Étoile de David

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Étoile de David

Unicode
Code U+2721
Nom Étoile de David
Bloc Dingbats
L’étoile de David
L’étoile de David : plus ancienne copie complète du texte massorétique, le Codex de Léningrad, datant de 1008.

L’étoile de David ✡ (en hébreu : מגן דוד : maguen David ou maghen Dawid, littéralement « bouclier de David », en latin scutum Davidis) est le symbole du judaïsme. Elle se compose de deux triangles équilatéraux superposés : l’un dirigé vers le haut, l’autre vers le bas. Aujourd’hui, on le trouve notamment sur le drapeau de l’État d’Israël et aussi dans les façades des synagogues du monde entier. On rencontre également les appellations de Sceau de Salomon (latin: sigillum Salomonis), double triangle, triangle de Salomon, étoile de Sion.

Elle représente, selon la tradition juive, l’emblème du roi David et serait aussi bien symbole du Messie (de lignée davidique).

Histoire[modifier | modifier le code]

Gershom Scholem a repéré divers usages et moments du Sceau de Salomon (ou « bouclier de David  », magen David). À l'Âge du bronze, il a été probablement utilisé comme ornement ou peut-être comme signe magique. L'exemplaire le plus ancien se trouve sur un sceau datant du VIIe siècle avant l'ère vulgaire, découvert à Sidon et appartenant à un certain Josuhua ben Assayahu. À l'époque du second Temple, l'hexagramme était fréquemment utilisé par des juifs comme par des non-juifs en association avec le pentagramme (l'étoile à cinq branches ; on le trouve ainsi sur un relief de la synagogue de Capharnaüm (IIe ou IIIe siècle), aux côtés du pentagramme et du svastika. Le sceau de Salomon apparaît comme signe magique au début du Moyen Âge. On ne sait pas précisément à quelle époque l'hexagramme fut inscrit sur le sceau ou l'anneau de Salomon, mentionné dans le Talmud de Babylone (traité Gittin, 68) (VIe siècle) comme signe de sa domination sur les démons, à la place du Nom de Dieu qui y figurait à l'origine. Il continue à avoir un usage décoratif chez les rois de Navarre, dans des églises. Dès 1492, il est utilisé comme marque d'imprimeur, spécialement à Prague. L'usage comme symbole alchimique dénotant l'harmonie entre principes contraires, Eau et Feu, devient courant au XVIIe siècle. Apparaît un autre symbolisme : celui du « bouclier du fils de David », le Messie, cela dans des cercles kabbalistiques. Il fut un insigne secret des sabbatéens, un mouvement de la kabbale. Le journal du sioniste Theodor Herzl, Die Welt (1897), porta à sa première sortie l'hexagramme comme emblème. Il figure dans le drapeau national d'Israël (1948)[1].

Forme[modifier | modifier le code]

Le sceau de Salomon présente diverses formes : il peut être entouré d'un cercle, les deux triangles peuvent avoir des lignes qui passent, aux intersections, une fois dessus, une fois dessous. Un triangle peut être tracé entièrement noir, l'autre avoir la couleur blanche entre ses traits.

Symbolique dans le judaïsme[modifier | modifier le code]

Pour les Pharisiens et les docteurs de la Torah, l’étoile à six branches symbolisait les six jours de la semaine, le septième jour, celui du repos divin (le shabbat), était symbolisé par le centre de l’étoile. C’est en quelque sorte une représentation de la plénitude du chiffre sept, chiffre sacré. Aujourd’hui, cela pourrait aussi bien représenter l’antagonisme entre l’eau et le feu que celui entre le Haut et le Bas, etc.

La signification de symbole du Prophète proviendrait de la prophétie de Balaam : « Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël » (Nombres 24, 1-25). Ce texte annonce la venue d’une étoile messianique, qui devait sortir de la maison de David, d’où son nom.

La signification du bouclier de David veut que lorsque David était recherché par Saül, il s’est caché dans une grotte où, lorsque les soldats entrèrent, une araignée aurait tissé une toile prenant la forme d’une étoile à six branches cachant David. Cette étoile était également présente sur le bouclier des soldats lors de toutes les batailles remportées par Israël sur ses ennemis. Les six points aux extrémités de l’étoile et les 6 points d’intersection des triangles pourraient aussi représenter la disposition par Josué des douze tribus d’Israël, unifiées sous la royauté de David, sur la Terre d’Israël autour de Jérusalem.

Après l'usage « antique » et sur des restes archéologiques, on trouve son utilisation par les Juifs en Europe en Hongrie, à Prague, sur une synagogue XIVe siècle, dans une synagogue à Hamelin en Allemagne XVe siècle et sur l'enseigne de l'Imprimeur Tobias FOA en Italie (à Sabbioneta en Lombardie, près de Parme) au XVIe siècle[2].

