Assemblée nationale prussienne

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L'académie de chant de Berlin, peinte en 1843, lieu où siégea l'assemblée nationale prussienne

L'assemblée nationale prussienne (Preußische Nationalversammlung en allemand) est la première assemblée élue du Royaume de Prusse, créée des suites de la révolution de mars. Sa tâche était la rédaction d'une constitution pour le royaume. Elle siégea du 22 mai 1848 à septembre de la même année à Berlin dans l'académie de chant derrière la Neue Wache puis de septembre à novembre au Preußisches Staatstheater Berlin (actuel Konzerthaus de Berlin) proche de la Gendarmenmarkt. Le 9 novembre 1848 le gouvernement déplaça l'assemblée vers Brandebourg-sur-la-Havel. Finalement elle fut dissoute par ordre royal le 5 décembre 1848. La constitution qui y fut écrite a certes été rejetée par le gouvernement, mais la constitution prussienne de décembre 1848 voulue par Frédéric-Guillaume IV de Prusse en reprit de nombreux articles.

Élections et missions de l'assemblée[modifier | modifier le code]

Ouverture du second parlement uni prussien en 1848

Le but poursuivi par Frédéric-Guillaume IV et les membres du gouvernement de mars dirigé par Ludolf Camphausen en organisant des élections est de canaliser la révolution, par nature incontrôlable, afin de pouvoir l'orienter[1]. Il fut tout d'abord décidé de convoquer de nouveau le parlement uni prussien (Vereinigter Landtag) qui décida de constituer une assemblée nationale pour élaborer la constitution en accord avec roi. Cela exclut ainsi directement la possibilité pour le parlement d'imposer la constitution seul.

Les élections furent universelles, égalitaires et indirectes. Tous les hommes de 24 ans et plus et habitants depuis plus de 6 mois au même endroit et ne recevant pas d'aide à la pauvreté avaient le droit de vote. L'assiette électorale est donc particulièrement large, plus que dans les autres grands États allemands de l'époque. Les élections se déroulent le 1er mai 1848, en même temps que celles pour la constitution du parlement de Francfort. Les grands électeurs votèrent par la suite le 8 et 10 mai pour constituer le parlement, qui commença à siéger le 22[2].

Constitution de l'assemblée[modifier | modifier le code]

Membres de l'assemblée nationale de 1848[3]
Catégorie Nombre
Fonctionnaires 73
Profession judiciaire (sans les avocats) 87
Enseignants 26
Fonctionnaires (au sens large) (total) 186
Ecclésiastes 51
Profession libérale (dont avocats) 17
Bourgeois (commerçants, industriels) 39
Propriétaires terriens 73
Artisans 18
Divers 11
total 395

Les membres de l'assemblée nationale prussienne étaient assez différents de ceux du Parlement de Francfort. Les professeurs et juristes étaient peu présents à Berlin, quant aux journalistes et écrivains ils étaient complètement absents. Par contre, les artisans et fermiers, au nombre de 46, et les grands propriétaires terriens, au nombre de 27, étaient bien représentés. Il y avait également plus de juges. Comme à Francfort à l'inverse la plupart étaient fonctionnaires au sens large[3].

L'assemblée nationale prussienne est globalement moins sous l'influence de la bourgeoisie et plus sous celle des classes moyennes que celle de Francfort. Cela était en partie dû au fait que les célébrités locales étaient envoyées principalement au Parlement de Francfort. Les députés prussiens étaient en comparaison proches du peuple[3],[4].

