Bidonville

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Bidonville à Manille aux Philippines.
Bidonville à Jakarta en Indonésie.

Un bidonville, comme défini par le Programme des Nations unies pour les établissements humains, est la partie défavorisée d'une ville caractérisée par des logements très insalubres, une grande pauvreté et sans aucun droit ou sécurité foncière. D'après les Nations unies, le pourcentage de citadins qui vit dans des bidonvilles est passé de 47 à 37 % dans les pays en voie de développement entre 1990 et 2005[1]. Cependant, à cause de l'accroissement de la population mondiale et surtout de la population urbaine, le nombre d'habitant des bidonvilles est en augmentation. Un milliard de personnes sur la planète vivaient dans des bidonvilles en 2008[2] et les prévisions sont de deux milliards pour 2030[3].

Définition[modifier | modifier le code]

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le mot « bidonville » a été employé pour la première fois par un médecin en 1931 dans la Voix du Tunisien à propos d'habitats précaires à Tunis[4] pour désigner littéralement des « maisons en bidons », c'est-à-dire un ensemble d'habitations construites par des travailleurs installés dans la ville, avec des matériaux de récupération. Ce mot a progressivement pris une signification plus large pour rejoindre les termes anglais shanty town et slum. Ce dernier a été forgé au début du XIXe siècle, probablement par l'écrivain James Hardy Vaux pour décrire les taudis de Dublin[5], mais signifiait davantage « racket » ou « commerce criminel » à l'époque ; shanty town signifie littéralement « quartier/ville de taudis ».

D'autres noms existent, propres à chaque langue, voire à chaque pays ou chaque ville. On trouve ainsi les « bidonvilles » dans les pays francophones, mais pas seulement comme le montre l'exemple des mapane ou matiti au Gabon. Il existe une grande variété de noms locaux : les gecekondus en Turquie, les favelas au Brésil, les Musseques en Angola, Jhugi ou Bustee en Inde, Kachi abadi au Pakistan, Slum, Kijiji ou Korogocho au Kenya, Mudduku au Sri Lanka, Imijondolo/Township en Afrique du Sud, Karyane et Brarek au Maroc, Bairro de Lata au Portugal, Lušnynai en Lituanie ou encore Kartonsko naselje en Serbie. Dans les pays hispanophones, on trouve Barrio en République dominicaine, Ranchos au Venezuela, Asentamientos au Guatemala, Cantegriles en Uruguay, Ciudades perdidas ou Colonias (mais ce terme peut aussi s'appliquer à des quartiers chics) au Mexique, Invasiones en Équateur et Colombie, Poblaciones Callampas, Poblas ou Campamentos au Chili, Chacarita au Paraguay, Chabolas en Espagne, Pueblos jóvenes ou Barriadas au Pérou, Villas miseria en Argentine ou Precario/Tugurio au Costa Rica.

Définitions successives[modifier | modifier le code]

Les premières définitions des bidonvilles remontent au XIXe siècle, en particulier sous l'impulsion du chercheur et philanthrope britannique Charles Booth, auteur de Life and Labour of the People of London. Le bidonville y est vu comme « un amalgame de conditions de logement sordides, de surpeuplement, de maladie, de pauvreté et de vice »[6], incluant ainsi une dimension morale. Dans The slums of Baltimore, Chicago, New York and Philadelphia de 1894, les slums sont définis comme des « zones de ruelles sales, notamment lorsqu'elles sont habitées par une population de misérables et de criminels »[7]. Cette dimension morale va diminuer au cours du XXe siècle, en réalisant que les habitants des bidonvilles sont plus souvent victimes que générateurs de la criminalité.

