Marceau Pivert

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Marceau Pivert en 1932

Marceau Pivert, né le 2 octobre 1895 à Montmachoux (Seine-et-Marne) et mort le 3 juin 1958 à Paris, est un syndicaliste enseignant et un militant socialiste français, dirigeant durant les années 1930 du principal courant révolutionnaire au sein de la SFIO, puis fondateur du Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) en 1938.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et jeunesse[modifier | modifier le code]

Les parents de Marceau Pivert, d'origine paysanne, sont de petits commerçants[1], puis tiennent une pension ouvrière à Nemours. Il fait des études secondaires à l'École primaire supérieure de Nemours, puis est admis à l'École normale d'instituteurs de la Seine en 1912.

Il est appelé le 19 décembre 1914 et envoyé sur le front en avril 1915. Gazé, il met plusieurs mois à se rétablir et est réformé (avec une invalidité de 60 %) en 1917. Il est alors nommé instituteur à Montrouge.

Etudes supérieures et carrière[modifier | modifier le code]

En 1919, il réussit le concours de l'ENS de Saint-Cloud (section Sciences) ; durant ses études de mathématiques et de physique, il fréquente aussi les cours de philosophie de Camille Mélinand[2] et passe plusieurs certificats de licence de philosophie à la Sorbonne, puis fait un DES (Les Théories économiques et sociales de Constantin Pecqueur). En 1921, il entre dans le corps de « professeur des EPS et des Écoles normales d'instituteurs » et est nommé à Sens, où il va se heurter au grand homme politique de l'Yonne, Pierre-Étienne Flandin.

À la fin des années 1920, il enseigne dans des établissements de Paris ou des alentours (Rambouillet, Suresnes), habitant dans le XV° arrondissement de Paris.

En 1929, il réussit le concours de l'Inspection primaire, mais ne prend pas de poste correspondant[3], préférant rester enseignant. Révoqué en 1939, il est nommé à son retour en France en 1946 au collège Jean-Baptiste Say à Paris, où il reste jusqu'à sa retraite en 1955.

Selon le témoignage de Lucien Weitz, élève de Marceau Pivert, puis militant pivertiste, celui-ci avait une véritable vocation de professeur[4].

Militant syndical et politique socialiste[modifier | modifier le code]

Le SNI

Membre actif du Syndicat national des instituteurs (SNI), alors partie de la CGT, il est élu au bureau national en 1931. Il défend ardemment le principe de « l'école unique », la fin de la distinction entre la filière « primaire » (école communale, EPS, brevet supérieur) et la filière « secondaire » (petites classes, lycée, baccalauréat) à cette époque séparées par une barrière très difficile à franchir. Il a aussi toujours été un militant laïque convaincu.

La SFIO[modifier | modifier le code]

Il adhère à la SFIO (séparée du Parti communiste depuis 1920) en 1924, alors qu'il est encore dans l'Yonne (dont la grande figure socialiste avait été Gustave Hervé).

À Paris, il devient rapidement le leader reconnu de la section socialiste du XV° arrondissement et entre dans la direction de la Fédération de la Seine. Il rejoint la tendance animée par Jean Zyromski, « Bataille socialiste », courant marxiste dans la tradition du guesdisme, qui domine cette fédération.

Après les émeutes du 6 février 1934 se pose la question de la lutte contre la menace fasciste à l'intérieur (qui s'ajoute à la menace extérieure). Un désaccord notable apparaît entre Jean Zyromski et Marceau Pivert, qui veulent tous deux combattre le fascisme : le premier entérine l'alliance extérieure entre la France et l'URSS (pacte de 1935) et à l'intérieur, la version non révolutionnaire du Front populaire (alliance avec le PCF et les radicaux) ; Pivert s'en tient à une ligne fondée sur la lutte des classes, un Front populaire de combat (alliance à la base des militants socialistes et communistes). Lors du Congrès de Mulhouse de la SFIO (1935), Jean Zyromski fait voter le courant Bataille socialiste avec la majorité du parti. Marceau Pivert décide alors de quitter BS pour fonder son propre courant.

