Hangeul

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Hangul, Hanja.png Cette page contient des caractères coréens. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.
Hangûl
Hangeul.svg

Hangeul 한글
Romanisation révisée Hangeul
McCune-Reischauer Han’gŭl

Le hangeul ou hangûl (chosŏn’gŭl en Corée du Nord) est l’alphabet officiel du coréen, en Corée du Nord et en Corée du Sud[1]. Le hangeul est fréquemment cité pour son histoire particulière et ses qualités linguistiques qui lui valent d’être parfois présenté comme l'un des systèmes d’écritures les plus scientifiques au monde[2].

Le terme hangeul (諺文/한글), signifie, d'après les caractères hanja : Écriture ou langue (/글/geul) des proverbes (/한/han)).

Histoire[modifier | modifier le code]

découpage des caractères hangul dans l'écriture 'phags-pa, utilisée par les mongols et comparaisons

Inventé par le roi Sejong le Grand vers 1443 pour favoriser l’alphabétisation du peuple[3] puis promulgué par lui en 1446 en remplacement des hanja (caractères chinois utilisés jusque-là).

Le dessin des caractères est lié aux caractéristiques des sons qu'ils représentent et décrit la forme prise par les organes vocaux. Selon Gari Ledyard (en), cinq consonnes de base (ㄱ,ㄷ,ㄹ,ㅂ,ㅈ) seraient dérivées de l'écriture 'phags-pa, qui avait été utilisée par les dirigeants mongols de la dynastie Yuan, régnant sur la Chine entre 1270 et 1360[4].

Cette écriture est interdite en 1504 par son successeur, Yeonsangun, et enfin réhabilitée en 1894[5]. Son emploi se généralise à la fin de la Seconde Guerre mondiale et permet d’atteindre très rapidement des taux d’alphabétisation parmi les plus élevés du monde à cette époque, dans les deux Corées[5],[6].

XVe siècle : contexte de création du hangeul[modifier | modifier le code]

La langue coréenne s’est développée oralement pendant des siècles, elle ferait partie de la famille controversée des langues altaïques. Les similitudes avec les langues japonaises ont été étudiées.

À partir du VIe siècle, sous l’influence de la Chine et du bouddhisme, des systèmes de transcription du coréen en caractères chinois, appelés hanja en coréen, se sont développés : Idu, Kugyol et Hyangch'al.

Quand Sejong, quatrième roi de la dynastie Yi, accéda au trône, le territoire du royaume occupait la plus grande partie de la péninsule coréenne. Cependant, seules l’aristocratie et l’administration avaient assez d’éducation pour apprendre à lire les hanja, en raison de la complexité de ce système d'écriture (plusieurs dizaines de milliers de caractères)[7]. Sejong voit dans cette situation le nœud du problème de l’illettrisme du peuple[8], qui, du dire même des détracteurs du hangeul, a posteriori, « permet de transcrire et de lire directement les jugements dans la langue commune » et risque de « susciter, chez ce même public de gens simples, une pléthore de plaintes et de récriminations ».

Sejong s’étant entouré de savants spécialistes de divers domaines scientifiques (une tradition confucéenne d’érudition des souverains), et ayant mené avec succès plusieurs réformes, il élabore alors le hangeul, qu’il nomme Hunmin jongum (훈민정음/訓民正音, les « sons corrects pour l’éducation du peuple »), qu’il dévoile et promulgue le 9 octobre 1446 dans un ouvrage portant le même nom, assez court et rédigé en chinois classique. La nouvelle écriture rencontre dès ses premiers jours une forte opposition des intellectuels qui considèrent les hanja comme la seule écriture légitime pour transcrire le coréen et la baptisent de plusieurs noms plus ou moins méprisants (comme onmun (언문), écriture vernaculaire). Puis, plus tard, c’est au tour des gouvernements successifs d’être hostiles au hangul.

