Kanji

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Écritures du japonais
Image illustrative de l'article Kanji
kanji (漢字)
Lectures on’yomi (音読み) et kun’yomi (訓読み).
kana (仮名)

Emplois spécifiques :

rōmaji

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Les kanjis (漢字, kanji[1]?) sont des caractères () généralement empruntés au système d'écriture de l'ethnie chinoise Han (). Ces caractères sont les éléments d'un des trois ensembles de caractères de l'écriture japonaise, avec les hiraganas et les katakanas, ces deux derniers étant regroupés sous le terme de kanas.

  • Sur le plan sémantique, la caractéristique des kanjis la plus remarquable est qu'ils renvoient intrinsèquement à un ou des sens[2] (字義, jigi?), contrairement, par exemple, aux lettres latines ou aux syllabaires, qui ne représentent que des sons.
  • Sur le plan phonétique, on parle de lectures (読み方,音訓, yomikata, onkun?)[3] pour désigner les différentes prononciations qu'il est possible d'associer à un kanji.

Les kanjis sont utilisés pour écrire la racine des mots, l'habillage grammatical de la phrase étant écrit phonétiquement avec les kana.

Article principal : Écritures du japonais.

Lectures[modifier | modifier le code]

Jeune femme s'exerçant aux kanji. Estampe sur bois Ukiyo-e par Yōshū Chikanobu, 1897.

Généralités[modifier | modifier le code]

Les kanjis (漢字) étant essentiellement des caractères d'origine chinoise, leur lecture dans la langue japonaise n'est pas univoque. Certains caractères n'ont qu'une signification et qu'une unique lecture ; toutefois, en dehors de ces cas évidents, pour déterminer, parmi les différentes possibilités inventoriées dans les dictionnaires, le sens et la prononciation d'un caractère, il faudra généralement observer un ou plusieurs signe(s) situé(s) à son voisinage, voire, juger plus largement en fonction du contexte.

Au départ, les kanjis transcrivent des mots existants dans une langue chinoise, dont la verbalisation a pu passer dans la langue japonaise en même temps que la transcription du caractère. Les prononciations issues du chinois ont donné ce qu'on appelle les prononciations on (en japonais on'yomi 音読み, lecture par le son - le son), tandis que les prononciations issues du japonais sont appelées kun (en japonais kun'yomi 訓読み, lecture par le sens). La plupart des kanjis a de ce fait au moins deux « lectures » possibles. Ce n'est toutefois pas une règle absolue, et l'on trouve des kanjis sans lecture kun comme (, kiku?, chrysanthème), ou sans lecture on comme (, iwashi?, sardine) ; l'absence de lecture on étant fréquente pour les kanjis d'origine japonaise (kokuji).

Le choix entre les lectures kun-on est gouverné par l'usage, et les incohérences abondent. Par exemple 牛肉 gyu-niku (bœuf) et 羊肉 yō-niku (mouton) ont une lecture de type on-on, mais 豚肉 buta-niku (porc) et 鶏肉 tori-niku (volaille) ont en revanche des lectures kun-on. Certains kanjis d'usage courant peuvent ainsi avoir plus d'une dizaine de « lectures » possibles. L'exemple le plus extrême est probablement celui de , qui peut être lu sei, shō, nama, ki, o-u, i-kiru, i-kasu, i-keru, u-mu, u-mareru, ha-eru, ou ha-yasu - soit huit formes de base (les deux premières étant on et les autres kun), voire douze si l'on compte les formes verbales comme distinctes.

Le plus souvent un caractère a une valeur à la fois sémantique et phonétique, et sa lecture suppose d'avoir identifié correctement le sens dans lequel il est employé. Cependant, dans certaines expressions composées (ateji), des caractères peuvent n'être employés que pour leur valeur phonétique. Inversement, les caractères de certains autres composés peuvent n'être employés que pour la sémantique, et dans ce cas le kanji individuel n'a pas de lecture propre, c'est le composé qui en a un.

