Révolution de Mars

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Le tableau a une couleur majoritairement jaune. On reconnait distinctement la ville. 3 révolutionnaires au centre du tableau se dressent sur les barricades et exultent. 4 Drapeaux allemands de grande taille sont présents, dont un au-dessus des trois personnages centraux.
Révolutionnaires triomphant sur les barricades le 18 mars 1848 à Berlin.

Le terme révolution de mars (Märzrevolution en allemand) désigne les révolutions qui éclatèrent entre mars 1848 et la fin de l'été 1849 au sein de la Confédération germanique et dans les provinces et pays sous domination de l'empire d'Autriche et du royaume de Prusse, c'est-à-dire la Hongrie, l'Italie du Nord et la Posnanie.

La période du Vormärz qui la précéda fut marquée par la restauration politique mise en place par les membres de la Sainte-Alliance et en particuliers par le chancelier autrichien Metternich. Elle est symbolisée par les décrets de Karlsbad de 1819 qui imposèrent une forte censure dans la confédération germanique. En outre, le début de la révolution industrielle provoqua un appauvrissement des artisans et une aggravation des problèmes sociaux.

Les révolutions qui embrasèrent l'Europe en 1848 tentèrent de mettre fin à cette restauration, on parle de Printemps des peuples. Dès janvier 1848, les révolutionnaires italiens s'étaient soulevés contre la domination autrichienne des Habsbourg au nord de la péninsule apennine et de la domination espagnole des Bourbons au sud. Après le début de la Révolution française de 1848, les Länder allemands rejoignirent ce soulèvement contre les puissances dominantes de la restauration. Les révolutionnaires des États allemands aspiraient à la mise en place de libertés politiques par le biais de réformes démocratiques ainsi qu'à l'unité nationale des principautés au sein de la Confédération germanique.

Parmi les principautés allemandes, c'est dans le grand-duché de Bade que commença la révolution, et celle-ci se propagea en l'espace de quelques semaines dans les autres États de la Confédération. De Berlin jusqu'à Vienne, elle força la désignation de gouvernements libéraux et l'élection du Parlement de Francfort qui se rassembla dans l'église Saint-Paul de l'ancienne ville libre de Francfort. Après les rapides succès de la révolution de mars en ce qui concerne la levée de la censure ou la libération des paysans, le mouvement révolutionnaire se fit plus défensif à partir du milieu de l'année 1848. L'automne 1848 et les campagnes pour la reconnaissance de la Constitution de Francfort de mai 1849 connurent un nouveau pic de soulèvements, ayant localement des allures de guerre civile, mais qui ne purent finalement pas empêcher l'échec de la révolution en ce qui concerne ses principales revendications.

Le parlement de Francfort vit s'opposer les libéraux et les démocrates. Les premiers, plus modérés, acceptaient le compromis avec les monarques et privilégiaient la monarchie constitutionnelle, les seconds plus intransigeant donnaient plus d'importance à la souveraineté du peuple. Les plus radicaux d'entre-eux revendiquaient pour la mise en place d'une république. Après de longs débats sur la forme étatique, l'étendue du nouvel État ou le type de suffrage, ils votèrent en décembre 1848 un catalogue de droits fondamentaux et en mars 1849 la constitution. Le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse refusa cependant le 3 avril la couronne impériale qui lui était proposée par la Kaiserdeputation, mettant ainsi fin aux espoirs d'unification.

Cette première tentative de création d'un État-nation unifié et démocratique fut violemment réprimée en juillet 1849 par les troupes prussiennes et autrichiennes. La révolution de Mars se solda par un échec. La Prusse tenta en 1850 de réaliser l'unification grâce à l'Union d'Erfurt, cependant l'opposition de l'Autriche et de la Russie lui fit abandonner à la conférence d'Olmütz. L'unité ne se réalisa finalement qu'en 1871 grâce à l'œuvre du chancelier Bismarck.

La révolution fut suivie par une période de réaction politique en confédération germanique, qui ne prit cependant pas tout à fait les proportions de la répression de Metternich pendant le Vormärz. Les acquis de la révolution n'étaient cependant pas négligeable : fin de la féodalité, fort développement associatif, de la presse. La révolution est aussi souvent considérée comme essentiel pour le développement des mouvements ouvrier et féministe en Allemagne.

La postérité de la révolution est d'abord marquée par la mise au ban jusqu'à la république de Weimar, qui s'inspira de la constitution de Francfort pour sa Loi fondamentale. Par la suite, l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est se disputèrent l'héritage révolutionnaire.

Causes et signes avant-coureurs[modifier | modifier le code]

Contexte économique et social[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution industrielle.

Un signe avant-coureur de la révolution de mars en Europe centrale fut l'année de crise de 1847 consécutive à la très mauvaise récolte de l'année précédente. Dans les pays allemands, l'augmentation des prix des denrées agricoles entraîna des famines et des révoltes de la faim presque partout[1]. La fraction la plus pauvre de la population composée des ouvriers, artisans appauvris, travailleurs agricoles, etc., soutint les revendications des cercles démocratiques et libéraux[2]. En outre, une autre conséquence de la crise fut la diminution de la valeur de la monnaie dans la commercialisation des produits industriels, ce qui causa, entre autres, le déclin du secteur textile, encore largement dominé par l'artisanat[3].

On voit de nombreux tisserands habillé pauvrement se tournant vers la gauche où se trouve le propriétaire des ateliers habillé richement. Celui-ci les regarde méchamment.
Les Tisserands silésiens (peinture de Carl Wilhelm Hübner, 1846)
Un homme frappe à la hache sur des barrières et des panneaux de douanes.
L'éclaircissement d'une futaie Caricature contre le particularisme allemand et ses barrières douanières, première moitié du XIXe siècle

Le secteur textile était encore le fait d'un travail à domicile généralisé : pour un faible salaire, nombreuses étaient les familles des campagnes allemandes qui cédaient leur production à quelques riches entrepreneurs et propriétaires fonciers. Son déclin et généralement celui de l'ensemble de l'artisanat étaient aussi dus à la progression de la révolution industrielle dans tout l'Europe[4], celle-ci bouleversant peu à peu les rapports sociaux, économiques et industriels de tout le continent autour du milieu du XVIIIe siècle sous l'effet des inventions techniques venant d'Angleterre. De plus, il y eut à cette époque une forte croissance démographique à la campagne comme à la ville résultant de l'augmentation de la productivité agricole, tandis que l'industrie ne pouvait employer un tel volume de main-d'œuvre, ce qui causa un taux de chômage extrêmement important et l'émergence d'un prolétariat. La main-d'œuvre excédentaire formait une « armée de réserve de travailleurs »[5]. Les villes étant en expansion continuelle, de plus en plus de personnes cherchèrent du travail dans les manufactures et les usines construites pour la fabrication de produits nouveaux et à bon marché grâce à une production en série plus rationnelle[6].

Les conditions de vie et de travail dans les entreprises industrielles et leur environnement étaient, en règle générale, des plus mauvaises au XIXe siècle[7]. Les ouvriers connaissaient généralement les conditions misérables des ghettos et bidonvilles, ayant à peine de quoi vivre, sans couverture sociale et restant menacés par le chômage[8]. Déjà quelques années avant la révolution de mars, se produisaient régulièrement des émeutes locales contre les barons d'industrie. Par exemple, la « révolte des tisseurs[citation 1] » de juin 1844 en Silésie, une révolte de la faim des tisserands de Bielawa et de Pieszyce, est considérée comme le premier soulèvement public significatif du prolétariat allemand, même si ce soulèvement fut réprimé en quelques jours par les troupes prussiennes[5]. La bourgeoisie aisée se vit, elle aussi, de plus en plus freinée dans son développement. En raison de la politique douanière des principautés, les possibilités de libre-échange étaient très limitées. Dans les États allemands également, les aspirations à une libéralisation de l'économie et du commerce se firent entendre de plus en plus fortement dans les premières décennies du XIXe siècle. Le 22 mars 1833 est fondée la Zollverein : elle facilita le commerce entre les pays allemands. Ainsi, à la fin des années 1830, l'essor économique global[9] ne profita que peu aux couches de population les plus pauvres[10].

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Peinture, portrait assis. Il porte un pantalon gris, une veste noire brodée de dorures, une écharpe rouge mettant en évidence une médaille et un col blanc relevé qui lui couvre tout le cou. Il a un visage émacié et allongé, les cheveux châtains et court, des yeux marron et un nez busqué.
Le chancelier Metternich (1773-1859)

La révolution de mars avait pour moteur l'opposition à la politique de restauration en vigueur depuis le congrès de Vienne de 1815 et notamment aux décrets de Karlsbad[11] ; restauration principalement incarnée par le diplomate et chancelier autrichien réactionnaire Klemens Wenzel von Metternich[12].

Cette politique de restauration avait été décidée par la plupart des États européens lors du congrès de Vienne le 9 juin 1815[13](juste avant la fatale défaite de Napoléon Bonaparte à la bataille de Waterloo le 18 juin 1815) devait restaurer les rapports politiques de l'Ancien Régime en Europe, tels qu'ils étaient avant la Révolution française de 1789. Cela signifiait la prédominance de la noblesse et le rétablissement de ses privilèges[14].

Elle comprend l'Allemagne actuelle, plus une partie des territoires polonais de la Prusse, ainsi que l'Autriche, la Slovénie et la République tchèque actuelle. Tous les territoires de l'Empire autrichien ne font pas partie de la confédération.
Carte politique de la Confédération germanique (1815-1866) et ses trente-neuf États fondateurs.

Sur le plan de la politique intérieure, dans le cadre de la restauration, les exigences de réformes libérales ou d'unification nationale furent étouffées, les mesures de censure renforcées et la liberté de la presse très diminuée[3]. Ainsi en décembre 1835, les œuvres de la Jeune-Allemagne, une groupe de jeunes écrivains révolutionnaires, furent censurées ou interdites[15]. D'autres poètes sociocritiques ou nationalistes furent concernés par la censure, contraignant certains à l'exil, notamment vers la France ou la Suisse[15]. On peut citer par exemple Heinrich Heine, Georg Herwegh, Georg Büchner (qui écrivit le libelle « Le Messager des campagnes hessoises » (Der Hessische Landbote) dont le mot d'ordre était « Paix aux chaumières, guerre aux palais ! » (Friede den Hütten, Krieg den Palästen!))[16],[15]. ou encore August Heinrich Hoffmann von Fallersleben (qui écrivit le Deutschlandlied).

Les Burschenschaften (sociétés étudiantes) de cette époque exigeaient l'unité nationale ainsi que la reconnaissance de droits démocratiques. Le 18 octobre 1817, elles se réunirent massivement à proximité du château de la Wartbourg à l'occasion du quatrième anniversaire de la Bataille de Leipzig et du 300e anniversaire de la réforme protestante de Martin Luther. C'est pendant cette fête de la Wartbourg qu'elles défendirent avec véhémence leur revendication d'unité allemande, recourant à des Autodafés : des participants brûlèrent des œuvres d'écrivains réactionnaires qualifiées d'anti-allemande, comme la Deutsche Geschichte d'August von Kotzebue, le Code Napoléon, ou encore des œuvres d'auteurs juifs comme la Germanomanie de Saul Ascher, une condamnation du nationalisme allemand[17],[18],[19].

Heinrich Heine, aux opinions démocrates, était néanmoins réservé à l'égard du nationalisme exacerbé des Burschenschaften, et énonça à cette époque une formule prophétique et devenue célèbre « Ce n'était qu'un début. Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes[citation 2]. » Celle-ci faisait certes littéralement référence à la Reconquista espagnole dans sa pièce de théâtre Almansor, mais elle est cependant empreinte d'une expérience contemporaine, Heine ayant toujours été un poète critique à l'égard de son temps[20].