L’élaboration du Hunmin jongum s’est probablement faite en secret et sans l’aide de l’académie de Sejong, contrairement à ce qui a longtemps été enseigné[9]. Les conseillers les plus conservateurs lui ont d’ailleurs fortement reproché de l’avoir inventé secrètement, sans consulter aucun savant, peut-être par peur de l’opposition des classes cultivées ; tout porte à croire qu’en matière de phonétique, aucun intellectuel du pays n’égalait le roi Sejong dont l’intérêt dans ce domaine le poussera, après la divulgation du hangeul, à envoyer treize fois ses savants consulter un grand phonéticien chinois exilé à la frontière sino-coréenne[réf. nécessaire].

Étant établi que Sejong avait quelque connaissance des écritures tibétaine, mongole et japonaise, elles aussi remplaçant des caractères chinois, il est parfois suggéré qu’il se soit inspiré des deux premières[4]. Cependant, concernant la logique sous-jacente au tracé hangeul, son travail est, même à présent, novateur.

XVIe-XIXe siècles : interdiction[modifier | modifier le code]

En 1504, le roi Yeonsangun interdit l’usage et l’apprentissage du hangeul après avoir été moqué et critiqué en hangeul. Il bannit les documents rédigés avec cet alphabet. En 1506, le roi Jungjong (Chungjong) supprime le ministère de l’écriture vernaculaire. Le hangeul se perpétue ensuite grâce aux femmes et aux sujets non éduqués, qui n’ont pas accès aux études chinoises. À partir du XVIIe siècle, le hangeul fait naître la littérature romanesque féminine, mais reste méprisé dans les secteurs officiels du pays.

XIXe siècle à nos jours : réhabilitation[modifier | modifier le code]

En 1894, les autorités japonaises imposent au royaume de Joseon la réforme administrative dite de l'an Kabo (1894 dans le calendrier chinois) qui prévoit l'abandon du système administratif à la chinoise ainsi que l'adoption du coréen moderne comme langue officielle en lieu et place du chinois écrit. Il est adopté dans les documents administratifs pour la première fois, peu avant que le Japon ne fasse de la Corée un protectorat, puis l’annexe. Le terme hangeul est utilisé pour la première fois en 1912 par Chu Si-gyeong (주시경/周時經) et signifie à la fois la grande écriture en coréen archaïque et écriture de la Corée en coréen moderne. Le hangeul fait partie de la résistance, et à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon vaincu, l’écriture prend son essor et permet d’alphabétiser rapidement l’ensemble de la population malgré la partition du pays. Il s'impose définitivement lorsque les Coréens accèdent au lycée et à l'université, les caractères chinois se révélant trop complexes. À partir de 1995, les journaux coréens cessent d'employer ces sinogrammes[10].

Le 9 octobre, jour de la commémoration de la promulgation du hangeul, est en Corée du Sud, un jour de fête appelé « journée du Hangeul » (한글날). En Corée du Nord, son équivalent, la « journée du Chosŏn'gŭl » (조선글날), est célébrée le 15 janvier.

Aujourd’hui, les hanja sont encore utilisés et enseignés, mais la majorité des écrits coréens contemporains sont en hangeul. Les hanja peuvent être utilisés pour distinguer des homophones (très souvent homographes en hangeul), pour ajouter des nuances ou par parti pris.

En 2009, les autorités de la ville indonésienne de Bau-Bau ont décidé d’adopter et d’adapter le hangeul pour écrire leur langue, le cia-cia[11].

Description de l’écriture[modifier | modifier le code]

Le hangeul comprend 40 lettres, appelées jamos (자모, hanja : 字母, les caractères mères).

Les jamos[modifier | modifier le code]

Les jamos sont divisés en plusieurs catégories :

  • 14 consonnes de base (자음/子音 jaeum)
  • 5 consonnes doubles (쌍자음/雙子音 ssang jaeum)
  • 10 voyelles de base (모음/母音 moeum)
  • 11 voyelles composées (쌍모음/雙母音 ssang moeum)

Par ailleurs on distingue :

  • 11 groupes de consonnes (복자음/複子音 bok jaeum)

Voici un tableau classant toutes ces lettres.

