Première guerre de Schleswig

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Première guerre de Schleswig
Soldats danois revenant dans Copenhague en 1849
Soldats danois revenant dans Copenhague en 1849
Informations générales
Date Mars 1848 à 1851
Lieu Duché de Schleswig, Duché de Holstein
Issue
Changements territoriaux traité de Londres de 1852
Belligérants
Drapeau de la Confédération germanique Confédération germanique (menée par la Prusse) Drapeau du Danemark Danemark
Pertes
+1 284 tués, 4 675 blessés +2 128 tués, +5 797 blessés

La Première guerre de Schleswig ou Première guerre prusso-danoise est un conflit qui oppose la Confédération germanique au Danemark du mois de mars 1848 jusqu'en 1851. L'armistice de Malmö signé le 26 août 1848 marque un premier cessez-le-feu dans le conflit. Mais la trêve est rompue par le Danemark le 10 juillet 1849. La paix est signée à Berlin le 2 juillet 1850. Un mois plus tard, le protocole de Londres est signé, qui réhabilite les distinctions entre les duchés et le Danemark. Un deuxième protocole est signé à Londres en 1852, qui accorde la succession des Duchés au royaume du Danemark et garantit l'autonomie de ceux-ci.

Contexte[modifier | modifier le code]

Carte des modifications territoriales

Les duchés de Holstein, de Saxe-Lauenbourg et de Schleswig sont tous trois des duchés surtout agricoles, sous la coupe du roi du Danemark. Le traité de Ribe datant du XVe siècle empêche leur fusion ce qui entraîne avec le temps quelques disparités entre les différents duchés. Ainsi les deux premiers font partie de la confédération germanique, tandis que le Schleswig non. Les règles de succession sont généralement les mêmes dans les trois duchés et au Danemark, toutefois dans les duchés la loi salique s'applique empêchant la transmission par les femmes. Dans les années 1840, le prince héritier du Danemark, le futur Frédéric VII est toujours sans descendance, l'éventualité d'une séparation de la couronne du Danemark de ses duchés devient probable. Pour éviter cela, le roi du Danemark Christian VIII rédige la « lettre ouverte » (Offenen Brief) en 1846, qui contourne la loi salique pour réaffirmer les droits du Danemark sur les duchés. Cela évince la maison allemande de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg, héritière des duchés et crée un mouvement de patriotisme parmi les nationalistes allemands[1].

En effet, depuis l'époque napoléonienne le nationalisme et le libéralisme montent en Europe. Les duchés ne font pas exception. Les concepts de patrie et de peuple ont remplacé les questions dynastique. Les privilèges et un souverain de droit divin sont quant à eux mal acceptés par les libéraux. En Schleswig, l'allemand est alors la langue du droit et de l'élite. Les danois n'acceptent plus cette situation, qui est donc tendue[2].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 20 janvier 1848, peu après sa montée sur le trône, Frédéric VII publie une nouvelle constitution pour le Danemark qui prévoit l'annexion des trois duchés. Cela ne laisse pas indifférent le ministre des affaires étrangères prussien Armin-Suckow qui presse son roi d'intervenir. Le 21 mars 1848, le nouveau gouvernement danois annexe le Schleswig. Provoqués par les mouvements nationaux de 1848, les Allemands des duchés s'insurgent et forment un gouvernement provisoire. Le roi du Danemark n'est pas officiellement détrôné, mais le gouvernement lui retire ses fonctions. Le Bundestag reconnaît le nouveau gouvernement, les élections du parlement de Francfort ont donc aussi lieu dans le duché de Schleswig. Appelé par le gouvernement, les troupes prussiennes, alliées à quelques autres États allemands, et sous mandat de la confédération germanique, occupent le 23 avril en Schleswig[1],[3].