Constitution de groupes parlementaires[modifier | modifier le code]

Députés du parlement uni prussien, de l'assemblée nationale prussienne et du parlement de Francfort[5]

Comme à Francfort des groupes parlementaires se formèrent rapidement sans qu'on puisse réellement parler de partis. Le premier sujet de discorde concerne le fait que le jour de l'ouverture de l'assemblée nationale, les députés devaient se rendre à pied au château royal. Si les conservateurs et les libéraux n'y voyaient pas de problème, les démocrates y étaient formellement opposés. Ainsi Jodocus Temme déclara : « Les députés ont été élus en tant que représentants du peuple prussiens, et non en tant que serviteurs du monarque. Par respect pour son peuple et par extension pour ses représentants, il serait de bon ton que le Prince se déplace devant les représentants du peuple et non que ces derniers aillent à la cour[c 1],[6]. »

Les factions étaient mouvantes et non-officielles, il est donc difficile de les déterminer avec précision. L'assemblée nationale prussienne était globalement plus radicale et positionnée plus à gauche que son pendant de Francfort. Les conservateurs de l'entourage des frères Gerlach et de leur journal le Kreuzzeitung n'étaient pour ainsi dire pas présents. La droite était donc constituée d'ancien libéraux prussiens, soutenant la mise en place d'une monarchie constitutionnelle. Elle siégeait dans l'opposition durant la période de la Vormärz et au parlement uni prussien. Parmi eux on peut citer les bourgeois rhénans tel Camphausen et Hansemann, les junker et les catholiques de Westphalie comme Johann Friedrich Joseph Sommer. La fraction francfortoise la plus proche de ce groupe était la fraction casino. La droite se divisa en deux avec la formation de la fraction Harkort qui garda cependant le même cap politique[3].

Groupes parlementaires dans l'assemblée nationale de 1848[7]
Nom Nombre de membres
Droite 120
Fraction Harkort 30
Centre-droit 40
Centre-gauche 90
Gauche 120
total 400

Le centre-droit était constitué des libéraux-démocrates, défenseur du constitutionnalisme mais avec une forte composante parlementaire. Il était en cela proche de la Württemberger Hof de Francfort. Le centre gauche, semblable au Westendhall de Francfort, partageait des positions semblables à celle de la gauche et avait un rôle clé au parlement car uni à la gauche il permettait à celle-ci d'avoir la majorité[3].

La gauche était divisée en deux : une aile parlementaire et une aile républicaine plus radicale. La gauche prussienne était plus ouverte au compromis que celle de Francfort, constituée du Deutscher Hof et du Donnersberg. Elle avait par ailleurs une influence plus grande qu'à Francfort, quand bien même elle perdait les votes cruciaux[3].

Les personnalités les plus influentes du parlement étaient probablement Benedikt Waldeck et Jodocus Temme, tous deux de gauche, qui décidaient souvent de l'issue des négociations. Seul Karl Rodbertus, meneur du centre-gauche, leur faisait parfois de l'ombre[8],[7],[9].

Pétitions et influences extérieures[modifier | modifier le code]

Assemblée constituante siégeant dans l'académie de chant en 1848, gravure sur bois

Le parlement était influencé par des pétitions et différents groupes d'influence : la presse politique, des groupes d'intérêt. En août 1848, le parlement avait déjà reçu 6 000 pétitions. Un comité traitait spécialement les pétitions, mais leur nombre fit qu'il était continuellement débordé. Parmi les pétitions les problèmes agricoles étaient majoritaires avec, en juin 1848, une part de 60 % par exemple. Les questions concernant l'école et l'Église suivaient, ainsi que celles portant sur le commerce, l'industrie et les impôts[10].

Débat sur la reconnaissance de la révolution[modifier | modifier le code]

Dans les premières semaines, le parlement était surtout occupé avec des tâches de préparation comme sa constitution, ses ordres du jour. La dernière séance du mois de mai marqua le début des véritables débats politiques et a été menée par Ludolf Camphausen. Il y demandait la confiance du parlement pour son gouvernement en exigeant du roi une adresse propre, cela afin de présenter le gouvernement comme responsable pour le parlement. Cela impliquait également que son maintien en place dépendrait du bon vouloir du parlement. Ce débat divisa le parlement et créa un front d'opposition au gouvernement. Cet volonté d'être responsable pour le parlement attira la défiance du roi, qui avait peur que cela mène à l'empêcher de s'adresser directement au parlement en court-circuitant le gouvernement. Les ministres se trouvaient ainsi pris entre deux fronts avec l'opposition parlementaire d'une part et le roi et sa Kamarilla d'autre part[11].