  • Dans la première colonne figurent les jamos.
  • Dans la deuxième colonne, les noms des jamos
  • Dans la troisième colonne, la romanisation révisée.
  • Dans la quatrième colonne, la prononciation approximative des jamos.
  • Dans la dernière colonne, la prononciation selon l’alphabet phonétique international.
Hangeul Jamo 한글 자모
Lettres de base
Consonnes Voyelles
Jamo Nom Rom. Pron. API Jamo Nom Rom. Pron. API
기역 (giyeok) g gu [g-] (a) a a [-a-]
니은 (nieun) n n [n-]/[-n] (ya) ya ya [-ja-]
디귿 (digeut) d d [d-] (eo) eo o (o ouvert) [-ʌ-]
리을 (rieul) r (devant une voyelle),
l
r/l [ɾ-]/[-ʎ] (yeo) yeo yo (o ouvert) [-jʌ-]
미음 (mieum) m m [m-]/[-m] (o) o ô [-o-]
비읍 (bieup) b b [b-] (yo) yo [-jo-]
시옷 (siot) s s [s-] (u) u ou [-u-]
이응 (ieung) ng ng [-ŋ] (yu) yu you [-ju-]
지읒 (jieut) j dj [tɕ-] (eu) eu eu [-ɯ-]
치읓 (chieut) ch tch [tɕʰ-] (i) i i [-i-]
키읔 (kieuk) k kh [kʰ-]/[-k̚]
티읕 (tieut) t th [tʰ-]/[-t̚]
피읖 (pieup) p ph [pʰ-]/[-p̚]
히읗 (hieut) h h [h-]
Lettres composées
Consonnes doubles Voyelles composées
Jamo Nom Rom. Pron. API Jamo Nom Rom. Pron. API
쌍기역 (ssanggiyeok) kk k appuyé [kʼ-]/[-k̚] (ae) ae è [-ɛ-]
쌍디귿 (ssangdigeut) tt t appuyé [tʼ-]/[-t̚] (yae) yae [-jɛ-]
쌍비읍 (ssangbieup) pp p appuyé [pʼ-]/[-p̚] (e) e é [-e-]
쌍시옷 (ssangsiot) ss s appuyé [sʼ-]/[-t̚] (ye) ye [-je-]
쌍지읒 (ssangjieut) jj tch appuyé [tɕʼ-]/[-t̚] (wa) wa wa [-wa-]
Groupes de consonnes (wae) wae [-wɛ-]
Jamo Nom Rom. Pron. API (oe) oe wi [-wi-]
기역 시옷 (giyeok siot) ks x [-k̚]/[-ks-] (weo) weo wo (o ouvert) [-wʌ-]
니은 지읒 (nieun jieut) nj ndj [-n]/[-ntɕ-] (we) we [-we-]
니은 히읗 (nieun hieut) nh nh [-n]/[-nx-] (wi) wi wi [-wi-]
리을 기억 (rieul giyeok) lg lg [-ʎ]/[-ʎg-] (ui) eui euil [-ɰi-]
리을 미음 (rieul mieum) lm lm [-ʎ]/[-ʎm-]
리을 비읍 (rieul bieup) lb lb [-ʎ]/[-ʎb-]
리을 시옷 (rieul siot) ls ls [-ʎ]/[-ʎs-]
리을 티읕 (rieul tieut) lt lt [-ʎ]/[-ʎtʰ-]
리을 피읖 (rieul pieup) lp lph [-ʎ]/[-ʎpʰ-]
리을 히읗 (rieul hieut) lh lh [-ʎ]/[-ʎx-]
비읍 시옷 (bieup siot) bs ps [-p̚]/[-ps-]
  • 1. Certaines consonnes se prononcent différemment selon qu’elles se trouvent au début ou à la fin des syllabes qu’elles forment. Par exemple, se prononce « gu » dans (gi) et « k » dans (yeok)
  • 2. La syllabe «  » ne se prononce pas si mais shi (un peu comme le son chi en français). La transcription de cette syllabe par la romanisation révisée du coréen donne si alors que la méthode Mc-Cune-Reichauer écrit « shi ».
  • 3. Les groupes de consonnes sont toujours placés à la fin d’une syllabe. Si la syllabe est suivie par une consonne, seule la première consonne est prononcée. Si la syllabe est suivi d’une voyelle, les deux consonnes du groupes sont prononcés, la deuxième réalisant une liaison avec la voyelle qui suit.

Exemple : « 없다 » se lira eobda (le n’est pas prononcé) alors que « 없어 » se lira eopseo (le est prononcé).