Indépendamment de la problématique kun-on, le caractère chinois initial peut recouvrir des sens multiples, et un même concept peut se traduire par différents mots japonais (ou morphèmes). Par exemple, le terme composé 今日 (sens littéral : jour actuel ) se lit usuellement kyō, ce qui signifie « aujourd'hui », mais dans un texte plus formel la lecture en sera plutôt konnichi, « de nos jours » : c'est le contexte qui déterminera la lecture à retenir.

Même en tenant compte du contexte, certains cas sont ambigus, des furigana peuvent être employés pour les cas difficiles ou inhabituels.

Articles détaillés : On'yomi et Kun'yomi.

Prononciation on (音)[modifier | modifier le code]

Lecteur. Seize Arhats (絹本著色十六羅漢像, kenpon chakushoku jūroku rakanzō?), Dynastie Song du nord, XIIe siècle.

signifie littéralement le son, la manière de prononcer. 音読 signifie donc que l'on lit le son propre du caractère chinois.

La lecture on'yomi (音読み) d'un caractère chinois dérive d'une prononciation originelle chinoise ; mais la correspondance n'est généralement pas directe entre la prononciation moderne et son origine chinoise. Certains kanji ont été importés de Chine à plusieurs reprises, de différentes régions ou à différentes époques, et peuvent avoir de ce fait plusieurs on'yomi, qui correspondent souvent à des sens différents. Ensuite, la prononciation chinoise d'origine n'a été qu'approximativement rendue dans le système phonétique japonais. Enfin, ce système phonétique a pu évoluer pendant plusieurs siècles entre le moment de l'emprunt et les temps modernes.

Il peut exister plus d'une lecture on, suivant l'époque (le chinois ayant évolué) à laquelle elle fut introduite au Japon, ou encore suivant la région de Chine d'où elle est venue. Parmi les lectures on, on distingue ainsi :

  • Les go-on (呉音, prononciation des Wu), introduisant principalement des termes bouddhistes. Cette prononciation viendrait du pays Wu, dans la région de Shanghai. Elle aurait été importée du sud-est de la Chine via la Corée, à l'époque des dynasties du Nord et du Sud (317-589).
  • Les kan-on (漢音, prononciation des Han, pris ici dans le sens de « chinois »), introduits entre le VIIe et le VIIIe siècle, à l'époque de la Dynastie Tang. Ils reflètent le langage de la capitale de l'époque Chang'an (長安 ou 长安, à présent Xi'an). Il s'agit du groupe le plus nombreux.
  • Les tō-on (唐音, prononciation des Tang), sō-on (宋音, du début de l'ère Song), ou tōsō-on (唐宋音, "prononciations Tang et Song"), introduits plus tardivement lors des dynasties Tang, Song ou Ming. Ils comprennent les termes adoptés entre l'époque de Heian (平安) et l'époque d'Edo (江戸). Il s'agit principalement de termes techniques.
  • Les kan'yō-on (慣用音, prononciation usuelle), il s'agit de prononciations erronées qui sont devenues courantes. Il s'agit parfois de la prononciation réelle du caractère au moment où il avait été introduit au Japon, mais qui ne correspond pas sa lecture canonique suivant les règles usuelles de construction et de prononciation des caractères.

Le nouveau dictionnaire de caractères anglais-japonais de Jack Halpern, publié en 1990 y ajoute quelques catégories supplémentaires, non classiques et moins courantes  : les chūon (中音, prononciation chinoise), il s'agit de prononciations inspirées du mandarin moderne ; les gaion (外音, prononciation étrangère), qui ne sont pas issues du chinois, mais d'autres langues (comme l'anglais) ; et les waon (和音, prononciation japonaise) qui sont des prononciations ON créées par analogie de caractères semblables pour les caractères kanji créés par les Japonais et inexistants en chinois, les kokuji (国字, caractères nationaux).

Prononciation kun (訓)[modifier | modifier le code]

Le caractère a de nombreuses connotations, et signifie ici « traduction » : 訓読 signifie que la lecture du kanji (読) n'est pas celle du caractère chinois d'origine, mais celle de sa traduction en japonais. Le terme japonais employé pour la lecture est celui qui correspond le mieux au sens du caractère chinois, au moment où celui-ci a été adopté au Japon. Du fait de cette traduction, certains mots japonais qui renvoyaient à deux mots chinois distincts sont écrits au moyen de kanji différents suivant leur contexte d'emploi. Par exemple, le mot naosu (réparer, guérir) s'écrit 治す quand il s'agit de guérir une personne, mais 直す quand il s'agit de réparer un objet.