La tendance « Gauche révolutionnaire » (1935-1938)[modifier | modifier le code]

Plaque funéraire de Marceau Pivert

La tendance « Gauche révolutionnaire » (GR) est créée en septembre 1935, regroupant des militants venus de BS, mais aussi d'autres horizons (groupe Spartacus, ex-communistes comme Lucien Hérard). La GR est proche sur le plan international du groupe appelé Bureau de Londres, sans en être membre, puisqu'elle fait partie de l'Internationale ouvrière socialiste.

Au congrès national des 1er février et 2 février 1936, la GR obtient 11 % des mandats. Marceau Pivert dénonce la stratégie électorale du Front Populaire, réunissant SFIO, PCF et parti radical, selon lui « une mésalliance sur le plan parlementaire et électoraliste du radicalisme bourgeois et du stalinisme, mésalliance à laquelle la SFIO s'est trop aisément prêtée » et en appelle à un Front populaire fondé sur le combat social et les organisations ouvrières, le premier risquant de rendre le second impossible.

Au conseil national du 10 mai, la GR renouvelle sa proposition de « gouvernement d'unité prolétarienne » avec le PCF, ne concédant aux radicaux qu'une participation minoritaire, et propose un programme plus audacieux que l'accord de Front populaire : réduction du temps de travail à 40 heures, vote des femmes, etc. Mais, après un débat interne, la GR vote tout de même la résolution majoritaire[5].

La victoire du Front populaire et le gouvernement Léon Blum (4 juin 1936-21 juin 1937)

En 1936, à la suite de la victoire du Front Populaire et aux grèves spontanées qui en découlent, il exhorte Léon Blum, président du Conseil, à rompre avec le capitalisme, ce que Blum refuse. Pivert écrit alors le célèbre article , publié le 27 mai, « Tout est possible » - y compris une « révolution sociale ». Cet article a un grand retentissement. Mais le Parti communiste répond dans L'Humanité par un article de Marcel Gitton, à l'époque numéro 3 du parti : « Tout n'est pas possible ».

Lorsque Blum devient effectivement chef du gouvernement (début juin), il appelle Pivert au secrétariat de la Présidence du conseil, comme chargé de la presse, de la radio et du cinéma. Il accepte, malgré les réticences de la GR ; durant son mandat, il promeut à la radio des personnalités comme Pierre Paraf, Pierre Brossolette, Louis Vallon.

Un problème se pose à partir de juillet, avec la rébellion franquiste en Espagne ; Blum qui n'envisage pas d'envoyer des troupes en Espagne, mais d'aider le gouvernement espagnol, est contraint par la droite, les radicaux et la Grande-Bretagne à s'interdire toute aide (« non intervention »). La majorité de la GR est contre cette décision, à l'encontre de son leader Marceau Pivert. Par la suite, il participe cependant au soutien politique à l'Espagne (Comité socialiste pour l'Espagne).

Le conflit entre la Gauche révolutionnaire et la majorité

Déçu par la politique de Blum (discours de la « pause »), Pivert rompt avec lui en janvier 1937, en quittant ses fonctions à la Présidence du conseil, avec une lettre où il écrit : « Je n'accepte pas de capituler devant le capitalisme et les banques ». Puis une crise assez grave se produit suite à l'affaire de Clichy (16 mars), où une militante de la GR est tuée par la police au cours d'une manifestation contre un meeting du PSF (Parti social français, extrême-droite). Le 18 avril, le parti prononce la dissolution de la tendance Gauche révolutionnaire, et notamment de sa revue homonyme (qui prend alors le nom de Cahiers rouges).

Le 25 janvier 1938, Marceau Pivert est cependant élu secrétaire général de la Fédération de la Seine. Le 12 mars 1938, lors du Conseil national, il s'oppose à la proposition Blum de former un gouvernement d'union nationale ; sa motion est soutenue par 1700 voix contre 6600. Il lance alors un tract aux Fédérations : « Alerte, le Parti est en danger ». Le 6 avril, lorsque le gouvernement Blum (finalement socialiste à 100 %) est renversé par le Sénat, il appelle à une manifestation au palais du Luxembourg, manifestation qui a lieu malgré une interdiction du gouvernement.