Son enseigne et sa « marque de fabrique » en forme de blason représente deux lions de profil (souvent utilisé comme symbole de la tribu royale de Yehouda) autour d'un palmier contenant une étoile de David (les rois Salomon et David sont également issus de la tribu de Yehouda dont descendent tous les rois légitimes). Ce "blason" se retrouve dans ses ouvrages et sur sa tombe. La circulation de ses ouvrages a, selon ces sources, diffusée l'étoile de David qui a commencé à être utilisée comme symbole du judaïsme compte tenu des très rares autres utilisations répertoriées (Encyclopédie Kountrass). L'auteur Guershom Sholem rapporte cette explication.

Sceau de la théosophie constitué de plusieurs signes (Om̐, svastika, Ouroboros, masculin, féminin, L’ânkh)

Le triangle dont la base est en bas symboliserait l'aspiration de l'homme vers Dieu et l'autre triangle celle de Dieu vers l'homme. Le premier triangle symboliserait aussi la femme et le second l'homme[3].

Symbolique dans l’hindouisme[modifier | modifier le code]

L’étoile à six branches, dans la tradition hindoue, symbolise soit Brahma, le dieu créateur, soit la trinité hindoue, la trimurti[4], ou encore est un symbole shivaïte. C'est donc un symbole assez commun en Inde, à forte consonance religieuse et sacrée, à l’instar du svastika.

Le drapeau du Maroc[modifier | modifier le code]

Drapeau du Maroc, Nouveau Petit Larousse illustré 1924.

Initialement et jusqu'en 1915, le drapeau du Maroc était orné de l'étoile à six branches du sceau de Salomon. L'étoile à cinq branches fut imposée par le maréchal Hubert Lyautey, alors résident général du protectorat. Ce pentacle remplaça le sceau de Salomon par décret royal en 1915. Le drapeau rifain comprend une étoile à six branches[5]. Le Mérite militaire chérifien, décoration créée en 1910 porte ce même hexagramme sur fond vert.

Plusieurs insignes de régiments de l'armée française comprenait une étoile à six branches tels celui du régiment d’infanterie coloniale du Maroc (RICM), régiment composé d'Européens, et celui du 4e régiment de tirailleurs tunisiens (4e RTT), unité qui s'illustra au cours des deux guerres mondiales.

L'étoile des brasseurs[modifier | modifier le code]

Enseigne de brasserie

Son usage est attesté dès 1397 dans la communauté des brasseurs. Représentation symbolique de l'alchimie brassicole mettant en œuvre les quatre éléments (terre, feu, eau, air), elle servait au départ à éloigner les esprits malins et les incendies. Bien qu'ayant eu un développement conjoint à l'étoile de David, son destin fut ensuite bien séparé. Bien vite elle devint une enseigne signalant une brasserie, notamment dans le monde rhénan et bavarois. Elle était aussi sur les récipients contenant de la bière. Son usage déclina à partir du XVIIIe.

Le drapeau du Burundi[modifier | modifier le code]

Le drapeau du Burundi a en son centre trois étoiles de David symbolisant les trois ethnies du pays (Tutsis, Hutus et Pygmées).[réf. nécessaire] Les Tutsis descendent de la royauté d'Éthiopie et de la descendance de David II devenu Ménélik Ier, fils de Salomon et de la reine de Saba, empereur négus du royaume du Koush, troisième royaume juif après la mort de Salomon, aux côtés des royaumes d'Israël et de Juda… D'où les trois étoiles de David[6].

Le sens[modifier | modifier le code]

Ce symbole est le complémentaire du pentagramme. Traditionnellement, le pentagramme représente symboliquement le microcosme, l'Homme (et ses cinq extrémités : quatre membre plus une tête), tandis que l'hexagramme ou sceau de Salomon représente symboliquement le macrocosme, le Monde. En effet, les deux triangles sont supposés désigner l'un la Matière qui monte vers l'Esprit, l'autre l'Esprit qui descend vers la Matière, donc les deux substances de l'Univers (Esprit et Matière) se complétant grâce à deux forces (l'une qui fait descendre, l'autre qui fait monter).

