Fort de Brégançon

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Fort de Brégançon
Image illustrative de l'article Fort de Brégançon
Le fort de Brégançon vu depuis la mer, avec son portail en contre-bas et son châtelet d'entrée en contre-haut.
Type Fort
Début construction XIIIe siècle
Fin construction 1635
Destination initiale Place forte
Propriétaire actuel République française
Destination actuelle Lieu de résidence du Président de la République française
Protection Logo monument historique Classé MH (1968)[1]
Coordonnées 43° 05′ 36″ N 6° 19′ 20″ E / 43.09333, 6.322243° 05′ 36″ Nord 6° 19′ 20″ Est / 43.09333, 6.3222  
Pays Drapeau de la France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Var
Commune Bormes-les-Mimosas

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Fort de Brégançon

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Fort de Brégançon

Le fort de Brégançon est une ancienne résidence d'État utilisée comme lieu officiel de villégiature (principalement estivale) du président de la République française. Aujourd'hui lieu historique géré par le Centre des Monuments Nationaux, il est ouvert à la visite depuis le 26 juin 2014 et après quelques travaux d'aménagement.

Il est situé au bord de la Méditerranée sur le territoire de la commune de Bormes-les-Mimosas (Var), sur les hauteurs d'un piton rocheux de 35 mètres d'altitude et à quelques mètres de la côte du cap Bénat à laquelle il est relié par une jetée (à l'origine il en était séparé par un bras de mer).

Détail d'une ancienne carte de 1707 par Jean Nicolas de Tralage montrant les îles et la baie d'Hyères et sur laquelle le fort est mentionné.

Historique[modifier | modifier le code]

La forteresse du Moyen-Âge[modifier | modifier le code]

Une forteresse existe sur cet îlot rocheux depuis l'arrivée des Ligures de la tribu des Bormani, en 118 av. J.-C. Le site s'appelle d'abord Pergantium, puis Briganconia[2], dérivé du celte Briga signifiant « hauteur »[3].

Au Moyen Âge, une seigneurie (ou châtellenie) de Brégançon est créée à la fin du IXe siècle, après l'expulsion des Sarrasins du Fraxinet en 972, au profit des vicomtes de Marseille, vassaux des comtes de Provence. En 1140, la seigneurie de Brégançon et d'autres fiefs, dont Hyères, sont concédés en apanage par le vicomte Geoffroi II de Marseille à l'un de ses fils, Pons, marquis de Fos. En 1216, Raimond-Geoffroi de Fos, coseigneur d'Hyères avec son frère, vend ses biens, soit le château de Brégançon et un douzième de la seigneurie d'Hyères, à la communauté de Marseille. Il faut toutefois attendre 1223 pour que cette vente soit confirmée par les autres membres de la famille de Fos[4]. Dans ce dossier de la succession de Raimon Jaufre de Fos, coseigneur d'Hyères, datant de 1223, il est nommé castrum de Bragansono[5].

Le 6 juin 1257, les biens de la communauté de Marseille sont rachetés par le comte Charles d'Anjou, frère cadet du roi Saint Louis et comte de Provence à la suite de son mariage avec l'héritière du comté, Béatrice de Provence, en 1246. Celui-ci fait réaménager et rénover le château fort de Brégançon, qui est originellement situé sur le continent et qu'il sépare donc de l'actuel site par un bras de mer. Il reste un lieu fréquenté par les membres de la maison d'Anjou, devenus rois de Sicile péninsulaire (Naples), lorsqu'ils sont de passage dans le comté de Provence : c'est le cas notamment de la reine Jeanne Ire qui y séjourne en janvier 1348 alors qu'elle fuit Naples, envahie par son cousin Louis Ier de Hongrie, pour se réfugier à Marseille ainsi que rencontrer le pape Clément VI à Avignon. Après le retrait de Naples de Louis de Hongrie, la reine rentre dans ses États en faisant à nouveau un passage à Brégançon qu'elle donne, par un acte du 31 juillet 1348, à l'armateur marseillais Jacques de Galbert, qu'elle fait vice-amiral de Provence, pour le remercier de l'avoir transportée sur l'un de ses navires alors qu'elle fuyait son royaume. Elle revient sur cette donation en 1366[6].

