo

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Cadre
Forme juridique Syndicat
Zone d’influence Espagne
Fondation
Fondation 1910
Identité
Structure Confédération
Secrétaire général Pedro Serna
Affiliation internationale AIT
Méthode Anarcho-syndicalisme
Slogan "A las barricadas"
Siège de la CNT à Barcelone

La Confédération nationale du travail (Confederación Nacional del Trabajo) est une organisation anarcho-syndicaliste fondée en 1910 à Barcelone (Catalogne, Espagne).

Elle est la plus importante confédération syndicale en 1936, quand éclate la guerre civile, avec 1 557 000 adhérents.

Histoire[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative de la CNT à Paris au n° 33 de la rue des Vignoles

Les origines[modifier | modifier le code]

La CNT trouve son origine dans les noyaux ouvriers anarchistes militants de la première Association internationale des années 1860. La section espagnole de l'AIT première époque était - comme sa sœur latine italienne - plutôt influencée par les idées anti-autoritaires de Bakounine. Après l'écroulement de l'AIT, plusieurs sociétés ouvrières de résistances persistèrent, notamment la société Solidaridad Obrera à Barcelone.

La réunion de plusieurs de ces sociétés autour du déjà fort noyau Catalan, en 1910, aboutit à la création de la CNT. Elle est créée en opposition au syndicat majoritaire, l'Unión General de Trabajadores (UGT), socialiste, lié au Partido Socialista Obrero Español (PSOE). Juste après le premier Congrès de la CNT, en 1911, le syndicat est déclaré illégal en raison d'une grève générale, ce jusqu'en 1914.

À partir de 1916, ses relations avec l'UGT évoluent : les deux organisations appellent ensemble à la grève générale en 1917. Les liens entre les deux syndicats sont ainsi resserrés, et au second congrès de la CNT (1919), la possibilité de fusionner afin de rebâtir l'unité de la classe ouvrière est évoquée. Lors de ce congrès, les liens provisoires avec la IIIe Internationale sont approuvés par le vote des militants, lesquels mandatent plusieurs membres pour de se rendre en Russie afin de se faire une opinion valable. Précisément, la visite de Ángel Lash en Russie contribue à décider les CNTistes de rompre définitivement avec cette organisation en 1922.

Les premières luttes[modifier | modifier le code]

En Catalogne, la crise industrielle de 1918 incite des milliers de travailleurs à rejoindre les rangs de la CNT. En guise de riposte à l'organisation des travailleurs, la bourgeoisie réplique en instaurant dans plusieurs villes le pistolerismo, c'est-à-dire l'emploi de mercenaires armés pour attaquer les militants ouvriers et réprimer l'agitation sociale. À partir de 1923, avec l'accession au pouvoir du dictateur Miguel Primo de Rivera, la CNT, interdite, passe à la clandestinité.

En 1927, des anarchistes de la CNT constituent la Federación Anárquista Ibérica (FAI), dont le but affiché est de lutter contre les déviations tant réformistes que les infiltrations bolcheviques dans la CNT, mais aussi d'assurer la protection des militants face à la répression tant des tueurs patronaux (pistolerismo) que de l'État (ley del fuego : loi de fuite). La FAI se charge également des activités clandestines et armées que la CNT ne peut pas assumer officiellement.

La Révolution et la guerre d'Espagne[modifier | modifier le code]

En 1936, lors de l'insurrection des militaires franquistes et des milices d'extrême droite, la CNT, de nouveau légale et sortie de la clandestinité depuis l'instauration de la Seconde République en 1931, réunifiée dans ses deux tendances (anarchosyndicalistes et anarcho-possibilistes autour de Pestaña et de l'ex-Parti syndicaliste-trentiste), forte de deux millions d'adhérents (dont beaucoup ont adhéré début 1936), toujours très liée à la FAI, est la principale composante de la résistance au soulèvement des généraux, particulièrement à Barcelone, ville libérée en quelques heures après le coup d’État du 18 juillet.

