Charles Ier de Sicile

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Charles Ier d'Anjou
Statue de Charles au Palais royal de Naples
Statue de Charles au Palais royal de Naples
Titre
Roi de Sicile
6 janvier 12664 septembre 1282
(&&&&&&&&&&&0608516 ans, 7 mois et 28 jours)
Prédécesseur Manfred
Successeur Pierre Ier
Roi de Naples
6 janvier 12667 janvier 1285
(&&&&&&&&&&&0694119 ans, 0 mois et 1 jour)
Prédécesseur Manfred
Successeur Charles II
Comte d'Anjou et du Maine
12461285
Prédécesseur Domaine royal
Successeur Charles II
Comte de Provence et de Forcalquier
12461285
Prédécesseur Raimond Bérenger IV
Successeur Charles II
Roi titulaire de Jérusalem
12771285
Prédécesseur Hugues III de Lusignan
Successeur Jean II de Lusignan
Biographie
Dynastie Maison capétienne d'Anjou-Sicile
Date de naissance 21 mars 1226
Lieu de naissance Paris
Date de décès 7 janvier 1285 (à 58 ans)
Lieu de décès Foggia (Naples)
Père Louis VIII de France
Mère Blanche de Castille
Conjoint Béatrice de Provence
Marguerite de Bourgogne
Enfant(s) Louis
Blanche
Béatrice
Charles II
Philippe
Robert
Isabelle

Charles Ier de Sicile
Liste des rois de Sicile

Charles d'Anjou (21 mars 12267 janvier 1285), roi de Naples et de Sicile (1266-1285), est le dernier fils du roi de France Louis VIII et de Blanche de Castille. Comte d’Anjou et du Maine, il devient comte de Provence par son mariage avec Béatrice de Provence en 1246. Il accompagne Louis IX pendant la septième croisade en 1148-1150[1].

Allié à la papauté, il s'empare de Naples et de la Sicile, en battant Manfred et Conradin à la Bénévent (1266) et à Tagliacozzo (1268). Il étend son pouvoir dans les Balkans et devient en 1277 le prétendant au trône de Jérusalem. Le transfert de la capitale de Palerme à Naples et l'introduction d'officiers français entraîne le mécontentement, provoquant les Vêpres siciliennes en 1282. Charles est chassé de la Sicile par une coalition des Siciliens avec Pierre III d'Aragon, et sa flotte est défaite dans la baie de Naples en 1284. Premier roi de Naples de la dynastie angevine, il est le créateur d'un éphémère empire méditerranéen[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Charles nait à la fin du mois de mars 1226. Il est le dernier des sept enfants de Louis VIII le Lion et de Blanche de Castille. Le prénom de Charles, inhabituel chez les Capétiens, met en avant son ascendance carolingienne. Charles est d'abord destiné à une carrière ecclésiastique, selon la volonté de son père. Mais en 1232, la mort sans descendance de ses frères Jean Tristan et Philippe Dagobert, font de lui l'héritier de vastes domaines dans le centre de la France[2].

En 1237, à onze ans, Charles est à la cour de son frère, Robert d'Artois. A treize ans, il possède une petite cour, un cheval pour la chasse, des serviteurs, un professeur et un prêtre. Il est formé à l'atmosphère de la cour de France, au milieu des tournois, de la poésie courtoise et des chansons. Contrairement à son frère aîné, Louis IX, il n'est pas imprégné des sollicitations religieuses de ses premières années[2].

Comte de Provence[modifier | modifier le code]

Charles suit son frère Louis IX en 1242 au cours d'une expédition militaire contre le comte de la Marche. C'est la première fois qu'il s'engage dans une entreprise militaire. En 1246, il épouse Béatrice de Provence (1234-1267), comtesse de Provence et de Forcalquier (1245-1267), fille du comte Raymond Bérenger V et de Béatrice de Savoie. Par ce mariage, il devient lui-même comte de Provence et comte de Forcalquier (1246-1267), titres qui continuent à lui être donnés par courtoisie après son veuvage et son remariage. À l'occasion de ce premier mariage, son frère le roi de France Louis IX, le crée comte d'Anjou et comte du Maine, créant de ce fait la seconde dynastie angevine[2].