La lecture kun'yomi 訓読み (lecture par le sens) vocalise le caractère par un terme issu du vocabulaire primitif japonais, un yamato kotoba, et non un terme emprunté à une langue étrangère. Par exemple, le kanji (l'Est) a pour lecture on'yomi, qui est une déformation du chinois dōng. Cependant, lors de son importation, le japonais disposait déjà de deux termes pour signifier « Est » : higashi et azuma. De ce fait, ces deux mots japonais sont également des lectures kun'yomi du caractère 東. Inversement, un caractère comme (« pouce », unité de longueur de l'ordre de 30 mm ou 1.2 pouce) n'avait pas d'équivalent japonais au moment de son introduction ; il n'a de ce fait qu'un on'yomi, sun, et n'a pas de lecture kun'yomi autochtone.

Les lectures kun respectent strictement la structure syllabique (C)V du japonais primitif. La plupart des noms et adjectifs du fond lexical yamato kotoba ont deux ou trois syllabes, et les verbes ont généralement de une à trois syllabes, sans compter les désinences grammaticales okurigana normalement transcrites en hiragana, qui ne sont pas considérées comme faisant partie de la lecture de la racine, bien qu'elles soient nécessaires à la lecture du mot. Bien qu'un débutant ne les rencontre que rarement, des lectures kun de trois voire quatre syllabes ne sont pas exceptionnelles. Les lectures les plus longues dans la série des Jōyō kanji sont 承る uketamawaru, 志 kokorozashi, et 詔 mikotonori, dont la lecture kun comporte cinq syllabes.

Ce caractère polysyllabique des lectures kun est une singularité dans les langues asiatiques (chinois, coréen, vietnamien, zhuang,...) qui se transcrivent généralement à raison d'un caractère par syllabe, ce qui est le cas des syllabes uniques on.

Autres lectures[modifier | modifier le code]

En plus de tout cela, il y a aussi des lectures possibles qui ne sont ni des lectures on, ni des lectures kun. Il s'agit des ateji (当て字, caractères plaqués) qui ne sont utilisés que phonétiquement (il s'agit donc ici du choix d'une prononciation on, mais sans référence aucune au sens de cette prononciation). Cet usage est de nos jours tombé en désuétude, on utilise les katakana pour transcrire phonétiquement des mots.

En dernière lecture spéciale, on trouve les jukujikun (熟字訓, lecture de caractère spécial), il s'agit d'un mot japonais qui est écrit avec des caractères chinois qui en donnent le sens, mais sans lien entre un caractère donné et une partie du mot ; il se peut même que le mot ainsi écrit ait plus de kanji que de syllabes.

Par exemple, le composé 今朝 (« ce matin ») est un jukujikun qui ne se lit ni *ima'asa (qui serait la lecture kun) ni *konchō (lecture on), ni aucune combinaison intermédiaire ; mais est lu kesa - un terme japonais primitif de deux syllabes. De tels termes composés sont donnés dans les dictionnaires à la suite de l'entrée pour le premier kanji.

Exemples[modifier | modifier le code]

Suivant les conventions en la matière, les prononciations on sont en majuscules, les prononciations kun en minuscules :