Il n'y a pas actuellement de « définition universelle » des bidonvilles. Chaque pays, voire chaque ville utilise une définition différente, avec des critères adaptés à la situation locale. Une définition très simple telle que proposée par l'UN-Habitat est :

« Une zone urbaine très densément peuplée, caractérisée par un habitat inférieur aux normes et misérable. »[8]

Cette définition inclut les éléments de base de la plupart des bidonvilles : surpeuplement, habitat de mauvaise qualité, et pauvreté. Mais face aux diverses définitions générales, l'UN-Habitat a eu besoin d'une définition opérationnelle, utilisable par exemple pour recenser le nombre d'habitants des bidonvilles ; elle a donc recensé les caractéristiques communes des bidonvilles, d'après les définitions existantes[9] :

  1. Manque des services de base : principalement l'accès à l'eau potable et l'assainissement (toilettes et latrines), mais aussi électricité, gestion des déchets, éclairage et pavage des rues...
  2. Habitat non conforme aux normes : non seulement les habitations peuvent ne pas être conformes aux normes municipales et nationales de construction (mauvais matériaux de construction), mais elles peuvent se situer à un emplacement illégal.
  3. Surpeuplement / hautes densités : les maisons peuvent être occupées par plusieurs familles ; plusieurs personnes peuvent partager la même pièce pour dormir, manger, voire travailler.
  4. Conditions de vie malsaines et / ou dangereuses : l'absence d'assainissement entraine une plus grande propagation de maladies ; les maisons sont parfois bâties sur des terrains inondables, pollués ou sujets aux glissements de terrain.
  5. Précarité du logement : cette caractéristique est souvent centrale. Elle prend en compte le fait que les occupants des bidonvilles n'ont souvent pas de contrat de location ou de titre de propriété, et que certains quartiers soient construits sur des zones à l'origine non habitables.
  6. Pauvreté et exclusion sociale : sans être une caractéristique inhérente aux bidonvilles (les pauvres habitent aussi en dehors des bidonvilles, et ceux-ci n'abritent pas que des pauvres), la pauvreté en est une cause et souvent une conséquence.
  7. Taille minimale : pour qu'une zone soit considérée comme un bidonville et non comme un simple taudis, elle doit comporter plus d'habitations qu'un simple campement. Les seuils courants sont de l'ordre de 700 m2 (Calcutta) ou 300 personnes / 60 foyers (législation fédérale indienne).

Afin de pouvoir effectuer un recensement global, l'UN-Habitat a ainsi retenu une définition opérationnelle, adoptée officiellement au sommet des Nations unies de Nairobi en 2002. Elle s'en tient aux dimensions physiques et légales des implantations, et laisse de côté les dimensions sociales, plus difficile à quantifier. Les critères retenus sont :

« l'accès inadéquat à l'eau potable, l'accès inadéquat à l'assainissement et aux autres infrastructures, la mauvaise qualité des logements, le surpeuplement, et le statut précaire de la résidence. »[9]

Un « bidonville », au sens des Nations unies, est donc une zone urbaine présentant certains de ces aspects. Des seuils ont été définis, comme 20 litres d'eau potable par jour et par personne provenant d'une source « améliorée », ou une surface minimale de 5 m2 par personne ; sur le terrain, ces seuils sont toutefois adaptés à la situation.

Généralités[modifier | modifier le code]

Bidonville à Delhi (en 1973)

Selon un rapport sur l’urbanisation mondiale durable, du Worldwatch institute (ONG, organisme de recherche indépendante), alors que la part de l'argent consacrée au logement ou au loyer ne cesse d'augmenter, plus de la moitié des 1,1 milliard de personnes censées s’ajouter à la population mondiale d’ici 2030 (environ 70 millions de personnes supplémentaires par an pour les années 2000) pourrait vivre dans des bidonvilles si l'on ne reconsidère pas les priorités de développement global.
Selon un rapport des Nations unies de juin 2006, près d'un citadin sur trois habite déjà dans un bidonville[10]. En Afrique, la croissance de ces quartiers précaires atteint 4,5 % par an[11]. Dans les pays développés, 6,4 % de la population totale vit dans des bidonvilles ou des taudis[12].

Les bidonville-ghettos se retrouvent essentiellement dans les grandes villes d'Asie du Sud et du Sud-Est. Ils sont symptomatiques de ces mégapoles en devenir qui ont pensé l'urbanisation pour leur hypercentre mais n'ont pas pu anticiper ce qui se passerait dans leurs faubourgs. À Jakarta, par exemple, les ONG estiment que chaque année, 50 000 migrants rejoignent des bidonvilles. À New Delhi, ils seraient 60 000.
À Manille, Jakarta, Phnom Penh, Calcutta et même Hô-Chi-Minh-Ville, les zones de précarité ont pris une telle ampleur qu'elles atteignent le centre-ville mais ne jouissent d'aucune des infrastructures disponibles.