Le 11 avril, la Commission des conflits interdit pour trois ans toute délégation à Marceau Pivert ; le 12 avril, la CAP dissout la Fédération de la Seine. Au congrès national de juin 1938, le pivertisme est représenté par Lucien Hérard dont la motion obtient 1400 voix contre 1700 à Bataille socialiste et 4800 à la majorité.

Marceau Pivert décide alors de quitter la SFIO et de créer un nouveau parti, le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP).

Le PSOP[modifier | modifier le code]

Le PSOP a du mal à trouver sa place entre la SFIO réformiste et le Parti communiste qui suit la ligne à l'époque modérée de Staline. De fait, sa ligne est assez floue : entre marxisme anti-autoritaire et réformisme radical. Marceau Pivert s'affirme munichois par pacifisme. En 1940, le PSOP est dissout par le gouvernement de Pétain.

Marceau Pivert s'exile au Mexique dès 1940 et appelle à la Résistance. Il milite notamment avec Victor Serge et Julián Gorkin. Il est en lien avec le mouvement de Résistance intérieure L'Insurgé, créé en 1940 à Lyon par des militants du PSOP.

Marceau Pivert et Georges Dardel défilent.

Il revient en France à la Libération ; le PSOP se divise alors : Pivert et la majorité des militants reviennent à la SFIO, d'autres rejoignent le PCF, sorti grandi de son rôle dans la Résistance.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Au sein de la SFIO, ses positions sont alors plus modérées, et son audience s'est réduite. Il est régulièrement élu au comité directeur.

En 1947, Marceau Pivert participe à la création du « Mouvement pour les États-Unis Socialistes d'Europe ».

En 1950, il crée la revue Correspondance Socialiste Internationale, qu'il dirige jusqu'à sa mort.

Peu avant sa mort, il prend parti pour l'indépendance de l'Algérie, à l'encontre de la majorité de la SFIO.

Sa mort intervient au moment du retour du général de Gaulle au pouvoir, avec le soutien de Guy Mollet et de la SFIO. Selon certains témoignages[réf. nécessaire], il aurait probablement adhéré au Parti socialiste autonome de Depreux, Savary et Verdier créé peu après.

Ses cendres sont déposées au Colombarium du Père-Lachaise, dans la case 624, division 87.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • L'Église et l'école, perspectives prolétariennes, Editions Figuière, 1932 (réédition : Demopolis, 2010)
  • Action directe contre la guerre et le fascisme, Éditions Spartacus, 1937
  • La Révolution avant la guerre, Éditions Nouveau Prométhée, 1938
  • Rupture nécessaire, Editions du PSOP, 1938 (collaboration avec Madeleine et Lucien Hérard)
  • Signification internationale de la bataille laïque, 1955
En espagnol

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources
Notices biographiques
Livres
  • Jean-Paul Joubert, Révolutionnaires de la SFIO : Marceau Pivert et le pivertisme, Presses de Sciences Po, 1977.
  • Jacques Kergoat, Marceau Pivert, « socialiste de gauche », Éditions de l'Atelier, coll. « La part des hommes », 1994.
  • Jean-Michel Gaillard, « "Tout est possible !" Le cas Marceau Pivert », dans L'Histoire, no 236, mars 2002, p. 42-43.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Informations sur la jeunesse et la carrière dans le Maitron
  2. Camille Mélinand est peu documenté ; sur Wp, seulement une page allemande, très sommaire.
  3. C'est aussi le cas de l'instituteur historien Maurice Dommanget, dont le but était d'établir une relation égalitaire avec les inspecteurs. Le poste proposé à Marceau Pivert était celui de Lannion.
  4. Cf. citation de Lucien Weitz sur le site Bataille socialiste.
  5. L'Hebdo des Socialistes, nº 405, 29 avril 2006, page 10