Plus tard, durant la guerre de succession du royaume de Naples qui oppose Charles de Durazzo puis son fils Ladislas à Louis Ier d'Anjou puis sa veuve Marie de Blois, la seigneurie et le fort de Brégançon sont donnés par cette dernière en 1387 au condottiere génois Balthazar Spinola, qui a trahi le camp de Charles de Durazzo pour celui des Angevins. Il se sert de sa nouvelle propriété pour piller les côtes toulonnaise et hyéroise. Brégançon retourne au comte Louis II d'Anjou en 1405, Balthazar Spinola le cédant pour 200 florins[7].

Le fort royal de la renaissance[modifier | modifier le code]

Brégançon devient une forteresse royale en même temps que le comté de Provence est légué au roi Louis XI par son dernier titulaire Charles III en 1481. Le roi charge alors Palamède de Forbin, nommé gouverneur de Provence, et le gouverneur de Bourgogne Jean de Baudricourt de prendre possession de ce nouveau territoire et de le sécuriser : c'est ainsi que Jean de Baudricourt fait réarmer le fort de Brégançon en 1483[8]. Il est assiégé en 1524 par l'ancien connétable disgracié Charles III de Bourbon, passé au service de Charles Quint en 1523, et la forteresse ne résiste que quelques jours[9].

En 1531, Brégançon est inscrit dans le tout nouveau marquisat des Îles d'Or créé par François Ier au profit de son général des Galères, également chargé du commandement du fort et chargé de protéger la côte toulonnaise face aux raids ottomans. Ce marquisat revient un temps à la couronne en 1349, puis immédiatement offert par Henri II à l'allemand Christophe de Rocquendorf, qui le cède à son tour en 1552 à Gabriel de Lutz, seigneur d'Aramon et ancien ambassadeur de François Ier auprès des Ottomans à Constantinople. Ce n'est qu'après la mort de ce dernier en 1560 que Brégançon revient à la couronne en 1561.

À l'exception de Charles IX qui s'y arrête quelques heures le 30 octobre 1564 avec la reine-mère Catherine de Médicis et sa cour durant le Grand tour, aucun souverain n'y séjourne, le laissant sous le commandement de capitaines provençaux. Plus tard, devenue un bastion protestant, elle est assiégée en 1578 par le chef des armées catholiques de Provence, le comte de Vins. Si le châtelain et la garnison se rendent seulement au bout de deux jours, ils sont tous massacrés.

En 1574, le frère de Charles IX, Henri III, à peine devenu roi, élève la seigneurie de Brégançon en marquisat, au profit d'Antoine Escalin des Aimars, baron de La Garde-Adhémar, seigneur de Pierrelatte et général des galères, qui meurt en 1578. La seigneurie revient au domaine royal. Les besoins militaires nouveaux poussent alors le roi à décider que les seigneurs ne soient plus de droit capitaines du fort, dont le commandement doit être confié à un gouverneur. En 1581, le marquisat est donné en adjudication à Boniface de La Môle, seigneur de Collobrières, tandis que le gouvernorat de la forteresse est confié en 1582 au capitaine des galères Melchior Gasquy, issu d'une famille noble de Manosque. Une garnison royale y est installée en 1593. Le fils ainé de ce dernier, Joseph Gasquy, devient à la suite du décès de son père gouverneur du fort en 1606. À sa mort en 1609, son frère cadet Honoré Gasquy reprend la charge de gouverneur de Brégançon. À la mort de Boniface de La Môle, le marquisat revient de nouveau au domaine royal, puis est acquis par Honoré Gasquy en 1617. Le gouvernorat et le marquisat sont de nouveaux réunis[10].

Le fort du XVIIe siècle à la Révolution[modifier | modifier le code]

C'est vers cette année 1617, alors que la France s'engage dans la guerre de Trente Ans contre l'Espagne, que le cardinal de Richelieu décide de réorganiser la défense des côtes toulonnaises et hyéroises et des îles environnantes : le fort de Brégançon prend alors sa forme actuelle.

Entre 1632 et 1640, Honoré Gasquy acquiert par lot la seigneurie de Léoube, contiguë à celle de Brégançon. Ces terres restent dans la famille Gasquy jusqu'en 1660, date à laquelle Claude, Jean et François Gasquy, héritiers d'Honoré leur père, vendent le marquisat de Brégançon et la seigneurie de Léoube à Louis de Cornis de Beaurecueil. La vente est cependant annulée en 1666 car les frères Gasquy étaient seulement engagistes du marquisat, qui était un domaine inaliénable. Le marquisat de Brégançon revient donc au domaine de la Couronne. La seigneurie de Léoube est rendue par décision de justice à la famille Gasquy qui s'en sépare définitivement en 1679.