Johann Friedrich Joseph Sommer

Le premier débat passionné au parlement fut déclenché par Julius Berends qui le 8 juin voulait reconnaître officiellement que les révolutionnaires du 18 et 19 mars avaient servi la patrie[12]. Il s'agissait de mettre en valeur la révolution et de s'opposer au gouvernement qui se présentait toujours comme étant dans la continuité de l'avant révolution. Cela revenait également à reconnaître le droit à la révolution et la souveraineté du peuple. Un opposant à cette mesure était Camphausen qui désignait la révolution du mot « événement »[c 2] et qui y voyait certes un élément déclencheur des changements mais qui considérait qu'elle ne pouvait à elle seule modifier profondément l'organisation de l'État. Quelques jours plus tard Sommer, député de droite, qualifia la mesure de (petite) « Präöcupation » (lire préoccupation), ce qui revint à jeter de l'huile sur le feu. Johann Jacoby tenta de jouer les médiateurs : il reconnut que le débat ne tombait pas à point nommé d'une part, mais d'autre part celui-ci étant ouvert il convenait de le clore avec une prise de décision claire. Il appela à la reconnaissance pour apaiser les révolutionnaires : « Pour la vérité, pour le calme dans le pays, nous devons prendre la décision de reconnaître la révolution et toutes ses conséquences[c 3],[13] » Pour trouver une sortie au conflit. Zachariä proposa de revenir à l'ordre du jour et de ne rien décider. Le vote de cette proposition fut approuvé par 196 voix pour, 177 étant contre. L'importante question de savoir si le parlement se trouvait dans la continuité de l'avant-révolution ou en été un produit avait donc été esquivée[14].

Relation avec le parlement de Francfort[modifier | modifier le code]

La question de la nature des relations liant l'assemblée nationale prussienne au parlement de Francfort était apparue très tôt avec la décision de ce dernier de créer le pouvoir central provisoire et un régent impérial sans avoir obtenu auparavant l'accord des différents souverains des États allemands. Le 7 juillet 1848 Johann Jacoby critiqua cette décision d'instituer un administrateur qui n'était pas responsable devant le parlement de Francfort, tout en concédant que c'était dans les droits de cette assemblée. Le gouvernement Camphausen avait une position totalement inverse[15].

Johann Jacoby

La droite et quelques démocrates comme Waldeck ou Jacoby étaient favorables à une Prusse meneuse en Allemagne et critiquaient le roi pour ses positions prudentes. Ils craignaient une hégémonie des Habsbourg en Allemagne. La gauche critiquait de son côté la décision de Francfort de nommer un administrateur non responsable devant le parlement en la personne de l'archiduc Jean-Baptiste d'Autriche. Ils y voyaient l'instauration d'un empire héréditaire dirigé par les Habsbourg par des moyens détournés. Waldeck déclara ainsi : « L'épée, que nous avons si longtemps maniée de manière victorieuse pour l'Allemagne, nous voulons bien la remettre à l'assemblée nationale, voire à l'administration centrale allemande (...) Mais à un administrateur, qui pourrait déclarer la guerre à des fins personnelles, à lui nous ne voulons lui confier l'épée de Frédéric le Grand[c 4],[16] » L'assemblée nationale prussienne ne montrait que peu d'intérêt pour la volonté du Parlement de Francfort de créer un État-nation allemand. Par exemple, lorsque le gouvernement prussien de la guerre refusa que l'armée prussienne rende hommage à l'administrateur du Reich, comme demandé par le ministre de la guerre allemand, le parlement émit une critique très modérée. Une autre preuve du peu de confiance qu'avaient les membres de l'assemblée prussienne pour les francfortois est que lorsque ces derniers appelèrent de l'aide pour contenir les soulèvements de septembre, l'assemblée prussienne se montra très critique. Waldeck exigea également que le gouvernement central n'ait un droit d'ingérence dans les États allemands qu'après l'accord des parlements locaux. Le député à Francfort de Prusse, Jodocus Temme abonda dans le même sens en se demandant si l'on s'était battu pour la liberté pour la remettre dans les mains du parlement de Francfort[c 5],[17]. Ce genre de déclarations envenima les relations entre les deux parlements[18].