  • 木 (voir à pour la décomposition du tracé et plus d'informations)
    • Signification : arbre, bois (matière)
    • Prononciations : BOKU / MOKU / ki
    • Clé : 木 (l'arbre)
    • Nombre de traits : 4
    • Exemples de mots : 木 (ki) arbre, 木星 (mokusei) Jupiter (ici c'est le sens « bois », dans son sens d'un des 5 éléments : feu, eau, bois, métal et terre, la planète de l'élément bois étant Jupiter), 木曜日 (mokuyōbi) jeudi (le jour de Jupiter)
  • 本 (voir à )
    • Signification : livre, racine, base, origine, compteur pour objets cylindriques
    • Prononciations : HON / moto
    • Clé : 木 (l'arbre)
    • Nombre de traits : 5
    • Exemples de mots : 本 (hon) livre, 山本 (yamamoto) nom propre, 基本 (kihon) fondation/base
  • 日 (voir à )
    • Signification : soleil, jour
    • Prononciation : NICHI / JITSU / hi / bi
    • Clé : 日 (soleil)
    • Nombre de traits : 4
    • Exemples de mots : 日本 (nihon) Japon, 本日 (honjitsu) ce jour, 毎日 (mainichi) tous les jours, 朝日 (asahi) soleil levant, aurore, 日曜日 (nichibi) dimanche. Dans ce dernier mot, le kanji apparaît deux fois, avec deux prononciations et deux sens différents (« soleil » et « jour »). De plus, le caractère du milieu (signifiant « jour de la semaine ») a la clé du soleil/jour, car il a un sens en rapport avec la notion de jour.

Apprentissage[modifier | modifier le code]

Certificat de 2ème kyu pour l'apprentissage des kanji.

Les kanjis sont associés entre eux et avec les signes syllabiques japonais (hiraganas et katakanas) pour former les mots et les phrases[4].

Parfois, on utilise des hiraganas ou katakanas de petite taille au-dessus (texte horizontal) ou à droite (texte vertical) des kanjis pour en spécifier la prononciation. Ces caractères syllabiques sont alors appelés furigana. Les furigana sont en particulier utilisés dans les publications pour enfants, ou pour indiquer la lecture non officielle d'un kanji officiel, la lecture d'un kanji non officiel, ou encore la lecture difficile d'un nom propre (prénom, nom de lieu, etc.). Dans les publications officielles, les kanjis non officiels doivent être accompagnés d'un guide de lecture (petits caractères hiragana ou katakana sur le côté dans le cas de l'écriture en colonne et au-dessus dans le cas de l'écriture en ligne), dans cet emploi on parle de furigana.

L'étude des kanjis demande beaucoup de travail, ainsi qu'une pratique constante. En effet, pour chaque kanji, il faut mémoriser :

  • le dessin des traits : l'ordre et la manière de dessiner ces traits sont importants. Il est aussi important d'en connaître le nombre et de savoir y repérer la clef (voir plus loin) ;
  • les lectures ou prononciations. Outre les deux types de lecture, la lecture on, héritée du chinois, et la lecture kun héritée du morphème japonais associé au signe lors de son adaptation au japonais, certains caractères peuvent avoir plusieurs lectures on ou plusieurs lectures kun différentes ; dans certains cas extrêmes, heureusement rares, on a plus de vingt prononciations différentes ;
  • la ou les significations, et la prononciation à laquelle elle se rattache.

Inversement, un même son peut s'écrire avec une grande quantité de kanjis différents, et pour savoir écrire un mot en kanjis il faut savoir lesquels utiliser. Par exemple dans l'index de la seconde édition du dictionnaire de kanji de Nelson, il y a 184 kanji différents ayant la lecture KŌ.

La connaissance d'un grand nombre de kanjis est une marque de culture et d'érudition ; les professeurs de littérature peuvent connaître jusqu'à sept mille kanjis.

Il existe au Japon un examen spécifique de kanji, le Kanken, décliné en une douzaine de niveaux. Il est possible de passer l'examen dans certaines grandes villes à l'extérieur du Japon, dont Paris.

Les kanjis officiels[modifier | modifier le code]

Comme il existe des milliers de caractères, des listes officielles régissent aujourd'hui les usages pour les textes destinés au grand public et pour l'attribution des prénoms, excluant une partie des kanjis (les kanjis « non officiels ») tout en délimitant les lectures et les formes admises pour les kanjis « officiels ». Ce mouvement, qui vise d'une part à limiter le nombre de kanjis et d'autre part à introduire ou à officialiser des formes plus rapides à écrire ou plus faciles à retenir, est désigné sous le terme de « simplification des kanjis ». Les premiers décrets sont apparus en 1923, mais leur véritable application n'eut lieu qu'après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Globalement, les réformes des kanjis au Japon ont été moins profondes que celles appliquées aux sinogrammes en République populaire de Chine (après 1959) ou à Singapour, d'autant que plusieurs révisions des listes officielles ont globalement conduit à élargir le périmètre des kanjis officiels.