Revenu au domaine royal depuis 1666, le marquisat de Brégançon est racheté en 1714 par un sieur issu de la noblesse de robe, conseiller au Parlement d'Aix-en-Provence, Joseph-Paul de Ricard. A sa mort en 1741, son fils Louis-Hercule prend les rênes du marquisat. Il meurt en 1747 avec pour seule descendance trois filles, mais son épouse reste marquise de Brégançon jusqu'à la Nuit du 4 août 1789, durant laquelle il est mis de fait un terme à l'existence juridique du marquisat, découlant de l'abolition des ordres, des privilèges et de la noblesse. Cependant, le fort continue à accueillir une garnison royale.

De la Révolution à aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Durant la Révolution française, la garnison du fort intervient en 1789 pour protéger les possessions de la marquise de Ricard qui sont attaquées par les paysans. Plus tard, en 1791, les armes de la garnison sont prises par le Club des Jacobins d'Hyères. Le fort attire à partir de 1793 l'attention de Bonaparte, nommé inspecteur des côtes après la prise de Toulon aux royalistes le 18 décembre 1793 (il y séjourne d'ailleurs durant l'hiver 1793-1794). Ainsi, une fois devenu premier consul en 1799, il le fait réparer et doter d'une importante artillerie, puis, après son sacre comme empereur, il fait renforcer sa garnison en 1805 par l'installation d'une compagnie de vétérans impériaux.

En 1816, la famille Sabran achète les terres et les fermes attenantes au fort, désormais détachées de ce dernier. Elle fait agrandir une des fermes du domaine et la transforme en château, c'est l'actuel château de Brégançon, situé sur la terre face au fort. En 1880 Hermann Sabran, alors Avocat à la cour de Lyon et administrateur des Hospices civiles, fait sien le projet de construire un hôpital à la mémoire de sa fille unique, Renée Sabran, décédée à l’âge de 9 ans. Il pensait alors affecter une partie de sa propriété à la création de l’hôpital mais l’éloignement d’Hyères et l’absence d’eau douce l’en détourna. C’est donc sur la presqu’île de Giens que le projet prit forme. L’Hôpital Renée Sabran existe toujours. Hermann Sabran contribua également à l’expansion du vignoble, classé en AOC Côtes de Provence depuis 1955, aujourd'hui propriété de la famille Tezenas, descendante d'Hermann Sabran.

Depuis la Révolution, le fort est détaché de son ancien terroir et reste une forteresse militaire. Le ministère de la Guerre y entreprend d'importants travaux après la guerre franco-prussienne de 1870, sans toutefois toucher à l'aspect extérieur de l'édifice, afin d'y installer des pièces d'artillerie moderne et un magasin à poudre. Il est encore occupé par une petite garnison durant la Première Guerre mondiale, avant d'être déclassé en 1919 tout en restant plus ou moins entretenu par les Travaux maritimes qui dépendent du ministère de la Défense[11].

Il est classé comme site pittoresque par l'arrêté du 27 décembre 1924 mais continue de se délabrer. Resté propriété de l'État, il est néanmoins loué entre 1924 et 1963 à des particuliers, les Tagnard, de riches promoteurs originaires de la ville voisine de Hyères, puis Robert Bellanger, ancien député, ancien sénateur d'Ille-et-Vilaine et ancien sous-secrétaire d'État à la Marine en 1930, qui restaure et aménage le fort (apport de l'eau et de l'électricité, création d'un jardin méditerranéen) en lui laissant son aspect extérieur primitif[12].

Le bail de Robert Bellanger ayant expiré en 1963, l'État reprend possession du fort. Le général de Gaulle y réside le 25 août 1964 lorsqu'il vient assister aux cérémonies commémorant le vingtième anniversaire du débarquement de Provence. S'il n'est pas séduit par le lieu (il ne supporte ni les moustiques ni le lit, trop petit pour lui), il est convaincu de l'utilité du fort par le député-maire de Saint-Raphaël René-Georges Laurin, et le fait réaménager, pour un coût de 3 millions de francs. Un arrêté du 5 janvier 1968[13] affecte Brégançon à titre définitif au ministère des Affaires culturelles afin qu'il serve de résidence officielle au président de la République française, notamment en lieu de villégiature. C'est Pierre-Jean Guth, architecte de la Marine nationale et lauréat du prix de Rome, qui aménagea en 1968 le fort en résidence, tout en préservant ce qui restait de la forteresse originelle[14]. Le fort et l'îlot font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 25 septembre 1968[1].