Ordre alphabétique[modifier | modifier le code]

L’alphabet coréen ne mélange pas les consonnes et les voyelles. Comme aucun mot ne commence graphiquement par une voyelle, l’ordre des consonnes est le plus important puisque c’est celui qui est utilisé pour classer les mots dans un dictionnaire. L’ordre des voyelles vient ensuite pour classer les mots commençant par la même consonne.

Une page du Hunmin Jeongeum.

1446, Hunmin Jeongeum[modifier | modifier le code]

Lors de la publication du Hunmin Jeongeum en 1446, l’alphabet coréen comptait 28 lettres au total. Les savants établirent donc le premier ordre alphabétique du hangeul qui changera de nombreuses fois au cours de son histoire.

Ordre alphabétique des consonnes en 1446 :

Ordre alphabétique des voyelles en 1446 :

Les lettres désuètes seront vues plus en détail dans la partie Jamos désuets.

1527, Choe Sejin[modifier | modifier le code]

En 1527, le linguiste coréen Choe Sejin (최세진/崔世珍) réorganisa l’alphabet en séparant les différents types de jamos.

Dans l’ordre des consonnes, les vélaires sont en premiers, suivies des alvéolaires, des bilabiales, des fricatives puis des glottales. Les consonnes aspirées sont mises à la fin. Dans l’ordre des voyelles, celles qui ont une diphtongue formée par i- (, , et ) sont au début et chacune est suivie par la diphtongue correspondante.

Ordre alphabétique des consonnes en 1527 :

Ordre alphabétique des voyelles en 1527 :

1751, Hong Gyehui[modifier | modifier le code]

En 1751, Hong Gyehui (홍계희/洪啓禧) propose le remplacement des jamos par en raison de la prononciation voisine, et par puisque le ne s’utilise qu’en fin de syllabe et qu’en début.

L’alphabet se réduit donc à 25 lettres.

Ordre alphabétique des consonnes en 1751 :

Ordre alphabétique des voyelles en 1751 :

1907, L’Institut de recherche de l’écriture nationale[modifier | modifier le code]

Un très petit changement eut lieu en 1907 du fait de l’Institut de Recherche de l’Écriture Nationale de Corée (국문연구소/國文硏究所). Le ieung a été déplacé au tout début de l’alphabet.

Ordre alphabétique des consonnes en 1907 :

Ordre alphabétique des voyelles en 1907 :

1933, Hangeul Matchumbeop[modifier | modifier le code]

En 1933, la Société de linguistique coréenne, fondée par Ju Si-gyeong (주시경/周時經), établit les règles orthographiques et grammaticales du coréen dans un document intitulé Hangeul Matchumbeop (한글 맞춤법 Orthographe du coréen). Il y est inclus un nouvel ordre alphabétique : le est devenu (le trait le plus haut a disparu) et est revenu à son emplacement d’origine, la voyelle a été supprimée.

Ordre alphabétique des consonnes en 1933 :

Ordre alphabétique des voyelles en 1933 :

En Corée du Nord[modifier | modifier le code]

Lorsque les deux Corées proclamèrent le hangeul comme étant leur écriture officielle, l’ordre fut arrangé pour pouvoir contenir les nouveaux jamos créés (consonnes doubles et voyelles composées).

Il existe aujourd’hui deux ordres alphabétiques coréens : celui de la Corée du Nord et celui de la Corée du Sud.

Ordre alphabétique des consonnes :

Le premier correspond au son -ng, le second est la consonne vide.

Ordre alphabétique des voyelles :

Nous remarquons que le classement des lettres est similaire aux précédents. Les nouveaux jamos ont simplement été ajoutés en fin d’alphabet dans le souci de respecter les ordres traditionnels.

En Corée du Sud[modifier | modifier le code]

Ordre alphabétique des consonnes :

Ordre alphabétique des voyelles :

Cet ordre diffère beaucoup de celui des anciens classements. Les lettres similaires ont été groupées, ce qui fait que les nouveaux jamos se sont retrouvés mélangés avec les lettres de base, contrairement au classement de Corée du Nord.

Dans les deux cas, les groupes de consonnes sont ignorés.