On voit un étudiant habillé en marron porter un coup de poignard sur Kotzebue, habillé en bleu et tenant une feuille de papier, dans un salon bourgeois blanc. En arrière-plan, deux femmes et un homme regardent par la porte.
Représentation de l'assassinat de Kotzebue en 1819, qui fut la cause des répressions par les décrets de Karlsbad (gravure sur cuivre).

Les frasques de la fête de la Wartbourg attirèrent l'attention des autorités sur les Burschenschaften qui subirent bientôt une répression grandissante. En 1819, cette répression prit une forme juridique : les décrets de Karlsbad, en réaction à l'assassinat du poète August von Kotzebue par Karl Ludwig Sand, un nationaliste fanatique, membre d'une Burschenchaft[21]. Malgré l'interdiction et les persécutions, les membres des Burschenschaften restèrent souvent actifs dans la clandestinité. Des organisations camouflées apparemment apolitiques se constituèrent, comme le Mouvement gymnique allemand (Turnbewegung) du « Turnvater Jahn », où on continuait à développer des idées libérales inspirées des romantiques, culturelles et nationales qui portaient cependant des aspects contraires aux idées émancipatrices et à celles des Lumières[22]. Ainsi l'antisémitisme était très répandu dans ces groupes comme dans l'ensemble des Burschenschaften, signes précurseurs des concepts antisémites à base de préjugés racistes biologiques de la fin des années 1870, auxquels par exemple Jahn lui-même se reconnaissait ouvert. Pendant le Vormärz, l'expression de cette haine des Juifs se matérialisa par les émeutes Hep-Hep de 1819. Parties de Wurtzbourg, elles s'étendirent à presque tous les États allemands, s'opposant à l'émancipation des Juifs en général, et contre leur égalité économique en particulier, et qui dégénérèrent en bien des endroits en pogrom[23].

En France, la Révolution de Juillet de 1830, pendant laquelle la Maison de Bourbon fut renversée en la personne de Charles X et les forces libérales instituèrent le « roi des Français » (et non « roi de France ») Louis-Philippe, donna aussi un élan aux forces libérales en Allemagne et dans d'autres régions d'Europe[24]. Ainsi, cela amena dès 1830 des soulèvements dans plusieurs principautés allemandes, comme à Brunswick, en Hesse-Cassel, dans le Royaume de Saxe et à Hanovre, y provoquant l'adoption de constitutions[25].

Au premier plan, on voit un grand cortège allant vers le château en arrière-plan. Les participants portent divers drapeaux allemands.
La fête de Hambach de 1832 : le défilé jusqu'au château d'Hambach

Il y eut également des soulèvements en 1830 dans les États italiens ainsi que dans les provinces polonaises de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie (Royaume du Congrès) dont le but était l'autonomie d'un État national. Dans le Royaume des Pays-Bas, la Révolution belge mena au détachement des provinces du sud et à la création d'un État belge indépendant prenant la forme d'une monarchie constitutionnelle[26].

Dans l'ensemble, le système de Metternich se maintint néanmoins, même si des fissures apparurent dans de nombreux endroits. Ainsi, les décrets de Karlsbad n'empêchèrent pas des rassemblements spectaculaires dans le droit fil de la fête de la Wartbourg, comme la fête de Hambach en 1832, pendant laquelle (comme déjà en 1817 lors de la fête de la Wartbourg[17]) on arbora des drapeaux républicains de couleur noir, rouge et or pourtant interdits[27].

La garde est au centre de l'image, des soldats tirent en sa direction. Au premier plan des passants observent la scène. Ceux à gauche agitent des foulards blancs et un porte un drapeau italien (l'auteur de la gravure était à l'évidence mal informé)
Insurrection de Francfort, gravure de François Georgin.

L'Attaque de la Garde de Francfort[citation 3] du 3 avril 1833 fut la première tentative, menée par une cinquantaine d'étudiants, de déclencher une révolution dans toute l'Allemagne. L'action visait le siège du Bundestag situé à l'époque à Francfort-sur-le-Main et considéré par les démocrates comme un instrument de la politique de restauration. Après la neutralisation des deux postes de police de Francfort, les insurgés voulurent capturer les envoyés des princes et ainsi asseoir l'idée d'un soulèvement de toute l'Allemagne. Révélée avant même de commencer, l'action tourna court, dès le début, après un échange de coups de feu qui fit quelques morts et blessés[27].

En Italie, en 1831, le révolutionnaire et patriote Giuseppe Mazzini fonda la société secrète Giovine Italia (jeune Italie). Elle donna naissance à d'autres sociétés en Europe comme Junges Deutschland (Jeune Allemagne) ou « Jeune Pologne ». Ensemble elles formèrent en 1834 la société secrète supranationale Giovine Europa (Jeune Europe)[28].

En 1847, la guerre du Sonderbund éclata en Suisse qui était une confédération d'États peu solidaires et politiquement très hétérogènes, avant que la constitution fédérale de 1848 la transforme en un État fédéral libéral[29],[30].

Les libéraux et démocrates des États allemands aspiraient à la mise en place de libertés politiques par le biais de réformes démocratiques ainsi qu'à l'unité nationale des principautés au sein de la Confédération germanique. Ils soutenaient particulièrement les idées du libéralisme[31],[32].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Prémices[modifier | modifier le code]

Le facteur déclencheur de la révolution de mars fut la révolution de février en France d'où l'étincelle révolutionnaire se diffusa rapidement aux États allemands limitrophes[33],[3]. Les événements aboutirent en France à la destitution du roi Louis-Philippe qui s'éloignait de plus en plus des idées libérales et à la proclamation de la Deuxième République, ce qui amorça une agitation révolutionnaire qui tint le continent en haleine pendant plus d'un an et demi[11]. Des mouvements analogues se sont développés dans le Pays de Bade, le Royaume de Prusse, l'Empire d'Autriche, l'Italie du Nord, la Hongrie, le Royaume de Bavière et la Saxe, tandis que se produisaient des soulèvements et des rassemblements revendicatifs dans d'autres États et principautés. À la sortie de l'assemblée populaire de Mannheim du 27 février 1848, pendant laquelle les « revendications de mars[citation 4] » furent formulées pour la première fois, les principales revendications de la révolution en Allemagne consistèrent en « 1. Armement du peuple avec libre élection des officiers 2. Liberté de la presse inconditionnée 3. Cour d'assises selon l'exemple anglais 4. Établissement immédiat d'un parlement allemand[34],[35]. »

Dans certains pays de la Confédération germanique, comme les royaumes de Royaume de Wurtemberg et d'Hanovre, ou le Grand-duché de Hesse, les princes cédèrent rapidement et se mirent en place des ministères de mars d'orientation libérale, qui satisfirent en partie les exigences révolutionnaires, notamment en instituant des cours d'assises, en abolissant la censure de la presse ainsi qu'en libérant les paysans[citation 5],[36]. Cependant, il ne s'agissait souvent que de simples promesses. Dans ces pays, la révolution connut un déroulement relativement pacifique en raison des concessions faites rapidement[37],[38].

Au Danemark également, le roi Frédéric VII cède sans qu'aucun coup de feu ne soit donné[39].

Dès mai et juin 1848, les maisons princières affirmèrent de plus belle leur volonté de restauration, si bien que les révolutionnaires des pays de la Confédération germanique se raidirent dans la défensive[40]. Au même moment, la défaite à Paris des insurgés des Journées de Juin constitua un événement décisif de la contre-révolution, réaction, tant pour les suites de la révolution de Février en France que dans les autres pays[41]. Ce soulèvement des ouvriers parisiens en juin 1848 marque aussi historiquement la scission entre le prolétariat et la bourgeoisie révolutionnaire[40].

Il est difficile d'établir un déroulement chronologique de la révolution dans son ensemble, car les événements ne peuvent pas toujours être mis en relation de manière univoque[42].

Résumé chronologique[modifier | modifier le code]

Développement pré-révolutionnaire[modifier | modifier le code]

De nombreux diplomates sont assis dans un salon luxueux. Au fond est accroché un tableau montrant un souverain très certainement un empereur d'Autriche.
Le congrès de Vienne - gravure d'après un dessin de Jean-Baptiste Isabey, 1819
Dessin en noir et blanc. Ils sont tous porteurs de costumes.
Les Sept de Göttingen. De gauche à droite et de haut en bas : (1) Wilhelm Grimm (2) Jacob Grimm (3) Wilhelm Eduard Albrecht (4) Friedrich Christoph Dahlmann (5) Georg Gottfried Gervinus (6) Wilhelm Eduard Weber (7) Heinrich Georg August Ewald - lithographie de Carl Rohde, 1837
  • Juillet 1830 : En France, la révolution de juillet provoque quelques soulèvements localisés dans les pays de la Confédération germanique[25].
  • 27 mai 1832 : Pendant la fête de Hambach, une Allemagne unifiée et des droits démocratiques sont de nouveau exigés[44].
  • 3 avril 1833 : Attaque de la Garde Francfort, échec de la tentative de soulèvement révolutionnaire pangermaniste[27].
  • 1834 : À Berne, les sociétés secrètes Giovine Italia (jeune Italie), Junges Deutschland (Jeune Allemagne) et « Jeune Pologne » formées par des démocrates exilés se rassemblent au sein de la société secrète supranationale Giovine Europa (Jeune Europe) à l'initiative du révolutionnaire italien Giuseppe Mazzini[28].
  • 1834 : Georg Büchner et Friedrich Ludwig Weidig diffusent clandestinement le libelle Le Messager des campagnes hessoises (Der Hessische Landbote)[45] avec le mot d'ordre « Paix aux chaumières, guerre aux palais ! » (Friede den Hütten, Krieg den Palästen!) dans le grand-duché de Hesse[15].
  • 1837 : La lettre de protestation solennelle des Sept de Göttingen (un groupe de professeurs d'université libéraux notables, parmi lesquels on compte les frères Grimm) contre la révocation de la constitution du Royaume de Hanovre trouve un écho dans tout la Confédération germanique. Les professeurs sont renvoyés et certains sont expulsés du pays[46],[47].
  • Juin 1844 : Dans une partie de la Silésie, des tisserands se révoltent à cause de la misère (Weberaufstand)[48].
  • 12 septembre 1847 : Pendant le rassemblement d'Offenburg, les politiciens badois radicaux-démocrates exigent des droits fondamentaux avec les « exigences du peuple[citation 6],[49] ».
  • 10 octobre 1847 : Lors de la réunion d'Heppenheim, les libéraux modérés rédigent leur programme politique[50].