Dès le début de son gouvernement, Charles doit faire face à un important parti anti-français. Les grandes villes, comme Arles, Avignon et Marseille, en plein essor économique, sont quasiment indépendantes, et cherchent à conserver leur autonomie. De son côté, Charles vise à renforcer l'administration. Mais son action est interrompue par la croisade de 1248[2].

Charles accepte l'invitation de son frère Louis IX à la septième croisade, malgré la situation explosive du comté de Provence. Il embarque avec Louis et Robert d'Artois à Aigues-Mortes le 28 août 1248. Il débarque le 18 septembre à Chypre, où Béatrice donne naissance à un fils qui mourra peu après. En Égypte, Charles combat avec vaillance mais est fait prisonnier en 1250 à la bataille de Mansourah avec le reste des croisés. Il est libéré un mois plus tard moyennant le paiement d'une forte rançon. Affaibli par le paludisme, et inquiet des désordres qui ont lieu dans son comté, Charles propose de ramener l'armée en France. Louis IX reste en Terre Sainte mais renvoie ses deux frères[2].

Charles débarque en Provence en avril 1251. Il soumet Arles, puis Avignon, et assiège la ville de Marseille en août 1251. Charles obtient la soumission du chef de la rébellion, Barral des Baux, puis de la ville de Marseille en 1252[2].

Des ambitions en Italie[modifier | modifier le code]

Statue de Charles d'Anjou, à Hyères.

En Italie, le pape Innocent IV cherche à détacher la Sicile des ambitions de Conrad IV. En 1252, un légat pontifical est envoyé en Angleterre auprès de Richard de Cornouailles afin de lui proposer la couronne de Sicile. Richard demande certaines garanties, et fait trainer les négociations jusqu'au printemps 1253. Le légat se tourne finalement vers Charles qui semble plus favorable. Cependant les négociations échouent, en raison des troubles en Provence, de la situation financière du prince angevin, et des succès de Conrad dans le sud de l'Italie[2].

Dans le même temps, Charles participe à la guerre de Succession de Flandre et du Hainaut en s'alliant avec Marguerite de Flandre et Guillaume de Dampierre, contre Guillaume de Hollande et Jean d'Avesnes. La lutte prend fin en juillet 1254. L'arbitrage de Louis IX, au retour de Terre Sainte, oblige Charles à renoncer au comté de Hainaut[2].

Charles retourne en Provence, où il améliore sa position. En 1254, Béatrice donne naissance à un deuxième enfant, le futur Charles II. En 1257, Charles renforce ses liens avec la ville de Marseille, et soumet le comté de Ventimiglia l'année suivante, étendant sa domination à l'est du comté. En 1259, il s'ingère dans les affaires italiennes, et s'empare de plusieurs villes d'Italie, où il introduit des officiers français. Mais il voit ses ambitions arrêtées à l'est par le marquis de Gênes, un allié de Manfred Ier de Sicile, et le marquis de Montferrat. Une nouvelle révolte éclate en Provence en 1262, dirigée par Hugues des Baux et Boniface de Castellane. La révolte est soutenue en Aragon par Jacques II et Pierre III d'Aragon, qui a épousé la fille de Manfred. Un accord est signé avec le marquis de Gênes à Aix-en-Provence en juillet 1262, par lequel Charles cède les villes de Ventimiglia, Roquebrune et Monaco[2].

Un guelfe contre les gibelins[modifier | modifier le code]

Le couronnement de Charles d'Anjou à Rome (1266).
L'exécution de Conradin après la bataille de Tagliacozzo (1268).

En Italie, le nouveau pape Urbain IV veut chasser définitivement la maison de Hohenstaufen. En 1262, le pontife propose la couronne de Sicile à Charles d'Anjou. Il persuade le roi de France Louis IX que ce royaume sera un instrument précieux en vue de la prochaine croisade que le monarque cherche à promouvoir. Toutefois, Charles souhaite d'abord consolider son autorité en Provence. C'est chose faite en octobre 1262, avec la reconquête de Castellane, grâce à la médiation de Jacques d'Aragon. Enfin, selon un nouvel accord, la ville de Marseille doit abattre ses fortifications et mettre sa garnison à la disposition du prince angevin[2].

