Félicien Challaye

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Félicien Robert Challaye, né le 1er novembre 1875 à Lyon et mort le 26 avril 1967 à Paris, est un philosophe et journaliste français, anticolonialiste et pacifiste.

Dreyfusard et rédacteur des Cahiers de la Quinzaine de Charles Péguy au début du XXe siècle, il se rallie au régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiale et formation[modifier | modifier le code]

Né dans le 6e arrondissement de Lyon, il est le fils d’un comptable et d'une sous-directrice d'école primaire.

Il fait ses études secondaires au Lycée Ampère et, après le baccalauréat, prépare avec succès le concours d'entrée à l’École normale supérieure où il est le condisciple de l’historien Albert Mathiez et de Charles Péguy. Il est reçu premier à l'agrégation de philosophie en 1897[1].

Il effectue ensuite son service militaire à Romans. Il est rappelé à l'ordre pour la lecture du journal L'Aurore, qui a publié le J'accuse…! de Zola le 13 janvier 1898.

Les débuts (1898-1914)[modifier | modifier le code]

Ultimes études

En octobre 1898, il est boursier d'étude en Allemagne, à l'Université de Berlin. Pendant les deux années suivantes, il consacre sa bourse universitaire (avec une allocation de la fondation Albert Khan) à des enquêtes outre-mer : Inde, Java, Annam, Égypte, Japon[2]etc..

Enseignement

A partir de 1901, il enseigne au Lycée de Laval, où il est un des fondateurs de l'Université populaire dont il sera président[3]. Il est muté ensuite à Evreux (1902-1903), puis enseigne au Lycée Louis-le-Grand, Lycée Condorcet, Lycée Hoche à Versailles, Lycée Janson-de-Sailly, et Lycée Charlemagne jusqu'en 1921.

Journalisme

Très proche de Péguy, qui lui fait découvrir le socialisme, Challaye devient un ardent dreyfusard. En 1906, il publie un dossier explosif dans les Cahiers de la Quinzaine, « Le Congo français ». Il s’éloigne ensuite de son maître quand ce dernier rompt avec Jaurès.

Anticolonialisme

En 1905, Félicien Challaye est envoyé au Congo avec Pierre Savorgnan de Brazza par le ministre des Colonies pour enquêter des scandales révélés par la presse. En 1906 il publie — seul : Savorgnan étant décédé — ses notes de voyages dans la revue de Péguy Les Cahiers de la Quinzaine sous le titre « Le Congo français » (notes qu’il reprendra dans le volume Souvenirs sur la colonisation en 1935). En 1911, il signe un article intitulé « Politique internationale et journalisme d’affaire » dans la Revue du mois où il dénonce les agissements de la compagnie de la N'goko Sangha, société concessionnaire opérant au Congo et en Oubangui-Chari, actuelle République centrafricaine[4]

La guerre et l'entre-deux-guerres (1914-1939)[modifier | modifier le code]

Mobilisé pendant la première Guerre mondiale, il est favorable à l’Union sacrée et est décoré de la Croix de guerre.

L'anticolonialisme

Après le conflit, et à la suite de nouveaux voyages en Chine au Japon et en Indochine, Challaye participe activement au combat anticolonialiste au sein de la Ligue de défense des indigènes (qui deviendra en 1927 la Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale ) et du PCF. En 1931, lors du congrès de la Ligue des droits de l’homme, Challaye dénonce l’hypocrisie du prétexte civilisateur de la colonisation défendu alors par une fraction de la Ligue. Il s’éloigne du Parti en 1935, tout en publiant la même année ses Souvenirs sur la colonisation.

L'ultra-pacifisme

Membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, il condamne l’antisémitisme et le nazisme mais refuse toute idée de conflit avec l’Allemagne. Challaye rejoint alors la minorité ultra-pacifiste de la Ligue des droits de l’homme. Il écrit en 1933 : « Si douloureuse qu’elle puisse être, l’occupation étrangère serait un moindre mal que la guerre. »[5] En 1933 il publie Pour une paix désarmée même en face de Hitler. Il préside également la Ligue internationale des combattants de la paix. Il se rend en Allemagne à l’automne 1938 et en revient persuadé de la volonté pacifiste des dirigeants allemands.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En décembre 1939, il est un moment incarcéré pour avoir signé le tract pacifiste de Louis Lecoin : Paix immédiate[6].

