Éruption du Vésuve en 79

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Éruption du Vésuve en 79
Image illustrative de l'article Éruption du Vésuve en 79
Répartition générale de la pluie d'éjectas illustrée en noir
Localisation
Pays Italie
Volcan Vésuve
Zone d'activité Cratère sommital
Dates du 24 au 26 août (?) 79 (&&&&&&&&&&&&&&022 jours)
Caractéristiques
Type d'éruption Plinienne
Phénomènes Nuées ardentes
Volume émis 3,3 km3 de téphra
Échelle VEI 5
Conséquences
Régions affectées Herculanum, Pompéi, Oplontis, Nuceria Constantia, Stabies
Nombre de morts 16 000 (estimation)[1]

L'éruption du Vésuve qui eut lieu en l'an 79 est la plus célèbre des éruptions volcaniques de ce volcan de Campanie, en Italie. Les historiens l'ont apprise grâce au récit d'un témoin oculaire, Pline le Jeune, administrateur et poète romain[2]. Très destructrice, l'éruption ensevelit sous un nuage de cendres un certain nombre de localités de la Rome antique situées autour du sommet dans la baie de Naples, parmi lesquelles Pompéi et Herculanum. En outre, elle occasionna la mort de Pline l'Ancien, témoin du début de l'éruption. Cette éruption a eu comme précurseur un tremblement de terre en 62 (en)[3], séisme considéré comme banal, car les Romains tenaient le Vésuve pour un volcan éteint, sa dernière éruption, qu'ils ignoraient, datant d'environ 1200 av. J.-C.[4].

Date de l'éruption[modifier | modifier le code]

L'éruption eut lieu en 79 selon des écrivains romains contemporains, dont Pline le Jeune. Cette date n'a jamais été sérieusement mise en doute. Elle a été établie grâce au compte rendu d'événements notoires du règne de Titus. Vespasien mourut cette année-là. Titus était le seul dirigeant quand il alla donner des ordres à Pompéi pour qu'on prête secours aux personnes déplacées. L'année suivante, en 80, il devait lutter contre un autre désastre, un grand incendie à Rome.

Le moment de l'année n'est mentionné qu'une fois dans un seul document historique, la première lettre que Pline le jeune adressa à Tacite[5]. Dans la variante du manuscrit jugée universellement la plus digne de foi, on lit nonum kal. septembres, c'est-à-dire neuf jours avant les calendes de septembre, soit le 24 août, le 1er septembre entrant chez les Romains dans le calcul des neuf jours. Malheureusement, la partie des Histoires où Tacite utilisa fort probablement la lettre demandée à cette fin à son ami Pline le Jeune et mentionna la date fournie par ce dernier ne nous est pas parvenue pour confirmer la date de Pline que nous connaissons.

La remise en question de la date du 24 août par suite de fouilles archéologiques débuta avec les travaux de Carlo Maria Rosini en 1797, et une série d'archéologues ont depuis avancé des preuves défavorables à cette date, mais l'opinion d'expert la plus répandue est favorable à cette dernière depuis longtemps. La discussion de ce point s'est amplifiée quelque peu ces dernières années. Certaines des découvertes archéologiques faites à Pompéi portent vraiment à croire que la ville fut probablement ensevelie deux ou trois mois plus tard. Par exemple, les gens enterrés dans les cendres paraissent porter des vêtements plus chauds que les vêtements d'été légers auxquels on s'attendrait en août. Les fruits frais, les olives et les légumes trouvés dans les boutiques sont typiques du mois d'octobre, et inversement, les fruits d'été qui auraient été typiques d'août se vendaient déjà séchés ou en conserve. Les vases de fermentation du vin (dolia) étaient scellés, ce qui se faisait vers la fin d'octobre. L'une des pièces de monnaie trouvées dans la bourse d'une femme ensevelie sous les cendres fut sans doute frappée à la fin de septembre, car elle commémorait la quinzième acclamation (le 8 septembre) de Titus au titre d'imperator[6].

