Boomerang

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Boomerang (homonymie).
Boomerang
Picto
Image illustrative de l'article Boomerang
Boomerang classique en bois

Un boomerang est un objet volant présentant au minimum deux pales, dotées de profils porteurs. La forme la plus connue comporte deux pales. Lancé à la main de façon à tourner sur lui-même, il vole en décrivant une trajectoire courbe et peut revenir vers son lanceur. La portance développée par les pales en rotation détermine en partie les caractéristiques de sa trajectoire.

Le boomerang serait dérivé du bâton de jet, arme ancienne (d'appellation moderne « killing stick »), qui se présente comme un bâton à lancer dont la forme aérodynamique et la mise en rotation permettent d'accroître la portée (jusqu'à 150 mètres). Initialement taillé dans du bois ou de l'os, un bâton de jet de chasse ou de guerre (?) est conçu pour voler en ligne droite. L'énergie accumulée en rotation stabilise la trajectoire de l'objet. Il ne revient pas vers son lanceur, même s'il manque son but.

Une variante de ce projectile possède la propriété de revenir vers son lanceur s'il est lancé correctement ; cette qualité devait être pour les aborigènes australiens l'occasion d'exercices de jeu et d'adresse. Pour la même raison, on s'intéresse aujourd'hui à ce type d'objet volant, ce qui explique que le terme « boomerang » s'entende généralement pour un objet volant revenant vers son point de départ.

Le boomerang n'est pas spécifique à l'Australie : le plus ancien objet connu présenté comme un boomerang, vieux de 23 000 ans, a été retrouvé en 1985 lors de fouilles archéologiques à Oblazowa en Pologne ; il s'agit d'un objet en ivoire. Le plus vieux boomerang en bois connu, daté de 11 000 ans, a été trouvé dans une tourbière à Wyrie Swamp en Australie. Plus récemment, des archéologues éthiopiens ont trouvé plusieurs spécimens dans la capitale, Addis-Abeba[réf. nécessaire]. Des objets coudés en bois recouverts d'or pouvant être des boomerangs ont été retrouvés en Égypte dans la tombe du pharaon Toutânkhamon (1 350 ans avant J.-C.).

Boomerangs australiens

Le boomerang pourrait être dérivé d'un outil agricole (servant à déterrer des racines alimentaires).

Appellation[modifier | modifier le code]

Le terme boomerang (prononcé /bu.m(ə).ʁɑ̃ɡ/)[1] de bumarin inventé et utilisé à l'origine par le peuple Aborigène des régions des Territoires du Nord et de Nouvelle-Galles du Sud, a été repris pour désigner des armes de guerre ou de chasse analogues existant dans d'autres régions d'Australie et du monde (où des objets comparables sont connus depuis des millénaires).

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Un boomerang « classique » de sport possède deux pales, reliées par un coude plus ou moins arrondi, ouvertes d'un angle variable (entre 60 et 120 degrés). Le modèle le plus courant est un coude d'un angle d'environ 107°. Les pales ont un profil d'aile d'avion, arrondi au bord d'attaque et plus plat vers le bord de fuite.

La corde de la pale est d'environ 50 mm, l'épaisseur du profil environ 5 à 8 mm (soit 10 à 16 % d'épaisseur relative). L'intrados du profil (le dessous pour une aile) est le plus souvent plat. L'envergure est de l'ordre de 40 à 50 cm, le poids varie entre 30 et 140 grammes, en moyenne 120 grammes. Le centre de gravité est situé quelque part dans le vide entre les deux pales.

Il existe des boomerangs de droitier et de gaucher, les bords de fuite et d'attaque sont alors inversés. Il existe des modèles à trois ou quatre pales, qui vont généralement moins loin mais qui reviennent à leur expéditeur plus facilement (le tripale particulièrement).

Fabrication[modifier | modifier le code]

La fabrication industrielle est en bois lamellé ou en matière plastique. Il est possible de réaliser des boomerangs dans de nombreux matériaux : bois, plastiques (polypropylène, ABS...), bakélite, fibre de verre, carbone, etc.

La fabrication d'un boomerang peut se faire à partir d'un plan[2]. Un patron de découpe, une planche de contreplaqué dense, de préférence avec beaucoup de couches (qualité marine, essence acajou ou moabi, ou bien bouleau type aviation), des outils à bois et quelques heures de travail suffisent à obtenir un modèle pour débutant. On peut tailler le profil à la râpe et le finir au papier de verre, en essayant régulièrement son travail jusqu'à satisfaction.