Fin mai, les troupes prussiennes se retirent plus au sud après négociations avec les Britanniques. Le parlement de Francfort proteste contre cette décision non concertée. La Russie, pour des raisons de stratégies maritimes, se range également du côté danois. Il s'agit, tout comme les Anglais de protéger le Bosphore du nord contre une domination allemande. Les Anglais souhaitent maintenir les Russes à l'écart et parvenir à une solution pacifique[3].

Un cessez-le-feu unilatéral de la Prusse, l'armistice de Malmö, est signé le 26 août sous la pression russe et britannique. Tout d'abord refusé par le parlement de Francfort, chargé de l'unification de l'Allemagne, ce dernier est confronté à son absence de moyens afin de continuer la guerre et finit par entériner le traité le 16 septembre[1].

Mais la trêve est rompue par le Danemark le 10 juillet 1849. La paix est signée à Berlin le 2 juillet 1850. Un mois plus tard, le protocole de Londres est signé, qui réhabilite les distinctions entre les duchés et le Danemark[4]. Un deuxième protocole est signé à Londres en 1852, qui accorde la succession des Duchés au royaume du Danemark et garantit l'autonomie de ceux-ci. Cependant le nationalisme allemand fait pression pour l'entrée des Duchés dans la Confédération[2].

Causes de l'armistice de Malmö[modifier | modifier le code]

Il est souvent admis que l'armistice de Malmö a été provoqué par les interventions extérieures : c'est-à-dire des pressions diplomatiques venant de la Grande-Bretagne et de la Russie[5]. Des manœuvres navales ont eu lieu côté britannique dans la Mer du Nord, tandis que les Russes en font de même à terre proche de la frontière prussienne[2]. Frédéric-Guillaume IV aurait alors dû céder, pour éviter la guerre. A.J.P. Taylor remet en cause cette description du déroulement des événements. Il explique que Lord Palmerston a certes appelé à la paix, mais ne s'est montré que très vague. Il a sans cesse écrit à la diplomatie prussienne, que la Russie finirait par les menacer, or ceux-ci n'en on rien fait. La France n'a elle non plus pas menacée la Prusse. Bien plus, Frédéric-Guillaume n'avait pas envie d'affronter le désaveu du Tsar. Taylor désigne la peur de la guerre comme une peur d'enfant complètement injustifiée[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Article détaillé : guerre des Duchés.

Le problème de succession n'étant pas définitivement réglé, à la mort de Christian VIII le 15 novembre 1863, Christian von Glücksbourg, devenu Christian IX, promulgue une nouvelle constitution afin de conserver les deux duchés en contradiction avec le traité de Londres de 1852. La confédération germanique s'y oppose fermement et décide le 7 décembre d'envahir le Holstein. La guerre des Duchés, ou seconde guerre de Schleswig est alors déclenchée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Clark 2008, p. 562
  2. a, b et c (de) Wolfgang Zank, « In Gottes Namen Drauf! », die Zeit, no 6,‎ 30 janvier 2014, p. 17
  3. a et b Nipperdey 1994, p. 624
  4. Langewiesche 1983, p. 212
  5. Gall 1998, p. 16
  6. Langewiesche 1983, p. 200-204

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Christopher Clark, Iron kingdom, The rise and fall of Prussia, 1600-1947, Munich, Pantheon,‎ 2008 (ISBN 978-3-570-55060-1), « Der Deutsch-Dänische Krieg », p. 598-606, édition allemande utilisée pour la pagination des sources.
  • (de) Lothar Gall, 1848, Aufbruch zur Freiheit, Berlin, Nicolaische Verlag,‎ 1998 (ISBN 3-87584-677-X)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (de) Dieter Langewiesche (dir.), Die deutsche Révolution von 1848/1849, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, coll. « Wege der Forschung »,‎ 1983 (ISBN 3-534-08404-7)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (de) Thomas Nipperdey, Deutsche Geschichte 1800-1866. Bürgerwelt und starker Staat, Munich, C. H. Beck,‎ 1994 (ISBN 3-406-09354-X)Document utilisé pour la rédaction de l’article