Chute du gouvernement de Camphausen[modifier | modifier le code]

Caricature de l'époque : Défense héroïque de l'arsenal

L'assaut de l'arsenal de Berlin mit en danger les séances de l'assemblée nationale prussienne. Le jour suivant, le 15 juin 1848 le commandant de la milice berlinoise dut concéder qu'il n'était pas en mesure d'assurer la protection de l'assemblée. Il envoya certes des bataillons afin de protéger l'académie de chant, mais Camphausen était de l'avis que cela ne serait pas suffisant. Il devint donc question de faire intervenir l'armée, qui s'était retirée de la ville depuis les événements de mars. Au parlement Leberecht Uhlich proposa de refuser à de l'aide armée et de se placer sous la protection du peuple berlinois. Cette proposition fut facilement approuvée ce qui constitua un échec cinglant pour Camphausen. Presque au même moment le gouvernement rencontra également des problèmes avec son projet de constitution : le roi, conservateur, l'avait en effet qualifiée de « travail misérable »[c 6]. Camphausen refusa la proposition de Waldeck de former une commission constitutionnelle, elle fut cependant approuvée par le parlement à 188 voix contre 142. La tentative du ministre-président pour se rallier les fractions du centre se solda également par un échec. Après que Hansemann ait présenté sa démission, Camphausen décida à son tour de se retirer. Son successeur fut Rudolf von Auerswald[19].

Débat autour de la constitution et charte Waldeck[modifier | modifier le code]

Article détaillé : charte Waldeck.

La tâche du parlement était à l'origine l'écriture d'une constitution en accord avec le roi. Une ébauche écrite par les libéraux du nouveau gouvernement de mars réussit à obtenir l'accord du roi avec plus ou moins de difficulté. On vit également l'ascension politique de David Hansemann. L'ébauche de constitution reprenait les grandes lignes de la constitution belge de 1831, qui était une des plus libérales et des plus moderne de l'époque. Les libéraux rhénans en avaient été particulièrement inspirés[12],[20],[21],[22].

Cette ébauche contenait la plupart des droits : égalité devant la loi, liberté personnelle, citoyenneté pour tous indépendamment de la religion, liberté de la presse légèrement restreinte, droit de pétition et secret des correspondances. Seul le droit de réunion restait fortement encadré. Le seul sujet de polémique était le pouvoir important accordé au roi. Il conservait en effet le droit de nommer le personnel de l'armée et de l'administration. Il avait le droit d'éditer des décrets, le pouvoir de décision en matière de guerre. Par ailleurs il disposait d'un droit de véto assez critiqué. Le système parlementaire bicaméral était également source de conflit. Il était également prévu que le roi, les militaires, les fonctionnaires prêtent serment sur la constitution. Le parlement devait être responsable du budget. Par ailleurs une immunité et des indemnités parlementaires devaient être mises en place[23].

David Hansemann en 1848

Si cette ébauche avait le potentiel de faire consensus, la majorité voulait également apporter quelques mises au point. La droit s'accrocher au principe de monarchie constitutionnelle et donc de consensus avec la couronne, l'assemblée décida sur le modèle du parlement de Francfort de proclamer la « souveraineté du peuple » et la rupture avec le passé qu'à provoquer la révolution de mars. Selon Sommer, député du centre-droit, il s'agissait là de la véritable pomme de discorde entre la droite et la gauche. Sommer dit à sa femme le 26 mai 1848 que Temme, von Kirchmann et Waldeck, lors des réunions du club constitutionnel pensaient que la révolution avait de droit mis fin à la monarchie et qu'elle n'était plus que tolérée jusqu'à la rédaction d'une constitution par le peuple. Pour lui il était indispensable de trancher : écrivait-on la constitution en accord avec le roi ou devait-elle être exclusivement le fruit de négociation entre partis[c 7],[24].