Lancer du boomerang[modifier | modifier le code]

Précautions[modifier | modifier le code]

  1. Faire attention aux spectateurs qui doivent rester à distance suffisante ; un boomerang vole vite, il peut surprendre et blesser des personnes ne connaissant pas la trajectoire en courbe d'un boomerang,
  2. S'assurer d'un espace libre suffisamment grand pour ne pas risquer de heurter tout objet ou surface,
  3. Estimer la force du vent : ne pas le lancer si le vent est trop fort.

Technique[modifier | modifier le code]

  1. Repérer la direction du vent et se placer face à celui-ci. Le lancer s'effectue sous un angle de 45° par rapport au vent.
  2. Tenir le boomerang de manière que, bras à l'horizontale devant soi, il soit perpendiculaire au sol.
  3. Ramener le bras derrière la tête, puis lancer le boomerang en cherchant à ce qu'il ait une trajectoire parallèle au sol, tout en lui imprimant un mouvement de rotation sur lui-même.
  4. Analyser la trajectoire de retour :
    1. le boomerang revient directement dans les mains : bravo !
    2. si le boomerang tombe devant le lanceur, le relancer dans une direction qui forme un angle plus fermé avec la direction du vent.
    3. si le boomerang tombe derrière le lanceur, le relancer dans une direction qui forme un angle plus ouvert avec la direction du vent.

Le retour du boomerang[modifier | modifier le code]

Boomerangs modernes

Un boomerang a une trajectoire courbe, il est construit et lancé de telle sorte qu'il revienne vers son point de départ.

Portance de pales[modifier | modifier le code]

Les pales du boomerang produisent des forces aérodynamiques :

  • la portance, perpendiculaire au plan de la pale ;
  • la traînée, dirigée dans le plan de la pale et vers l'arrière, freine l'engin et ralentit sa rotation (mais n'intervient pas dans le retour).

Ces forces aérodynamiques dépendent de la vitesse de translation (par rapport à l'air) et de la vitesse de rotation.

Avec un lancement dans un plan strictement vertical, la portance se traduit par une force strictement latérale, dans un sens dépendant du profil de l'aile. Typiquement, un boomerang pour droitier lancé dans un plan vertical produit une portance vers la gauche. On va voir maintenant comment cette force va incurver la trajectoire vers la gauche.

Pale avançante et reculante[modifier | modifier le code]

Comme le boomerang se déplace en rotation, la vitesse dans l'air est plus importante pour la pale supérieure (avançante) que pour la pale inférieure (reculante). La pale supérieure développe une plus grande portance aérodynamique que la pale inférieure.

Ce phénomène est connu, notamment à cause du problème de stabilité des hélicoptères qu'il a posé et qu'il a fallu résoudre : à cause de la différence de portance, le plan de rotation de pales s'incline sur le côté. Si le calage (l'incidence) des pales d'un hélicoptère en translation était fixe, il basculerait sur le côté.

La même chose se produit pour le boomerang : le plan de rotation s'incline autour de l'axe parallèle à la vitesse de l'engin ; si le plan de rotation est vertical, il tend à se coucher, et la portance, d'abord dirigée vers la gauche, bascule vers le bas.

Effet gyroscopique[modifier | modifier le code]

Mais (et heureusement) les choses ne se passent pas comme cela à cause de la précession gyroscopique : grâce aux effets d'inertie dus à la rotation, le basculement sur le côté s'accompagne d'un mouvement dit de « précession », décalé de 90 degrés dans le sens de la rotation, ayant pour effet de faire tourner vers la gauche le plan de rotation. Ce qui réoriente la force de portance vers l'intérieur du virage. C'est grâce à cet effet que le boomerang suit une trajectoire courbe et revient vers le lanceur.

Trajectoire du boomerang[modifier | modifier le code]

En résumé, pour un boomerang de droitier lancé verticalement :

  • la rotation initiale est sur un axe horizontal, pale avançante en haut, pale reculante en bas,
  • la portance est une force dirigée vers la « gauche » (par rapport à la trajectoire initiale),
  • la portance étant asymétrique (plus forte en haut qu'en bas), elle produit une rotation de l'axe de rotation du boomerang : le haut s'incline vers la gauche, le bas s'incline vers la droite (pour anticiper cet effet, le lancement ne doit pas être strictement vertical)
  • cette inclinaison provoque une précession : l'avant s'incline vers la gauche, l'arrière s'incline vers la droite
  • ce qui déplace l'axe de la portance : elle ne s'exerce plus vers la « gauche », mais vers « l'intérieur » de la trajectoire, ce qui lui fait jouer le rôle d'une force de rappel et ramène le boomerang vers son lanceur.