Transition à partir de janvier 1848[modifier | modifier le code]

L'année 1848[modifier | modifier le code]

  • 27 février 1848 : Inspirée par la révolution française de 1848, la réunion populaire de Mannheim (Mannheimer Volksversammlung) donne la forme d'une pétition au gouvernement à Karlsruhe aux revendications de mars [citation 4]. Elle devient un symbole de la révolution de mars dans les pays de la Confédération germanique[35],[52].
  • 1er mars : Occupation de la Ständehaus du parlement de Bade à Karlsruhe[53].
  • 5 mars : Le rassemblement d'Heidelberg convoque un pré-parlement[citation 7],[35].
  • 6 mars : Début de la révolution de mars en Prusse avec les premiers troubles à Berlin[54].
  • 13 mars : Début de la révolution de mars à Vienne avec l'attaque de la Ständehaus ; retrait du chancelier Klemens Wenzel von Metternich qui émigre en Angleterre[55],[56],[57].
  • 15 mars : À Budapest, le Stadthalterbeirat (l'organe administratif suprême de la partie hongroise de l'empire autrichien), impressionné par 20 000 manifestants, satisfait les « douze points » de revendication des intellectuels hongrois radicaux rassemblés autour de Sándor Petőfi (notamment un ministère et un parlement hongrois indépendants de Vienne, le retrait de toutes les troupes autrichiennes de Hongrie, la mise en place d'une armée nationale hongroise et la création d'une banque nationale) et fait ainsi réellement du Royaume de Hongrie un État indépendant[55].
  • 17 mars : Milan déclare la séparation de la Lombardie de l'Autriche ainsi que son rattachement au Royaume de Sardaigne[58],[59].
  • 18 mars : À la lecture d'une loi édictée par le roi Frédéric-Guillaume IV à propos de réformes en Prusse, un rassemblement devant le Château de Berlin dégénère en un combat entre citoyens et militaires. Pendant la lecture, la paisible ambiance initiale cède la place à des propos révolutionnaires jusqu'à ce que deux coups de feu soient tirés, sans qu'on en connaisse l'origine ou la cause. Cela provoque le revirement de l'humeur des manifestants et l'intervention de l'armée : les violents combats dans les rues où se dressent des barricades causent un grand nombre de morts : 303 personnes selon les autorités, dont onze femmes et quatre enfants[60],[61].
Grande foule devant le Deutscher Dom
Exposition des corps des « victimes de mars », peinture à l'huile de Adolph von Menzel, 1848

L'année 1849[modifier | modifier le code]

  • Février-mars : De nouveaux soulèvements dans quelques régions autrichiennes d'Italie du nord, notamment le putsch révolutionnaire contre l'archiduc Léopold II de Toscane, mènent à une nouvelle guerre entre l'Autriche et le Royaume de Sardaigne[81].
  • 23 mars : Nouvelle défaite des révolutionnaires nord-italiens et du Royaume de Sardaigne contre l'armée autrichienne à la Bataille de Novare[81].
  • 28 mars : Le parlement adopte la Constitution de Francfort après de nombreuses controverses[75].
  • 3 avril : Le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse refuse la couronne d'empereur qui lui est proposée par le parlement de Francfort. De ce fait, l'unité allemande et la constitution de l'empire échouent[73],[82].
  • 14 avril : La Hongrie déclare son indépendance vis-à-vis de l'Autriche et proclame la république. Peu après a lieu la guerre d'indépendance hongroise contre l'Autriche[58].
Dessin en noir et blancs ; des militaires à cheval menacent une foule à pieds de leurs sabres.
Dissolution du « parlement croupion » le 18 juin 1849 à Stuttgart : des dragons wurtembergeois dispersent la manifestation des députés maintenus dehors (illustration d'un livre de 1893)
  • Mai : Pendant les soulèvements de mai commence la campagne de la constitution de l'Empire[citation 10] avec la tentative de faire adopter la constitution dans certains États et régions de la Confédération germanique, et ainsi d'installer une république unique. La confrontation entre la révolution et la réaction conduit dans certains États à l'escalade d'une sorte de guerre civile. En plus du Royaume de Saxe et du Grand-duché de Bade, la Rhénanie prussienne et la Province de Westphalie ainsi que le Rhin-Palatinat bavarois par exemple sont aussi des centres de soulèvements représentatifs[83].
  • Du 3 au 9 mai : La proclamation d'une république de Saxe échoue lors du soulèvement de mai à Dresde qui est réprimé par les troupes prussiennes[83],[84].
  • 11 mai : Mutinerie de la garnison badoise à Rastatt : Début du soulèvement de mai badois[85].
  • 1er juin : La république est proclamée dans le Grand-duché de Bade. Lorenz Brentano prend la présidence du gouvernement provisoire. Les troupes prussiennes commencent à avancer contre la République badoise[83].
  • Du 6 au 18 juin : Le parlement croupion[citation 11], comme on nomme ce qui reste du parlement de Francfort, siège à Stuttgart, il est dissous le 18 juin par les troupes wurtembergeoises[86].
  • 23 juillet : Prise de Rastatt par les troupes prussiennes, fin de la révolution badoise et point final symbolique de la révolution allemande de 1848-49[86].

Répercussions jusqu'en octobre 1849[modifier | modifier le code]

  • 6 août : Traité de paix milanais entre l'Autriche et le Royaume de Sardaigne[87].
  • 13 août : Capitulation du gouvernement hongroise près de Világos[88].
  • 22 août : Les troupes autrichiennes écrasent la république révolutionnaire de Venise. L'Italie du Nord est de nouveau entre les mains autrichiennes[88].
  • 2 octobre : Les derniers révolutionnaires hongrois capitulent face aux Autrichiens dans la forteresse de Komárom[89].

Les différents théâtres de la révolution de mars[modifier | modifier le code]

Grand-duché de Bade[modifier | modifier le code]

Dessin en noir et blanc, Hecker est représenté sous les traits de Robin des bois à gauche de l'image, il lève une main au ciel. Quatre membres d'une famille sont assis au milieu de l'image et ont l'air soit atterré soit en admiration devant Hecker. Il y a un arbre en arrière-plan.
Représentation idéalisée de Friedrich Hecker (1811-1881)
Au premier plan, on voit des révolutionnaires, dans un bois, mal organisés et portant des drapeaux noir, jaune, rouge. En arrière-plan, l'armée prussienne est parfaitement en ligne. Au centre,  Friedrich von Gagern tombe de cheval abattu par un cavalier allemand.
Lithographie contemporaine du combat de Kandern, depuis la perspective des révolutionnaires, le 20 avril 1848, lors duquel le soulèvement d'Hecker fut défait.
Portrait, il est très pale, habillé d'un grand manteau noir. Il se tient devant un grand rideau rouge. Il est brun et porte une barbe. À la droite du rideau, à travers la fenêtre, on voit des combats dans la rue. En bas à droite, se trouve également une rangée de livres.
Gustav Struve (1805-1870)

Le 27 février 1848, une assemblée populaire se forma à Mannheim, qui par ses revendications posait les bases de la révolution à venir[90]. Parmi les révolutionnaires badois, c'est l'aile radicale-démocrate, assez représentative du mouvement, qui réclamait les changements les plus extrêmes[52].

Menés par les avocats Friedrich Hecker et Gustav Struve, ils exigèrent entre autres la création d'une souveraineté populaire de fait, l'abolition des privilèges, la fin de la censure, l'armement du peuple et un impôt sur le revenu progressif ; exigences qui seront reprises ailleurs par tous les mouvements sociaux-révolutionnaires et socialistes[34].

Struve et Hecker, en tant que représentants de l'aile gauche au pré-parlement de Francfort qui devait préparer l'élection d'un parlement chargé de la rédaction d'une constitution, avaient exigé une république allemande fédérative qui conduirait des changements non seulement politiques, mais aussi sociaux. Un programme représentatif publié par Struve fut cependant refusé par la majorité du pré-parlement[91].

Hecker et Struve prirent la route en essayant de faire prévaloir leurs idées sur leur chemin. En Allemagne du sud-ouest, cela sera désigné par le terme soulèvement d'Hecker[citation 12]. Ainsi à Constance, ils prétendirent avoir proclamé la république le 12 avril 1848 avec le professeur de faculté de Bonn Gottfried Kinkel et d'autres sympathisants ; cependant, aucun des trois journaux de Constance ne mentionna dans ses bulletins le discours en question. Le cortège d'Hecker[citation 13], composé d'environ 1 200 hommes, se mit en route vers le fossé rhénan[92], où il voulut fusionner avec un cortège, dit « Légion démocratique allemande[citation 14] », revenant de France, et mené par le poète révolutionnaire de gauche Georg Herwegh et sa femme Emma qui jouait le rôle d'éclaireur ; tout cela en vue de marcher sur la capitale badoise Karlsruhe et ainsi étendre à partir de là la république à tout le duché de Bade. Mais les deux groupes furent en peu de temps vaincus et dispersés par l'armée régulière : celui d'Hecker le 20 avril 1848 dans un combat à Kandern, situé dans la Forêt Noire, et celui de Herwegh une semaine plus tard, à Dossenbach[91].

Hecker réussit à s'enfuir en exil à travers la Suisse jusqu'au États-Unis[93],[94]. À la suite de sa défaite, le poète d'Heidelberg Karl Gottfried Nadler composa une chanson parodique : « Le Chant zograscopique du grand Hecker » [citation 15],[95].

En septembre 1848, à Lörrach, une nouvelle insurrection menée par Struve échoua également. Avec ses partisans, il tenta d'y proclamer la république le 21 septembre[76], mais fut défait dès le 24[96]. La suite du développement révolutionnaire du grand-duché de Bade se réduisit aux algarades au parlement de Francfort. Struve fut capturé[53] et condamné à une peine d'emprisonnement avec quelques autres révolutionnaires lors d'un procès de haute trahison, à Fribourg-en-Brisgau, et ne fut libéré que lors des troubles de mai 1849.

En mai 1849, après l'échec du parlement à Francfort, il y eut de nouveaux soulèvements dans des États allemands, dont le grand-duché de Bade, appelés les « soulèvements de mai » dans le cadre de la campagne pour la constitution de l'empire. Les démocrates voulaient ainsi obtenir par la force, dans une constitution impériale, la reconnaissance de leurs gouvernements respectifs[83].

Le 11 mai, la garnison badoise se mutina dans la forteresse de Rastatt[85]. Peu de temps après, le grand-duc Léopold Ier de Bade fuit en Alsace-Lorraine[83]. Le 1er juin 1849, un gouvernement provisoire dirigé par le politicien libéral Lorenz Brentano prit le pouvoir[97]. Cela mena à des combats contre des troupes de la confédération et l'armée prussienne sous les ordres du « prince de la mitraille[citation 16],[98] » Guillaume de Prusse, le futur empereur allemand Guillaume Ier. L'armée révolutionnaire badoise céda devant la supériorité des troupes prussiennes[86],[99].

En juin 1849, les révolutionnaires badois étaient sous les ordres du général révolutionnaire polonais Ludwik Mierosławski, un stratège et un soldat expérimenté de la révolution. Au cours de la révolution de mars, il avait déjà conduit des soulèvements en Pologne dont, en 1848, le soulèvement de la Posnanie contre la domination prussienne (voir ci-dessous). Mierosławski abandonna cependant dès le 1er juillet 1849 le commandement des troupes révolutionnaires badoises ; il était résigné par l'attitude frileuse du gouvernement de Brentano, qui misait sur des négociations et retardait un armement général du peuple que réclamaient les radicaux. Cela minant le moral des troupes, Mierosławski considéra finalement que la situation militaire ne permettrait pas la victoire de la république badoise[100].

Aux côtés des révolutionnaires badois, le socialiste Friedrich Engels participa aussi activement aux combats. En 1848-49, Engels était rédacteur de la « Nouvelle Gazette rhénane » (Neue Rheinische Zeitung) publiée par Karl Marx, ainsi qu'un observateur critique et sympathisant de la révolution[101]. Un an auparavant, en février 1848, Engels avait publié avec Karl Marx, à la suite d'une commande de la Ligue des communistes, le Manifeste du Parti communiste[102]. Wilhelm Liebknecht, le futur cofondateur du parti précurseur du SPD, le Parti ouvrier social-démocrate (SDAP), relativement inconnu à l'époque, était également, entre autres, adjudant de Gustav Struve et actif aux côtés des révolutionnaires[103].