Architecture et décoration[modifier | modifier le code]

Architecture et organisation des lieux[modifier | modifier le code]

Le fort de Brégançon vu depuis la plage située au nord.

Le bourg castral de Brégançon a été édifié sur un ilot rocheux de 2 000 m2 culminant à une altitude de 25 mètres. L'accès se fait par un pont-levis qui franchit le fossé creusé dans le rocher et donne sur le châtelet d'entrée flanqué de deux tours rondes. Il ne subsiste qu'un pan du mur d'enceinte percé d'archères en fente longue. Le village et son église ont disparu. Les autres bâtiments ont été recouverts par les constructions modernes conçues par l'architecte Pierre-Jean Guth. Il s'agit d'« une demeure blanche en angle, d'allure presque modeste. D'un côté, l'aile présidentielle, de l'autre, celle des invités et du service de sécurité (essentiellement des chambres). Au rez-de-chaussée, un hall d'honneur dont le sol est recouvert de tomettes, deux salons, une salle à manger et des cuisines. À l'étage se trouvent le bureau présidentiel et les chambres, de taille moyenne. Dû au passé militaire du bâtiment, les fenêtres sont petites. Le tout, conçu entre 1964 et 1968, années où l'État a récupéré l'usage de Brégançon, est fonctionnel et frais l'été »[15]. « L’appartement du chef de l’État se trouve à l’étage. Il comprend un bureau dans la tour, une antichambre entre les deux tours et une salle de bains. La chambre avec balcon est située dans la tour ouest et, comble du raffinement, le lit provençal est tourné vers la mer avec vue sur l’île de Porquerolles[16]. »

Une pelouse entretenue donnant sur la mer se trouve devant la chambre présidentielle (Jacques Chirac affirmait s'y « emmerder »). Un jardin « biscornu » entoure la demeure, avec notamment des bougainvilliers, mimosas, pins parasols, pins d'Alep, lauriers, agaves ou encore des oliviers. Il n'y a pas de piscine, mais une plage privée, accessible par un escalier abrupt ; derrière des bouées de sécurité, la plage est observable par les paparazzis ou les touristes, ce qui rend l'endroit moins privé, mais donne l'occasion au chef de l'État de se montrer en baignade, ce qui peut parfois être considéré comme de la communication politique[15].

L'ilot et le fort de Brégançon, sont protégés en tant que site archéologique, en tant que site naturel classé depuis le 27 décembre 1924 puis en 1962, et au titre des monuments historiques le 25 septembre 1968[5],[1].

Le fort se trouve dans la commune de Bormes-les-Mimosas. Le couple présidentiel s'y rend généralement pour prendre des bains de foule et apparaître en tenue décontractée devant les journalistes[15].

Éléments décoratifs[modifier | modifier le code]

Parmi les éléments de décoration existe, dans l'entrée du fort, une mosaïque offerte par le président tunisien Habib Bourguiba à Valéry Giscard d'Estaing[17]. Le Figaro note : « aujourd'hui, il ne reste que quelques sièges Paulin [meubles contemporains ajoutés par Claude Pompidou et en grande partie retirés par Valéry Giscard d'Estaing], à peine identifiables car disséminés dans le fort. Les petits salons ressemblent à un intérieur bourgeois : canapés fleuris, petits sièges coordonnés, grands tapis bicolores issus d'Aubusson ou de Cogolin. Il n'y a pas de mobilier d'exception à Brégançon, qui n'a jamais été un palais fastueux. Faute d'investissements, les salles de bains, bien que confortables, sont datées dans leur décoration »[15].

Ouvert au public à partir de 2014, le fort a été en partie réaménagé, notamment le hall d'honneur du pavillon présidentiel[18], où sont exposés des cadeaux officiels faits au président François Hollande (notamment une mini-oasis en or offerte par l'Arabie Saoudite, un vase en verre soufflé remis par Joe Biden, trois services à thé offerts par le président chinois Xi Jinping et une parure de bureau, cadeau du roi du Maroc Mohammed VI)[15], la salle à manger officielle[19] (une grande table en noyer y est dressée avec un service Haviland, ainsi qu'une petite table, où Nicolas Sarkozy prenait son petit-déjeuner, avec un service Moustier, créé spécifiquement pour Brégançon) et le bureau présidentiel[20] dans la tour est[21], où des livres ont été rajoutés ; une galerie des portraits présidentiels a également été créée[15].