La trajectoire n'est pas circulaire, parce que la force de rappel n'est pas fixe mais dépend de nombreux paramètres.

Le réglage du retour[modifier | modifier le code]

Les paramètres qui influent sur le phénomène de retour sont :

  • les caractéristiques physiques du boomerang :
    • le poids (comme tout projectile),
    • le moment d'inertie du boomerang (plus il est fort, plus la précession et donc l'effet de retour sont forts),
    • le profil des pales (qui conditionne la portance),
  • les paramètres de lancement :
    • la vitesse initiale, qui influe également sur la portance (plus de vitesse = plus de portance)
    • le plan de lancement (plus il est vertical, plus la courbure de la trajectoire se produit tôt)
    • la vitesse de rotation (plus elle est forte, plus la différence de portance est grande, et plus le retour est marqué).

Il faut aussi tenir compte du vent.

Retour et rattrapage du boomerang[modifier | modifier le code]

Un boomerang mal rattrapé peut blesser les mains du lanceur : il vaut mieux rattraper un boomerang avec les mains à l'horizontale, si besoin avec des gants.
Une image connue montre une pomme posée sur la tête du lanceur (Barnaby Ruhe, USA) au moment où elle est coupée en deux par le retour du boomerang. La pomme était prédécoupée, mais cela ne réduit en rien le mérite du lanceur qui réussit là un tour assez spectaculaire.

Pratique sportive[modifier | modifier le code]

La pratique sportive du boomerang fait l'objet de compétitions un peu partout dans le monde, comportant différents types d'épreuves. Suivant celles-ci, le classement s'établit en fonction de la longueur de la trajectoire, de sa précision, de sa durée, de la vitesse, ou de rattrapages imposés. Il existe une coupe du monde depuis 1988 tous les deux dans un pays différent et une fédération internationale gère le règlement des épreuves ainsi que l'homologation des records.

Les différents type d'épreuve[modifier | modifier le code]

Chaque épreuve a souvent son boomerang bien spécifique permettant d'atteindre plus facilement les objectifs de l'épreuve.

  • La vitesse : il s'agit de rattraper le boomerang 5 fois en un minimum de temps (*)
  • L'endurance : il faut rattraper le boomerang un maximum de fois en l'espace de 5 minutes (*)
  • La précision : il s'agit de faire tomber (pas de rattrapage) le boomerang le plus près du centre de la cible (au sol) depuis laquelle on le lance (*)
  • Le M.T.A. (Maximum de Temps en l'Air) : il s'agit de lancer le boomerang afin qu'il vole le plus longtemps possible. On utilise des boomerangs assez typés avec une pale plus longue que l'autre, et très légers
  • La distance : il s'agit d'envoyer le boomerang le plus loin possible tout en le rattrapant
  • Lancers consécutifs (ou rattrapages) : il s'agit de lancer (et rattraper) le boomerang le plus de fois possibles, consécutivement (*)
  • L'acrobatique (ou Free-style) : il s'agit de faire des figures en rattrapant le boomerang
  • L'Aussie-Round : épreuve complète associant une épreuve de distance, de précision et de rattrapages
  • etc...

(*) le boomerang doit parcourir une distance de 20 m minimum depuis le lieu du lancer

Records de France[modifier | modifier le code]

  • Vitesse (sur 5 rattrapages) : 15,03 secondes - Grégory Bisiaux (Lyon, 1991)[3]
  • Endurance (sur 5 minutes) : 80 rattrapages - Yves Caze (Dijon, 1998)
  • Aussie round : 94 pts / 100 - Charles Richard (Lausanne, 2003)
  • Maximum de temps en l'air : 71,49 secondes - Sonia Appriou (WBC Roma, 2010)
  • Précision : 95 pts /100 - Rémy Chauveau (Sancoins, 2006)
  • Figures acrobatiques : 179 pts - Stéphane Gigon (Charleville M., 2001)
  • Distance : 166 mètres - Antoine Hernandez (Mühlacker, 2001)

Le boomerang dans les arts[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Le boomerang est évoqué plutôt rarement dans la littérature. Il y apparaît parfois comme une arme presque surnaturelle, capable de frapper et de revenir quand même, ce qui est physiquement impossible en cas de choc contre un corps de masse comparable ou supérieure à celle du boomerang :

