Fraxinet

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Le Fraissinet ou Fraxinetum (en arabe : فرخشنيط Farakhshanit ou bien arabe : فرخسة Farakhsha ) était un site fortifié, traditionnellement situé à la Garde-Freinet, qui fut occupé par une garnison de soldats Sarrasins au Xe siècle jusqu'à leur éviction par Guillaume Ier de Provence en 973 après la bataille de Tourtour.

Selon l'historien Philippe Sénac, l'espace occupé par les Sarrasins était situé sur un territoire qui correspond actuellement aux hauteurs de Saint-Tropez en Provence et dépassait largement le cadre étroit d'un village[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot Fraissinet, actuellement Freinet, est un toponyme roman très courant venant du latin Fraxinetum qui signifie le frêne. Farakhshinit selon un chroniqueur arabe, ensuite Djabal al-Kilal selon quatre historiens arabes)

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon l'historiographie légendaire musulmane, dans les environs de 889 un navire transportant vingt aventuriers andalous jeta l'ancre dans le golfe de Saint-Tropez. Confiant dans la solidité de leur établissement, ils attirèrent des renforts depuis l'Espagne. Par la suite ce qui ne fut au début qu'un établissement pirate devint grâce à l’arrivée de nouveaux colons un véritable comptoir colonial, car la mise en valeur des terres était facile. Celui-ci couvrait une distance de soixante km environ soit l’ensemble du massif des Maures. Rapidement, le lieu fut reconnu comme une colonie dépendant de l’émirat d’Al-Andalus[2].

Depuis le Fraxinet, les Sarrasins menaient des raids dans toute la région jusqu'au Piémont en Italie.

Il faut attendre 942 pour qu'une première offensive sérieuse contre l'établissement sarrasin soit entreprise. L'établissement allait être envahi lorsque le roi Hugues mit un terme à l'offensive. Craignant de voir le roi d'Italie Bérenger s'emparer de son royaume, il conclut un traité avec les Sarrasins : ceux-ci devaient s'établir dans les Alpes pour empêcher toute invasion ennemie. C'est peut-être à la suite de cet accord qu'une partie de la communauté sarrasine s'implanta dans la vallée de l'Arc, la Maurienne[3],[4].

Fin 953 ou printemps 954, Jean de Gorze est envoyé en ambassadeur pendant deux ans, par Otton Ier (voir Otton Ier du Saint-Empire) au calife de Cordoue Abd al-Rahman III pour demander l'arrêt des attaques par les Sarrasins depuis Fraxinet.

Le plus célèbre de leurs méfaits en 972 fut l’enlèvement de l'abbé Mayeul de Cluny, légat du pape et ami intime de l’impératrice Adélaïde. Ceci provoqua la première expédition punitive contre Djabal al-Kilal une fois la rançon payée.

Les Sarrazins ont finalement été vaincus à la bataille de Tourtour en 973 par Guillaume Ier de Provence avec l'aide des seigneurs locaux[5].

À la différence d'autres peuplements plus sporadiques, celui-ci dura près d'un siècle et le Fraxinet ne constituait probablement pas un simple repaire de brigands mais bien un emplacement stratégique pour les musulmans qui semblaient vouloir « entraver les relations entre les cités marchandes italiennes et le reste de la chrétienté méridionale » et il n'est pas « du tout exclu que le Fraxinet ait été le théâtre d'une symbiose communautaire, ce qui tendrait à expliquer sa longévité »[6].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Sénac, Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du VIIIe siècle au XIe siècle, Sycomore, 1980, p.47, et « Les Musulmans en Provence au Xe siècle » dans Histoire de l'Islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, Albin Michel, 2006, p.26
  2. Jacques Dalmon, La Garde En Freinet, Universud, 1994
  3. Philippe Sénac, Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du VIIIe siècle au XIe siècle, Sycomore, 1980, pp.52-53
  4. « nous voyons ensuite le même prince, par une contradiction insigne, faire un traité d'alliance avec ces infidèles, et leur donner des terres dans les montagnes qui séparent l'Italie d'avec la Suisse, pour les opposer à Bérenger son ennemi : de là des traces de ces Africains dans les vallées de Maurienne, de Tarentaise et du Faussigny », François-Emmanuel Fodéré, Voyage aux Alpes Maritime, Levrault, 1821, t.1, p.45
  5. Philippe Sénac, Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du VIIIe siècle au XIe siècle, Sycomore, 1980, p.57
  6. Philippe Sénac, Provence et piraterie sarrasine, Maisonneuve et Larose, 1982, p.70

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Sénac, Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du VIIIe siècle au XIe siècle, Sycomore, 1980
  • Philippe Sénac, « Les Musulmans en Provence au Xe siècle » dans Histoire de l'Islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, sous la dir. de Mohammed Arkoun, Albin Michel, 2006
  • Jacques Dalmon, La Garde En Freinet, Universud, 1994

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