Composition picturale

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La composition picturale est l'art de disposer les formes dans une image pour donner l'impression d'un ensemble unique et complet. Le terme « pictural » implique que la composition concerne la peinture ; la notion de composition s'étend aisément au dessin et à la photographie, et concerne finalement tous les arts graphiques et plastiques.

La composition est gouvernée par les attentes et les habitudes des spectateurs, que les différents courants ou mouvements picturaux se sont efforcés de condenser en règles.

Théories de la composition[modifier | modifier le code]

La composition acquiert une importance particulière dans l'art européen à partir de la Renaissance, quand la peinture adopte le concept du point de vue. Dans d'autres contextes, on peut considérer que le regard parcourt l'image, sans se préoccuper de la considérer en entier, et la notion de composition n'a pas lieu. C'est le cas par exemple dans certains panneaux peints narratifs en Europe, et dans la peinture sur rouleaux en Extrême-Orient. La notion de composition ne s'applique que très difficilement aux ouvrages que le regard ne peut embrasser d'un coup, comme la peinture de la chapelle Sixtine par Michel-Ange ou Les Nymphéas de Monet dans leur disposition de l'Orangerie.

Dès ses débuts, la théorie artistique tente de définir la composition et d'en discerner les règles. Pour Alberti, les trois parties constituantes de la peinture sont la circonscription, qui est la détermination des contours, la distribution des lumières, et la composition, qui les organise.

« La composition est une opération de la peinture par laquelle, dans une œuvre, on réunit les différentes parties. »

— Alberti, De pictura, 1435[1].

Pour Alberti « l'œuvre la plus colossale ne consiste pas à représenter un colosse, mais un sujet » (p. 147). Cette condition énoncée en passant, l'auteur applique à l'image l'idée générale que l'art recherche la beauté, et que celle-ci réside dans les justes proportions.

Les époques suivantes ont établi, en concurrence avec cette approche, d'autres règles ou procédés pour d'autres objectifs. Si, en effet, la peinture vise à l’effet, c'est-à-dire à éveiller une émotion, la théorie de la composition peut s'inverser entièrement. Ainsi, dans le Radeau de la Méduse, Géricault présente-t-il, dans la plus grande partie du tableau, un disparate de laideurs évoquant l'horreur de la situation, dans un triangle vertical écrasant auquel répond le triangle oblique de la convergence des regards vers la toute petite voile à l'horizon, exprimant l'espoir pour les survivants.

Avant cette époque, Roger de Piles avait redéfini le concept de façon plus large : « la composition comprend l'invention, et la disposition ; autre chose est d'inventer les objets, autre chose de les bien placer[2] ». Cette conception se maintiendra dans l'enseignement académique jusqu'au XIXe siècle[3].

Récapitulant les réflexions sur la composition, Heinrich Wölfflin distingue en 1915[4] cinq oppositions dans les principes de composition :

  • définition des formes linéaire, par le contour ou picturale, par la surface ;
  • organisation en plans distincts ou en profondeur ;
  • fermeture ou ouverture des formes ;
  • unité ou pluralité des sujets ;
  • clarté absolue ou clarté relative[5].

Avec le cubisme puis avec l'abstraction la composition devient le sujet de la peinture, comme dans les organisations rythmiques d'aplats de Mondrian.

Les arts graphiques, la photographie, la bande dessinée ont ainsi un vaste champ de théories et de procédés pour organiser leurs productions.

En photographie d'extérieur, la composition est essentiellement un choix d'angle et de cadrage. Cette méthode consistant à découper dans un ensemble une partie où les éléments se combinent selon le souhait de l'artiste se retrouve dans le dessin et l'expressionnisme américain, notamment de Pollock[6]. En photographie de studio et au cinéma, la composition peut orienter et organiser toute la disposition du décor.