Origine des jamos[modifier | modifier le code]

Dans le Hunmin Jeongeum, le roi Sejong le Grand expliqua que la création des jamos avait été inspirée par la forme de la bouche et les principes du Yin et du Yang.

Consonnes[modifier | modifier le code]

Dans l’alphabet coréen, les cinq consonnes , , , , symbolisent cinq différents types d’articulation des consonnes utilisés en coréen qui sont respectivement les vélaires, les alvéolaires, les bilabiales, les fricatives et les glottales.

À ces cinq consonnes sont ajoutés des traits qui peuvent symboliser soit une aspiration, soit un appui de la consonne.

Nous allons voir plus en détail ces cinq consonnes principales ainsi que les autres consonnes issues de celles-là.

  • Les consonnes vélaires (아음/牙音 a-eum « sons des molaires »)
    • [k], ce jamo représente la forme de la langue au moment où l’on produit le son en question
    • [kʰ], le trait horizontal au milieu du représente l’aspiration ajoutée au son [k]
  • Les consonnes alvéolaires (설음/舌音 seol-eum « sons de la langue »)
    • [n], ce jamo représente la forme de la langue au moment où l’on produit le son en question
    • [t], le trait horizontal au-dessus du représente le léger appui du son [n]
    • [tʰ], le trait horizontal au milieu du représente l’aspiration ajouté au son [t]
    • [r]/[l], le au-dessus du représente le léger repli de la langue pour articuler cette consonne.
  • Les consonnes bilabiales (순음/唇音 sun-eum « sons des lèvres »)
    • [m], ce jamo représente les lèvres qui doivent se toucher pour produire le son en question
    • [p], les deux traits verticaux au-dessus du représentent l’occlusivité de la bilabiale
    • [pʰ], le trait horizontal au-dessus du (qui est la simplification du ) représente l’aspiration ajoutée au son [p]
  • Les consonnes fricatives (치음/齒音 chi-eum « sons des dents »)
    • [s], ce jamo représente le contact entre les dents de la mâchoire inférieure et celles de la mâchoire supérieure, contact nécessaire pour produire le son en question
    • [c], le trait horizontal au-dessus du représente le son [t] prononcé avant le son [s], ce qui donne [ts] ; en effet, le jamo se prononçait anciennement [ts] avant d’évoluer vers [c]
    • [cʰ], le trait horizontal au-dessus du représente l’aspiration ajoutée au son [ts] ; pour la même raison que précédemment, est passé du son [tsʰ] à [cʰ]
  • Les consonnes glottales (후음/喉音 hu-eum « sons de la gorge »)
    • [ŋ], ce jamo représente l’ouverture de la bouche pour produire le son en question
    • [h], le trait horizontal au-dessus du jamo désuet (qui lui-même possède un trait horizontal au-dessus du pour le coup de glotte) représente la consonne aspirée

Voyelles[modifier | modifier le code]

Pour la création des voyelles, trois traits différents sont nécessaires :

  • le trait horizontal représentant la Terre (Yin) ;
  • le point symbolisant le Soleil (Yang) ;
  • le trait vertical correspondant à l’Homme.

La Terre et le Soleil sont deux forces opposées mais complémentaires, suivant le principe du Yin et du Yang. L’Homme est l’élément neutre.

Avec le temps, le point est devenu un trait court, soit horizontal (dans ) soit vertical (dans ).

Nous allons distinguer deux catégories de voyelles simples :

  • celles qui peuvent produire une diphtongue en [i-] (, , , )
  • et celles qui ne peuvent pas (, ).

Les jamos du premier ensemble sont composés chacun d’un long trait horizontal ou vertical auquel on ajoute un point (aujourd’hui, un trait court). Leur diphtongues respectives (, , , ) sont créées qu’en ajoutant un trait de plus.

Les jamos de l’autre ensemble sont soit le trait horizontal seul ( [eu]) soit le trait vertical seul ( [i]).

En sachant que les directions du Yin sont la gauche et le bas, celles du Yang la droite et le haut, nous pouvons distinguer, parmi les quatre jamos , que les voyelles Yin sont , et les voyelles Yang sont , .