Résidence officielle de la présidence de la République[modifier | modifier le code]

Les présidents et Brégançon[modifier | modifier le code]

Le fort vu depuis l'Estagnol.
Vue du fort de Brégançon depuis le cap Léoude, situé au nord-ouest de celui-ci. En arrière-plan, à droite du fort, on aperçoit l'île du Levant et l'île de Port-Cros, deux des îles d'Hyères.

Le général de Gaulle, ou une installation chaotique[modifier | modifier le code]

Charles de Gaulle est le premier président de la République française à avoir dormi au fort de Brégançon. Le 25 août 1964, alors qu'il se rend à Toulon pour présider le 20e anniversaire du débarquement de Provence, il faut lui trouver une résidence pour l'accueillir, les hôtels de la région affichant complet en cette période estivale. On lui annonce qu'une forteresse militaire, spécialement aménagée pour l'occasion, est prête. Or la demeure ne convient pas au Général, qui trouve le lit trop petit et est dérangé par les moustiques pendant la nuit. Le général de Gaulle salue l'histoire de ce site militaire mais, après cette nuit « cauchemardesque », jure de ne jamais y retourner. À partir de cette date, le couple de Gaulle préférera passer ses vacances à Colombey-les-Deux-Eglises[22],[23].

Un décret en date du 5 janvier 1968 en fait pourtant la résidence estivale officielle du président de la République[24].

Le couple Pompidou, adepte des séjours à Brégançon[modifier | modifier le code]

Le couple Pompidou est le premier à faire du fort de Brégançon une résidence de villégiature. Georges et Claude Pompidou s'y rendent en août 1969, puis y passent leurs week-ends, été comme hiver[24]. Passionnés d'art moderne, ils aménagent l'intérieur de la forteresse. Claude Pompidou fait ainsi installer de nouvelles décorations dans le fort, certaines signées du designer Pierre Paulin, qui s'était déjà illustré au palais de l'Élysée (fauteuils modernes en cuir blanc, tables en plexiglas, sculptures abstraites, bois africain et acier scandinave)[25],[23]. Le couple y organise également des journées portes-ouvertes pour les journalistes, qui ne peuvent pas pénétrer dans le bâtiment mais photographient le président sans cravate et son épouse dans une tenue moderne[24].

Brégançon, outil de communication de Valéry Giscard d'Estaing[modifier | modifier le code]

Valéry Giscard d'Estaing, deux ans après son accession à la présidence de la République, se rend à Brégançon pour y passer les vacances de Pâques, puis les vacances d'été. Au mois d'août, tandis que la démission du Premier ministre Jacques Chirac est rendue publique et qu'il désigne l'économiste Raymond Barre pour le remplacer, le président Giscard d'Estaing passe un week-end à Brégançon avec son épouse Anne-Aymone, avant de revenir au palais de l'Élysée pour présider le Conseil des ministres[26].

Alors que son épouse réalise des compositions florales, le président se divertit au fort en pratiquant le tennis ou la voile. Le couple Giscard d'Estaing fait notamment creuser une terrasse et construire un dôme dans la salle à manger[24],[23]. « Soucieux d'afficher une image moderne, le président en profitait pour se présenter aux Français en maillot de bain ou en espadrilles ». Il retire toutefois le mobilier contemporain choisi par le couple Pompidou et aménage le salon de la chapelle[27] devenu un salon de télévision[15]. Le couple s'y rendait trois fois par ans : une semaine pendant l'été, à la Pentecôte et un week-end pendant l'hiver[15].

Valéry Giscard d'Estaing donne une interview télévisée au fort de Brégançon, le 26 février 1978, dans le cadre de la campagne des élections législatives[24].

Dans ses mémoires, il note : « À la sortie de l'église [sur le continent], je signais des autographes et serrais les mains qui se tendaient. […] Dans la voiture, je gardais ensuite la fenêtre ouverte pour ne pas insérer un écran de glace entre les visages bienveillants et curieux, et le personnage que j'étais devenu pour eux, rendu mystérieux et comme inaccessible par sa fonction »[15].

