Installation (art)

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L'installation, en tant que concept, caractérise depuis les années 1970, une partie des productions de l'art contemporain qui se définissent par l'occupation (temporaire ou définitive) d'un espace donné (intérieur ou extérieur), par la mise en situation de différentes techniques d'expression et de représentation, ainsi que par le rapport participatif qu'elle implique avec le spectateur. N'étant pas un mouvement ou un genre artistique en soi, l'installation trouble les rapports entre œuvre et public, en brisant les limites imposées par certaines contraintes (forme, lieu, discours, etc.)[1].

Typologie[modifier | modifier le code]

L'installation s'exprime le plus souvent dans un cadre tridimensionnel : même s'il s'agit a priori d'un simple tableau suspendu à un mur, l'artiste inclut l’environnement, ou d'autres facteurs, qui permettent de distinguer son œuvre du simple accrochage. Le travail est mis en situation et fait appel au hors-champ, à une dimension non immédiatement visible par la personne qui regarde : le simple fait d'inclure celle-ci en tant que « spectateur » convoque les notions de participation, d'immersion et de théâtralité.

L'espace de l'installation peut être fermé (par exemple limité à une salle) ou ouvert (par exemple un pont, un champ de blé, etc.) : ainsi, le Land art tend aujourd'hui à être redéfini à l'aune du concept d'installation.

Enfin, une installation peut être soit :

  • mobile (ou remontable) ;
  • permanente (ou fixe) ;
  • éphémère (ou temporaire).

Des frontières nécessairement floues[modifier | modifier le code]

  • L'installation trouble la sémantique : elle peut être le plus souvent assimilée à une sculpture mais on ne saurait l'y réduire. On parle d'hybridation et de mutations[2].
  • Elle permet également d'éclater la notion de volume : l'installation peut s'entendre d'un objet de taille réduite à un très grand espace (voir par exemple Monumenta).
  • La spécificité : certaines installations sont conçues pour (et en fonction d') un lieu d'exposition particulier.
  • L'interaction : dans certains cas, le public est amené à interagir avec l'installation voire l'artiste lui-même. La distance entre le public et l’œuvre est plus ou moins abolie ; dans certains cas, il y a participation, le public pénètre dans le périmètre propre à l’œuvre, engendrant de nouveaux types de relations entre la création, le créateur et le regardeur.
  • La scénographie : certaines œuvres invitent à un parcours, un cheminement et proposent différentes étapes ou séquences sensorielles.

Historique[modifier | modifier le code]

Alfred Stieglitz, photographie de la Fontaine, un ready-made de Marcel Duchamp, 1917.

Le terme d'« installation » est relativement récent dans son usage et dans sa définition en tant que concept artistique[3].

L'artiste Allan Kaprow parle, dès 1958, d'« environnement » pour qualifier ses productions (Kaprow 6) qui consiste en l’aménagement d'une salle nécessitant l'intervention ou la mise en situation du spectateur et du lieu en une sorte de happening, qualifiée plus tard de « performance ». Cette même année, l'artiste français Yves Klein invita le public à visiter l'espace de la galerie Iris Clert à Paris pour présenter sa dernière œuvre, « l'Exposition du vide » : sol, plafond et murs peints en blancs, le tout éclairé par une lumière bleutée. Les dimensions ludiques, participatives, mobiles sont déjà présentes dans ces œuvres avantgardistes.

Rétrospectivement, les artistes contemporains eux-mêmes s'inscrivent à leur tour dans une généalogie, qui, au détour des années 1920, vit apparaître certains artistes (seul ou en groupe) capables d'organiser, de présenter, de mettre en scène leurs productions de façon non conformiste, et que les théoriciens de l'art situent dans le prolongement de courants tels le dadaïsme et le surréalisme : par exemple, Marcel Duchamp qui scénographie l'Exposition internationale du surréalisme à la Galerie des Beaux-Arts à Paris (1938) ou le Merzbau de Kurt Schwitters, deux artistes qui, cependant, travaillèrent dans le secret de leurs ateliers.