Pour symboliser les diphtongues [w-] présentes en coréen, de nouvelles lettres furent créées. Il s’agit de l’association des jamos ou avec une autre voyelle. Le s’associe avec les voyelles Yin, avec les voyelles Yang. Six diphtongues en [w-] ont été ainsi créées :

  • , , , , , .

Enfin, les jamos , et servaient autrefois à représenter les diphtongues respectives [ai], [ɔi] et [øi]. En coréen moderne, la prononciation de est devenue [ε], et la prononciation de est devenue [e].

Voici un tableau récapitulatif des différentes catégories de voyelle.

  • Voyelles simples
    • Voyelles horizontales
    • Voyelles verticales
  • Voyelles composées
    • Diphtongues [-i]
      • + (ancienne prononciation : [ai] ; moderne : [ε])
      • + (ancienne prononciation : [ɔi] ; moderne : [e])
      • +
    • Diphtongues [w-]
      • Yin
        • +
        • +
        • +
      • Yang
        • +
        • +
        • +
    • Diphtongues [i-]

Jamos désuets[modifier | modifier le code]

De nombreux jamos ont servi à transcrire le chinois médiéval. Avec le temps, ces lettres furent oubliées. Cependant, certains dialectes coréens[Lesquels ?] utilisent encore des jamos désuets pour transcrire les phonèmes perdus du dialecte de Séoul.

Consonnes de base et consonnes doubles[modifier | modifier le code]

Jamo Nom IPA Prononciation
반시옷 bansiot ʝ͂ z
옛이응 yesieung ŋ ng
된이응 doenieung ʔ coup de glotte
가벼운 비읍 gabyeoun bieup f f
아래아 araea ʌ « eu » ouvert
쌍이응 ssangieung - -
쌍히읗 ssanghieut ɣ̈ « h » intériorisé

Consonnes et voyelles composées[modifier | modifier le code]

Consonnes composées de deux jamos :

Consonnes composées de trois jamos :

Voyelles composées :

Détails sur le nom des jamos[modifier | modifier le code]

En 1527, Choe Sejin donna également un nom à chaque jamo, après les avoir classés. Les noms des consonnes ont suivi un processus plus complexe que ceux des voyelles.

Nom des consonnes[modifier | modifier le code]

Chaque nom devait être en deux syllabes et respecter la structure Jamo + son [i] + son [eu] + Jamo. Par exemple, a pour nom + + + , ce qui mis ensemble donne 니은 nieun.

Choe attribuait également un nom en hanja équivalent. Dans notre exemple, l’équivalent hanja de 니은 est (ni) (eun). Cette dernière règle posa un problème pour trois caractères : le , le , et le . En effet, aucun hanja ne se prononçait euk, eut, ou eus.

Le caractère (yeok) fut choisi pour nommer car sa prononciation sino-coréenne se terminait par le son k. Pour les deux autres jamos, Choe dut s’en référer à la prononciation coréenne des caractères (kkeut) et (os) car aucun hanja ne se terminait par les sons t et s.

Les jamos , , , , et ne pouvaient pas se trouver en fin de syllabe. Choe leur attribua donc un nom d’une seule syllabe de la forme Jamo + son i (exemple : a pour nom + , , ce qui, mis ensemble, donne ji). Plus tard, ces noms furent changés afin de respecter la première structure, l’orthographe moderne autorisant ces lettres à se positionner en fin de syllabe.

Enfin, lorsque l’utilisation des hanjas fut bannie en Corée du Nord, le gouvernement régularisa le nom des jamos , , et puisque la contrainte des hanjas n’avait plus lieu d’être.

Voici donc les noms officiels modernes des consonnes jamos :

Jamo Nom nord-coréen Nom sud-coréen
기윽 gieuk 기역/其役 giyeok
니은 nieun 니은/尼隱 nieun
디읃 dieut 디귿/池未 digeut
리을 rieul 리을/梨乙 rieul
미음 mieum 미음/眉音 mieum
비읍 bieup 비읍/非邑 bieup
시읏 sieut 시옷/時衣 siot
이응 ieung 이응/異凝 ieung
지읒 (之) jieut
치읓 (齒) chieut
키읔 (箕) kieuk
티읕 (治) tieut
피읖 (皮) pieup
히읗 (屎) hieut