Éliphas Lévi, le grand représentant en France du néo-occultisme, identifie hexagramme (« triangle de Salomon ») et monde (« macrocosme ») :

« Le grand Symbole de Salomon. Quod superius sicut quod inferius [mots de la Table d'émeraude des hermétistes : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas]… L'unité du macrocosme se révèle par les deux points opposés des deux triangles… Aussi l'univers est-il balancé par deux forces qui le maintiennent en équilibre : la force qui attire et celle qui repousse… Le triangle de Salomon. Plenitudo vocis [plénitude de la voix, en latin]. Binah [lettre hébraïque]. Physis ["nature", mot grec]… Ces deux triangles réunis en une seule figure, qui est celle d'une étoile à six rayons, forment le signe sacré du sceau de Salomon, l'étoile brillante du macrocosme. L'idée de l'infini et de l'absolu est exprimée par ce signe, qui est le grand pentacle, c'est-à-dire le plus simple et le plus complet abrégé de la science de toutes choses. »

— Éliphas Lévi, Dogme et rituel de la haute magie (1854-1861), in Secrets de la magie, Paris, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 2000, p. 8, 62-66.

On peut, avec autant de logique, voir dans les deux triangles les représentations du Masculin et du Féminin, dans des sens plus ou moins larges : principe actif et principe passif, pôle plus et pôle moins, Homme et Femme, sexe masculin et sexe féminin. Le triangle "masculin" a sa pointe vers le haut, le triangle "féminin" sa pointe vers le bas.

On peut y voir la rencontre des deux Éléments, Feu et Eau. Le caractère pour le Feu est un triangle pointe vers le haut, traversé par un trait horizontal, celui pour l'Eau un triangle vers le bas, traversé lui aussi par un trait horizontal. Le triangle du Feu a sa pointe vers le haut car la flamme monte ; le triangle de l'Eau sa pointe vers le bas car l'eau coule, tombe, descend. En décomposant l'hexagramme, on voit bien ces deux triangles.

Omraam Mikhaël Aïvanhov, lui aussi, identifie hexagramme et macrocosme, et il développe les correspondances. Les six pointes représentent successivement, en allant du sommet vers la droite, les six couleurs : bleu (en haut), vert, jaune, orange (en bas), rouge, violet ; six signes zodiacaux : Sagittaire (en haut), Scorpion, Lion, Cancer (en bas), Bélier, Poissons :

« Le triangle du feu contient les trois couleurs : rouge, jaune et bleu. Rouge correspond au Bélier, jaune doré au Lion et le bleu au Sagittaire… Le triangle de l'eau correspond au Cancer, au Scorpion et aux Poissons. Le vert correspond au Cancer, l'orange au Scorpion et le violet aux Poissons… Le triangle de l'eau est celui de la femme, c'est-à-dire du cœur, du côté féminin, passif, de l'amour. Le triangle du feu est celui de l'homme, du principe actif, de la sagesse. Nous devons donc naître de ces deux principes - amour et sagesse - pour pouvoir vivre et entrer dans le royaume de Dieu. Ces deux principes amour et sagesse produisent la vérité… »

— Mikhaël Omraam Aïvanhov (Michaël Ivanoff), Amour, Sagesse, Vérité, Paris, Éditions Izgrev, 1946, p. 21.

Anecdote[modifier | modifier le code]

Jusqu’au XVe siècle, l’étoile de David ou sceau de Salomon était un symbole magique protecteur, représenté sur les amulettes. Elle n’est devenue la représentation du judaïsme, comme l’est la croix latine pour le christianisme, qu’après l’expulsion des Juifs d’Espagne au XVe siècle, et grâce au développement de l’imprimerie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Cazenave (dir.), Encyclopédie des symboles, Le livre de poche, coll. "La pochothèque", 1989, p. 305-306.
  • J. Leite de Vasconcelos, Signum Salomonis. Estudo de etnografia comparativa, Lissabon, 1918.
  • P. Perdrizt, Revue des Études grecques, 16 (1903), p. 42-61.
  • G. Scholem, La kabbale (1974), trad. (1998), Gallimard, coll. "Folio essais", 2005, p. 547-554.
  • Talmud de Babylone, III, traité Gittin, folio 68a-b. Trad. éd. Verdier.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gershom Scholem, Kabbalah, Keter Publishing House, Jerusalem, 1974, p. 362-368, trad. fr. : La kabbale, Gallimard, coll. "Folio essais", p. 547-554.
  2. Source Encyclopédia Judaïca et sites sur l'histoire de la Ville de Sabbioneta.
  3. J.-M. Rosenfeld, Mazal Tov, le premier guide de la cérémonie juive, éd. Consistoire israélite de Paris, 2008-2009 (cité dans Pour comprendre les pratiques religieuses des juifs, des chrétiens et des musulmans d'Isabelle Lévy ; ISBN 978-2-7509-0771-6).
  4. Myth=mithya a Handbook of Hindu Mythology, Dr Devdutt Pattanaik
  5. David Bensoussan, Il était une Fois le Maroc: Témoignages du Passé Judéo-Marocain, Universe, 2012, p. 325
  6. Jean Leclant, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, ouvrage : Méroé