Le 23 juillet 1849 la forteresse de Rastatt tomba après trois semaines de siège, ce qui marque l'échec définitif de la révolution badoise[86]. 23 révolutionnaires furent exécutés, d'autres comme Gustav Struve, Carl Schurz ou Lorenz Brentano purent s'exiler. En tout, environ 80 000 Badois quittèrent leur pays après la révolution, c'est-à-dire environ 5 % de la population[86].

La caractéristique majeure de la révolution badoise, par opposition aux autres soulèvements de la confédération germanique, est la fermeté avec laquelle la revendication d'une république démocratique y fut défendue[104]. En effet, dans les commissions et les parlements révolutionnaires des autres principautés de la confédération germanique, une monarchie constitutionnelle héréditaire fut privilégiée[105].

Prusse, Poznań, Pologne[modifier | modifier le code]

Prusse[modifier | modifier le code]

Dessin en noir et blanc. Un enfant se tient à gauche sur les barricade, l'autre, un sabre à la main, s'avance vers les soldats qui se trouvent à l'arrière-plan.
De jeunes combattants sur les barricades, en 1848 à Berlin.
Dessin en noir et blanc, au premier plan se trouve des bourgeois endimanchés portant des fusils à baïonnettes. Derrière eux de nombreux ouvriers écoutent l'un des leurs qui tient un discours révolutionnaire.
Caricature de l'attaque de l'arsenal de Berlin
Dessin en noir et blanc, de nombreux députés se trouvent dans la salle blanche du château de Berlin. Ils se dressent devant les soldats qui entrent dans la pièce.
La dissolution de l'assemblée nationale prussienne, représentation contemporaine, novembre 1848

Sous la pression des événements révolutionnaires ayant lieu à Berlin depuis le 6 mars 1848, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse fit dans un premier temps des concessions. Il consentit à la mise en place d'un Landtag, à introduire la liberté de la presse, à supprimer les barrières douanières et à réformer la confédération germanique. Le 18 mars, après la lecture de la loi en question, deux tirs échappèrent des fusils de l'armée et dispersèrent des milliers de citoyens qui étaient réunis sur la place du château. Cela provoqua d'abord un mouvement de panique puis des combats sur les barricades et dans les rues de Berlin entre les révolutionnaires et l'armée régulière prussienne ; les rebelles réussirent dans un premier temps à l'emporter. Le 19 mars, les troupes furent retirées de Berlin sur l'ordre du roi. Ces combats eurent pour conséquence plusieurs centaines de morts et plus d'un millier de blessés, des deux côtés[61],[55].

Photo montrant une tombe.
Le cimetière des victimes de mars, Berlin quartier Friedrichshain.

Au vu du nombre des victimes, le roi se vit forcé d'honorer les révolutionnaires tués. Le 19 mars, il s'inclina devant les corps exposés des « victimes de mars » (Märzgefallenen), avant qu'ils soient enterrés le 22 mars au « cimetière des victimes de mars[citation 17] », et il se montra en public avec un bandeau aux couleurs de la révolution (noir, rouge et or). Sa manœuvre servit surtout à gagner du temps, en utilisant le vocabulaire des révolutionnaires et en allant dans leurs sens, il s'assure de calmer une révolution aux conséquences incertaines. Dans un appel à « Mon peuple et la nation allemande », il promit la dissolution de la Prusse dans l'Allemagne. Le 29 mars 1848, un ministère de mars libéral fut mis en place, qui ne put cependant pas s'imposer face à la noblesse et à l'armée. Le 20 juin 1848, le premier ministre Ludolf Camphausen présente sa démission. Son ministre des finances David Hansemann est alors chargé de formé un nouveau gouvernement dont le ministre-président était Rudolf von Auerswald. Ce gouvernement dure jusqu'au 21 septembre date à laquelle est appelé Ernst von Pfuel, militaire de formation, à la tête du gouvernement[106].

Fin mai 1848, lorsque les événements se furent un peu calmés, le roi exécuta un revirement réactionnaire. Le 14 juin, avec « l'attaque de l'arsenal[citation 18] » le bouillonnement révolutionnaire reprit : le peuple prit les armes présentes dans l'arsenal[107]. Le 2 novembre 1848, le général Frédéric Guillaume comte de Brandebourg fut nommé ministre-président de Prusse[108],[109]. Une semaine plus tard, les troupes royales rentrèrent à Berlin[110]. Parmi les personnes qui participèrent activement à cette contre-révolution, on peut également citer le député conservateur Otto von Bismarck, qui devint plus tard ministre-président de Prusse, puis chancelier impérial de l'Empire allemand, fondé en 1871[111]. Les négociations de l'assemblée nationale prussienne, menées depuis le 22 mai pour l'obtention d'une constitution qui avait été promise sans cesse depuis 1815 par Frédéric-Guillaume IV de Prusse et ses successeurs, mais n'avait jamais été réalisée, furent finalement infructueuses. L'ébauche de constitution présentée en juillet 1848, la Charte Waldeck, qui prévoyait quelques réformes libérales-démocrates, fut rejetée aussi bien par les députés conservateurs que par le roi[78].

Les 10 et 15 novembre 1848, le roi fit disperser par l'armée l'assemblée nationale prussienne[110]. Le 5 décembre, il ordonna la dissolution de l'assemblée nationale, qu'il avait fait déplacer à Brandebourg et octroya le jour même une constitution, bien en dessous des revendications de la révolution de mars[108],[75]. La position de pouvoir du roi resta ainsi intacte. Celui-ci se réserva un droit de véto suspensif contre chaque décision du Landtag prussien, aussi bien que le droit de pouvoir dissoudre le parlement à tout moment. Le gouvernement prussien[citation 19] n'avait pas de comptes à rendre au parlement, mais seulement au roi. Néanmoins, la constitution dite « octroyée » contenait quelques concessions libérales tirées de la Charte Waldeck, qui furent cependant modifiées dans les mois suivants[109],[112].

À la fin du mois de mai 1849, l'assemblée nationale fut remplacée par la deuxième chambre des députés prussienne. Un système des trois classes fut mis en place, afin d'assurer la suprématie des grands propriétaires. Ce droit de vote inégalitaire resta en vigueur en Prusse jusqu'en 1918[113],[114].

Cette réaction aboutit avant tout à des mouvements de protestation dans les provinces occidentales de Prusse[83]. Dans les anciennes circonscriptions à dominante libérale ou catholique de la Rhénanie et de la Westphalie, de multiples députés démocrates furent élus à la chambre des députés prussienne aux nouvelles élections. Les troupes du roi avaient cependant, au plus tard en mai 1849, repris le dessus sur la révolution, avec l'échec du soulèvement d'Iserlohn en Westphalie et de celui de l'attaque de l'arsenal de Prüm en Rhénanie[115].

Posnanie et Pologne[modifier | modifier le code]

Carte représentant la division de la Pologne après le congrès de Vienne

Le grand-duché de Posnanie, la région la plus peuplée de Pologne, était en 1848 une province prussienne. L'ancien État lituano-polonais était déjà au XVIIIe siècle le jouet politique des grandes puissances européennes. Après plusieurs partitions entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, l'État cessa d'exister en 1795[116].
Au début du XIXe siècle, il n'y eut un État polonais qu'entre 1807 et 1815, en tant qu'État vassal sous protection napoléonienne : le Duché de Varsovie du duc Frédéric-Auguste Ier de Saxe, qui était également roi de Saxe. Après la victoire sur Napoléon Ier des pays alliés (Russie, Prusse et Autriche), le duché de Varsovie fut divisé en 1815 entre la Russie et la Prusse au congrès de Vienne, mais on reconnut une obligation de garantir l'identité polonaise des habitants. Par la suite, de plus en plus de conjurations se formèrent dans les régions polonaises de Russie, de Prusse et d'Autriche, dans le but d'établir de nouveau une Pologne autonome. À la suite de la révolution de juillet de 1830 en France, il y eut une insurrection dans la partie russe qui fut cependant un échec[30].

Portrait en noir et blanc et en gros plan. Il porte des cheveux châtains longs qui frisent à leur extrémité. Il a également une barbe. Il le visage rectangulaire, les yeux marron et un nez d'aigle.
Ludwik Mierosławski (1814-1878)

En 1846, un soulèvement polonais préparé secrètement dans le grand-duché de Posnanie fut découvert et étouffé dans l'œuf[30]. Son meneur, le révolutionnaire polonais Ludwik Mierosławski, fut fait prisonnier et condamné à mort en décembre 1847 au procès polonais[citation 20] de Berlin, mais ensuite gracié avec sept autres personnes le 11 mars 1848, et sa peine fut convertie en détention à vie[117].

Après les combats des 18 et 19 mars 1848 à Berlin, 90 révolutionnaires polonais, dont Mierosławski et Karol Libelt furent relâchés de la prison de Moabit[118]. Au premier stade de la révolution de mars, qui fut ressentie en Europe comme le Printemps des peuples, une attitude pro-polonaise prédominait encore parmi les révolutionnaires, qui saluait et encourageait les insurrections en Posnanie[119]. Peu après sa libération, en avril et mai 1848, Ludwik Mierosławski se plaça à la tête du soulèvement de la Posnanie contre la domination prussienne, qui était à présent ressentie comme étrangère[66]. Le soulèvement se dirigea contre l'intégration des régions majoritairement polonaises aux votes pour l'élection du parlement de Francfort, et ainsi contre l'incorporation d'une partie de la Pologne au sein d'un État national allemand. Un objectif plus lointain était la réunification de toute la Pologne[120]. À cet égard, la révolution en Posnanie visait également la libération du royaume de Pologne, nommé Royaume du Congrès, qui était depuis 1831, à la suite de sa perte d'autonomie, une province sous la domination indirecte de la Russie[121].

Au cours du déroulement de la révolution en Prusse, où les forces conservatrices avaient de nouveau progressivement gagné une position déterminante, l'enthousiasme initial pour la Pologne se mua en une position nationaliste[119]. En outre, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse ne voulait pas risquer une guerre avec la Russie à cause du soulèvement en Posnanie[122]. Le 9 mai 1848, l'insurrection en Posnanie fut écrasée les troupes prussiennes, largement supérieures, et Mierosławski fut de nouveau arrêté. Sur intervention de la France révolutionnaire, il fut amnistié peu après et expulsé en France - jusqu'à ce qu'en juin 1849 il soit appelé par les révolutionnaires badois qui voulaient le placer à la tête de leur armée révolutionnaire (voir ci-dessus)[117].

Après la révolution de 1848, les Polonais de Prusse reconnurent qu'un soulèvement violent ne conduirait jamais au succès. Comme méthode pour maintenir leur cohésion nationale et en parade à la politique de germanisation de la Prusse, le « travail organique[citation 21] » prit une importance toujours grandissante au sein du désormais État prussien constitutionnel[123].

Autriche, Bohème, Hongrie, Italie et première guerre d'indépendance italienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution autrichienne de 1848.

Autriche[modifier | modifier le code]

La barricade sur la Michaelerplatz dans la nuit du 26 au 27 mai 1848 – Anton Ziegler, 1848 – Le 25 mai, les étudiants de la Légion académique, des gardes nationaux et des ouvriers élèvent plus de 160 barricades dans le centre de Vienne.
On voit des étudiants en arme. Au fond se trouve un drapeau allemand.
Poste de garde des étudiants de la Légion universitaire de la vieille université en 1848 - Franz Schams (1824-1883) - Les étudiants étaient les ressorts de la révolution et l'aula de la vieille université (aujourd'hui Académie des Sciences) a été de plus en plus le centre du mouvement révolutionnaire.