Les démocrates reprochaient notamment à l'ébauche de constitution du 22 mai 1848 rédigée par le roi, qu'elle avait négocié directement par le gouvernement, l'assemblée n'avait jamais pris part aux discussions. Ils décidèrent donc de proposer une autre constitution, connue sous le nom de « Charte Waldeck ». Cependant, ils découvrirent que l'assemblée nationale prussienne était bien moins ancrée à gauche qu'ils ne le pensaient. Le vote du 16 octobre 1848 rejeta la proposition d'imposer la constitution sans l'accord du roi par 226 voix contre 110[12],[20],[21],[22].

La gauche ne parvint pas à convaincre de transformer le système parlementaire en système monocaméral. À l'inverse elle remporta un succès en empêchant que la première chambre ne soit constituée exclusivement de membres de la noblesse. À la place la charte Waldeck mettait l'accent sur la profession des membres, elle prévoyait notamment que des représentants des communes prennent part à l'assemblée. Une réforme concernant l'organisation administrative fut également votée, elle créa trois niveau distincts : la Gemeinde (commune), le Kreis (arrondissement) et le Bezirk (district)[12],[20],[21],[22].

Les droits fondamentaux furent également élargis par rapport à ceux prévus dans l'ébauche de constitution proposée par le gouvernement. La liberté de la presse était ainsi bien moins restreinte. Par ailleurs, l'assemblée nationale décida sur proposition de Waldeck la création d'une sorte d'Habeas corpus[12],[20],[21],[22].

Émeute devant l'habitat du ministre-président von Auerswald en août 1848

Mais la principale différence entre les deux réformes concernait la structure du pouvoir. Ainsi au niveau des armées, à côté des troupes régulières et de la Landwehr la charte prévoyait la création d'une « armée du peuple ». Cependant ce point ne put être imposé par les démocrates face aux libéraux. Seule une loi sur une armée de citoyens, très allégée, fut votée par ces derniers. Le parlement voulait également avoir le droit à la parole sur les questions de politique étrangère. Le véto absolu du monarque devait aussi être remplacé par un véto suspensif. Par ailleurs, de nombreux articles démontaient le système féodal et renforçaient le pouvoir de contrôle du parlement, en lui permettant de former des commissions d'enquête contre le gouvernement[12],[20],[21],[22].

La charte Waldeck s'attaquait donc directement aux pouvoirs royaux les plus fondamentaux. Cela a eu pour effet inattendu de faire enfler l'agitation anti-révolutionnaire des milieux conservateurs et les incita à esquisser des plans de plus en plus précis de contre-révolution. Le roi était également de plus en plus irrité par les révolutionnaires : les pertes des privilèges de la noblesse et celle de la mention de « droit divin » étant les plus dures à accepter pour lui[12],[20],[21],[22].

La charte prévoyait enfin l'organisation d'élections égalitaires à bulletins secrets pour élire les deux chambres du parlement. Les juges devaient devenir « indépendants, soumis à la seule autorité de la loi[c 8] », et le système judiciaire en son ensemble réformé. Le budget était également du ressort du parlement[12],[20],[22],[21].

La contre-révolution[modifier | modifier le code]

La méfiance de l'assemblée nationale prussienne pour celle de Francfort venait aussi du fait que cette dernière avait peu réagi à la menace de contre-révolution qui se dessinait à Vienne quand la ville fut reprise par la violence[22],[25].

Dissolution de l'assemblée nationale

À Berlin les débats sur la constitution suivaient leur cours à l'assemblée nationale, mais en même temps les choses s'accéléraient en dehors et commençaient à jouer un rôle important. Plus qu'à Francfort, l'assemblée prussienne essaya de remettre en question la mainmise du roi sur l'armée. L'événement déclencheur de la contre-révolution fut une manifestation violemment réprimée à Schweidnitz. Sur proposition de Julius Stein, le parlement décida avec une large majorité de faire parvenir au ministre de la guerre un arrêté stipulant que tout officier s'en tiennent à la constitution et leur interdisant tout mouvement réactionnaire. Les officiers dissident devaient être démis de leur fonction[26],[22],[25].

Cette décision provoqua une violente polémique au sein du parlement, la droite et le centre-droit y étant fermement opposés. Le ministre de la guerre refusant de signer le décret, cela mena à la perte le gouvernement mené par von Auerswald et Hansemann. Leurs démissions démontraient le pouvoir décision parlementaire, mais renforçaient en même temps la contre-révolution. En septembre, le roi avait déjà planifié les opérations qui allaient se dérouler les mois suivant[27],[22],[25].

Le 12 octobre, l'assemblée supprima la mention « de droit divin » des attributs du roi, cela provoqua un fort gain d'influence de la Kamarilla menée par les frères Ernst et Ludwig Gerlach auprès du roi. Ils le poussaient à entamer le combat contre l'assemblée nationale. La démission du gouvernement donna l'occasion au roi de porter l'estocade : le 13 septembre il nomme le général von Wrangel au poste de « commandant suprême » (Oberkommandierenden) afin de mener la contre-révolution. Le nouveau gouvernement mené par le général Ernst von Pfuel resta de son côté impuissant politiquement[22],[25].

Le mois d'octobre vit une recrudescence des émeutes à Berlin et en Prusse. Le 16, des combats de barricades éclatèrent dans la capitale entre ouvriers et artisans servant dans l'armée de citoyen (Bürgerwehr). Un contre-parlement fut créé, le second Demokratenkongress (congrès démocrate). Par ailleurs les nouvelles de la défaite de la révolution à Vienne arrivaient également. La proposition de l'assemblée de soutenir les révolutionnaires autrichiens fut également un échec[22],[25].

Frédéric-Guillaume IV en 1847

Lors de cette phase décisive pour la survie de l'assemblée, celle-ci était très divisée sur le chemin à prendre, notamment vis-à-vis des émeutiers décédés dans le soulèvement. Sommer écrivit à sa femme que la gauche avait inhumé avec les honneurs les morts des deux camps dans une tombe financée par l'État et exigeait le soutien des familles des victimes toujours au frais de la communauté. Waldeck aurait voulu la réconciliation du peuple. Sommer au contraire considèrent que les ouvriers s'étaient livré à des excès de violence, rappelant la période de la terreur contre les bon citoyens[c 9],[28]. Alors que la gauche pensait contrôler le parlement, ce type de déclaration montre que les libéraux droit voulaient avant tout rétablir le « le calme et l'ordre »[c 10], en soutenant le roi et les militaires au besoin[22],[25].

Ces émeutes permettaient de légitimer la contre-révolution, ainsi le 1er novembre le roi nomma un nouveau gouvernement anti-révolutionnaire mené par le ministre-président von Brandenburg. Le 9 novembre le siège du parlement fut déplacé dans la ville de Brandebourg. L'assemblée considérait cette décision comme illégale et poursuivit ses débats. Cependant la milice citoyenne refusa du fait de protéger le parlement, celui-ci se retrouva dépourvu de force armée. Les députés décidèrent donc de commencer une résistance passive et appelèrent à la désobéissance civile. Ceci ouvrit la porte au gouvernement pour imposer l'état de siège et la loi martiale, dissoudre la milice citoyenne, interdire les partis et pour restreindre la liberté de la presse et de rassemblement. Finalement les militaires firent évacuer l'hémicycle, des députés comme Waldeck ne pouvaient alors plus que protester en vain: « Prenez vos baïonnettes et achevez nous! Celui qui quitte cette salle est un traître à la patrie »[c 11],[22],[29],[25].

Dissolution du parlement et constitution[modifier | modifier le code]

L'appel à la désobéissance civile ne fut suivi que par quelques domaines et villes, la plupart aspiraient alors au calme et à l'ordre. À Brandebourg, seul un parlement croupion siégea, la plupart des membres de la gauche ne voulant pas participer à cette farce. Les séances ne durèrent que quelques jours, le roi décidant le 5 décembre 1848 de manière unilatérale de donner une constitution à la Prusse et de dissoudre le parlement. Cette constitution « octroyée »[c 12], reprenant les grandes lignes de la charte Waldeck, ne satisfit que les libéraux modérés. Le droit de vote universel et égalitaire fut donc retenu. Les articles concernant les décrets royaux démontraient clairement toutefois que des modifications avaient été apportées afin de renforcer le pouvoir royal. La constitution institua également un véto suspensif pour le souverain. Le caractère divin du roi était également rétabli[30]. Les démocrates et Waldeck jugeaient cette constitution illégale et y étaient fermement opposés, alors que les conservateurs critiquèrent amèrement ce qu'ils considéraient comme une concession à l'esprit du temps, seuls les libéraux s'en accommodaient sans difficulté. Parmi le centre, l'espoir était qu'un monarque indépendant dans un système constitutionnel permette de mieux protéger l'ordre social établi qu'un système purement parlementaire[31],[32].

Franz Leo Benedikt Waldeck à Kerker en 1849

La manière de procéder du gouvernement, jugée comme illégale, fut mal perçue par la population. Les élections législatives de 1849 pour élire la nouvelle seconde chambre virent une forte progression de la gauche. Dans les provinces de l'ouest, où dominaient auparavant les libéraux modérés la tendance est lourde. Dans les provinces de l'est les libéraux furent forcés de s'allier aux conservateurs, ensemble ils représentaient 46 % des voix, les démocrates à eux seul en réunissaient 44 %, le centre avec ses 8,5 % représentant la quatrième force[31],[32].

Cette chambre fut dissoute dès mai 1849 du fait qu'elle avait ratifié la constitution nationale promulguée par le parlement de Francfort. Le roi considéra en effet que ce faisant l'assemblée avait outrepassé ses fonctions. De nouvelles élections eurent donc lieu en juin. Le roi utilisant son droit de décret pour changer le système de vote universel par le système des trois classes : la population était divisée en trois catégories en fonction de leurs impôts, chaque catégorie recevait un tiers des représentants, l'influence des plus fortunés s'en trouvait démultipliée. Par réaction à cette décision la gauche démocratique ne prit pas part à ces élections, ni aux suivantes pendant l'ère réactionnaire. En Autriche la constitution promulguée par l'empereur de 1849 avait été retirée à peine un an plus tard, rétablissant l'absolutisme. En comparaison la Prusse avait gardé sa constitution et une monarchie constitutionnelle[31],[32].

Présidents[modifier | modifier le code]

Présidents de l'assemblée nationale
Nom Entrée en fonction Fin de la fonction
Theodor von Schön (doyen)[33] 22 mai 1848 26 mai 1848
Karl August Milde[34],[35] 26 mai 1848 25 juillet 1848
Wilhelm Grabow[36] 27 juillet 1848 26 octobre 1848
Hans Victor von Unruh[36] 28 octobre 1848 mai 1849

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Verhandlungen der Constituirenden Versammlung für Preussen, Leipzig,‎ 1848
  • (de) Klaus Herdepe, Die preußische Verfassungsfrage 1848, Neuried,‎ 2002
  • (de) Wolfram Siemann, Die Deutsche Revolution von 1848/49, Darmstadt,‎ 1997, p. 140–143, 170–175
  • (de) Heinrich August Winkler, Der lange Weg nach Westen. Deutsche Geschichte 1806–1933, Bonn,‎ 2002
  • (de) Hans-Ulrich Wehler, Deutsche Gesellschaftsgeschichte. Zweiter Band: Von der Reformära bis zur industriellen und politischen „Deutschen Doppelrevolution“ 1815–1848/49, Munich,‎ 1987, p. 752
  • (de) Wolfgang J. Mommsen, 1848. Die ungewollte Revolution. Die revolutionären Bewegungen in Europa 1830–1849, Francfort-sur-le-Main,‎ 1998
  • (de) Felix Feldmann, Die Preußische Nationalversammlung- Eine Chance für die deutsche Demokratie?, Warendorf,‎ 2007
  • (de) Hagen Schulze, Der Weg zum Nationalstaat. Die deutsche Nationalbewegung vom 18. Jahrhundert bis zur Reichsgründung, Munich,‎ 1985
  • (de) Wilfried Reininghaus et Axel Eilts, Für Freiheit und Recht. Westfalen und Lippe in der Revolution 1848/49, Münster (ISBN 3-402-05382-9), « Fünfzehn Revolutionsmonate. Die Provinz Westfalen vom März 1848 bis Mai 1849 »
  • (de) Clemens Plassmann et Heinrich Sommer, Heinrich Sommer. 1841–1863, Krefeld,‎ 1951

Liens externes[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

  1. « Repräsentanten des preußischen Volkes und nicht als Diener eines Monarchen gewählt seien. Es sei überall Recht des Volkes und daher parlamentarischer Brauch, dass der Fürst sich zu den Vertretern des Volkes in ihr Sitzungslokal begebe, nicht umgekehrt sie bei ihm zu Hofe kämen »
  2. « Begebenheit »
  3. « Um der Wahrheit willen, um der Ruhe des Landes willen, müssen wir dieser Partei entschieden entgegen treten: (…) durch volle Anerkennung der Revolution in allen ihren Folgen »
  4. « Wir wollen das Schwert, das wir so lange siegreich für Deutschland geführt haben, gern in den Schoß der Nationalversammlung niederlegen, gern dem Zentraloberhaupt Deutschlands übergeben (…) Aber einem Reichsverweser, der für seinen Kopf den Krieg erklären könnte, dem wollen wir das Schwert Friedrich des Großen nicht anvertrauen »
  5. « Wir haben die Freiheit, die wir erfochten, nicht erkämpft, um sie an ein Parlament in Frankfurt am Main wieder wegzuwerfen »
  6. « elendes Machwerk »
  7. « Temme, von Kirchmann und Waldeck hatten in den früheren Versammlungen des konstitutionellen Clubs [die etwas widersprüchliche zeitgenössische Bezeichnung der demokratischen Linken] die Ansicht verfochten, dass das Königtum durch die Revolution de jure erloschen, bis zur Vollendung der Verfassung vom Volke nur noch toleriert sei, erst durch die Verfassung vom Volke hergestellt werde. Diese Fahne griffen wir [die Rechten] auf, wir brachten die Frage zur Verhandlung, ob wir zur Vereinbarung einer Verfassung entsandt, wo also zwei selbstständige Parteien gegenüber stehen, mit eigenen Rechten, oder ob die Krone erst durch Einigung mit uns legal wieder Rechte erlange »
  8. « unabhängig, keiner anderen Autorität als dem Gesetz unterworfen »
  9. « Die Linke „hatte feierliche Bestattung der Toten beider Parteien und ein Grab auf Staatskosten, ferner Unterstützung der Hinterbliebenen auf Staatskosten verlangt. Waldeck verlangte das in einer fulminanten Rede – in der er auf das erschreckliche Unglück, dass möglicherweise Wrangel hätte einrücken können, verwies, – als Beweis der Volksversöhnung. Sommer erhob sich mit einer fast mutigen Rede dagegen, indem er den bisherigen durch die ungerügten Excesse jener Arbeiter gegen die guten Bürger geübten Terrorismus beschrieb »
  10. « Ruhe und Ordnung »
  11. « Holen Sie ihre Bajonette und stechen Sie uns nieder! Ein Landesverräter, der diesen Saal verlässt. »
  12. « oktroyierte Verfassung »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Schulze 1985, p. 9-48
  2. Siemann 1997, p. 87
  3. a, b, c, d, e et f Siemann 1997, p. 140
  4. Wehler 1987, p. 752
  5. De gauche à droite: Carl Mittermaier, David Hansemann, Maximilian von Schwerin-Putzar, Rudolf von Auerswald, Franz Leo Benedikt Waldeck, Friedrich Römer, Friedrich Christoph Dahlmann, Ludolf Camphausen, Hermann von Beckerath, Hermann Schulze-Delitzsch, Carl Theodor Welcker
  6. Reininghaus Eilts, p. 49
  7. a et b Siemann 1997, p. 141
  8. Mommsen 1998, p. 251
  9. Plassmann et Sommer 1951, p. 89
  10. Herdepe 2002, p. 246-255
  11. Herdepe 2002, p. 216-218
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