De nos jours, on distingue les kanjis officiels à utiliser dans les documents ordinaires, approuvés par le gouvernement japonais (appelés jōyō kanji, 常用漢字, littéralement : « kanjis d'utilisation commune »), qui sont au nombre de 2 136, par rapport aux kanjis non officiels (environ neuf-mille recensés dans les systèmes d'informations usuels). Chaque kanji officiel est doté de lectures officielles et d'une ou, dans de rares cas, deux formes d'impression officielles. En ce qui concerne l'écriture manuscrite, davantage de formes sont reconnues. Même s'il existe cette norme claire, elle ne se veut pas, aujourd'hui, coercitive ; aussi, dans la réalité, une propension plus ou moins marquée à user d'éléments non officiels est-elle observée en fonction de facteurs comme le degré de publicité d'un document, l'existence d'un contexte spécialisé ou de règles liées à une organisation, voire les habitudes ou choix individuels.

Pour les prénoms des nouveaux-nés, la loi[5] autorise 2 767 kanjis au total. Le choix de la prononciation est libre. En outre, certaines formes anciennes sont autorisées pour l'écriture des prénoms.

Exemple de diplôme de ceinture noire délivré dans les arts martiaux, signé et cacheté par Naoki Ishikawa.

Au début du XXe siècle, des débats sur l'éventualité de réformes orthographiques ont lieu, mais ils sont bloqués par le pouvoir en place, et ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que les réformes pourront véritablement prendre corps.

En 1923 commence une réforme audacieuse de l'écriture japonaise. Le passage de l'écriture kyūjitai kanji (旧字体漢字?) à l'écriture simplifiée shinjitai kanji (新字体漢字?) simplifia l'écriture du japonais, tout en éloignant les kanji des caractères chinois d'origine. Le 16 novembre 1946, après que le Japon a perdu la Seconde Guerre mondiale, a été décrétée la liste des tōyō kanji (当用漢字?), « kanji d'usage général » La liste de kanji considérés comme nécessaires à la compréhension du japonais courant sera limitée, ils prennent l'appellation de jōyō kanji (常用漢字?), « kanji d'usage courant », le 10 octobre 1981

Tout d'abord une réforme de l'usage des caractères syllabiques, dont l'écriture n'était plus du tout phonétique, rendit l'usage des kana conforme à la prononciation actuelle du japonais. À trois petites exceptions près (trois éléments grammaticaux monosyllabiques) toute phrase japonaise peut désormais s'écrire phonétiquement selon des règles simples.

Une réforme des kanjis et de leur usage vint ensuite. En 1946 est édictée une liste de kanji d'usage courant, les tōyō kanji (当用漢字?), comprenant 1850 caractères. En 1948 on désigne 881 d'entre eux comme devant être connus à la sortie des six ans de scolarité obligatoire. Parallèlement, le nombre de lectures de plusieurs caractères est réduit.

En 1949 on simplifie la forme de plusieurs caractères. En 1951 la liste des tōyō kanji est augmentée de 92 kanjis pouvant être utilisés pour les noms propres.

Mais le nombre de caractères (1942), ainsi que certains choix qui furent faits, sont jugés nettement inappropriés par un grand nombre de Japonais : certains caractères d'usage rarissime sont dans la liste, alors que d'autres d'usage très courant, comme oreiller ou jour de l'an n'y sont pas. Entre 1973 et 1980 plusieurs ajouts sont faits, et finalement en 1981 le ministère de l'Éducation publie une nouvelle liste de kanjis, les jōyō kanji (常用漢字?), qui compte un total de 1945 kanjis, destinée à l'écriture standard et usuelle des noms communs. Cette liste est à son tour modifiée le 30 novembre 2010, par l'ajout de 196 caractères et le retrait de 5 caractères jusque là officiels, soit un total de 2136 caractères[6].