Nom des voyelles[modifier | modifier le code]

L’attribution du nom des jamos voyelles a été beaucoup plus simple : il suffit de préfixer la voyelle par la consonne vide , ce qui donne :

Jamo Nom Jamo Nom Jamo Nom
아/阿 a 유/由 yu wa
야/也 ya 으/應 eu wae
어/於 eo 이/伊 i oe
여/余 yeo ae weo
오/吾 o yae we
요/要 yo e wi
우/牛 u ye ui

Structure syllabique[modifier | modifier le code]

La structure graphique du hangeul est originale : en effet, inspirée par celle des sinogrammes (qui ne sont pas de nature alphabétique), elle dispose chaque syllabe construite au moyen des jamos dans un carré virtuel créant un alignement régulier. En sorte, l’unité graphique est la syllabe et non le phonème (on ne peut en effet pas écrire les jamos indépendamment sauf pour des raisons didactiques), sans pour autant que l’écriture ne soit un syllabaire car chaque syllabe peut être logiquement construite ou lue à partir des signes représentant les phonèmes. Il s’agit donc d’un alphabet dont les lettres se regroupent en syllabes alignées comme les sinogrammes.

Voici les différentes possibilités de combinaison des jamos pour composer une syllabe :

  • consonne (soit de base, soit ou double) + voyelle (exemple : + = ) ;
  • consonne (soit de base, soit ou double) + voyelle + consonne (exemple : + + = ).

La consonne initiale (초성/初聲 choseong) se place toujours à gauche dans le carré virtuel.

La voyelle centrale (중성/中聲 jungseong) peut se placer de trois différentes manières :

  • à droite de la première consonne pour les voyelles , , , , , , , et , celles avec les traits verticaux plus longs (exemple : ) ;
  • en dessous de la première consonne pour les voyelles , , , , , celles avec les traits horizontaux plus longs (exemple : ) ;
  • en dessous puis à droite de la première consonne pour les voyelles , , , , , et (exemple : ).

La consonne finale (종성/終聲 jongseong), lorsqu’elle est présente, se place tout en bas du carré virtuel (exemple : , ).

À l’écrit, aucun mot ne peut commencer par une voyelle en raison de la structure syllabique, d’où la nécessité de créer une consonne vide pour les mots commençant oralement par une syllabe voyelle (on écrira au lieu de ). Par exemple, le mot « uyu » qui signifie « lait » s’écrit 우유 et non ㅜㅠ.

Il existe peu d’exceptions en coréen.

Orthographe[modifier | modifier le code]

Le coréen est une langue agglutinante. Ces propriétés (radicaux, désinences, agglutinations) se répercutent dans l’écriture.

L’écriture coréenne est une des seules, en Asie de l'Est, à pratiquer l’espacement entre les mots.

Jusqu’au XXe siècle, le hangeul ne possédait aucune règle orthographique officielle. Le plus souvent, cet alphabet était donc utilisé pour transcrire phonétiquement la langue coréenne malgré la préférence du roi Sejong pour la transcription phonémique.

Sous la domination japonaise, le modèle d’écriture nippon fut adopté par le gouvernement d’occupation. Ce système mélangeait les hanjas utilisés pour le vocabulaire (noms et verbes), et le hangeul utilisé pour les points grammaticaux tels les désinences, les conjonctions, etc. Comparé à l’écriture japonaise, les sinogrammes (hanja ou kanji) étaient plus fréquents en coréen qu’en japonais durant cette période. La partie hangeul de l’écriture était assez souvent phonétique.

Avec le temps, l’écriture du coréen est devenue de plus en plus phonémique. Aujourd’hui, l’orthographe suit les règles énoncées dans le Hangeul Matchumbeop, publié en 1933 et révisé en 1988 par la Corée du Sud. Les règles édictées sont de l’ordre purement phonémique.

Pour plus de compréhension, voyons les différentes formes de la phrase « Je suis Coréen. »

Phrase en français
Je suis Coréen.
Prononciation
Joneun Hanguk saram ipnida
Hangeul - Hanja
저는 韓國 임니다.
Pronom « Je » Corée personne Verbe « être ».
저는韓國人임니다.
Hangeul phonétique
저는 한국 사라밈니다.
Pronom « Je » Corée personne Verbe « être ».
저는한국사라밈니다.
Hangeul phonémique
저는 한국 사람 입니다.
Pronom « Je » Corée personne Verbe « être ».
저는 한국 사람입니다.