Dans l'Empire des Habsbourg et l'État-multination de l'Empire d'Autriche, la monarchie ne fut pas menacée uniquement par de violents soulèvements en Autriche, c'est-à-dire l'État central de l'Empire, mais aussi par d'autres troubles révolutionnaires, comme en Bohème, en Hongrie ou en Italie du Nord[57]. Le Royaume de Sardaigne soutenait militairement les révolutionnaires. Alors que les soulèvements hongrois, bohémiens et italiens aspiraient entre autres à l'indépendance vis-à-vis de la domination autrichienne, la révolution autrichienne, semblable à celle des autres États de la Confédération germanique, avait pour objectif un changement libéral et démocratique de la politique du gouvernement, et la fin de la Restauration[124],[125],[59].

Metternich est représenté en costume d'apparat terrorisé prenant la fuite sur un petit âne. Derrière lui se trouve une foule de révolutionnaire brandissant des drapeaux autrichiens et allemands, ainsi qu'un drapeau sur lequel est dessiné une potence.
Caricature contemporaine de la fuite de Metternich (mars 1848).
texte
La promesse d'une constitution de Ferdinand Ier du 15 mars 1848.

1847-48 fut pour l'Autriche un hiver de famine qui touche surtout les plus défavorisés[126]. Dans les milieux ouvriers également, la colère contre le système politique en place devint très forte. Des œuvres comme Nouveaux esclaves[citation 22] d'Alfred Meissner ou Pourquoi nous sommes pauvres[citation 23], un poème de Karl Beck donnent une image parlante de la colère et du désespoir qui régnaient dans la population.

Finalement, la révolution éclata en Autriche le 13 mars 1848 avec l'attaque de la Ständehaus à Vienne et des attentats de révolutionnaires socialistes contre des magasins et des usines dans les faubourgs[56]. La chanson Ce qui nous vient d'en haut [citation 24], où « haut (Höh) » désigne la police et les casernes, devint la chanson de la révolution. Elle est chantée aujourd'hui encore par diverses fraternités d'étudiants pour commémorer la participation de la légion académique. Avant l'attaque de la Ständehaus, la colère contre le système policier et les revendications des révolutionnaires pour une transformation constitutionnelle de la monarchie et à la mise en place d'une constitution dans les pays autrichiens avaient déjà été exprimée le 3 mars 1848 dans un discours rédigé par le chef nationaliste hongrois Kossuth[90].

Le soir du 13 mars, le chancelier Metternich, âgé de 74 ans, détesté par les socialistes et les réformateurs, démissionna[57] et s'enfuit en Angleterre. Cet événement inspira notamment Hermann Rollett, qui écrivit le poème Le Tilleul de Metternich[citation 25].

Le 14 mars, l'empereur Ferdinand Ier d'Autriche fit ses premières concessions : il consentit à l'établissement d'une garde nationale et leva la censure. Le lendemain, il précisa à ce sujet qu'il avait « octroyé une totale liberté de la presse[citation 26] » et il promit également par décret une constitution[127].

Le 17 mars, le premier gouvernement fut formé ; son ministre de l'intérieur, Franz von Pillersdorf esquissa une constitution à laquelle on donna son nom par la suite[citation 27], et qui fut rendue publique pour la fête d'anniversaire de l'empereur, le 25 avril 1848[57]. Cette constitution avait un caractère pré-constitutionnel ; le bicamérisme et le système électoral pour l'élection du Reichstag publié le 9 mai provoquèrent notamment l'indignation, et menèrent ainsi à de nouvelles perturbations (révolution de mai). En raison de la pétition du 15 mai, cette constitution fut réaménagée : le Reichstag ne devait plus être constitué que d'une seule chambre et celle-ci devait être déclarée « constituante », c'est-à-dire qu'elle avait la charge d'établir une constitution définitive[67],[128]. La constitution de Pillersdorf resta en vigueur de façon provisoire. L'empereur, dépassé par les émeutes qui s'intensifiaient, partit se mettre en sécurité à Innsbruck[67],[57].

Le 22 juillet 1848, le Reichstag constituant autrichien, composé de 383 déléguées venus d'Autriche et des pays slaves, fut ouvert par l'archiduc Jean-Baptiste d'Autriche. On y décida, entre autres, la libération des paysans de la féodalité le 7 septembre[129],[130].

Les évènements qui eurent lieu en Hongrie à partir du 12 septembre 1848, pendant lesquels le soulèvement hongrois dirigé par Kossuth mena à un affrontement contre les troupes impériales puis par la suite à l'assassinat du ministre de la Guerre autrichien Theodor Baillet von Latour le 6 octobre, provoquèrent à Vienne la troisième phase de la révolution autrichienne, appelée insurrection viennoise d'octobre 1848. Au cours de son développement, les citoyens, étudiants et travailleurs viennois parvinrent à prendre la capitale après que les troupes du gouvernement aient fui. Mais les révolutionnaires ne purent la garder en leur pouvoir qu'une courte période[67],[59].

Le 23 octobre, Vienne fut encerclée par des troupes contre-révolutionnaires venant de Croatie, sous les ordres du Ban Josip Jelačić, et de Prague, sous les ordres du maréchal de Windischgrätz. Malgré la résistance farouche quoique désespérée de la population viennoise, la ville fut reprise par les troupes impériales en une semaine. Quelque deux mille insurgés furent tués. D'autres meneurs de l'insurrection viennoise d'octobre furent condamnés à mort ou à de longues peines de prison[131],[78].

Carl Steffeck est agenouillé au centre, il porte une chemise blanche ouverte et tend le bras droit vers le prêtre qui se tient à gauche. Derrière lui un soldat tient un bandeau blanc pour couvrir les yeux du condamné. À droite, des soldats se tiennent en joue
L'exécution de Robert Blum ; peinture de Carl Steffeck, 1848-49.

Parmi les victimes des exécutions sommaires, il y eut notamment le député populaire gauche-libéral et républicain du Parlement de Francfort, Robert Blum, qui fut exécuté le 9 novembre 1848 en dépit de son immunité diplomatique et fut ainsi élevé au rang des martyrs de la révolution[78]. Cet événement fut repris dans la Chanson de Robert Blum qui fut surtout chantée dans les États allemands en-dehors de l'Autriche.

Le 2 décembre 1848, il y eut en Autriche une passation du pouvoir impérial. Les événements révolutionnaires avaient mis en évidence les faiblesses de l'empereur Ferdinand I. À l'initiative du ministre-président autrichien, le maréchal-prince de Schwarzenberg, l'empereur Ferdinand abdiqua et céda le trône à son neveu âgé de 18 ans, François (Franz), qui prit pour nom d'empereur François-Joseph Ier d'Autriche[132].

C'est ainsi que la révolution en Autriche fut matée. La constitution élaborée en mars n'entra jamais en vigueur[78]. Cependant, les événements qui suivirent en Hongrie et en Italie demeurèrent un obstacle à la prétention de François-Joseph d'imposer son pouvoir dans l'ensemble de l'empire des Habsbourg[133].

L'année 1848 fut marquée, d'un point de vue culturel, par l'abolition de courte durée de la censure. En conséquence, on publia une multitude d'œuvres, les magazines se multiplièrent puis disparurent et la culture écrite se modifia radicalement. La presse libre ![citation 28] de Friedrich Gerhard, Le censeur mort[citation 29] de Moritz Gottlieb Saphir, la Police secrète[citation 30] de Ferdinand Sauter ou la Chanson du censeur[citation 31] permettent de dresser un tableau de cette ambiance de renouveau. On critiqua aussi sévèrement le système existant. On en trouve des exemples dans certaines œuvres de Johann Nestroy comme Liberté à Krähwinkel[citation 32], dans les poèmes politiques d'Anastasius Grün ou dans les écrits de Grillparzer.

Bohème[modifier | modifier le code]

On y voit de nombreux soldats et des barricades.
Série d'images représentant des scènes du soulèvement de Prague.

La Bohème fut également touchée par la vague révolutionnaire. Entre le 2 et le 12 juin, se tient le congrès panslave auquel assistent 350 participants : tchèques, polonais, moraves, croates, serbes et slovaques[69]. Les participants du congrès réclamèrent la conversion de la « Monarchie du Danube » en un État fédéral aux peuples égaux en droits. La revendication d'un État national tchèque fut expressément rejetée, les moraves, allemands, craignant de se retrouver en minorité face aux tchèques ; à la place, ils demandèrent seulement des droits d'autonomie vis-à-vis du gouvernement central autrichien et refusaient l'intégration dans un État allemand[125]. L'empereur Ferdinand Ier d'Autriche refusa strictement chacune de ces revendications. Ainsi le 13 juin, les révolutionnaires tchèques commencèrent leur soulèvement à Prague contre la suprématie autrichienne. L'insurrection fut écrasée le 17 juin 1848 par les troupes autrichiennes menées par Alfred de Windisch-Graetz[134].

Hongrie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution hongroise de 1848.
Il porte un uniforme fait d'une pièce rappelant celui des hussards. Une fourrure se trouve sur ses épaules. Il pointe du doigt une carte. Il est brun avec une barbe. Il a les traits assez fins.
Lajos Kossuth (1802–1894), Lithographie de Jacott.

En Hongrie, les nouvelles de la révolution à Vienne arrivèrent le 3 mars 1848, Lajos Kossuth fait alors une déclaration devant le parlement hongrois pour réaffirmer ses revendications libérales[135]. Le 14 mars 1848, une délégation hongroise se rendit alors à Vienne y transmettre leurs souhaits[136]. Lajos Kossuth succéda le 12 septembre 1848 au ministre-président libéral Lajos Batthyány, on empêcha, à la suite des événements révolutionnaires autrichiens, l'empereur Ferdinand Ier d'être reconnu roi de Hongrie[59].

Fin août Josip Jelačić est nommé gouverneur de Croatie. Le 11 septembre, il déclare la guerre à la Hongrie. Le 29 ses troupes sont repoussées à Pákozd par les hongrois[137].

Le décret impérial octroyant la constitution de mars pour la Hongrie comme pour l'Autriche déboucha le 7 mars 1849 sur un soulèvement pour l'indépendance[81]. Afin d'écraser l'insurrection, l'armée impériale, menée par Alfred de Windisch-Graetz marcha sur la Hongrie. Mais, devant l'armée révolutionnaire renforcée par des corps franc et des émigrants polonais, elle dut se retirer le 10 avril 1849.

le 14 avril 1849, la Diète de Hongrie annonça son indépendance vis-à-vis de la maison des Habsbourg-Lorraine et proclama la république[58]. Lajos Kossuth fut alors nommé régent et investi des pleins pouvoirs[138].

Cependant, les autres États européens ne reconnurent pas l'indépendance de la Hongrie. Ainsi, les troupes russes prêtèrent assistance à l'armée autrichienne et, ensemble, elles écrasèrent finalement la révolution hongroise[133]. Le 13 août 1849, les dernières unités hongroises capitulèrent à Világos[88]. Dans les semaines qui suivirent, plus de cent meneurs du soulèvement hongrois furent exécutés à Arad. Le 6 octobre 1849, au jour anniversaire de la révolution d'octobre à Vienne, l'ancien ministre-président Batthyány fut exécuté à Pest (ville)[139],[89].

Lajos Kossuth, le représentant politique le plus important du mouvement de libération hongrois put fuir en exil en août 1849. Jusqu'à sa mort à Turin en 1894, il plaida pour l'indépendance de la Hongrie[138].