C'est ainsi qu'en 1969 le public découvre Étant donnés, l'ultime œuvre de Duchamp, commencée en 1946 et achevée en 1968 : l'artiste la qualifiait lui-même d'« approximation démontable », et elle est accompagnée d'un cahier des charges[4], ce qui la rend, en théorie, « remontable ».

La première installation « éphémère », conçue donc pour être détruite après une brève exposition, a été réalisée en 1956 à Barcelone par le poète catalan Joan Brossa. Au Japon, le groupe Gutai s'exprimait à travers des performances néodadaïstes et des formes d'installations. En 1963 Wolf Vostell expose à la Galerie Smolin de New York une installation temporaire appelée 6 TV Dé-coll/age[5]. Des artistes du groupe Fluxus et lettristes s'exprimèrent eux aussi à travers des installations temporaires, plus ou moins provocatrices.

En fonction de leurs modes et du dispositif, les installations mettent en scène, dans un arrangement qui a sa propre dynamique, des médias traditionnels comme la peinture, la sculpture, la photographie, mais le plus souvent des médias plus récents comme les projections (film, vidéo), le son, l'éclairage. Un artiste comme Nam June Paik fut le premier à utiliser une technique mixte, associant téléviseur, vidéo, sons et lumières.

Au début des années 1980, des installations visuelles et sonores interactives apparaissent et utilisent des moyens analogiques et numériques, comme celles de Jean-Robert Sédano et Solveig de Ory. À partir des années 1990 les installations se servent des outils informatiques soit pour en piloter les effets soit pour en constituer le medium principal, avec des artistes comme Perry Hoberman, David Rokeby ou numériques et immersives avec par exemple Jeffrey Shaw ou Maurice Benayoun.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Le médium est le message. », Marshall McLuhan, théoricien de la communication (années 1960)
  • « Le médium lui-même n'est plus saisissable en tant que tel, et la confusion du médium et du message est la première grande formule de cette ère nouvelle. », Jean Baudrillard, philosophe (1981)
  • « Il semblerait que de nos jours, l'art de l'installation soit le médium préféré de tout le monde. », Roberta Smith, critique d'art (1993)
  • « L'installation est passée d'une pratique spécifique du médium à une pratique spécifique du discours. », Hal Foster, théoricien de l'art (1998)
  • « L'installation est une autre étape dans l'évolution de la notion de la sculpture. Elle met en scène dans une aire donnée des éléments porteurs de divers types d'information. (…) Qu'elle joue ou non sur les qualités architecturales de son espace spécifique d'exposition (espace qui coïncide parfois avec son lieu de création), l'installation entretient avec ce lieu des rapports privilégiés. Rarement permanente, même si ses composantes le sont souvent, son parcours est fréquemment modifié en fonction du lieu. Elle joue sur la fonction de durée, de site et de contenu. », René Blouin, catalogue du centre d'art contemporain

Images[modifier | modifier le code]

Exemples d'artistes[modifier | modifier le code]

Artistes célèbres utilisant l'installation comme principal médium d'expression en fonction des époques :

Depuis les années 1950-60 :

Depuis les années 1970 :

Depuis les années 1980 :

Carsten Höller, Test Site, 2006

Depuis les années 1990 :

Depuis les années 2000 :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Installation » par Bénédicte Ramade in Encyclopædia Universalis, 2008, vol. 12, p. 695-696.
  2. M. Archer et al. (1998).
  3. L'Oxford English Dictionnary l'introduit dans son corpus en 1969 ; le premier théoricien à l'avoir défini semble être Frank Popper dans son essai intitulé Art, Action, Participation (Studio Vista / New York University Press, 1975).
  4. (fr) Manual of Instructions for Étant donnés..., Philadelphia Museum of Art, 1987 - fac-similé du carnet préparatoire de M.D. de marque Doret relié noir (ISBN 3-888-14260-1)
  5. Wolf Vostell, 6 TV Dé-coll/age, 1963

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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