Après l'armistice et l'instauration du régime de Vichy, il se rapproche de Marcel Déat et de son parti collaborationiste RNP. Il reçoit Subhas Chandra Bose lors de son passage à Paris en mai 1942. Il écrit dans une revue de la gauche vichyste L’Atelier animée par d’anciens militants, venus à la collaboration par pacifisme intégral. Il collabore également à Aujourd’hui, journal collaborationniste dirigé par Georges Suarez. Il publie encore dans Germinal. Cependant, il ne dénonça personne et ne fut pas longtemps inquiété à la Libération.

L'après-guerre (1945-1967)[modifier | modifier le code]

Il soutient les mouvements indépendantistes algériens, tunisiens.

À partir de 1951, il participe avec Émile Bauchet, Robert Jospin et Paul Rassinier aux activités du Comité national de résistance à la guerre et à l'oppression (CNRGO, future Union pacifiste de France), notamment à son organe La Voie de la paix.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Une rue de Tunis porte son nom.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Au Japon et en Extrême-Orient, Japon moderne, Lafcadio Hearn, Conte japonais, Vladivostok, Journal d’un expulsé, Excursion au pays des Moÿs, de Batavia à Tosari, L’Inde, Quelques hommes et quelques villes, Paris, Armand Colin, 1905
  • Les deux Congo. Devant la Belgique et devant la France, Paris, Cahiers de la Quinzaine, 1906 (avec la collaboration de Pierre Mille) [Comme Roger Casement, Mille et Challaye dénoncent le traitement infligé aux autochtones au Congo français (Brazzaville) et belge (Léopoldville)
  • Le Congo français. La question internationale du Congo, Alcan, 1909
  • Le Japon illustré, Paris, Larousse, 1915
  • Les Principes généraux de la science et de la morale, Nathan, 1919, (rééditions : 1928, 1934)
  • Le Cœur japonais, Paris, Payot, 1927
  • L’Art et la beauté, Nathan, 1929
  • Cours de droit privé et d’économie politique à l’usage des écoles primaires supérieures (avec Marguerite Reynier), Éditions Félix Alcan, 1929
  • Contes et légendes du Japon, coll. « Contes et légendes de tous les pays », Nathan, 1931
  • Nietzsche. Les Philosophes, Paris, Éditions Mellottée, 1933, 1950
  • Esthétique, Nathan, 1934
  • Le Citoyen Jaurès, Les Philosophes, Paris, Mellottée, s.d. (vers 1936)
  • La Crise de la ligue des droits de l’homme, Imprimerie du Palais, Paris, 1937
  • La Logique des sentiments - Les passions - Les tendances (évolution, spiritualisation, socialisation), Avec L. Dugan, Éditions Félix Alcan, 1938
  • Psychologie et Métaphysique, Paris, Nathan, 1940
  • L’Enfant et la morale, Presses universitaires de France, 1941
  • La Psychologie de l’Enfant, Paris, 1943
  • Histoire de la propriété, Que sais-je ? Presses universitaires de France, 1944
  • Contes de l’Inde, Durel, 1946
  • Petite Histoire des Grandes Religions, Paris, Presses universitaires de France, 1947
  • Le Merveilleux Amour de Sima et de Rama, 1947
  • Bergson, 1948
  • Freud, 1948
  • Contes et légendes de l’Inde, coll. « Contes et légendes de tous les pays », Nathan, 1949 (sous le pseudonyme de Robert Fougère)
  • Péguy socialiste, Amiot-Dumont, 1954
  • Philosophie scientifique et philosophie morale (classes de philosophie et de mathématiques élémentaires)
  • Psychologie et métaphysique, Classe de philosophie
  • Les Philosophes de l’Inde, Paris, Presses universitaires de France, 1956

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1950 », sur Ressources numériques en histoire de l'éducation (consulté le 19 juin 2014).
  2. Il écrit plusieurs ouvrages sur ce pays.
  3. Il rédige pour les Cahiers de la Quinzaine, un article La France vue de Laval où il dénonce l'esprit petit-bourgeois et l'étroitesse cléricale de la ville.
  4. On peut le trouver en appendice de Le Crime du Congo belge d’A. C. Doyle, Les Nuits rouges, 2005, Paris).
  5. Les cahiers des Droits de l’Homme du 20 novembre 1933.
  6. Pascal Ory, Les collaborateurs 1940-1945, éditions du Seuil 1976, p. 34.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l’Occupation, Paris, Albin Michel, 2001.
  • Pascal Ory, Les Collaborateurs 1940-1945, Paris, Éditions du Seuil, 1976.

Liens externes[modifier | modifier le code]