En juin 1263, le pape envoie l'archevêque de Cosenza en France et en Angleterre pour obtenir, si nécessaire avec de l'argent, le consentement des rois. En France, la reine Marguerite de Provence oblige son fils, le jeune Philippe III de France, à ne pas former d'alliance avec son oncle. En Angleterre, Henri III d'Angleterre est à la lutte avec les barons, et le pape refuse les revendications de son fils Edmond de Lancastre. Dans les conditions actuelles de la politique européennes, l'entreprise semble périlleuse. Le pape a décidé de ne pas sous-estimer l'expansion de Charles d'Anjou, et cherche à lui donner des conditions strictes. En ce qui concerne la succession, le pape souhaite qu'en l'absence d'héritiers légitimes, le trône passe en première instance au frère de Charles, Alphonse de Poitiers, mais pas à ses héritiers. De plus, le prince ne doit pas influencer les affaires ecclésiastiques dans le royaume. Enfin, l'union de la Sicile à l'Empire est formellement interdite[2].

Dans la ville de Rome, dans le cadre de la lutte entre guelfes et gibelins, un soulèvement populaire expulse la noblesse gibeline, et Charles d'Anjou est élu sénateur à perpétuité. Cette élection est l'œuvre personnelle du cardinal Riccardo Annibaldi, un homme entièrement dévoué au prince angevin[3]. Le pape, surpris par la nouvelle, décide de ne pas s'opposer à l'élection. Urbain IV meurt en octobre 1254 et Charles met à profit ce retard pour s'assurer un passage en Italie du Nord. Au début de l'année 1255, il reçoit le soutien de plusieurs villes du nord de l'Italie. En février 1255, l'élection du pape Clément IV, renforce la position de Charles d'Anjou[2].

Afin de secourir rapidement le parti angevin à Rome, Charles embarque avec 40 navires et 1.500 hommes le 14 mai 1255. Il débarque sans encombre à Ostie le 21 mai, malgré une tentative de blocus par les forces de Manfred. Le comte de Provence est reçu avec les honneurs à Saint-Paul-hors-les-Murs, et est accompagné jusqu'au palais de Saint-Pierre. L'armée de Charles traverse les Alpes sans grande difficulté en novembre 1255, et fait sa jonction avec le prince à Rome. Charles est couronné roi de Sicile à Latran le 6 janvier 1266. Manfred abandonne la ville de Capoue afin de se retirer en Apulie, mais sa retraite est coupée par les forces angevines de l'autre côté du Calore, une rivière bordant la ville de Bénévent. Au cours de la bataille de Bénévent, le 26 février 1266, l'armée allemande est vaincue après une bataille disputée, et Manfred trouve la mort[2].

Article détaillé : Bataille de Bénévent.

Deux ans plus tard, il bat le neveu et héritier de Manfred, Conradin à Tagliacozzo, puis le fait exécuter. Il réprime sévèrement les populations de certaines villes rebelles à son règne, telle que Lucera dont la population musulmane est passée au fil de l'épée après un siège de plusieurs mois[4].

Les « Vêpres siciliennes »[modifier | modifier le code]

Charles d'Anjou prend donc possession des deux parties (insulaire et péninsulaire) du royaume de Sicile, mais il réprime avec une telle rigueur la Sicile (presque totalement révoltée contre Charles) et rend son gouvernement si odieux aux Siciliens insulaires que ceux-ci, guidés par Jean de Procida, conspirent contre lui : en 1282, tous les Français qui se trouvaient dans Palerme (à l'exception notable du chambellan de Charles, Guillaume des Porcellets, épargné en considération de sa droiture et de sa vertu) sont massacrés le lundi de Pâques, à l'heure des vêpres, d'où le nom de Vêpres siciliennes donné à cette révolte.

Charles perd ainsi la Sicile, dont le roi Pierre III d'Aragon, neveu de Manfred de Hohenstaufen, se proclame roi. Néanmoins, Charles reste souverain de la partie péninsulaire du royaume et s'installe à Naples (d'où le nom de royaume de Naples couramment donné à son royaume).