  • Dans la partie 2, chapitre XVI du roman les Enfants du capitaine Grant de Jules Verne paru en 1868, il est relaté un épisode d'une chasse au boomerang se déroulant en Australie ; l'arme revient à son envoyeur après avoir frappé une douzaine de cacatoès
  • Dans les comics Batman les batarang utilisés par le justicier s'apparentent à des boomerangs.
  • Dans Tintin en Amérique (Hergé, 1932) un bandit neutralise un complice, afin de l'empêcher de parler à Tintin, par le jet d'un boomerang qui lui revient ensuite dans les mains.
  • Dans une planche de la bande dessinée Gaston Lagaffe, Gaston envoie quelque chose par la fenêtre, Fantasio lui demande, Gaston ne se le rappelle plus mais à la fin de la planche, il parait évident que c'était un boomerang, que Gaston manque de se prendre dans la tête.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Dans le film Mad Max 2 (1981), un des personnages utilise un boomerang aux bords tranchants. Lors d'un assaut sur le fortin défendu par Max un des sbires de la bande d'Humungus a les doigts tranchés en tentant d'attraper le boomerang en plein vol.
  • Dans le film Le Dîner de cons, un « con », collectionneur de boomerangs, est assommé par son propre boomerang.
  • Dans le film Bagdad Café, un jeune backpacker lance son boomerang autour du réservoir d'eau emblématique du film. Plus tard, le boomerang heurtera le réservoir, présageant des difficultés à venir.
  • Dans un épisode de Picsou, Donald se fait frapper par un boomerang d'un indigène australien, qui le ramène à son lanceur.
  • Dans "Sherlock (série télévisée)", l'une des affaires résolues concerne un homme qui, dans un moment d'inattention, se fait tuer par le boomerang qu'il vient lui-même de lancer.

Musique[modifier | modifier le code]

Jeu vidéo[modifier | modifier le code]

  • Le boomerang est l'un des objets principaux de la série The Legend of Zelda.
  • Un boomerang à quatre pales, la croix (holy cross) figure parmi les armes secondaires récupérables de la série Castlevania .
  • Le boomerang est disponible sous de nombreuses formes en tant qu'arme principale dans le jeu gamecube: Ty, le Tigre de Tasmanie.
  • Le boomerang est aussi une arme de jet de la civilisation égyptienne dans le jeu de stratégie Ancient Wars: Sparta.
  • Le boomerang est l'arme de prédilection du personnage Hope de Final Fantasy XIII .
  • Le boomerang est largement utilisé par le joueur dans le jeu post-apocalyptique Rage . Il peut décapiter une série d'adversaire en ligne et revenir par la gauche.
  • Le boomerang est l'arme d'un champion féminin, Sivir dans le jeu League of Legends, il possède 4 pâles.
  • Le boomerang est lune des armes de Tombi (il est disponible en bois ou en pierre) dans le jeu Tombi!

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « boomerang » est la transcription anglaise d'un mot ou d'une expression à la langue indigène des Aborigènes d'Australie (wo-mur-rang) dont la signification exacte n'est pas clairement établie ; les dictionnaires français font mention de l'usage des graphies : bommerang, bommereng, boumerang, boomarang, boomerang.
  2. article de la revue Pour la Science (n° 19 de mai 1979), Les boomerangs ! Comment les construire et les faire voler, par Jearl Walker.
  3. France Boomerang Fédération

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Frisbee : disque (ou anneau) volant utilisé aussi comme jeu

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Boomerang - Histoire, Lancer, Fabrication, Competition, Porquet Jean-Luc & Pouillet Dominique, Éditions Hoebeke, 1986 - 137 pages - ISBN 2-905292-06-7 (ouvrage épuisé)
  • Les armes du monde entier, De 5000 avant J.-C. à 2000 après J.-C., Éditions Albin Michel 1982
  • Magie du boomerang, Jacques Thomas, 245 pages-ISBN 2-9500630-0-4
  • Les boomerangs d'un pharaon (Toutankhamon), Jacques Thomas, - ISBN 2-9500630-1-2 - also published in English - ISBN 2-9500630-2-0
  • L'Essentiel du boomerang, éd. Chiron, de Didier Bonin et Olivier Duffez
  • Boomerang collection, Serge d'Ignazio, éditions du Pécari, ISBN 2-912848-35-0 (version française) - ISBN 2-912848-41-5 (version anglaise)
  • L'aerodinamica del boomerang, Felix Hess, article sur " Le Scienze" no 8, 1968 (it)