Provinces et États italiens[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Risorgimento et Cinq journées de Milan.

Au XXe siècle, après la fin de l'hégémonie napoléonienne en Europe et dans les principautés italiennes, l'Italie était composée de différents États isolés. Les régions d'Italie du Nord (Lombardie, Venise, la Toscane et Modène) étaient sous domination autrichienne. Au moins à partir des années 1820, eurent lieu les soulèvements du Risorgimento, qui aspiraient à un État unitaire italien, et se dirigeaient ainsi également contre la domination autrichienne en Italie du Nord[59]. À la suite de la révolution de juillet, dans les années 1830, plusieurs soulèvements furent initiés dans différentes régions italiennes par des groupes clandestins. On citera notamment ceux gravitant autour des groupes radicaux-démocrates partisans de la Révolution nationale de Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi ; cependant, tous échouèrent[28].

À l'époque de la révolution de mars, ces révolutionnaires jouèrent également un rôle important en Italie. Les thèses de Mazzini d'une Italie unie et libre au sein d'une Europe des peuples libérée des dynasties monarchiques, qui furent diffusées par le journal interdit Giovine Italia, n'eurent pas seulement une influence sur les révolutions des États italiens, mais furent aussi significatives pour les courants radicaux-démocrates dans de nombreuses autres régions d'Europe[28].

De nombreuses personnes dans une grande salle. Des hommes discourent au centre. Un drapeau allemand est également visible.
Départ des volontaires pour l'Italie le 3 avril 1848 – Alois Schönn (1826-1897) – Le premier détachement de volontaires à l'ancienne gare-sud de Vienne (Gloggnitzer Bahn), avant leur départ pour apporter un soutien à l'armée de Radetzky en Italie.

Les événements révolutionnaires de 1848 eurent un fort retentissement, non seulement en Italie du Nord, mais aussi dans d'autres provinces d'Italie. En janvier 1848 déjà, de premiers soulèvements de combattants pour la liberté eurent lieu en Sicile, à Milan, à Brescia et à Padoue contre la suprématie des Bourbons au sud et des Autrichiens au nord, qui s'intensifièrent le 17 mars 1848 à Venise et à Milan le 18. Les combat durèrent 5 jours dans la capitale lombarde. Finalement, les révolutionnaires déclarèrent l'indépendance de la Lombardie vis-à-vis de l'Autriche, et son rattachement au Royaume de Sardaigne. Cette situation mena finalement à la guerre entre le Royaume de Sardaigne et l'Autriche (Première guerre d'indépendance italienne)[63].

Le 4 mars 1848, Le roi Charles-Albert de Sardaigne avait déjà concédé dans son État une constitution représentative d'inspiration française, avec laquelle il introduisit une monarchie constitutionnelle, de façon à tirer profit de l'ambiance révolutionnaire pour unifier l'Italie sous son règne. Le 25 juillet 1848, malgré ses premiers succès, les troupes du roi Charles-Albert furent défaites par les Autrichiens menés par le maréchal Joseph Radetzky lors de la bataille de Custoza, près du lac de Garde[58],[59]. Selon l'armistice du 9 août, la Lombardie dut être cédée à l'Autriche. Seule Venise demeura inoccupée. Les révolutionnaires italiens avaient déclarée la ville indépendante le 23 mars 1848 et proclamé la République de Saint-Marc, dirigée par Daniele Manin[63].

Hommes sur des gondoles qui fêtent la proclamation. Celui de gauche tient un grand drapeau italien. En arrière-plan se trouve une grand foule sur les quai avec la place Saint-Marc derrière eux.
Proclamation de la République de Saint-Marc dans la lagune de Venise, devant le palais des Doges, le 23 mars 1848 (lithographie de Sanesi, vers 1850).

En février 1849, lorsque les insurgés fomentèrent un putsch contre le grand-duc Léopold II de Toscane de la maison des Habsbourg, la guerre fut relancée. Celle-ci tourna de nouveau en faveur des Autrichiens menés par Radetzky, lors de la bataille de Novare contre l'armée de Sardaigne[58],[81], forte de 100 000 hommes. Le mouvement d'unification italien fut ainsi momentanément anéanti, et la prédominance autrichienne en Italie du Nord fut, pour l'essentiel, de nouveau restaurée. Le roi Charles-Albert de Sardaigne abdiqua au profit de son fils, Victor-Emmanuel II de Savoie, et partit en exil au Portugal. Le nouveau roi conclut le 6 août à Milan un traité de paix avec l'Autriche[63].

Le 22 août 1849, la république révolutionnaire de Venise, dernier bastion des soulèvements italiens de 1848/49, fut écrasée. Joseph Radetzky reçut de l'empereur la charge de gouverneur général, civil et militaire du Royaume lombard-vénitien[140].

Dans de nombreuses régions non-autrichiennes d'Italie, il y eut également en 1848/49 des troubles révolutionnaires, dans le Royaume des Deux-Siciles par exemple, où les soulèvements de janvier 1848 poussèrent le roi Ferdinand II des Deux-Siciles à se doter d'une constitution le 10 février 1848[59].

En novembre 1848, le pape Pie IX fuit Rome et abandonna les États pontificaux devant les troubles qui s'intensifiaient. Il se replia à Gaeta, sur la côte du Royaume des deux Siciles. Le 9 février 1849, les révolutionnaires romains menés par Giuseppe Mazzini proclamèrent la république dans les États pontificaux (République romaine). Le 3 juillet 1849, la révolution romaine fut écrasée par les troupes françaises et espagnoles[141], ce qui provoqua des protestations en certains endroits de France, comme à Lyon. Après le démantèlement du soulèvement, le pouvoir du comité exécutif fut transmis aux cardinaux. Ce n'est qu'en 1850 que le pape revint, annula une grande partie de ses réformes introduites en 1846 et mis en place des mesures particulièrement réactionnaires dirigées contre les libéraux[59].

Bavière[modifier | modifier le code]

À partir du 4 mars 1848 il y eut en Bavière une recrudescence de troubles et de soulèvements à visée démocratique et libérale. Le roi Louis Ier de Bavière céda le 6 mars à certaines revendications des révolutionnaires et convoqua un cabinet plus libéral. Cependant, le roi se trouvait par ailleurs dans une situation de crise à cause de son comportement non conforme à son rang vis-à-vis de la prétendue danseuse espagnole, Lola Montez, délaissant en partie ses affaires d'État. Cette affaire exposa également Louis aux critiques du camp conservateur et catholique. Le 11 mars 1848, Lola Montez fut bannie de Munich. Il y eut de nouveaux troubles lorsque le bruit courut que la danseuse était de retour. À la suite de cela, le roi abdiqua finalement au profit de son fils, Maximilien II de Bavière[142].

Après l'échec de la Constitution de Francfort, il y eut en Rhénanie-Palatinat (qui appartenait autrefois à la Bavière), dans le cadre de la campagne pour la constitution du Reich qui eut lieu également dans d'autres régions d'Allemagne, le soulèvement palatin de mai 1849. Au cours de ce soulèvement, la Rhénanie-Palatinat fut temporairement séparée du pouvoir bavarois. Cependant l'insurrection fut rapidement écrasée par l'armée prussienne[83].

Saxe[modifier | modifier le code]

Photo en noir et blanc. Homme assez corpulent, il porte un costume trois pièces avec veste et gilet noirs, une chemise blanche et une cravate noire. Il a une longue barbe et des cheveux poivre et sel. Il a un visage assez rond, les yeux clairs et un nez empatté
Mikhaïl Bakounine (1815–1876)

Dans le Royaume de Saxe il y eut, à la suite des événements révolutionnaires, un changement de ministres et quelques réformes libérales[143]. Après que le roi de Saxe eut refusé la constitution de l'empire votée à Francfort le 28 mars 1849, il y eut un soulèvement à Dresde le 3 mai[144].

La figure centrale de ce soulèvement d'environ 12 000 insurgés, parmi lesquels se trouvaient également Richard Wagner, fut l'anarchiste russe Mikhaïl Bakounine[144]. La Saxe est un bastion des démocrates radicaux, organisés au sein des « associations de mars »[citation 33], le drapeau rouge flottait donc au côté de celui noir-rouge-or[145]. Comme le déclare Stephan Born, la lutte pour la constitution est secondaire, la souveraineté du peuple est plus importante à ses yeux[146].

Après que le roi eut fui la ville pour se réfugier dans la forteresse de Königstein, que les chambres furent dissoutes et que les ministres se furent retirés, les révolutionnaires formèrent un gouvernement provisoire. Les troupes saxonnes étaient, pour la plus grande partie dans le Duché de Holstein. Le gouvernement saxon en fuite se tourna vers la Prusse pour obtenir de l'aide. Les troupes prussiennes et les unités militaires régulières saxonnes restées sur place écrasèrent l'insurrection le 9 mai 1849 après des combats de rue acharnés[144].

Holstein et Schleswig ; première guerre dano-allemande[modifier | modifier le code]

Dans la ville, un grand groupe de cavaliers en uniforme bleu se dirige au galop vers les barricades au fond.
Prise d'assaut des barricades par l'armée prussienne sur la Konstablerwache à Francfort le 18 septembre 1848. Lithographie de E. G. May d'après un dessin de Jean Nicolas Ventadour.
Article détaillé : Guerre des Duchés.

Fin mars 1848, un soulèvement allemand national se produisit dans les duchés nordiques de Schleswig et de Holstein, après que le roi Frédéric VII de Danemark, sous l'influence des nationaux-libéraux danois, voulut faire adopter une constitution commune au Royaume de Danemark et aux duchés de Schleswig et de Holstein. Ces duchés dépendaient à l'époque du roi danois en sa qualité de duc. Holstein, en tant que fief allemand, était cependant membre du Saint-Empire romain germanique et plus exactement de la Confédération germanique à partir de 1815, tandis que Schleswig était un fief du Royaume de Danemark. Les nationaux-libéraux allemands craignirent l'incorporation de Schleswig dans le Danemark et formèrent un gouvernement provisoire. Ce gouvernement fut reconnu par le Bundestag de la Confédération germanique à Francfort avant même l'ouverture du Parlement de Francfort, toutefois l'absorption formelle de Schleswig dans la confédération fut évitée. À la suite de cela, la première guerre dano-allemande commença. À la demande de la confédération, les troupes prussiennes, dirigées par le Generalfeldmarschall Frédéric von Wrangel, parvinrent jusqu'au Jutland[64].

Cette manœuvre conduisit à une pression diplomatique sur la Prusse de la part de la Russie et de l'Angleterre qui menacèrent de soutenir militairement le Danemark. La Prusse céda, et le roi Guillaume IV conclut l'armistice de Malmö avec le Danemark le 26 août 1848[147]. Le retrait des troupes de la Confédération germanique de Schleswig et de Holstein ainsi que la dissolution du gouvernement provisoire de Kiel y étaient prévus[73].

Cette action arbitraire de la Prusse conduisit à une crise au sein du Parlement de Francfort, qui avait commencé entre temps à siéger. Il devint clair que les moyens et l'influence du Parlement étaient minimes. Il était soumis au bon vouloir de la Prusse et de l'Autriche. Puisque le Parlement ne disposait d'aucun moyen de poursuivre la guerre contre le Danemark sans la Prusse, il se vit contraint d'approuver l'armistice le 16 septembre 1848[73]. Cette approbation eut pour conséquence de nouveaux troubles dans toute l'Allemagne, et plus particulièrement à Francfort. Puis, les troupes prussiennes et autrichiennes furent envoyées à Francfort contre ce qui dégénéra en combats de barricades. Lors de ces affrontements, il n'était plus tellement question de Schleswig-Holstein pour les insurgés, mais désormais, et de manière grandissante, de la défense de la révolution elle-même[74].