Ses militants participent à la « révolution espagnole », vaste mouvement de collectivisation des terres et des industries dans les zones où les conceptions anarchosyndicalistes sont prépondérantes, comme en Aragon.

Les militants de la CNT sont parmi les premiers à se rendre sur le front au sein des milices confédérales et à donner un coup d'arrêt à l'avancée des troupes franquistes, côte à côte avec les soldats restés fidèles à la République et des militants marxistes, dans la Colonne Durruti, la Colonne de Fer (Columna de Hierro), la Colonne Roja y Negra, etc.

La stratégie des anarchistes de la CNT, déchirés entre l'impératif de la guerre contre les fascistes et l'urgence de la révolution sociale à accomplir, est un grand sujet de discorde. Certains des cadres du syndicat choisissent de participer au gouvernement républicain : Juan García Oliver devient ministre de la Justice, Federica Montseny, ministre de la Santé (elle est la première femme ministre en Europe. Elle prend une série de mesures tout à fait révolutionnaires dans le contexte de l'époque — tout particulièrement dans la très catholique Espagne — telles que la libéralisation de l'avortement ou les programmes de soutien aux prostituées pour sortir de leur condition). Pour eux, la révolution sociale doit être défendue tout en maintenant l'État anti-franquiste. Ce choix est très critiqué, à la fois en tant que trahison de beaucoup des principes anarchistes, et en tant que stratégie finalement inefficace, car, sous l'apparence du contraire, irréaliste.

La suite de la guerre voit l'affaiblissement de la CNT face à la mainmise progressive du parti communiste sur la République. Cette prise en main donne lieu à des affrontements violents, notamment à Barcelone. Après la fin de la guerre en 1939, une répression brutale s'abat sur les militants espagnols, pour beaucoup contraints à se réfugier en France.

Après la défaite[modifier | modifier le code]

Certains réfugiés en France continuent la lutte anti-fasciste en s'engageant dans la légion étrangère pour combattre l'Allemagne nazie, puis, après la défaite française de 1940, rejoignent les Forces françaises libres. D'autres forment la base des maquis anarchistes du sud de la France où leur expérience de la lutte armée sera utile. Les membres exilés de la CNT-FAI sont à l'origine de la création en 1946 de la CNT française.

Une nouvelle génération surgit dans la vie politique espagnole et se lance à corps perdu dans la bataille. Malgré l’épée de Damoclès d’un coup d’État militaire, malgré la répression, les luttes se développent. Les classes dirigeantes, veulent se "démocratiser", mais sans perdre une miette de pouvoir. Elles négocient alors avec les forces de gauche le "Pacte de la Moncloa" : en échange de la légalisation du Parti communiste, d’un retour à la démocratie, d’une amnistie, d’élections et certainement de quelques prébendes, tout le monde se met d’accord pour accepter la monarchie et une politique d’austérité préjudiciable aux ouvriers. Tout le monde sauf la CNT. Car si les deux autres syndicats (Commissions ouvrières et UGT) en bonnes courroies de transmission de leur parti respectif (communiste pour l’une, socialiste pour l’autre) acceptent le marché, la CNT le refuse.

En effet, c’est un moment où des foules considérables découvrent la CNT, un moment où son audience est importante. Ainsi, quelques semaines à peine après la mort du dictateur, plus de 40 000 personnes sont réunies au cours du premier grand meeting de la CNT -pas vraiment autorisé- dans la périphérie de Madrid (San Sébastian de los Reyes). Quelques mois après, une foule de quelques 500 000 personnes sature les remblas pour un meeting géant à Barcelone. La CNT est alors en capacité de mener des luttes importantes, capables de paralyser le pays (lutte des pompistes), et souvent victorieuses. Un moment crucial pour la renaissance de l’anarchosyndicalisme. Cette dynamique prend fin après toute une série de coups d’arrêts.