Description[modifier | modifier le code]

La majeure partie des bidonvilles, en tous cas à leur début, sont dépourvus de toute infrastructure (électrification, écoulement des eaux usées, ramassage des ordures… mais aussi écoles, postes de santé, ...). La pauvreté, la promiscuité, le manque d'hygiène et la présence de bouillons de culture réunissent les conditions de développement de foyers infectieux, pouvant être source de pandémies futures.

De nombreuses associations agissent pour améliorer cette situation et parfois des États, en rendant légale l'occupation des sols, ont investi dans l'infrastructure. Cependant, dans la majeure partie des pays du monde, la « résorption des bidonvilles » a consisté à repousser toujours plus loin du centre-ville les familles et groupes habitant ces bidonvilles. En dispersant ainsi les personnes, les réseaux de survie, fondés sur les relations entre les gens, se trouvent cassés, rendant plus aléatoire encore la possibilité de se sortir de cette situation.

Dans les pays en développement, la plupart des bidonvilles sont situés en périphérie, mais les habitants cherchent cependant à se rapprocher le plus possible de lieux où ils pourraient trouver du travail.

Impacts sanitaires[modifier | modifier le code]

Les bidonvilles sont des zones bondées, dues à l’exode rural et aux statuts économiques faibles des personnes y résidant qui ne leur permet pas d’avoir un logement classique. La plupart du temps, dépourvus de toute infrastructure (électrification, écoulement des eaux usées, ramassage des ordures, écoles, postes de santé...), les bidonvilles sont des foyers infectieux permettant la prolifération de nombreuses maladies. Au commencement, les nombreux ruraux allant vers les villes dans l’espoir d’y trouver un travail, sont souvent accompagnés de leurs animaux de ferme porteurs de maladies alors inconnues pour la ville.

Parallèlement au problème de la surpopulation, les bidonvilles sont majoritairement construits dans des sites dangereux, que ce soit au niveau géologique ou au niveau sanitaire. En effet, certains sont construits à flancs de collines et d’autres sur des décharges publiques. Les habitations des bidonvilles sont construites avec des matériaux de récupération tels que la ferraille et le plastique. Ces logements sont très petits et non adaptés aux nombreuses personnes qui y vivent. Cette proximité entre les individus multiplie fortement les risques de propagation des maladies. Outre les maladies infectieuses, les habitants des bidonvilles développent de nombreuses maladies respiratoires telles que l’asthme, en raison de l’absence de fenêtres en nombre suffisant et plus généralement d’ouvertures sur l’extérieur.

Le manque d’eau est un problème récurrent dans les bidonvilles. Ce problème entraîne une mauvaise hygiène corporelle et également une mauvaise hygiène de vie qui provoque de nombreuses infections et maladies telles que le choléra ou la galle. En effet, les habitants des bidonvilles sont généralement contraints de boire et de cuisiner avec de l’eau contaminée. Quant à l’eau potable, elle reste un bien de luxe, vendue à des tarifs inaccessibles pour cette population. Le manque d’eau potable est responsable de plus de 5 millions de morts chaque année et de centaines de millions de maladies hydriques[13].

Très peu de bidonvilles disposent de systèmes d’évacuation des eaux usées ou des déchets solides. Les habitants sont donc obligés de les jeter à même le sol ce qui signifie qu’ils vivent entourés de déchets, de matières fécales et d’eaux polluées qui constituent un terrain favorisant le développement d'insectes porteurs de maladies telles que la malaria. En ce qui concerne les infrastructures sanitaires telles que les toilettes et les douches, elles sont absentes ou en nombre nettement insuffisant. Dans les bidonvilles du Kenya, différentes solutions sont mises en œuvre afin d’améliorer la qualité des toilettes[14]. Cela reste cependant, à l’échelle de la planète, des initiatives touchant peu de personnes. De plus, les déchets, en se consumant, dégagent des vapeurs toxiques. Celles-ci s’ajoutent aux rejets toxiques provenant des usines, ce qui dégrade d’autant plus la qualité de l’air, entraînant une augmentation considérable des infections respiratoires. Selon une étude de l’OMS, on dénombre chaque année dans les pays en voie de développement 50 millions de cas de problèmes respiratoires, cardio-vasculaires et de cancers directement en lien avec la pollution de l’air[15].