Les ambitions orientales[modifier | modifier le code]

Depuis son arrivée en Italie, Charles n'a de cesse que de reprendre à son compte les prétentions latines sur l'empire byzantin. En 1267, il fiance son fils Philippe avec Isabelle, la fille du prince Guillaume II d'Achaïe. Suite à leur mariage, qui a lieu à Trani le 28 mai 1271, il est prévu que le couple hériterait de la principauté d'Achaïe à la mort de Guillaume II. Par ailleurs, il s'est engagé à restaurer Baudouin II sur le trône de Constantinople, en échange de la suzeraineté sur l'Achaïe, nombre d'îles de l'Égée, et le tiers des conquêtes à venir, à la seule exclusion de la ville de Constantinople.

Pour compléter son dispositif, Charles n'hésita pas à conclure une alliance avec les Seldjoukides, le roi d'Arménie, et même le Khan des Mongols. En 1269, il réussit à conclure un accord avec Gênes, pourtant alliée de Byzance.

Après l'échec de la huitième croisade et la mort de son frère le roi de France Louis IX, Charles, de retour en Sicile, prépare une expédition maritime contre Byzance, mais sa flotte est détruite par une tempête extraordinaire.

Son fils Philippe d'Anjou étant mort en 1277 et Guillaume d'Achaïe étant mort en 1278, Charles d'Anjou est devenu sur le papier l'héritier de l'Achaïe et le suzerain des terres encore aux mains des Latins. Afin de parfaire cette situation, à l'automne 1280, il envoya par voie de terre une armée forte de 8 000 hommes afin d'investir la forteresse byzantine de Bérat. Le siège dure jusqu'en mars 1281, puis les troupes impériales commandées par Tarchaniotès, le neveu de l'empereur, attaquent les troupes de Charles. La défaite des troupes latines est totale, la plus grande partie des troupes angevines sont tuées ou capturées.

Il meurt le 7 janvier 1285 à Foggia, dans les Pouilles du Nord.

Mariages et enfants[modifier | modifier le code]

Tombeau de Charles d'Anjou à la basilique de Saint-Denis.

De son premier mariage avec Béatrice de Provence (1234-1267), comtesse de Provence et de Forcalquier, il eut :

Son second mariage avec Marguerite de Bourgogne (1248-1308), comtesse de Tonnerre, fut sans postérité.

Littérature[modifier | modifier le code]

Dans la Divine Comédie, Dante Alighieri montre Charles d'Anjou dans le Purgatoire, « chantant en accord » avec Pierre III d'Aragon dans la vallée des princes négligents[5].

Héraldique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Charles of Anjou », Encyclopædia Britannica, 2010.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m (it) Peter Herde, « Carlo I d'Angiò, re di Sicilia », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 20, 1977. [lire en ligne].
  3. Jordan [1909], p. 459-460.
  4. Émile G. Léonard Les Angevins de Naples, p.72
  5. Purgatoire, VII, 112-114.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • A. de Saint-Priest, Histoire de la conquête de Naples par Charles d'Anjou, frère de saint Louis, Paris, 1847.
  • L. Cadier, Essai sur l'administration du Royaume de Sicile sous Charles Ier et Charles II d'Anjou, Paris, 1891.
  • E. Jordan, Les origines de la domination angevine en Italie, Paris, 1909, p. 410-615. [lire en ligne]
  • V. L. Bourilly, R. Busquet, La Provence au Moyen Age, Paris, 1924.
  • E.G. Léonard, Les Angevins de Naples, PUF, Paris, 1954.
  • Régis Rech, « Charles d'Anjou et le Limousin », in Bibliothèque de l'école des chartes, 2000, p. 443-473, [lire en ligne].
  • Noël-Yves Tonnerre et Élisabeth Verry, Les princes angevins du XIII° au XV° siècle, un destin européen, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004.
  • Georges Jehel, Charles d'Anjou (1226-1285) : un Capétien en Méditerranée, CAHMER Université de Picardie Jules Verne, 2005.
  • Michel Grenon, Charles d'Anjou Frère conquérant de Saint Louis, L'Harmattan, 2012.