La CNT, à qui la Révolution de 1936 et sa résistance acharnée pendant les quarante années de dictature assurent un prestige, une légitimité et une capacité d’action considérable, devient alors la bête à abattre. Tout est bon pour cela, en particulier les manipulations policières. Exemple historique, l’incendie de la "Scala" : Le 15 janvier 1978, alors que la CNT, seule, réunit à Barcelone 15 000 manifestants contre le pacte de la Moncloa, des cocktails Molotov sont lancés contre une salle de spectacles, la Scala. Quatre salariés, dont deux adhérents de la CNT, meurent carbonisés. Aussitôt, une campagne médiatique ordurière se déclenche contre la CNT, accusée d’être assez folle pour brûler ses propres adhérents. La CNT n’a pourtant rien à voir. Il est établi qu'unn indicateur de police, Joaquin Gambin, est à la source de cet incendie criminel. Le journal de l’époque dela CNT Française publié à Toulouse (les pages en français d’"Espoir") a dénoncé les agissements de cet auxiliaire de police, et de quelques-uns autres qui ont infiltré la CNT avant même son incendie criminel.

Manifestation de la CNT le 1er mai 2010 à Madrid.

A côté des provocations, des assassinats de militants (comme Agustin Rueda, assassiné par des matons de la prison de Carabanchel, le 14 février 1978), l’exacerbation de tensions internes fournit une arme essentielle contre la CNT. En effet, des révolutionnaires de différentes tendances qui ont infiltré la CNT espagnole (trotskystes, maoïstes, syndicalistes révolutionnaires) ainsi que des éléments troubles tels qu'Enric Marco (président depuis 2003 d'une association des déportés espagnols dans les camps Nazis dont on découvre à l'été 2005 qu'il n'a jamais été déporté ...) quittent la CNT en 1979 pour créer la CNT renovada ou CNT-congreso de Valencia. Le litige de la filiation conduit les deux organisations devant un tribunal qui dénie aux "possibilistes" la possibilité d'utiliser le sigle CNT, du fait de leur rupture avec la filiation historique et idéologique de la CNT, ayant abandonné notamment un des principes majeur de l'anarchosyndicalisme : l'action directe, en lui substituant la participation aux élections professionnelles. L'organisation scissionniste prend alors le nom de Confederación general del trabajo (CGT).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

  • Souyri Pierre François. Cesar M. Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir 1868, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1970, vol. 25, n° 2, pp. 402-404, Persée. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Freddy Gomez, Le mouvement anarchiste en Espagne, Le Monde libertaire, n°1446, 14/20 sept. 2006, lire en ligne. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • José Peirats, Une révolution pour horizon : les anarcho-syndicalistes espagnols (1869-1939), préface de Freddy Gomez, Editions CNT-RP et Libertalia, 2013.
  • Guillaume Goutte, Passeurs d'espoir : réseaux de passage du Mouvement libertaire espagnol (1939-1975), Editions libertaires, 2013.
  • César M. Lorenzo, Les anarchistes espagnols et le pouvoir (1868-1969), Le Seuil, Paris, 1969, Stanford University. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Miguel Amorós, Durruti dans le labyrinthe, Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2007
  • (es)Miguel Amorós, José Peidro de la CNT, Likiniano Elkartea, Bilbao, 2005
  • Agustin Guillamon, Barricades à Barcelone : La CNT, de la victoire de juillet 1936 à la défaite de mai 1937, Les Amis de Spartacus, 2009
  • Carlos Semprún Maura, Révolution et contre-révolution en Catalogne, Les nuits rouges, 2002
  • Michel Gandilhon, "La CNT, les ouvriers, Taylor" in Cahiers du mouvement ouvrier n°47, juillet-septembre 2010.
  • Isaac Puente, Le Communisme libertaire, 1935, texte intégral.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Militants et militantes de la CNT[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]