En avril 1990 est publiée la liste des jinmeiyō kanji (人名用漢字?, lit. « kanji pour les noms propres »), une liste de 284 caractères supplémentaires acceptables à l'état civil pour les noms et prénoms (soit au total 2229 kanjis dits courants). Des ajouts sont effectués successivement au fil des ans. Au 1er décembre 2010, on dénombre 631 caractères en plus des jōyō kanji. En termes de nombre de formes d'impression reconnues, on en compte près de trois-mille.

Les 1 006 premiers kanjis que les Japonais apprennent au primaire (et qui font partie des jōyō kanji) sont les kyōiku kanji (教育漢字?, lit. « kanjis pour l'éducation »). Ils sont répartis précisément par année d'apprentissage dans la gakunenbetsu kanji haitōhyō (学年別漢字配当表?, lit. « liste des kanji par niveaux scolaires »).

En dehors de la liste officielle des kanjis d'usage courant, il en existe beaucoup d'autres utilisés dans des domaines spécialisés (médecine, philosophie…), ou pour des noms de personnes et de lieux ; un bon dictionnaire de kanjis en répertorie plus de 4 000. Le standard JISX0208, actualisé en 1990, définit un jeu de caractères informatique de 6 879 caractères, dont 6 355 kanjis répartis en deux blocs : le premier inclut 2 965 kanjis usuels arrangés par ordre de lecture la plus fréquente ; le deuxième bloc inclut 3 390 kanjis arrangés par radical et par nombre de traits. La même année est sorti le standard JISX0212 qui définit un jeu de caractères supplémentaires à utiliser en conjonction du précédent et qui comprend 6 067 caractères supplémentaires dont 5 081 kanjis. Autrement dit, sur un ordinateur avec un support moderne du japonais, on a à disposition pas moins de 11 436 kanji différents.

Caractères[modifier | modifier le code]

Les kanji sont composés dans leur très grande majorité de caractères chinois, bien qu'il existe quelques kanjis « nationaux » inventés au Japon, connus sous le nom de kokuji.

Tracé et variantes des caractères[modifier | modifier le code]

田-order.gif
田-jorder.gif
tracé en calligraphie chinoise tracé en calligraphie japonaise

Sur le plan graphique, un kanji est doté d'une à plusieurs formes (ou ossatures[7]) (字体, jitai?) : forme ancienne (traditionnelle), forme nouvelle (simplifiée), forme populaire etc.[8]

L'ordre usuel des traits pour le tracé des kanjis est généralement identique à celui de leurs homologues chinois, bien qu'il existe quelques exceptions (par exemple pour le tracé de ).

Le même kanji peut parfois s'écrire de plusieurs façons. Il s'agit des kyūjitai (旧字体?, lit. « ancienne forme de caractère ») qui a pour kanjis 舊字體 en kyūjitai. Actuellement ils sont remplacés par les shinjitai (新字体?, lit. « nouvelle forme de caractère »), réservant les kyūjitai principalement pour les noms propres et pour certains termes techniques traditionnels. Les kyūjitai ont été utilisés quasi quotidiennement jusqu'en 1950.

Un exemple de nouvelle forme (shinjitai) est le kanji pour pays (, kuni, koku?) qui a pour ancienne forme (kyūjitai) .

En revanche, il y a une infinité de représentations[9] possibles pour un kanji, de par l'existence de styles d’écriture (書体, shotai?), eux-mêmes divisés, dans l'univers de l'impression, en polices. De manière standard, les représentations suivent le style dit kaisho pour l’écriture manuscrite ou les polices des styles minchōtai (avec serif) ou goshikkutai (sans serif) pour les caractères imprimés[10].

Articles détaillés : Tracé d'un sinogramme et Sinogramme simplifié.

Emplacements principaux des radicaux[modifier | modifier le code]

Article principal : Clé d'un sinogramme.

Les clefs correspondent à une partie du caractère qui permet de regrouper des kanjis. On en compte traditionnellement 214, mais certains dictionnaires fonctionnent avec un nombre de clés plus réduit. Les clefs utilisées pour la classification des caractères sont celles des caractères chinois. Il existe 7 emplacements portant en japonais des noms particuliers[11] :

Liste des emplacements principaux des radicaux
Place Nom Japonais Exemple
Gauche hen (?) 女 dans 姫
Droite tsukuri (?) 欠 dans 飲
Dessus kanmuri (?) 雨 dans 雪
Dessous ashi (?) 心 dans 思
En haut et à gauche tare (垂れ?) 尸 dans 屍
Gauche et bas (forme de L) nyō (?) 廴 dans 建
Autour kamae (?) 門 dans 閉

Classement des caractères[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs façons de classer et rechercher les kanjis[12] dont les classement suivants :

Des listes officielles sont également établies par le gouvernement japonais :

D'autres critères de classement plus modernes existent, tels que la méthode SKIP qui consiste à reconnaître l'agencement entre les éléments constituants ou la méthode des cinq traits, surtout utilisée en chinois, qui se fonde sur l'orientation du premier trait du kanji.

La plupart du temps, des index combinant ces critères permettent de trouver le caractère souhaité.

On trouve aussi de nos jours des dictionnaires électroniques qui utilisent le numéro de code informatique (dans les standard JIS ou Unicode) comme critère de classement et de recherche, ou encore qui permettent une reconnaissance à partir d'un caractère tracé à la main ou à la souris.

Certains dictionnaires électroniques permettent des recherches basées sur des kanjis saisis au stylet, ce qui aide à trouver leur lecture même aux débutants.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le mot kanji est présent dans les dictionnaires français et s'accorde donc comme tous les noms communs français.
  2. À l'origine, chaque signe renvoie à un mot (, go?) de la langue chinoise ancienne, d'où le qualificatif parfois employé de logogramme (表語文字, hyōgo-moji?) pour les kanjis. https://ja.wikipedia.org/wiki/%E8%A1%A8%E8%AA%9E%E6%96%87%E5%AD%97
  3. Le terme de 音訓, onkun, est employé en référence aux deux catégories de lectures que sont les lectures on d'une part et les lectures kun d'autre part. Sources : Dictionnaire Daijisen, dictionnaire en ligne WWWJDIC.
  4. La présence de kanjis n'est pas obligatoire, à savoir qu'il est possible de n'écrire qu'à l'aide des symboles syllabiques ; toutefois l'usage est d'employer les kanjis pour une partie des mots.
  5. Loi japonaise du livret de famille (戸籍法, kosekihō?).
  6. Parmi ces nouveaux caractères, cinq ont la particularité d'avoir deux formes d'impression officielles (insatsu-jitai) reconnues, l'une étant qualifiée de commune (tsūyō-jitai), l'autre d'admise (kyoyō-jitai), ce qui porte à 2141 le nombre de formes d'impressions officielles pour les jōyō kanji.
  7. En japonais la forme (字体, jitai?) d'un kanji est définit comme une ossature (骨格, kokkaku?) ; https://ja.wikipedia.org/wiki/%E5%AD%97%E4%BD%93
  8. Comme un même kanji peut posséder plusieurs formes distinctes, le concept-même de kanji est assimilé à une classe de caractères (字種, jishu?).
  9. Les différences d'apparence induites par les divers styles ou polices génèrent autant de « représentations » différentes, dénommées 字形, jikei. Par exemple, le trait supérieur de 言 peut être diversement incliné par rapport à l'horizontale, offrant plusieurs graphies différentes dont l'ossature (la forme) sera pourtant considérée comme identique. Les représentations manuscrites présentent naturellement davantage de variations que les caractères typographique ou les polices informatiques.
  10. Le choix standard de la forme varie parfois entre la forme manuscrite et la forme d'impression. De surcroît, il existe des formes originales liées à des styles manuscrits anciens (tensho, reisho) ou cursifs (sōsho, gyōsho(semi-cursif)).
  11. « Take a radical position and describe some kanji », Kanji Clinic #60, The Japan Times, 23 septembre 2004, [lire en ligne]
  12. Voir par exemple le formulaire de recherche de WWWJDIC site: Monash University

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Martin, Mémento et dictionnaire des Kanji : 2143 nouveaux Kanji usuels japonais, Éditions FransOrienT, Paris, 2011, 312 p. (ISBN 978-2952878142)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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