En 2007, Rolandi, De Lascio et Stefani ont produit une étude des données sur la direction des vents enregistrées sur 20 ans aux stations météorologiques de Rome et de Brindisi. Ils ont déterminé avec plus de précision que jamais la configuration des vents qui soufflent à plus de 14 km d'altitude dans la région du Vésuve[7]. De juin à août inclusivement, les vents soufflent de l'ouest avec force, et le reste de l'année, de l'est. Ce fait était connu, mais les vents d'est qui soufflèrent lors de l'éruption étaient considérés comme une anomalie du mois d'août causée, supposait-on, par les faibles vents changeants de la période de transition. Les auteurs de l'étude font valoir que les vents de 79 produisirent de longs dépôts et ne furent donc pas si faibles et que la transition se produit en septembre, et non en août. Les auteurs rejettent donc la date d'août en raison de son incompatibilité avec les régimes climatiques. Le rejet ne porte pas sur le témoignage ni la date donnés par Pline ; il repose plutôt sur la possibilité que des copistes du manuscrit aient pu modifier cette date. En effet, le mois était omis dans certains manuscrits médiévaux ou anciens d'autres auteurs. Les copistes se sont peut-être sentis obligés d'indiquer un mois, mais ont fait un mauvais choix. Rolandi et ses collaborateurs avancent que la date originale devait être a.d. IX kal dec (le 23 novembre) ou a.d. IX kal nov (le 24 octobre), plus conforme avec les observations météorologiques et la configuration des vents.

Secousses prémonitoires[modifier | modifier le code]

Cette éruption fut précédée le 5 février 62 par un puissant séisme qui sema une destruction considérable autour de la baie de Naples, et notamment à Pompéi[8] Certains des dommages n'avaient pas encore été réparés lors de l'éruption du volcan[4]. La mort de 600 moutons causée par l'« air vicié » dans les environs de Pompéi et rapportée par Sénèque le Jeune amène Haraldur Sigurðsson à la comparer à la mort semblable de moutons causée en Islande par des bassins de dioxyde de carbone volcanique et à émettre l'hypothèse que le séisme de 62 était lié à une nouvelle activité du Vésuve[9].

Un autre séisme, de moindre ampleur, eut lieu en 64 ; Suétone le mentionne dans sa biographie de Néron parce que ce séisme survint pendant que l'empereur se produisait pour la première fois dans un théâtre public à Naples, et Tacite y fait allusion dans ses Annales. Suétone raconte qu'« en vain, un tremblement de terre ébranla le théâtre ; [l'empereur] ne cessa de chanter que lorsqu'il eut fini son air[10] », alors que Tacite écrit : « quand les spectateurs furent sortis, le théâtre s'écroula[11] ».

Les Romains s'étaient habitués aux petits séismes de la région ; Pline le Jeune écrit qu'« on avait ressenti des signes avant-coureurs d'un tremblement de terre, mais sans en être effrayé car c'est chose courante en Campanie[12] ». De petits séismes se produisirent quatre jours plus tôt[4] et se multiplièrent pendant les quatre jours suivants, mais la population ne reconnut pas les signes précurseurs.

Nature de l'éruption[modifier | modifier le code]

Les reconstitutions de l'éruption et de ses effets varient considérablement dans les détails, mais comprennent les mêmes éléments généraux. L'éruption dura deux jours. La matinée du 24 fut considérée comme normale par le seul témoin oculaire qui a laissé un document qui subsiste, Pline le Jeune, qui se trouvait alors à Misène, à environ 20 milles (32 km) du Vésuve, de l'autre côté de la baie de Naples, et qui n'eut pas l'occasion de parler à des habitants de Pompéi et d'Herculanum au cours des deux jours suivants (il ne mentionne même jamais Pompéi dans sa lettre). Vers 13 heures, le Vésuve explosa violemment et cracha une haute colonne d'où des cendres commencèrent à tomber et à couvrir la région. Les fuites et les sauvetages eurent lieu à ce moment-là. Au cours de la nuit ou au début du jour suivant, le 25, des coulées pyroclastiques commencèrent à s'échapper du volcan. L'éclairage de ces coulées passa pour des incendies. La population environnante, même celle de Misène, prit la fuite. Les coulées, rapides, denses et très chaudes, abattirent en tout ou en partie toutes les constructions sur leur passage, brûlèrent ou asphyxièrent la population restante et modifièrent le paysage, y compris le trait de côte. Elles s'accompagnèrent de nouveaux tremblements de terre légers et d'un petit tsunami dans la baie de Naples. L'éruption était finie dans la soirée du second jour et avait laissé une brumasse à travers laquelle le soleil brillait faiblement.

Pline le Jeune rend compte de l'éruption en ces termes : « Or, c'était le jour, mais tout alentour une nuit, plus épaisse qu'aucune autre, régnait, pourtant atténuée par un grand nombre de feux et de diverses lumières (Lettres, livre VI, 16)[5]. »

Études stratigraphiques[modifier | modifier le code]

Selon une étude stratigraphique des cendres publiée en 1982 par Sigurdsson, Cashdollar et Sparks (en), l'éruption du Vésuve s'est déroulée en deux phases en 79[13] : une éruption plinienne, qui dura de dix-huit à vingt heures et fit pleuvoir, au sud du cône, des ponces qui s'accumulèrent pour atteindre une épaisseur de 2,8 m à Pompéi ; une coulée pyroclastique ou nuée ardente (phase péléenne), qui s'étendit surtout vers l'ouest et le nord-ouest pour atteindre Misène. Deux coulées pyroclastiques enveloppèrent Pompéi et brûlèrent et asphyxièrent les traînards. Elles touchèrent Oplontis et Herculanum et les enterrèrent sous de fines cendres, de la lave et des dépôts pyroclastiques.

Dans un article publié en 2002, Sigurdsson et Casey donnèrent des précisions sur les données stratigraphiques d'après les fouilles et les levés entrepris jusque là. Selon leur nouvelle interprétation, l'explosion quasi initiale produisit une colonne de 15 à 30 km de haut qui, à cause des vents du nord-ouest, fit pleuvoir des cendres et des ponces sur Pompéi, au sud-est, mais non sur Herculanum, en amont. Cette éruption passe pour avoir été surtout phréato-magmatique ; en d'autres termes, la principale énergie qui soutenait la colonne provenait de l'évacuation de la vapeur surchauffée par le magma par suite de l'infiltration d'eau de mer dans les failles profondes de la région.

Par la suite, le nuage s'effondra après que les gaz se densifièrent et, n'étant plus capables de soutenir les solides, les libérèrent en une déferlante pyroclastique qui atteignit Herculanum, mais non Pompéi. D'autres explosions reconstituèrent la colonne. L'éruption passa six fois du type plinien au type péléen. Selon l'article précité, les déferlantes 4 et 5 sont celles qui auraient détruit Pompéi[14]. Les déferlantes se reconnaissent à la formation de dunes et à une stratification oblique non produites par des retombées volcaniques.

Selon les auteurs de l'article, les premières pluies de cendres furent le résultat d'explosions matinales de faible volume non visibles à Misène, ce qui éclaire le paradoxe que, malgré les heures de cheval à faire autour de la baie de Naples pour se rendre à la villa de Pline, le messager de Rectina y arriva peu après une éruption lointaine qui l'aurait par ailleurs empêché d'y parvenir.

Les deux Pline[modifier | modifier le code]

Le seul compte rendu de l'événement par un témoin oculaire consiste dans deux lettres adressées à l'historien Tacite par Pline le Jeune, qui avait 18 ans à l'époque de l'éruption[15]. Après avoir vu la première activité volcanique depuis Misène, qui se trouve à environ 35 km du volcan, sur l'autre côté de la baie de Naples, son oncle, Pline l'Ancien, lança une flotte de sauvetage et se porta lui-même au secours d'une amie appelée Rectina. Son neveu refusa de l'accompagner. L'une de ses lettres raconte les faits et gestes de son oncle rapportés par des témoins. Dans l'autre lettre, Pline le Jeune communique à Tacite ses observations postérieures au départ de son oncle.

Pline le Jeune[modifier | modifier le code]

Les deux Plines virent une nuée s'élever au-dessus d'un mont sans savoir à ce moment-là qu'il s'agissait du Vésuve :

Éruption du Vésuve vue de Naples, octobre 1822, dessin de George Julius Poulett Scrope.
Pin parasol à Rome.

« Une nuée donc apparaissait, qui par son aspect et sa forme rappelait un arbre et plus précisément un pin. En effet, dressée tel un tronc svelte, elle semblait étendre ses rameaux […] elle devenait évanescente, s'élargissant, très blanche ici, ailleurs poussiéreuse et souillée par la terre et la cendre qu'elle avait soulevées[5]. »

Ce phénomène et une demande d'évacuation par voie maritime amenèrent Pline l'Ancien à ordonner des opérations de sauvetage et à y participer. Son neveu reprit ses activités courantes, mais la nuit suivante, une violente secousse les incita, sa mère et lui, à passer dans la cour de la maison. Vers l'aube, la population abandonna le village. « On voyait d'autre part la mer retirée et comme tenue à l'écart du rivage par les secousses de la terre[12] », ce qui était un signe de tsunami[16]. Cependant, rien ne prouve que les vagues aient causé de graves dommages.

Les premières lueurs du jour étaient obscurcies par une nuée sombre percée de traînées de flammes que Pline le Jeune compara « à des éclairs, mais bien plus grands ». Elle masqua la pointe de Misène toute proche et l'île de Capri, de l'autre côté de la baie. La cendre devint plus dense et plus abondante, de sorte qu'il fallait se secouer à l'occasion pour éviter d'être enseveli ou écrasé sous son poids. Le même jour, la cendre cessa de tomber, et le soleil reparut, jaunâtre comme lors d'éclipses, et aux yeux de Pline, tout était recouvert d'une cendre abondante semblable à une couche de neige. Les dommages causés par les séismes et le tsunami à Misène ne furent pas assez graves pour empêcher Pline et sa mère de rentrer chez eux.

Pline l'Ancien[modifier | modifier le code]

Reconstitution de la mort de Pline l'Ancien, 1888

Pline l'Ancien, qui commandait la flotte romaine à Misène, avait décidé d'étudier le phénomène de près dans un bateau léger. Au sortir de sa demeure, il reçut une demande de secours d'une amie et ordonna le lancement immédiat de quadrirèmes pour évacuer la population de la côte. Il monta à bord de l'une d'elles, traversa la baie, mais à l'approche du rivage, les bateaux recevaient une pluie dense de cendres chaudes, de la pìerre ponce et des cailloux, et un bas-fond et des rochers effondrés obstruaient le chemin. Pline ordonna à son pilote de poursuivre jusqu'à la maison de Pomponianus à Stabies, située à environ 4,5 km de Pompéi. On ne sait trop s'il renonçait à atteindre la villa de Rectina ou croyait que Pomponianus faisait partie du groupe de son amie. La lettre ne fait plus mention de cette dernière. Pomponianus avait déjà fait charger ses bateaux et était prêt à lever l'ancre, mais le même vent du large qui amenait le bateau de Pline empêchait tout le monde de partir. Pline et son groupe virent des flammes en plusieurs points de la montagne, et le premier les attribua à la combustion de foyers et de villas abandonnées pour calmer les inquiétudes. Après la nuit, le groupe quitta le bâtiment à cause de l'amas de matière, probablement des éjectas, qui menaçait de boucher toute issue. Le groupe décida de s'éloigner en couvrant leur tête d'un oreiller pour se protéger contre la pluie de fragments de pierre ponce. Le jour ressemblait à une nuit des plus sombres percée de feux et d'autres lumières. Le groupe se rendit au rivage, mais le vent n'avait pas changé de direction. Pline y trouva la mort[5]. Dans sa première lettre adressée à Tacite, son neveu était d'avis que la mort de son oncle était due à la faiblesse de ses poumons et au passage d'un nuage de gaz sulfureux. Cependant, Stabies se trouvait à 16 km de la cheminée volcanique (à peu près à l'emplacement de la ville moderne de Castellammare di Stabia), et les compagnons de l'oncle ne furent apparemment pas gênés par ces fumées, de sorte qu'il est plus probable que l'oncle corpulent mourut d'une autre cause, telle qu'une crise cardiaque[17]. On retrouva son corps intact le lendemain.

Victimes de l'éruption[modifier | modifier le code]

Moulages de victimes humaines de l'éruption trouvée dans le « jardin des Fugitifs » à Pompéi.

Outre Pline l'Ancien, les seuls nobles connus que l'on sait avoir été tués par l'éruption sont Agrippa, fils de la princesse juive Drusilla et du procureur Antonius Felix, et son épouse[18].

Le nombre de citoyens de la région de Pompéi et d'Herculanum qui succombèrent sous les nuées ardentes a été estimé à 16 000[1],[19]. En 2003, les contre-empreintes de 1 044 corps trouvés dans les dépôts de ponces et les dépôts pyroclastiques, ainsi que les os épars de 100 autres corps, avaient été recueillis à Pompéi[20]. Les restes d'environ 332 corps ont été découverts à Herculanum (dont 300 sous des voûtes dans les années 1980)[21]. On ignore toujours quel pourcentage du nombre total de morts ces chiffres représentent ou quel pourcentage du nombre total de personnes en danger ces morts représentent.

Trente-huit pour cent des 1 044 morts de Pompéi se trouvaient dans les dépôts de ponces, et la plupart d'entre eux, à l'intérieur de bâtiments. Les chercheurs pensent que ces derniers morts furent tués surtout par l'effondrement des toits, et le nombre moindre de victimes trouvées à l'extérieur des bâtiments furent probablement tuées par la chute d'ardoises ou les gros fragments de roche projetés par le volcan. Ces résultats diffèrent de l'expérience moderne puisque seuls 4 % des victimes ont été tuées par les pluies de cendres lors d'éruptions expulsives au cours des quatre cents dernières années. Les autres morts de Pompéi (62 %) se trouvaient dans des dépôts pyroclastiques : ils moururent de suffocation, à cause de la forte teneur de l'atmosphère en cendres, ou à la suite d'un traumatisme physique dû à l'énergie cinétique de la déferlante. Par contraste avec les victimes d'Herculanum, l'examen du linge, des fresques et des squelettes de Pompéi permet d'exclure la possibilité que des brûlures aient contribué à la mortalité[20].

Herculanum, qui était bien plus près du cratère, évita les pluies de téphras grâce au vent, mais fut enterré sous 23 mètres de matière apportée par les déferlantes pyroclastiques. Il est probable que la plupart des morts connus de cette ville, sinon la totalité, furent tués par les déferlantes, surtout au vu des signes de chaleur extrême trouvés sur les squelettes des victimes trouvées sous les voûtes et de l'existence de bois carbonisé dans de nombreux bâtiments. Ces personnes furent toutes happées sur l'ancien rivage par la première déferlante et moururent de choc thermique, mais non par carbonisation, même si certaines d'entre elles furent en partie carbonisées par les déferlantes postérieures plus chaudes. La mort n'a pas été immédiate : les restes présentent des signes d'agonie. Les voutes étaient fort probablement des remises à bateaux, car les entretoises supérieures devaient servir à suspendre des bateaux. On n'a pas trouvé de bateaux, ce qui indique qu'ils ont peut-être servi à la fuite précoce d'une partie de la population. Les restes étaient concentrés dans les salles à raison de trois personnes au mètre carré. Comme les fouilles n'ont couvert que 85 mètres de rivage, les morts qui attendent d'être exhumés pourraient bien se compter par milliers[22].

Aspect de la montagne antérieur et postérieur à l'éruption[modifier | modifier le code]

Le Vésuve, qui domine le forum de Pompéi

Les forêts, les vignobles et la végétation luxuriante qui recouvraient la partie du flanc du Vésuve où l'éruption se produisit furent détruits. Rien ne pouvait être plus impressionnant que le contraste entre l'aspect splendide de la montagne antérieur à la catastrophe et et la désolation postérieure. Ce contraste remarquable fait l'objet d'un des Épigrammes de Martial en ces termes :

« Le voilà, ce Vésuve jadis ombragé de pampres verts dont le fruit inondait nos pressoirs de son jus délectable. Les voilà ces coteaux que Bacchus, préférait aux collines de Nysa : naguère, sur ce mont, les Satyres formaient des danses légères. C'était la demeure de Vénus, qui l'affectionnait plus encore que Lacédémone : Hercule avait par son nom illustré ces lieux. Les flammes ont tout détruit, tout enseveli sous d'affreux monceaux de cendres : les dieux voudraient que leur puissance ne fût pas allée si loin. »

— Martial, livre IV, épigr. XLIV[23].

Après l'éruption de 1500, qui succéda à de nombreuses périodes d'activité et d'intervalles de repos, dont une première coulée de lave en 1036, les éruptions antérieures ayant produit de la matière pyroclastique mais non du magma, le volcan connut une long repos de près de 130 ans durant lequel il se couvrit à nouveau de jardins et de vignes comme auparavant. Même l'intérieur du cratère se recouvrit d'arbustes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Lindsey Doermann, « Top 10 worst eruptions of all time », sur Cosmos,‎ 27 novembre 2010 (consulté le 3 décembre 2013).
  2. (en) Andrew Wallace-Hadrill, « Pompeii: Portents of Disaster », sur BBC History,‎ 15 octobre 2010 (consulté le 4 février 2011).
  3. Les fouilles sur le site de Pompéi ont révélé que des travaux de reconstruction commencés à la suite du séisme de 62 étaient inachevés en 79.
  4. a, b et c (en) « Visiting Pompeii – AD 79 – Vesuvius explodes », sur Current Archeology.co.uk,‎ 28 septembre 2007 (consulté le 4 décembre 2013).
  5. a, b, c et d Pline le Jeune, 1998, livre VI, lettre 16, p. 331-335.
  6. Rolandi 2008, p. 95.
  7. Rolandi 2008, p. 96.
  8. (en) Kirk Martini, « Patterns of Reconstruction at Pompeii, chapitre 2 : Identifying Potential Damage Events », Pompeii Forum Project, Institute for Advanced Technology in the Humanities (IATH), University of Virginia,‎ septembre 1998 (consulté le 26 mai 2010).
  9. Sigurdsson 2002, p. 35, sur les Questions naturelles de Sénèque le Jeune, 6.1, 6.27.
  10. Suétone (trad. Désiré Nisard), Vie de Néron,‎ 1855 (1re éd. 121) (lire en ligne).
  11. Publius Cornelius Tacitus, Les Annales, t. Livre XV 34, L. Hachette et Cie,‎ 1859 (1re éd. 117) (lire en ligne).
  12. a et b Pline le Jeune, 1998, livre VI, lettre 20, p. 335-338.
  13. Haraldur Sigurdsson, Stanford Cashdollar et Stephen R. J. Sparks, « The Eruption of Vesuvius in A. D. 79: Reconstruction from Historical and Volcanological Evidence », American Journal of Archaeology, vol. 86, no 1,‎ janvier 1982, p. 39–51 (DOI 10.2307/504292, JSTOR 504292).
  14. Sigurdsson 2002, p. 42–43.
  15. Pline le Jeune, « Livre VI », dans Lettres — Lettres 16 et 20.
  16. (en) « Volcanogenic Tsunamis », sur Volcano World, Department of Géosciences, Oregon State University.
  17. (en) « Lecture 19: Greek, Carthaginian, and Roman Agricultural Writers », sur History of Horticulture, Purdue University (consulté le 7 décembre 2013).
  18. Flavius Josèphe (trad. Julien Weill), Antiquités judaïques : Livre XX [« Ιουδαϊκή Αρχαιολογία »], Paris, Ernest Leroux, éditeur,‎ 1900 (lire en ligne) — XX.VII.2. Nobles dont l'histoire, qui devait être contée plus loin, ne nous est pas parvenue.
  19. (en) Raphael Kadushin, « Pompeii and circumstance: what was hiding in the ruins »,‎ 13 septembre 2003 (consulté le 3 février 2011).
  20. a et b (en) Lisetta Giacomelli, Annamaria Perrotta, Roberto Scandone et Claudio Scarpati, « The eruption of Vesuvius of 79 AD and its impact on human environment in Pompei », Episodes, vol. 26,‎ septembre 2003 (lire en ligne [PDF]).
  21. (en) Soprintendenza archeologica di Pompei, « Pompeii, Stories from an eruption : Herculaneum », The Field Museum of Natural History,‎ 2007 (consulté le 8 décembre 2013).
  22. Sigurdsson et Carey 2002, p. 55–57.
  23. Martial (trad. V. Verger, N.-A. Dubois et J. Mangeart), Œuvres complètes de M. V. Martial, Épigrammes, Paris, Garnier frères,‎ 1864 (lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pline le Jeune (trad. Yves Hucher), Correspondance : Lettres, Paris, Union générale d'édition,‎ 1998 (1re éd. 1966), 443 p. (ISBN 2264027207) — Suivi de Correspondance avec Trajan.
  • (en) Rolandi, A. Paone, M. De Lascio et G. Stefani, « The 79 AD eruption of Somma: the relationship between the date of the eruption and the southeast tephra dispersion », Journal of Volcanology and Geothermal Research, vol. 169,‎ 2008, p. 87–98 (DOI 10.1016/j.jvolgeores.2007.08.020)
  • (en) Haraldur Sigurdsson, « Mount Vesuvius before the Disaster », dans Wilhelmina Mary Feemster Jashemski et Frederick Gustav Meyer, The natural history of Pompeii, Cambridge, The Press Syndicate of the University of Cambridge,‎ 2002, 29–36 p.
  • (en) Haraldur Sigurdsson et Steven Carey, « The Eruption of Vesuvius in AD 79 », dans Wilhelmina Mary Feemster Jashemski et Frederick Gustav Meyer, The natural history of Pompeii, Cambridge, The Press Syndicate of the University of Cambridge,‎ 2002, 37–64 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]