Ambigramme

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Vœux ambigrammes
Le mot ambigramme redevient lui-même après rotation.

Un ambigramme est la figure graphique d'un mot qui, vu sous une certaine symétrie ou avec une certaine rotation, donne soit le même mot, soit un autre mot.

L'existence d'ambigrammes est rendue possible par la capacité humaine à reconnaître des caractères réalisés de manière imparfaite. La réalisation d'ambigrammes est souvent un thème d'exercices dans les écoles de graphisme et nécessite la maîtrise des illusions d'optique et des symétries. C'est aussi un exercice de calligraphie au même titre que le calligramme.

Historique[modifier | modifier le code]

Chump, le premier ambigramme publié par The Strand en 1908.

L’ambigramme, bien que le terme n’ait été inventé que plus tard, apparaît à la fin du XIXe siècle, avec la possibilité technique de reproduire des écritures « dessinées » dans la presse et l’édition. En 1893, l’illustrateur américain Peter Newell publie un recueil de dessins réversibles qui, selon le sens où ils sont regardés, offrent des images différentes : Topsys and Turvys. À la dernière page, l’inscription THE END peut être lue à l’envers PUZZLE. Dans le second volume, publié en 1902, on peut lire THE END/PUZZLE 2.

En 1903, Gustave Verbeck crée The Upside-Downs Little Lady Lovekins and Old Man Muffaroo, une soixantaine de bandes dessinées où, pour savoir la suite, il faut tourner le dessin à l'envers, le texte étant écrit dans les deux sens.

De juin à septembre 1908, le journal britannique The Strand publie parmi ses Curiosités des ambigrammes de différents auteurs, généralement envoyés par des lecteurs. On considère encore qu’il s’agit de particularités propres à certains mots et on n’essaie pas encore de « forcer » la création d’ambigrammes en manipulant plus ou moins l’écriture. C’est dans cette optique qu’en 1969 Raymond Loewy crée le logo NEW MAN, qui tire parti de la réversibilité naturelle des lettres N, M/W, a/e. Dans les années 1970 apparaissent de nombreux logos ambigrammes.

De leur côté, les artistes américains John Langdon et Scott Kim travaillent sur l’ambigramme en pensant explorer un domaine nouveau, ce qui est vrai dans une certaine mesure. Douglas Hofstadter, universitaire, mène une réflexion approfondie sur l’ambigramme. C’est d’ailleurs à la suite de discussions avec ses amis qu’il invente le mot. En mars 2011, le dictionnaire de référence Oxford intègre dans sa base ce mot nouveau[1].

Les ambigrammes en langue anglaise sont de loin les plus nombreux sur la toile. Ainsi une recherche Google effectuée en septembre 2011 affichait 2 120 000 résultats pour le mot anglais ambigram contre 21 300 seulement pour ambigramme en français (presque 100 fois moins).

Si l'alphabet latin s'adapte relativement bien à cet exercice, les ambigrammes ne se limitent cependant pas à l'occident et l'on trouve des ambigrammes dans presque toutes les langues et systèmes d’écriture, y compris en chinois.

L'art des ambigrammes[modifier | modifier le code]

La qualité d'un ambigramme tient à sa lisibilité dans les deux sens, à son graphisme intrinsèque (calligraphie, typographie), et à la manière dont les éléments nécessaires à la lecture dans un sens (accents, signes diacritiques, ligatures et fioritures) s'intègrent à l'ensemble et ne perturbent pas la lecture dans l'autre sens.

Si beaucoup de mots peuvent être transformés en ambigramme, certains néanmoins se symétrisent mieux que d'autres. Ainsi en français les mots comme axe, apode ou nounou se retournent naturellement presque à l'identique avec une police typographique standard.

L'art des ambigrammes repose donc sur trois critères : d'abord le choix des mots avec la pertinence des significations, ensuite la cohérence dans l'association des caractères pour les combinaisons potentielles, enfin la réalisation proprement dite, c'est-à-dire l'élégance du dessin, la pureté du tracé et surtout la lisibilité.

Verlanwiki.jpg
Un ambigramme pivotant du mot ambigramme

L'exercice d'écriture d'un ambigramme est réputé assez difficile, pourtant il existe une multitude de styles valables pour un même mot, qui varient d'un artiste à un autre. Quand les débutants se contentent souvent d'un dessin plus ou moins grossier, mal équilibré et difficile à déchiffrer, les experts parviennent à faire naître l'esthétique à travers leur œuvre et, à donner au(x) mot(s) une existence visuelle à la fois évidente (comme un logo) et personnelle (créative). Avant d'être dessiné, un ambigramme peut être envisagé sous la forme d'un problème à résoudre. Des astuces existent que les érudits connaissent ou inventent, et une certaine expérience rentre aussi en ligne de compte dans la pratique. La notion essentielle et inhérente à l'art des ambigrammes est que plus un mot est beau ou intriguant, plus il attire. Et réciproquement, un mot décrypté avec une apparence particulière est jugé sur le plan esthétique. Mais pour l'artiste, il ne suffit pas d'intégrer au dessin des ornements et diverses enluminures pour rendre son sujet captivant, la difficulté consiste surtout à révéler des courbes harmonieuses à travers la structures des lettres, des indices utiles au décryptage, enfin une combinaison graphique cohérente pour l'ensemble.