François Mitterrand, déserteur du fort[modifier | modifier le code]

François Mitterrand est le président à s'être le moins rendu au fort de Brégançon avec de Gaulle, préférant passer ses vacances à Latche ou à Gordes[24]. Il s'y rend notamment en 1986, peu après le début de la première cohabitation. Il y organise aussi sa dernière conférence de presse en tant que président de la République, en avril 1995.

Jacques Chirac, fidèle à Brégançon[modifier | modifier le code]

Jacques Chirac et son épouse Bernadette se rendent à Brégançon dès l'été 1995, juste après son élection. Le couple présidentiel se rend souvent à la messe, salue les badauds et les touristes et visite la région. Mais Jacques Chirac « s'y ennuie plutôt » et un de ses visiteurs dira même du fort « c'est une prison plus qu'autre chose » ; il préfèrera passer ses vacances suivantes à la Réunion ou sur l'île Maurice. Bernadette, elle, « adore cette maison où règne le bon goût »[28]. Le 4 août 2001, quatre paparazzi photographient Chirac dans le plus simple appareil qui regarde aux jumelles un hélicoptère décoller du yacht des frères Schumacher mais les photos jugées dégradantes ne sont pas publiées[29]. En avril 2007, le président Chirac effectue une dernière visite à Bormes-les-Mimosas, où il est longuement applaudi à la sortie de la messe.

Le couple Chirac apporte quelques modifications décoratives, notamment dans l'antichambre et le salon vert[15],[30].

Le nouveau style présidentiel de Nicolas Sarkozy[modifier | modifier le code]

Nicolas Sarkozy se rend à quatre reprises dans le fort avec son épouse Cécilia. Cette dernière était allée à Brégançon avec l'une de ses filles dès le lendemain de l'investiture de son époux, le 17 mai 2007[23]. Pendant le week-end de la Pentecôte, quelques jours plus tard, le chef de l'État se laisse filmer par les caméras de télévision lors de son jogging quotidien, saluant les touristes venus sur son passage. La presse parle d'un « nouveau style de communication présidentielle ». Le président fait notamment installer des écrans plats dans les pièces[15].

Après son divorce d'avec Cécilia, le chef de l'État se rend dans la propriété familiale des Bruni Tedeschi, copropriété de sa nouvelle épouse, Carla Bruni-Sarkozy, au cap Nègre, dans la commune voisine du Lavandou. Néanmoins, il continue à se rendre au fort de Brégançon, en particulier à l'été 2011, où il est pris en photo sur la plage aux côtés de son épouse, enceinte.

François Hollande[modifier | modifier le code]

D'abord fidèle à une certaine tradition, François Hollande, le nouveau président français, réoccupe le fort durant l'été 2012 pour ses vacances avec sa compagne, Valérie Trierweiler. Le fort n'est pas ouvert durant les Journées du patrimoine de la même année. Mais l'année suivante, François Hollande renonce à se rendre à Brégançon (le couple en a gardé « un goût amer », la presse ayant reproché à la compagne du chef de l'État d'avoir acheté des coussins luxueux pour rembourrer les chaises du fort). Et le 12 octobre 2013, il annonce sa décision d'abandonner le site comme résidence présidentielle et de l'ouvrir au public. Sa gestion sera assurée par le Centre des monuments nationaux à partir du 26 juin 2014. Son coût d'entretien est de 200 000 euros par an ; cette décision a donc pour but d'atteindre un équilibre financier. Le président garde toutefois la possibilité d'y séjourner exceptionnellement : ses appartements privés ne sont donc pas visitables[15].

Visites officielles[modifier | modifier le code]

Sommets et réunions de travail[modifier | modifier le code]

Organisation de la Résidence[modifier | modifier le code]

Il s'agit donc d'un fort qui a conservé son aspect d'origine, du XVIIe siècle, composé de deux tours (le donjon et la tour ouest) et un corps de bâtiment, agrémenté d'un belvédère dominant la falaise du rocher et la plage privée de la résidence. Il comporte également un héliport et un jardin.

La sécurité est assurée par deux pelotons de gendarmerie, deux équipes de la garde républicaine qui y séjournent en permanence, un patrouilleur et un autre navire de la Marine nationale lorsque le président y est. Les coûts d’entretien et de fonctionnement du fort sont mal connus[28].

