Caractère (typographie)

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Caractère de la police Garamond en 12 points formant la ligature du s (s long) et du i
Caractères en plomb dans une casse avec le composteur posé sur le dessus.
Caractère typographique Didot.

Le caractère est, en typographie, la petite pièce fondue, généralement en plomb, dont l’empreinte forme la lettre ou le signe qui permet d’imprimer des textes sur du papier. Les très gros caractères peuvent être en bois. Un caractère alphabétique peut s'appeler simplement « lettre[1] ». Le compositeur typographe « lève la lettre ».

La typographie avec ses caractères mobiles et réutilisables débute avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg (invention globale du caractère mobile en alliage de plomb et antimoine, du moule à fondre les caractères, de l’encre adéquate et de la presse) et s’achève avec l’avènement de la photocomposition dans les années 1970[2].

Un ensemble de caractères typographiques d’une même famille porte le nom de police de caractères. Une police est ensuite déclinée en plusieurs fontes selon la taille (le corps) et le style (romain, italique, maigre, gras, etc.).

Caractère en plomb[modifier | modifier le code]

Les différents signes et lettres d'un caractère étaient rangés, dans un ordre immuable, dans un casier en bois appelé casse divisé en un certain nombre de cassetins.

Le typographe composait ligne par ligne, en disposant les lettres, de gauche à droite mais tête en bas, dans un composteur permettant de respecter la justification (la largeur définie pour la page). Pour atteindre cette justification, il devait répartir judicieusement les espaces (fines lamelles de plomb) entre les mots. Ces espaces ont conservé jusqu'à aujourd'hui le genre féminin en typographie (on dit une espace). Quand une, deux ou trois lignes, en fonction du corps du caractère, avaient été composées dans le composteur, elles étaient déposées dans la galée, une simple planche ou plaque de métal munie d'un léger rebord sur deux ou trois côtés.

Une fois la galée remplie de toutes les lignes de la page à composer, l'ensemble de ces dernières, appelé alors un paquet, était entouré de trois tours de ficelle et transporté sur le marbre afin d'y recevoir, par le metteur en page, leurs derniers éléments (foliotage [numérotation], notes ou illustrations éventuelles) et d'être serrés dans un châssis. Ce châssis recevait en fait plusieurs pages en fonction de l'imposition prévue, chaque page étant séparée des autres par une garniture faite de morceaux de bois ou de plomb.

Le quart supérieur gauche de la casse recevait les lettres capitales. Le quart supérieur droit recevait les lettres les moins utilisées, comme les lettres accentuées, les lettres doubles (Æ, Œ) ou le W. La moitié inférieure de la casse, dite bas-de-casse, recevait les minuscules, toujours appelées bas-de-casse en imprimerie, les chiffres et les espaces.

On appelait fonte l'ensemble des lettres et des signes d'un caractère, livré en une seule fois à l'imprimeur par le fondeur, dans une même taille (corps) et un même style (romain ou italique, normal ou gras) et police la liste de toutes les lettres comprises dans une fonte. Par métonymie, ce dernier mot en est venu à désigner au cours du XIXe siècle l’ensemble des caractères d’une même famille, quels qu’en soient le corps ou le style : Garamond est une police, Garamond italique corps 12 est, aujourd'hui, une fonte. Les derniers fondeurs à avoir exercé en France sont Deberny & Peignot, FTF (Fonderie typographique de France) à Paris, et la fonderie Olive, à Marseille, sous la direction du célèbre créateur de caractères Roger Excoffon.

Anatomie des caractères[modifier | modifier le code]

Les typographes utilisent un vocabulaire varié et précis pour désigner les différentes parties des caractères et leur dimension.

Figure résumant les principaux termes typographiques

Caractère typographique en plomb[modifier | modifier le code]

Plomb typographique.
  • 1 : poinçon (ou contrepoinçon : partie « vide » à l’intérieur de la lettre)
  • 2 : œil (partie imprimante de la lettre)
  • 3 : approche
  • 4 : talus (le talus est le bord oblique, plus épais à la base, du relief de la lettre. On appelle aussi talus de pied la partie au-dessous de la ligne de base des caractères, et talus de tête la partie au-dessus de la hauteur d’x : ces espaces reçoivent les parties descendantes, ascendantes, et les accents et signes diacritiques). Ce schéma semble ne pas comporter de talus de tête suffisant.
  • 5 : épaule (partie horizontale sur laquelle se trouve la lettre en relief)
  • 6 : corps
  • 7 : cran (repère tactile pour le typographe, pour poser le caractère dans le bon sens. Sur les illustrations de cette page, d'origine anglo-saxonne, il est à cran dessous (côté pied du caractère). En France, il était à cran dessus (du côté haut du caractère), et donc « en dessous » dans le composteur[3],[4].
  • 8 : gouttière
  • a : hauteur d’œil
  • b : hauteur basse d’épaule
  • a+b : hauteur en papier. En France : 23,68 mm (10 lignes et demie)
  • c : chasse
  • d : corps

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Parties de la lettre


Forme de la lettre


Position de la lettre

Caractère numérique[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, avec la disparition de la typographie au plomb et l'arrivée de la Publication assistée par ordinateur (PAO) et de ses fournisseurs anglo-saxons, le vocabulaire a changé. On tend à utiliser le mot fonte pour désigner une police. La PAO a en outre introduit, en la traduisant de l'anglais, la notion de glyphe, c'est-à-dire de chacun des signes contenus dans une fonte (ou police) entendue au sens contemporain.

C'est la PAO, et avant elle la photocomposition, qui a permis la multiplication des graisses pour un même caractère (pour une même police). Du temps du plomb, un même caractère ne comportait qu'un romain (lettre droite) et un italique (lettre penchée), plus rarement un gras, chacun rangé dans une casse différente.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Comme dans « peintre en lettres »
  2. Photocomposition
  3. Fournier le Jeune, Manuel typographique, tome 1, 1764
  4. [1] Marcelin Aimé Brun, Manuel pratique et abrégé de la typographie française, p. 6, Bruxelles, 1826

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Science pratique de l'imprimerie, Marie-Dominique Fertel, Saint-Omer, 1723.
  • Manuel typographique, utile aux gens de lettres, & à ceux qui exercent les différentes parties de l'Art de l'Imprimerie, Fournier le jeune, Paris, 1764 [2].
  • Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.
  • Traité de la typographie, Henri Fournier, Paris, 1825; Bruxelles, 1826 [3].
  • Guide pratique du compositeur d'imprimerie, Théotiste Lefèvre, Paris, Firmin-Didot, 1855.[4]
  • Les Caractères de l'Imprimerie nationale, Paris, IN, 1990.
  • Le Maître de Garamond, Anne Cuneo, 2002.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]