Exemple de choix typographique en fonction d'un mot : Rond'

Rondanimeneutre.gif

Différents types[modifier | modifier le code]

Les ambigrammes appartiennent généralement à l'une de ces trois catégories : pivotant, miroir ou morphologique.

Ambigrammes pivotants[modifier | modifier le code]

Les ambigrammes pivotants, appelés aussi ambigrammes par rotation de 180°, sont lisibles à l'envers, et donc symétriques par rapport au centre. Ce sont les plus fréquents et ceux qu'on associe généralement au terme, bien que les ambigrammes ne se limitent pas exclusivement à cette catégorie.

Le dessin retourné peut alors générer soit le même mot, soit un mot nouveau.

Exemples d'ambigrammes pivotants où le mot reste lui-même : wikipedia

Ambigrama de Wikipedia.jpg

Exemple d'ambigramme pivotant où le mot change : Faux devient Vrai

Faux Vrai.jpg

Exemple d'ambigramme pivotant d'une date (également un palindrome) : 21 février 2012

Datewiki.jpg

Exemple d'ambigramme pivotant d'une opération mathématique :

91=90+01wiki.jpg

Exemple d'ambigramme pivotant, logo de la marque New Man, créé par le designer industriel Raymond Loewy :

Newman logo.gif

Ambigrammes miroirs[modifier | modifier le code]

Les ambigrammes miroirs, ou ambigrammes par réflexion, sont lisibles par une symétrie axiale (verticale ou horizontale). Quand l'axe de symétrie est vertical, le mot peut se lire à travers une vitre des deux côtés. Certains autocollants sont ainsi dessinés pour être décryptés recto-verso.

Temporairement, la façade de la Gare du Nord à Paris (hall d'accueil en verre des trains régionaux) : vu de l'extérieur, le mot « entrée » inscrit en écriture cursive au frontispice du bâtiment, se lisait « sortie » par transparence, à l'intérieur du hall[2].

Exemple d'ambigramme miroir, symétrique par rapport à un axe vertical : mon nom

Monnomwiki.jpg

Exemple d'ambigramme miroir, le logo du groupe suédois ABBA :

Logo ABBA.svg

Quand l'axe de symétrie est horizontal, l'ambigramme peut se lire à travers un miroir posé au sol, une surface réfléchissante comme l'eau d'un étang, etc.

Ambigrammes morphologiques[modifier | modifier le code]

D'autres ambigrammes non symétriques sont néanmoins doublement lisibles grâce à un jeu de morphologie. C'est le cas notamment des mots imbriqués, quand l'espace de séparation entre les lettres est discrètement utilisé afin de former d'autres lettres aux formes complémentaires, constituant ainsi un mot différent du premier. En anglais, le dessin You / Me de John Langdon entre dans ce répertoire. Pour qu'un ambigramme de ce type soit réussi, il faut que les deux mots se déchiffrent spontanément tout en donnant l'illusion d'un seul.

Toujours dans cette catégorie, on trouve des ambigrammes qui révèlent deux mots par la forme et la dispositions des lettres qui les composent. En anglais, un ambigramme classique de ce genre est la phrase Light is a wave (la lumière est une onde) qui devient Light is a particle (la lumière est une particule) lorsque le regard insiste et décompose le texte.

Peuvent être aussi considérés comme ambigrammes les mots qui se transforment en images, lorsque l'image entretient un lien étroit avec la signification du mot. Un exemple bien connu est le mot Liar en anglais (« menteur ») qui montre un visage de profil lorsqu'on incline légèrement la tête.

Enfin, tout dessin réalisé en vue de susciter une lecture multiple pour une écriture unique peut être assimilé à un ambigramme.

Exemple d'ambigramme morphologique en français : Lisible / Visible

Lisiblewiki.jpg

Exemples d'ambigrammes[modifier | modifier le code]

Les ambigrammes sont parfois utilisés dans des sigles et logos, par exemple :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.ambigram.com/ambigram-in-dictionary
  2. Six autres bâtiments publics du Xe arrondissement de Paris ont également accueilli ces œuvres dans le cadre de l'exposition « le sens de la visite », de Patrice Hamel. D'autres expositions du même auteur ont également consisté en l'affichage d'ambigrammes dans des lieux publics. patricehamel.org.
  3. Couverture de l'album
  4. Les Saisies
  5. Les ambigrammes de Gilles Esposito-Farèse

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Ambigrammes L'une des premières pages du web sur les ambigrammes, avec quelques références à Douglas Hofstadter