Le 25 mai 1849, le Danemark adopte une constitution établissant une monarchie constitutionnelle ainsi qu'un parlement à deux chambres élu au suffrage universel[30].

Le parlement de Francfort[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Parlement de Francfort.
Voir description précédente
Un débat au Parlement de Francfort pendant un discours de Robert Blum

Formation du parlement[modifier | modifier le code]

Après que Friedrich Daniel Bassermann eut exigé le 12 février 1848 au parlement de Bade[citation 34] une représentation populaire au sein du Bundestag allemand[148], cette revendication se diffusa au-delà du parlement et ainsi, le 5 mars, l'assemblée d'Heidelberg se conclut par une invitation à un pré-parlement[citation 7] constituant[35]. Après que le Bundestag eut réagi à la pression publique par l'autorisation de la liberté de la presse, il essaya aussi de regagner sur-le-champ la souveraineté de la constitution et de la représentation parlementaire en reconnaissant la nécessité d'une révision de l'Acte confédéral allemand et de la mise en place du comité des dix-sept afin d'élaborer une nouvelle base à la constitution pour une Allemagne unie[148]. Le « pré-parlement », au sein duquel les libéraux avaient le dessus sur la gauche radicale, décida dans les premiers jours d'avril de travailler en commun avec la Confédération germanique et d'amorcer ensemble les élections pour une assemblée nationale constituante afin de donner un cadre juridique au mouvement[35]. Le comité des cinquante fut mis en place pour représenter le mouvement révolutionnaire auprès du Bundestag, et celui-ci appela les États de la Confédération germanique à mettre en œuvre l'élection de l'assemblée nationale. Elle s'assembla pour la première fois le 18 mai 1848 en l'église Saint-Paul de Francfort et élut le libéral modéré Heinrich von Gagern comme président[33].

Pouvoir central provisoire[modifier | modifier le code]

L'assemblée nationale établit le pouvoir central provisoire le 28 juin 1848, un gouvernement faisant office d'exécutif pour le parlement, et reprit le pouvoir étatique du Bundestag[149]. Le poste de chef de l'exécutif fut attribué à Jean-Baptiste d'Autriche, connu pour ses opinions libérales. Son titre est régent impérial. Le prince Karl zu Leiningen fut nommé ministre-président de ce nouveau « ministère de l'empire »[150].

Structure et constitution du parlement[modifier | modifier le code]

Évolution des différentes fractions au sein de l'hémicycle[151]

Le Parlement de Francfort devait préparer l'unité allemande et élaborer la constitution de l'empire[147]. Au sein de ce parlement, la plupart des membres sont issus de la bourgeoisie : des hommes propriétaires et cultivés, de hauts fonctionnaires, des professeurs, des officiers, des juges, des magistrats, des avocats, etc. Pour cette raison, le parlement fut affublé de surnoms peu flatteurs par le peuple goguenard : « parlement des notables » ou « parlement des professeurs »[152],[153]. Dans le cadre du travail parlementaire, différents groupes parlementaires se formèrent bientôt, qui furent baptisés en fonction des cafés où leurs membres se rencontraient après ou entre les séances pour convenir de leurs propositions et de leurs idées. À l'exception d'un grand groupe de députés qui n'appartenaient pas aux factions (33 % des députés en octobre 1848), deux ailes idéologiques et deux partis centristes se constituèrent (entre parenthèses leurs poids relatif au sein du parlement en octobre 1848[154])[68] :

  • La gauche démocratique[citation 35], également appelée die Ganzen à l'époque) - Elle était composée des fractions du Deutscher Hof (8 %), du Donnersberg (7 %) auxquels se joignit en novembre le Nürnberger Hof. À partir de début 1849 elle fut globalement réunie au sein du Centralmärzverein (association centrale de mars) duquel naquit le parlement croupion[citation 11].
  • Le centre gauche parlementaire-libéral[citation 36], également appelée die Halben) - Il était composé du Württemberger Hof (6 %) et du Westendhall (7 %), puis également du Augsburger Hof (7 %) à partir de septembre. Il s'unit avec le centre droit en février 1849 au sein du groupe Weidenbusch.
  • Le centre droit constitutionnel-libéral[citation 37] - À partir d'août, avec le détachement du Landsberg (6 %), il est empreint par la grande fraction Casino (21 %). Avec le centre gauche, il forma la liberale Mitte (centre libéral), connu sous le nom die Halben. Début 1849, une partie de la fraction du Casino fusionna avec les fractions de droite pour former le Pariser Hof.
  • La droite conservatrice[citation 38] - Elle était pour la plupart composée de conservateurs protestants. Ils siégèrent au départ dans la Steinernen Haus, puis ils furent connus à partir de septembre comme étant la fraction du Café Milani (6 %).

Débats[modifier | modifier le code]

Ils sont en train de coudre une carte de l'Allemagne et sont habillés en tisserand.
Caricature de la création d'un État national. De gauche à droite : Heinrich von Gagern, Alexander von Soiron, Carl Theodor Welcker et Friedrich Daniel Bassermann.

Le parlement de Francfort vit s'opposer les libéraux, die Halben, et les démocrates, die Ganzen. Les premiers, plus modérés, acceptaient le compromis avec les monarques et privilégiaient la monarchie constitutionnelle héréditaire adoptant soit la solution petite-allemande (sans l'Autriche), soit la solution grande-allemande (avec l'Autriche) ; tandis que les seconds plus intransigeant donnaient plus d'importance à la souveraineté du peuple et donc à un régime fortement parlementaire. Les plus radicaux d'entre-eux revendiquaient pour la mise en place d'une république. Les libéraux redoutaient dans ce cas une « république rouge », l'anarchie et en nouvelle terreur[155]. La solution grande-allemande avait les faveurs des démocrates[154].

Les groupes parlementaires débattaient également vivement sur le droit de véto à accorder à l'exécutif sur les décisions du parlement. La majorité souhaitait un véto suspensif, mais certains libéraux comme Dahlmann souhaitant attribuer un véto absolu pour facilité l'acceptation du titre impérial au roi de Prusse. Un autre débat concernait le suffrage, les plus radicaux réclamaient le suffrage universel direct secret, tandis que les libéraux, par peur des démagogues, lui préféraient un suffrage censitaire[156],[157],[158].

Avec le désaccord paralysant des députés, il vint à manquer un pouvoir exécutif capable de faire appliquer les décisions du Parlement qui échouaient souvent en raison des initiatives individuelles de l'Autriche ou de la Prusse[152]. Cela mena à plusieurs crises, comme la question de Schleswig et Holstein relative à une guerre contre le Danemark. (Voir plus haut : Holstein et Schleswig ; première guerre dano-allemande).

Vote de la constitution, puis refus de la couronne impériale[modifier | modifier le code]

Schéma de la structure de l'État allemand unifié prévue dans la Constitution du Parlement de Francfort de 1849.

Malgré tout, le parlement vota le 28 décembre 1848 pour un catalogue de droits fondamentaux[159], puis, le 28 mars 1849, la Constitution de Francfort avec une majorité de 42 voix. Pour ce vote, les libéraux du centre-droit s'allièrent à ceux du centre-gauche, on parle de « pacte Simon-Gagern[citation 39],[160] ». Elle prévoyait une monarchie constitutionnelle héréditaire, une unification avec la solution petit-allemande dont le roi de Prusse serait l'empereur, le suffrage universel direct et secret ainsi qu'un véto suspensif[29]. Le 3 avril, lorsque le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse refusa la dignité d'empereur que lui proposait la députation impériale[citation 40], le Parlement de Francfort fut de fait un échec[73],[82]. 29 des États de moyenne puissance approuvèrent la Constitution. L'Autriche, la Bavière, la Prusse, la Saxe et Hanovre la refusèrent. Les députés prussiens et autrichiens quittèrent le Parlement lorsqu'ils furent révoqués par leur gouvernement[83].

Fin du parlement et de la révolution[modifier | modifier le code]

Afin de faire toutefois aboutir la Constitution dans les Länder isolés malgré le renforcement de la contre-révolution, il y eut en mai 1849 dans certains centres révolutionnaires des « soulèvements de mai » dans le cadre de la campagne pour la constitution du Reich[citation 10]. Ces soulèvements créèrent un deuxième sursaut révolutionnaire radicalisé qui prit des proportions semblables à une guerre civile dans certaines régions de la Confédération, par exemple le Pays de Bade et la Saxe[161]. Le Parlement de Francfort perdit la plus grande partie de ses membres en raison des révocations et d'autres défections, et se retira à Stuttgart le 30 mai 1849 sans les députés prussiens et autrichiens sous la forme d'un parlement croupion[citation 11]. Il restait 130 députés [162]. Le 18 juin 1849, ce parlement croupion fut violemment dissous par les troupes du Wurtemberg. C'est avec la défaite des derniers combats révolutionnaires du 23 juillet à Rastatt que la Révolution allemande de 1848-1849 fut définitivement mise en échec[83],[86].

Répercussions et conséquences en Allemagne[modifier | modifier le code]

Conséquences immédiates[modifier | modifier le code]

Caricature. Sur une carte de l'Europe on voit Christian du Danemark, Napoléon III, Frédéric-Guillaume IV et la reine Victoria. Les deux premiers sont en train de balayer les révolutionnaires dessinés très petits. Le roi prussien se bas au sabre avec un militaire hongrois. Victoria est sur un carrosse et observe.
La déroute du Printemps des Peuples en 1849 caricaturée par Ferdinand Schröder dans le Düsseldorfer Monatshefte sous le titre de Panorama de l'Europe en Août MDCCCXLIX.

Après l'échec de la révolution, une contre-révolution réactionnaire triompha. Dans la décennie qui suivit 1848, appelée ère réactionnaire, s'établit de nouveau une Restauration certaine de l'ancienne situation, qui ne prit cependant pas tout à fait les proportions de la répression de Metternich pendant le Vormärz[163],[164].

En dehors de la confédération germanique, la révolution fut aussi écrasée. En France, la République se maintint jusqu'en 1851/1852[165]. Les constitutions ne se maintinrent durablement qu'au Danemark, en Prusse et au Royaume de Sardaigne. Ainsi, jusqu'au XXe siècle, il s'y maintint par exemple les modifications de constitution qui en firent des monarchies constitutionnelles[166]. La constitution du Royaume de Sardaigne fut la base du royaume d'Italie unifié en 1861 (cf. Risorgimento).

Après son échec provisoire lors de la conférence d'Olmütz de 1850[167], l'idée nationale d'une union de la petite Allemagne fut finalement imposée et réalisée « d'en haut » par les puissances conservatrices dominantes menées par la Prusse et en particulier par Otto von Bismarck en tant que ministre-président prussien à partir de 1862, après les trois guerres d'unification allemande de la Prusse contre le Danemark, contre l'Autriche et contre la France. En 1871, à la suite de la victoire de la Prusse sur la France, le roi Guillaume de Prusse fut couronné premier empereur allemand à Versailles sous le nom de Guillaume Ier d'Allemagne et l'Empire allemand fut proclamé ; jusqu'en 1890, le chancelier impérial Bismarck joua un rôle prépondérant dans sa politique[168]. L'influence de la révolution dans le processus d'unification est indéniable[164].