Éléments de la composition[modifier | modifier le code]

Parmi les éléments visuels d'une composition picturale, on distingue :

  • la forme (rectangle, carré, cercle) du support et ses proportions (dans le cas du rectangle) ;
  • la ligne : le chemin visuel qui permet à l'œil de se déplacer dans le tableau ;
  • la direction : les itinéraires visuels qui prennent des chemins verticaux, horizontaux ou diagonaux ;
  • la forme : un espace géométrique ou organique ;
  • la couleur : avec ses diverses valeurs et intensités ;
  • la tonalité : les lumières, les ombres et l'obscurité ;
  • la taille : les dimensions et les proportions des images ou des formes les unes avec les autres ;
  • la perspective : l'expression de la profondeur.

Méthode de composition[modifier | modifier le code]

L'artiste détermine ce que sera le centre d'intérêt de son ouvrage, et il dispose les éléments, généralement pour capter l'attention du spectateur, lui fournir une première sensation globale, puis guider son regard vers ce centre d'intérêt. La composition utilise aussi bien des formes purement graphiques que des accessoires choisis pour leurs associations symboliques pour proposer au spectateur un cheminement entre divers éléments constitutifs de l'œuvre.

Plusieurs éléments sont à prendre en considération pour composer l'image :

  • la forme et les proportions ;
  • l'équilibre entre les différents éléments ;
  • l'harmonie, ou l'uniformité des éléments ;
  • l'orientation des éléments ;
  • la taille de l'image par rapport au champ visuel ;
  • le chemin ou la direction suivis par l'œil ;
  • l'espace négatif ;
  • la couleur ;
  • les contrastes, c'est-à-dire la valeur ou le degré de luminosité et d'obscurité, utilisé dans l'image ;
  • la géométrie : organisation des éléments selon des figures géométriques : cercle, triangle, etc. ;
  • le rythme, c'est-à-dire l'alternance d'éléments d'excitation et d'éléments de relâchement ;
  • l'illumination ou l'éclairage ;
  • la répétition ;
  • la perspective.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

monographies
  • Michael Baxandall (trad. Maurice Brock, préf. Patrick Boucheron), Giotto et les humanistes : la découverte de la composition en peinture, 1340-1450 [« Giotto and the orators : humanist observers of painting in Italy and the discovery of pictorial composition, 1350-1450 »], Paris, Seuil,‎ 2013
  • Sarah Kent (trad. Pascal Bonafoux), Le regard du peintre : la composition picturale [« Eyewitness art guide "composition" »], Paris, Gallimard,‎ 1995
  • David Präkel (trad. Véronique Valentin), Composition visuelle, Paris, Pyramyd, coll. « Les essentiels photographie créative »,‎ 2014
  • Pascal Vallet, Les dessinateurs : un regard ethnographique sur le travail dans les ateliers de nu, Paris, L'Harmattan,‎ 2013, 192 p. (ISBN 9782343005942), p. 100sq
  • Heinrich Wölfflin, Principes fondamentaux de l'histoire de l'art [« Kunstgeschichtliche Grundbegriffe »], Gérard Monfort,‎ 1992 (1re éd. 1915) (réed. 2002)
    • Heinrich Wölfflin, Réflexions sur l'histoire de l'art, Flammarion, coll. « Champs Art »,‎ 2008
articles
  • Frédéric Chappey, « L'esquisse à l'école des Beaux-Arts : la création des concours de composition en 1816 », Revue de l'Art, no 104,‎ 1994, p. 9-14 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Leone Battista Alberti (trad. Claudius Popelin), De pictura,‎ 1868 (1re éd. 1435), p. 142.
  2. Roger de Piles, Cours de peinture par principes, Paris,‎ 1766.
  3. Chappey 1994
  4. Wölfflin 2008, p. 48 ; Wölfflin 1992.
  5. Ces classifications issues d'une réflexion sur la différence entre la conception de la Renaissance et celle du Baroque italiens (Robert : Baroque) sont formulées en termes suffisamment généraux pour s'appliquer à l'ensemble de l'art figuratif européen.
  6. Vallet 2013, p. 101.