La phrase s’écrit donc actuellement ainsi : 저는 한국 사람입니다.

Hanja[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hanja.

Les hanja étaient le système d’écriture de la langue officielle de la Corée : le chinois classique. Ils furent importés de la Chine à l'époque de l'expédition militaire de la dynastie Han en Mandchourie au IIe siècle av. J.-C..

La difficulté de cette écriture est qu’elle ne transcrivait pas les sons de la langue vernaculaire. L’écrit était assez similaire au chinois classique.

Après la création du hangul, ces caractères ont quand même persisté de nombreuses années, puis furent utilisés très fréquemment en association avec le hangul durant la période d’occupation japonaise avant d’être clairement remplacé par le hangul.

En Corée du Nord, les hanja sont officiellement bannis depuis 1949. Réintroduits dans l’enseignement universitaire, ils restent cependant exclus de l’écriture courante.

En Corée du Sud, leur utilisation pratique est réduite aux noms de personnes et de lieux, et occasionnellement dans les médias. Ils sont en outre utilisés à des niveaux de fréquence variable dans les ouvrages universitaires de sciences humaines (archéologie, ethnologie, histoire, droit, pensée chinoise par exemple), soit directement dans le texte, soit, le plus souvent, entre parenthèses, après l’indication de la structure phonologique en alphabet coréen. Ils servent aussi en cas d’homonymie de deux mots écrits en hangeul.

Autre utilisation[modifier | modifier le code]

Des universitaires coréens cherchent actuellement à répandre l’usage de cet alphabet dans le monde. Une première tentative a eu lieu en 2009 en Indonésie, sur l’île de Buton où l’ethnie des Buton, établie aux alentours de Bau-Bau a choisi le hangeul comme écriture pour transcrire sa langue orale, le Cia-Cia, et sauvegarder ce langage[12]. Un institut Roi Sejong y a fonctionné pendant sept mois avant de devoir fermer à la suite de malentendus et de problèmes financiers[13].

En octobre 2012, ce sont les provinces de Guadalcanal et de Malaita aux Iles Salomon qui adoptent le hangeul pour la transcription de leurs langues[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.wdl.org/fr/item/4166
  2. Encyclopædia Britannica
  3. Sejong le Grand traduit par Kim Jin Young et Jean-Paul Desgouttes, 훈민정음 (hunminjeongeum) in L’écriture du Coréen : Genèse et avènement, L’Harmattan, 2000
  4. a et b Ledyard, Gari. "The International Linguistic Background of the Correct Sounds for the Instruction of the People." In Young-Key Kim-Renaud, ed. The Korean Alphabet: Its History and Structure. Honolulu: University of Hawai'i Press, 1997.
  5. a et b Education Resources Information Center
  6. CIA, World Factbook ([1] et [2])
  7. Chong In-ji compare l’utilisation de hanja en coréen à « enfoncer une cheville carrée dans un trou rond » (ibid).
  8. Il n’est d’ailleurs pas le premier à vouloir réformer l’écriture coréenne, mais les précédentes tentatives (dont le système idu) se basaient toujours sur des caractères chinois, se contentant de simplifier légèrement la compréhension phonétique d’un mot.
  9. Institut national de la langue coréenne
  10. Pascal Dayez-Burgeon et Kim Joo-no, De Séoul à Pyongyang : idées reçues sur les deux Corées, Le Cavalier Bleu,‎ 2013, 224 p.
  11. Tom Wright et Gordon Fairclough, « To Save Its Dying Tongue, Indonesian Isle Orders Out for Korean », The Wall Street Journal,‎ 11 septembre 2009 (consulté le 18 avril 2012).
  12. (fr) Information sur le site de KBS, le 6 août 2009.
  13. a et b (fr) "L'alphabet coréen adopté aux Iles Salomon", Yonhap, le 9 octobre 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Blocs de caractères Unicode pour le hangûl[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :