Arts plastiques

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Dans un sens commun, les arts plastiques regroupent toutes les pratiques ou activités donnant une représentation artistique, esthétique ou poétique, au travers de formes et de volumes.

Éléments de la définition[modifier | modifier le code]

L'expression « arts plastiques » (bien qu'imprécise et en concurrence avec « arts visuels ») est souvent opposée dans le monde francophone aux arts appliqués ou aux arts décoratifs ainsi qu'à certaines pratiques considérées comme populaires, amateurs, artisanales ou commerciales, s'est imposée en art contemporain par l'usage d'artistes se qualifiant eux-mêmes de plasticiens et par la commodité de sa distinction avec d'autres familles artistiques comme la musique, les spectacles vivants (théâtre, danse, cirque, etc.), la littérature et parfois de l'architecture.

Ces dernières années, en tendant à recouvrir l'ensemble des objets et phénomènes abordés par l'histoire de l'art, ou concernant le patrimoine culturel, cette expression s'éloigne de son sens habituel, parfois critiquée pour son élitisme[1].

Origine[modifier | modifier le code]

L'expression elle-même, dérivée du verbe grec πλάττειν (« plattein », en français « former »[2]) a des origines anciennes[3] dans le monde occidental. Elle désignait alors les arts relatif au modelage tel la sculpture, la céramique et l'architecture. Comme les arte del designo (en latin, de dessein : « intention d’exécuter quelque chose, un projet ») de la Renaissance, qui les associait à la peinture et aux arts graphiques (donc aux arts de la surface et à ceux du volume), cette expression fait depuis le XIXe siècle référence à tout art qui a une action sur la matière, voire qui évoque des formes, des représentations[4] (comme la poésie). Aujourd'hui on y ajoute les œuvres explorant les anciens et nouveaux médias (photographie, cinéma et vidéo, les supports numériques, etc.), et les nombreuses pratiques artistiques expérimentales.

L'adjectif « plastique » semblait nécessaire après l'héritage de l'art moderne, suite notamment au dadaïsme, aux collages surréalistes, à Marcel Duchamp et aux pionniers de l'art conceptuel. Questionnant les statuts de l'œuvre et le rôle de l'artiste dans la société, ces mouvements[5] ont élargi les champs du visible en refusant la recherche du beau comme seul fondement et en remettant en cause les hiérarchies des arts, des supports et des médias. Les nombreuses avant-gardes, les performances et les interventions éphémères témoignent de ces formes de « plasticité » actuelles, comprise comme « l'ensemble des dispositifs artistiques donnant à voir et à ressentir la représentation[6] ».

Emmanuel Kant[modifier | modifier le code]

C’est Emmanuel Kant qui, au XVIIIe siècle, introduit le terme que l'on a indistinctement traduit en français par « arts plastiques » ou par « arts visuels », le « bildenden Künste ». Celui-ci recouvrait, entre autres, la petite plastique, la sculpture, l'architecture et la peinture, dans une catégorie correspondant aux « arts de la forme visuelle statique[7] ». Bien que particulièrement imprécise et complexe[8], cette expression deviendra dans la tradition philosophique un critère d'appréciation de l'œuvre, la « plasticité[9] ».

En France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Écoles d'art en France.

En France[10], la reconnaissance institutionnelle des arts plastiques arrive en 1969, avec les premières unités d'enseignements et de recherches (UER) dans les universités[11], puis en 1982 avec leur pendant au Ministère de la culture[12]. L'École des beaux-arts[13] symbolisait encore à cette époque l'approche traditionnelle, bousculé par les sciences humaines, et peu en phase avec les mutations contemporaines du champ artistique. Une conséquence de ces nouvelles orientations fut sa séparation avec les écoles d'architecture (en résumé, dû à la tension depuis le XIXe siècle entre « ingénieurs » et « auteurs »).

Il s'agissait aussi pour l'Éducation nationale de rénover l'enseignement artistique[14] dans le secondaire (les cours de dessin, en plus de ceux de musique) en créant un cursus universitaires et concours de recrutement des enseignants[15]. En ce sens la discipline « arts plastiques » est un des lieux de formations artistiques[16], typiquement français et parfois qualifié de « pratique critique »[17], entre atelier, école et institut universitaire d'art, au sein des politiques culturelles[18],[19] de l'État.

Citations[modifier | modifier le code]

« Sachant que l'œuvre est destinée au musée, l'artiste lui donne directement la forme convenable à la mise en scène muséographique (par exemple le grand format de la peinture américaine), puis identifie l'œuvre au musée. Car le musée apparaît comme le but de l'activité artistique, le but de l'histoire de l'art, quand bien même c'est là une aliénation de l'art comparable à celle de dire que le but de notre vie, c'est le cimetière. [...]
La fin des avant-gardes s'est accomplie à notre insu pendant les années 70. Le thème réel et commun à toutes les avant-gardes du XXe siècle, après la découverte de l'idée d'Histoire au XIXe siècle, apparaît aujourd'hui par-delà toutes les images réalistes, abstraites, aléatoires, conceptuelles ou corporelles : c'est le désir pulsionnel et génital d'être des créateurs d'HISTOIRE de l'art. Les avant-gardistes ont voulu nous montrer la gestation créatrice de l'Histoire immédiate de l'art, rendue visible par l'accélération soudaine d'un rythme jusqu'alors séculaire. Crispation sexuelle du mythe prométhéen »

— Hervé Fischer[20]

« Ce n'est pas la forme extérieure des choses qui est réelle, mais l'essence des choses ; partant de cette vérité, il est impossible à quiconque d'exprimer quelque chose de réel en imitant la surface extérieure des choses. Il y a un but dans toutes les choses, pour y arriver, il faut se dégager de soi-même. »

— Constantin Brâncuşi, sculpteur français d'origine roumaine dont l'œuvre renouvela les concepts artistiques de la forme en sculpture

« J’ai tué plus de soixante arbres, soixante pierres et soixante jeunes déesses de bronze pour commettre la sculpture. J’ai également tué les cauchemars de Michelangelo, les incertitudes de Magritte et les regrets de Montesquieu, (donc, implicitement, j’ai anéanti l’ensemble de l’entière raison de la grandeur des Romains et de leur décadence). Bien que je sois profusément familiarisé avec les commandements, les sommets et avec les arts plastiques et graphiques, je n’ai pas placé mes pas dans les pas des autres maîtres, ni mes voies dans les chemins des différents métaphysiciens. Quand, dans la lumière, le contour d’une personne se dessine, il ne reste plus que l’ombre : les yeux, les oreilles, les cils, sont annexes, la forme acquiert une dimension mystique. Quand le soleil est mort tous les arts sont condamnés à disparaitre dans l’obscurité totale sauf un seul : la sculpture - laquelle reste palpable, touchable et caressable. À la veille de Noël nous allons à l’église. À la limite de nos drames nous allons au Temple de la Sculpture pour caresser l’unique espérance tangible qui nous reste : le rêve. Il n’y a pas ni vie, ni avenir, ni beaux arts sans rêve. Comprendre le rêvé signifie comprendre l’Univers. En indubitable conclusion, il est essentiel d’utiliser le Rêve pour créer n’importe quel ouvrage. Ainsi s’ouvre l’unique voie vers les chefs-d’œuvre …L’Esprit de Rêve engendre les galaxies, la vie et les arts ! »

— Botarro

« Pratique critique, pratique réflexive, articulation pratique/théorie, théorisation de la pratique... voila bien des vocables, parfois employés, peut-être à tort, l'un pour l'autre, et qui qualifient tout le principe premier des arts plastiques comme champ institué : celui de développer une pratique plastique à visée artistique en interaction avec la réflexion portée sur cette pratique et par cette pratique même. [...]
L'originalité des arts plastiques — et le terme "originalité" n'est pas anodin — a bien été de poser en principe l'articulation de la pratique, de la réflexion et de la théorie. »

— Pierre Juhasz 1997 [1995][21]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir, parmi d'autres, les trois contributions suivantes :
    Nathalie Heinich, « Le rejet de l'art contemporain, pourquoi ? », Sciences humaines. Hors série, no 37, juin 2002, p. 56-59 [présentation en ligne]
    La pensée de midi. Dossier : Fin(s) de la politique culturelle ?, 16, Arles, Actes sud, 2005 (ISBN 2-7427-5933-6) [lire en ligne]
    Aude de Kerros, « Art moderne, art contemporain : l'impossible débat », Le Débat, 3/2008 (no 150), p. 116-133 [lire en ligne] (payant)
  2. Voir aussi l'étymologie du terme art entre savoir théorique et savoir-faire, traditionnellement opposé aux sciences et au droit
  3. Dominique Chateau, Arts plastiques : archéologie d'une notion, Nîmes, 1999.
  4. Cf. le cnrtl (qui cite en première référence Edgar Quinet, Allemagne et Italie. Philosophie et poésie, Paris, Leipzig, 1839 [1836], p. 149) : arts plastiques « activités de recherche de la beauté par l'expression, la création, l'évocation de formes ». Voir J.-R. Gaborit, in Encyclopaedia universalis (ISBN 2-85229-887-2). Alain Rey, Marianne Tomi, Tristan Hordé, et. al., Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaires le Robert, 2006 (ISBN 2-84902-236-5)
  5. Florence de Mèredieu, Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain, Paris, Larousse, nouv. éd. 2004 (In extenso) (ISBN 2-03-505451-6).
  6. Christophe Henry, Art des Temps Modernes et Historiographie, Univ. de Lyon II, 2007-2008 (en particulier le paragraphe sur Le sujet et la plasticité).
  7. Selon Thomas Munro (en), Les Arts et leurs relations mutuelles [The Arts and Their Interrelations], Paris, 1954 [1949].
  8. Kant évoque alors comme equivalent « les arts de l'expression des Idées dans l'intuition des sens » dans Critique de la faculté de juger (1790; trad. fr. A. Philonenko, Vrin, 1974) (§ 51).
    Ils se distinguent des « redenden Künste » (les arts de la parole, qui comprennent l'éloquence et la poésie), et du « Kunst des schönen Spiels des Empfindung » (soit l'art du beau jeu des sensations, la musique et l'art des couleurs - dit Farbenkunst). Cf. Dominique Château 2004.
  9. Pour tout ce paragraphe, voir Dominique Château, « Plastique, arts plastiques, bildenden Künste », dans Vocabulaire européen des philosophies : dictionnaire des intraduisibles, dir. Barbara Cassin, Seuil, Dictionnaires le Robert, 2004 (ISBN 2-02-030730-8).
  10. Philippe Pujas, Jean Ungaro et Karelle Ménine, Une éducation artistique pour tous ?, Ramonville Saint-Agne, 1999 ((ISBN 2-86586-701-3)), ou en ligne (mais moins clair) Les pratiques artistiques à l'école, Paris, 2006 (Les cahiers d'Éducation & Devenir, 8). Cette nouvelle conception des enseignements artistiques prend aussi sa source chez William Morris et dans le Bauhaus, auquel Walter Gropius donnait en 1919 comme objectif de « rassembler toutes les activités artistiques créatrices en un tout, d'unir toutes les branches de l'art industriel en une architecture nouvelle », le « grand édifice » (L'Einheitskunstwerk). Cf. Nikolaus Pevsner, Les académies d'art, Paris, 1999, p. 203-218, en part. p. 210 (ISBN 2-85226-520-6) (1re éd. 1940) [PDF]
  11. Respectivement à Vincennes (janvier 1969) puis à Paris I (novembre 1969). Cf. Marie-Jeanne Brondeau-Four et Martine Colboc-Terville, Du dessin aux arts plastiques : IV. Années charnières [PDF], Nantes, via le site académique de Paris, 1996.
  12. La Délégation aux arts plastiques (DAP).
  13. Son objectif consistait toujours, jusque 1968, à « préparer les artistes aux différents concours pour le prix de Rome. »
  14. Voir le témoignage de Roland Recht à ce sujet (en particulier après la 27e minute de l'entretien - service payant). À propos des questions de l'enseignement et de la transmission, voir aussi Sur l’art et les moyens de son expérience. Pourquoi, comment rendre contemporain l’art ?, réunis par Christophe Domino, Paris, 2005 (Les Nouveaux commanditaires. Réflexions croisées)
  15. Évaluation de l'éducation artistique et culturelle, vst : La lettre d'information, no 15, INRP, Lyon, février 2006. Bernard Gaillot, Arts plastiques : l'évaluation des acquis, IUFM d'Aix-Marseille, 2003.
  16. Sur le débat actuel autour des mesures envisagées par l'État (cf. BO no 6 et 32 du 28 août 2008), voir plusieurs documents (décembre 2008) et Gisèle Grammare, Lettre ouverte aux Ministres, Université de Paris 1, le 15 mars 2008 sur le site sauvonslesartsplastiques.fr ; la consultation sur les projets de programmes d’Arts Plastiques du SNES et le texte de Philippe Marcelé. Voir aussi les textes de Didier Rykner et d'Olivier Bonfait, pour les arguments des historiens de l'art et des conservateurs du patrimoine ; L’histoire de l’art, de l'Université à l'École (INHA, 17 avril 2008) et ici ; le rapport 2006 du Haut Conseil de l'éducation artistique et culturelle ; et le débat Histoire de l'art : comment l'enseigner ?, dans L'art à l'école, Paris, 2001, p. 42-48 (BeauxArts magazine. numéro spécial) (ISSN 0757-2271) ou, déjà en 1914, Louis Hautecoeur, L'histoire de l'art dans l'enseignement secondaire [lire en ligne], et Georges Vidalenc, L'histoire de l'art dans l'enseignement primaire supérieur, dans Revue de synthèse historique, 28, Paris, 1914, p. 111-126 et 281-287 [lire en ligne]
  17. Voir Pierre Juhasz 1997, ci-dessous ; Dominique Chateau, Défense et illustration de la notion d'arts plastiques (et de celle d'arts appliqués), Nantes, 2002 [lire en ligne]
  18. Serge Reneau, L’institution scolaire, l’éducation artistique et l’action culturelle de Jules Ferry à Jack Lang, Rouen, Revue Trames no 11, IUFM, 2004
  19. Frédéric Skarbek Malczewski, L’initiative individuelle à l’aune des politiques culturelles, DESS, Rouen, 2003
  20. L'histoire de l'art est terminée, 1981, p. 43 et 66
  21. Pierre Juhasz, Qu'en est-il de la pratique critique aujourd'hui dans l'enseignement des arts plastiques ?, dans Critique et enseignement artistique : des discours aux pratiques. [Séminaire de l'Université Paris-8 Vincennes sur "Le discours critique dans le champ artistique, champ référentiel et enseignement", du 27 au 31 octobre 1995 au Centre international d'études pédagogiques de Sèvres], sous la dir. de Pascal Bonafoux et Daniel Danétis, Paris et Montréal, L'Harmattan, 1997, p. 341 (ISBN 2-7384-5204-3).

Annexes[modifier | modifier le code]

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