En 2005, une zone réglementée a été instaurée afin d'assurer la protection du fort. Identifiée LF-R 60, il s'agit, dans ses limites latérales, d'un cercle de 3 kilomètres de rayon centré sur le point 43° 05′ 30″ N 6° 20′ 00″ E / 43.0917, 6.33333, et elle s'étend verticalement de la surface à 1 000 mètres d'altitude[31],[32].

Visite[modifier | modifier le code]

Le fort est visitable du 29 juin au 28 septembre, de 9 h à 19 h. Il faut réserver à l'avance, depuis l'office de tourisme de Bormes-les-Mimosas. Il y a un départ en navette toutes les 15 min, pour des groupes de vingt personnes. Le tarif est de 10 euros pour les plus de 26 ans[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Fort de Brégançon et îlot qui le supporte », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Présentation du fort sur le site de la commune de Bormes-les-Mimosas.
  3. Dominique Frémy, Quid des présidents de la République... et des candidats, Robert Laffont, 1987.
  4. Chronologie des seigneurs de Fos.
  5. a et b « Bourg castral de Brégançon », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  6. René Manetti, Si Brégançon m'était conté : résidence présidentielle, R. Manetti,‎ 1972
  7. René Manetti, op. cit., p.11
  8. René Manetti, op. cit., p.12
  9. René Manetti, op. cit., p.13
  10. René Manetti, op. cit., p.14
  11. René Manetti, op. cit., p.18
  12. René Manetti, op. cit., p.19
  13. Arrêté du 5 janvier 1968 affectation définitive au ministère d'État chargé des affaires culturelles du fort déclassé de Brégançon, à Bormes-les-Mimosas (Var), JORF no 10 du 13 janvier 1968, p. 524, sur Légifrance.
  14. « Visite guidée du fort de Brégançon », sur Le Figaro,‎ 27 juin 2014
  15. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Claire Bommelaer, « Brégançon, le bel été de la Ve République », Le Figaro, encart Culture, lundi 23 juin 2014, page 42.
  16. Alix Bouilhaguet et Christophe Jakubyszyn, La Frondeuse, éditions du Moment, 2012, page 202.
  17. Muriel Frat, « Le pouvoir prend ses quartiers d'été », Le Figaro, mardi 15 juillet 2014, page 16.
  18. Meublé sobrement d’un grand bahut en chêne à deux corps servant de bibliothèque et d’un ensemble de sièges en bois peints de blanc et recouverts d’un tissu à motif fleuri, il est également décoré d'une aquarelle signée Pierre-Joseph Redouté et représentant une coupe de fruits. Image : Diaporama 39/125
  19. Diaporama 64/125
  20. Diaporama 81/125
  21. Il est notamment décoré d'un écritoire offerte par le roi Mohammed VI du Maroc. La chambre présidentielle avec balcon est située dans la tour ouest, séparée de la tour ouest par une antichambre et une salle de bains, ne se visite pas.
  22. « L'Élysée en vacances », Droit d'inventaire, sur France 3, 11 juin 2008, rediff. 7 juillet 2009.
  23. a, b, c et d Fabien Soyez, « Brégançon, diversement apprécié des premières dames », Le Figaro, 24 juillet 2012.
  24. a, b, c, d, e et f Justine Boivin, « Visite insolite du pied-à-terre des présidents », Gala, 31 juillet 2008.
  25. Danièle Breem, Le Fort de Brégançon, extrait du journal de 20 heures, 31 juillet 1970, ina.fr.
  26. Valéry Giscard d'Estaing à Brégançon, extrait du journal de 20 heures d'Antenne 2, 30 août 1976, ina.fr.
  27. Salon séparé d'une antichambre (salle à manger présidentielle) par un petit portillon à balustres. Photo : Diaporama 48/125
  28. a et b L.V., « Chirac passe son cinquième été à Brégançon », Le Parisien, 7 août 2006.
  29. Anna Cabana, Anne Rosencher, Entre deux feux, Grasset,‎ 2012, p. 107
  30. Diaporama 53/125
  31. Arrêté du 10 août 2005 portant création d'une zone réglementée associée à la protection du fort de Brégançon (Var), JORF no 196 du 24 août 2005, p. 13448, texte no 3, NOR DEFV0501127A.
  32. Arrêté du 14 mars 2008 portant création d'une zone réglementée identifiée LF-R 60 fort de Brégançon dans la région de Brégançon (Var), JORF no 78 du 2 avril 2008, p. 5546, texte no 53, NOR DEFL0804619A.

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