Acquis de la révolution[modifier | modifier le code]

L'échec évident des objectifs nationalistes de la Révolution de 1848/49[169] détourna souvent l'attention des succès solides et des progrès durables qui furent atteints dans les années de la Révolution et sur lesquels la contre-révolution victorieuse ne put revenir. En premier lieu on peut citer la fin définitive de l'ordre féodal[163]. Les revendications d'abolition du servage héréditaire et des redevances féodales ont pu être comprises par une large part de la population rurale et paysanne comme faisant partie des leurs, et les conduisit à participer aux mouvements de mars 1848, en particuliers en Autriche[170].

Un autre succès solide des années révolutionnaires fut l'abolition de la justice inquisitrice secrète des périodes de la Restauration et du Vormärz. L'exigence du caractère publique de la juridiction répressive et de la cour d'assise faisaient partie des revendications fondamentales de mars. Sa mise en place conduisit à une amélioration durable de la sécurité juridique. La constitution prussienne constituait également un acquis certain[164].

Première édition du magazine satirique Kladderadatsch (Mai 1848).

De plus, pendant la Révolution, à la suite de l'assouplissement de la censure de la presse, un paysage de la presse plus ou moins pluraliste se constitua. Le nombre de journaux politique passa ainsi de 118 en 1847 à 184 en 1850. En Autriche, il n'y avait que 79 journaux avant l'éclatement de la révolution, ce nombre monta à 388 durant. Dans toute l'Allemagne, on estime en 1848, le nombre de journaux à 1 700[171]. Ceux de gauche comme de droite gagnèrent de l'influence sur les actualités politiques. À gauche, on peut citer par exemple le journal publié par Karl Marx, la Neue Rheinische Zeitung (Nouvelle Gazette rhénane), qui fut interdit le 19 mai 1849[172]. Le centre modéré était entre autres représenté par la Deutsche Zeitung (Journal allemand) et la droite par la Neue Preußische Zeitung (Nouvelle Gazette prussienne) dont Otto von Bismarck fut associé à la création[173]. C'est avec le Kladderadatsch (Patatras) que vit le jour le 7 mai 1848 l'un des premiers grands magazines satiriques d'Allemagne[174],[175].

Influences sur les différentes mouvances politiques et associatives[modifier | modifier le code]

Le rétablissement de la liberté associative en Allemagne eut pour conséquences la formations de nombreuses associations, politiques notamment. Elles peuvent être classée en : associations ouvrières, démocratiques, constitutionnelles, catholiques, rustiques et groupes d'intérêt citoyens[176], celles conservatrices sont peu développées[177]. Les premières rassemblées dans la fraternité générale des travailleurs allemands fondée le 3 septembre 1848 à Berlin, sur initiative de l'écrivain Stephan Born[178],[179] étaient au nombre de 170, pour un total de 15 000 membres au début de 1849[180]. C'était la première organisation travailleuse qui s'étalait sur plusieurs régions en Allemagne, elle eut notamment un rôle important dans l'émergence des syndicats[181]. Les associations démocratiques, aussi dites « populaire[citation 41] », étaient à leur apogée environ 200 pour 200 000 membres[182]. Début 1849, elles se rassemblèrent pour former le Centralmärzverein qui en mars comptait 950 associations et 500 000 adhérents[183]. Les associations constitutionnelles, aussi dites « patriotique[citation 42] », rassemblaient les libéraux[184]. Elles étaient moins importantes en nombre d'adhérent que les associations populaires[185], leur association nationale rassemblèrent ainsi en avril 1849 160 associations locales[184]. Les associations catholiques, dites aussi « Pi », étaient aussi très répandues, dans le seul Bade il y avait 400 associations pour 100 000 membres[184]. Les associations rustiques[citation 43], présentes seulement en Silésie, se regroupèrent en août 1848 dans le Hauptristikalverein. Elles étaient 200 pour 200 000 membres[186]. Enfin, les groupes d'intérêt corporatistes étaient naissants[187].

Les nouveaux mouvements réclamant une émancipation, en particulier le mouvement ouvrier et le mouvement féministe n'avaient pas eu un poids important dans la révolution. Ils n'étaient pas directement représentés au parlement, tout au plus la gauche libéral-démocrate bourgeoise défendait leurs intérêts. La révolution a cependant fortement influencé sur leur développement[188].

En ce qui concerne les féministes, le 12 mai 1849 la journaliste et avocate du droit des femmes Louise Otto, plus connu sous le nom de Louise Otto-Peters, fonda le journal politique Frauen-Zeitung (le journal des femmes), où elle appelait au regroupement des ouvrières au sein d'association en suivant le modèle des hommes afin de défendre leurs intérêts[189],[190].

Une période de réaction suivit directement la révolution, marquée par les procès contre les démocrates et les communistes, la censure, le contrôle de l'administration[191]. Elle laissa cependant rapidement la place à une ère plus libérale dite « Neue Ära » entre 1849 et 1866. Elle vit notamment les forces libérales se renforcer et se rassembler en 1861 dans le premier parti politique allemand : le parti progressiste allemand[192]. Toutefois, Wolfgang Siemann nota que toutes ces associations politiques suscitées préfiguraient les partis politiques modernes. Il faut par ailleurs définir avec précision le terme de parti pour déterminer quel est le premier parti allemand[193].

La plupart des démocrates radicaux, quand ils n'avaient pas été emprisonnés ou exécutés, avaient fui en exil[194]. Dans les années 1848/49, une vague d'émigration de grande ampleur eut lieu, on estime ainsi à 78 800, 59 000 et 61 700 le nombre d'émigrants allemands pour les années 1847, 1848 et 1849, la quasi-totalité vers les États-Unis[195]. Les émigrants y sont désignés par le nom de « Forty-Eighters » ce qu'on pourrait traduire par « quarante-huitards ». Beaucoup de ces émigrés s'impliquèrent dans la vie démocratique locale[86]. Ainsi ils furent nombreux à soutenir Abraham Lincoln lors des élections présidentielles américaines, à combattre l'esclavage ou à prendre part à la guerre de Sécession au côté des États du nord de 1861 à 1865. Certains firent également une véritable carrière politique comme Lorenz Brentano[196] ou Carl Schurz, ce dernier fut ministre de l'intérieur de 1877 à 1881[197].

Les autres démocrates radicaux, qui étaient restés en Allemagne ou qui y étaient revenus après l'amnistie de 1862, rejoignirent massivement le mouvement ouvrier et la social-démocratie[198].

Historiographie[modifier | modifier le code]

La peinture met en scène des anges et un démon.
Allégorie de la défaite de la révolution de 1848, peinture d'Alfred Rethel en 1849

Postérité de la révolution[modifier | modifier le code]

D'abord mis au ban, par le royaume de Prusse notamment[199], l'Empire allemand tenta de se voir comme l'aboutissement de la révolution de mars tout en en sous-estimant l'influence et en ne suivant pas son esprit. Ainsi le parlement national et une partie de la constitution étaient repris des acquis de la révolution de mars[200]. Toutefois les droits fondamentaux n'étaient pas inscrits dans la constitution mais seulement assurés au moyen de lois[80].

La république de Weimar était fidèle à la révolution de mars et remet en avant ces événements. Sa Loi fondamentale était fondée sur le projet de constitution élaboré dans l'église Saint-Paul de Francfort[201],[202].

Hitler détourna la révolution à des fins expansionnistes. Finalement, après la guerre les deux États allemands se disputèrent l'héritage révolutionnaire : la RFA se réclamait de la liberté d'expression, de presse, de circulation réclamée en 1848, la RDA de sa tradition révolutionnaire[202]. Au XXe siècle, un grand nombre de mouvements politiques allemands, surtout en Allemagne de l'Est, de la gauche radicale aux nationalistes en passant par les démocrates, se réclamaient de la révolution de 1848[203].

Causes de l'échec[modifier | modifier le code]

Les causes de l'échec de la révolution ont longtemps été analysées[155]. Pèle-mêle on peut citer le dualisme Autriche/Prusse qui empêche toute évolution ; la division entre les libéraux et les démocrates ; le rejet de la révolution par les bourgeois et les libéraux de peur de la voir se transformer en révolution rouge ou en nouvelle terreur[155] ; le manque de soutien des autres grandes puissances européennes ; le choix personnel de Frédéric-Guillaume IV de Prusse qui a été trop vu comme l'homme providentiel ; la rapide victoire en mars qui donnent aux députés des attentes irréalistes comme la simultanée création d'un État-Nation, la proclamation des droits fondamentaux et d'acquis sociaux. Botzenhart dit résumer la pensée de Langewiesche, Wehler et Siemann en disant qu'il y avait trop de problèmes à régler. Il ajouta que les difficultés rencontrées par la révolution en France, alors que là-bas la situation était plus simple, montre combien la tâche était difficile[164]. Nipperdey quant à lui exposa les pour et les contre de la politique des libéraux, puis conclut que la faute n'est ni à imputer aux démocrates ni aux libéraux, leur mésentente était inévitable. Il conclut également que les éléments contraires étaient trop nombreux[155].

La répression de la Révolution et la victoire des réactionnaires engendrèrent un dualisme spécifiquement allemand entre les idées de Nation et de Démocratie qui marqua pour longtemps l'histoire allemande et qui est encore sensible de nos jours. À la différence de la France, des États-Unis ou d'autres pays où, à la suite de révolutions victorieuses, « Nation » et « Démocratie » sont plutôt vues traditionnellement comme une unité et où l'adhésion à la Nation inclut en général également l'adhésion à la Démocratie, en Allemagne la relation entre Nation et Démocratie est jusqu'à aujourd'hui un objet de débats polarisant, controversé et souvent très empreints d'une dimension émotionnelle (voir l'article Sonderweg)[31].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Clark 2008, p. 522
  2. Clark 2008, p. 518
  3. a, b et c Brandt 2002, p. 192
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Citations[modifier | modifier le code]

  1. « Weberaufstand »
  2. « Das war ein Vorspiel nur, dort wo man Bücher Verbrennt, verbrennt man auch am Ende Menschen. »
  3. « Frankfurter Wachensturm »
  4. a et b « Märzforderungen »
  5. « Bauernbefreiung »
  6. « Forderungen des Volkes »
  7. a, b et c « Vorparlament »
  8. « Deutschlands Freiheit, Deutschlands Einigkeit »
  9. « in einen Bund von gleichberechtigten Völkern »
  10. a et b « Reichsverfassungskampagne »
  11. a, b et c « Rumpfparlament »
  12. « Heckeraufstand »
  13. « Heckerzug »
  14. « Deutscher Demokratischer Legion »
  15. « Guckkastenlied vom großen Hecker »
  16. « Kartätschenprinzen »
  17. « Friedhof der Märzgefallenen »
  18. « Berliner Zeughaussturm »
  19. « Staatsministerium »
  20. « Polenprozess »
  21. « praca organiczna »
  22. « Neue Sklaven »
  23. « Warum wir arm sind »
  24. « Was kommt dort von der Höh »
  25. « Metternichs Linde »
  26. « vollkommene Preßfreiheit gewährt »
  27. « Pillersdorfsche Verfassung »
  28. « Die Presse frei! »
  29. « Der tote Zensor »
  30. « Geheime Polizei) »
  31. « Zensorlied »
  32. « Freiheit in Krähwinkel »
  33. « Märzverein »
  34. « badische Ständeversammlung »
  35. « die demokratische Linke »
  36. « das parlamentarisch-liberale linke Zentrum »
  37. « das konstitutionell-liberale rechte Zentrum »
  38. « die konservative Rechte »
  39. « Simon-Gagern-Pakt »
  40. « Kaiserdeputation »
  41. « Volksverein »
  42. « Vaterländische »
  43. « Rustikal »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

En français[modifier | modifier le code]

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