L’accès aux soins est fortement inégal. Il y a une corrélation entre l’accès aux soins et le statut socio-économique : seuls les plus nantis fréquentent les infrastructures de soins. Les habitants des bidonvilles n’ayant pas de couverture sociale suffisante pour accéder aux soins, le corps médical n’y est pas suffisamment présent.

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Proportion de la population urbaine de chaque pays vivant dans des bidonvilles, d'après les définitions et les recherches de l'UN-Habitat[16] :
  •      0-10 %
  •      10-20 %
  •      20-30 %
  •      30-40 %
  •      40-50 %
  •      50-60 %
  •      60-70 %
  •      70-80 %
  •      80-90 %
  •      90-100 %
  •      Pas de données
Nombre et proportion d'habitants dans les bidonvilles dans le monde, en millions, chiffres de l'UN-Habitat, 2001[9]
Région Population
totale
Population urbaine Population en bidonvilles
Total  % de la pop. totale Total (estimation)  % de la pop. urbaine
Régions développées 1 194 902 75,5 % 54,1 6,0 %
Régions en développement 4 940 2 022 40,9 % 869,9 43,0 %
   Afrique du Nord 146 76 52,0 % 21,3 28,2 %
   Afrique sub-saharienne 667 231 34,6 % 166,2 71,9 %
   Amérique latine et Caraïbes 527 399 75,8 % 127,6 31,9 %
   Asie orientale 1 364 533 39,1 % 193,8 36,4 %
   Asie centrale et du Sud 1 507 452 30,0 % 262,3 58,8 %
   Asie du Sud-Est 530 203 38,3 % 56,8 28,0 %
   Proche et Moyen-Orient 192 125 64,9 % 41,3 33,1 %
   Océanie 8 2 26,7 % 0,5 24,1 %
   Pays les moins avancés 685 179 26,2 % 140,1 78,2 %
Monde 6 134 2 923 47,7 % 924,0 31,6 %

Bidonvilles par pays[modifier | modifier le code]

Township de Soweto, Afrique du Sud
  • En Afrique du Sud, les Townships se distinguent des bidonvilles proprement dits. Les premiers sont construits en dur et ont une existence légale, souvent planifiée par les architectes de la ségrégation raciale puis de l'apartheid, tandis que les seconds sont des constructions illégales. Les townships d'Afrique du Sud regroupent les habitants de couleurs, principalement les noirs et peuvent compter jusqu'à près de deux millions d'habitants à l'instar de Soweto près de Johannesburg. Les townships les plus célèbres sont ceux de Mamelodi près de Pretoria, de Kayelitsha près du Cap (le plus grand d'Afrique du Sud[17]), d'Alexandria près de Johannesburg ou encore de Sharpeville.
  • Au Brésil, les bidonvilles sont appelés favelas.
  • En Inde, la moitié de la population de Bombay vit dans un bidonville[18]. Celui de Dharavi compte environ 700 000 habitants[18]. De vastes programmes ont été lancés permettant aux promoteurs de détruire des quartiers entiers de bidonvilles à condition de reloger la population.
  • Au Kenya, Kibera est l'un des plus grands bidonvilles d'Afrique.
  • A Madagascar, 72 % de la population urbaine, soit 4 millions de personnes, habitent un bidonville[19]
  • En Namibie, le Township le plus important est celui de Katutura.
  • En Chine comme aux Philippines ou en Indonésie, les bidonvilles sont régulièrement rasés, poussant les populations à partir habiter plus loin ou parfois à reconstruire au même endroit.

Townships britanniques[modifier | modifier le code]

Au Canada, en Australie, aux États-Unis, comme dans les autres terres colonisées par la Grande-Bretagne, le terme historique de township est perçu comme un campement de colons organisé sous le système cantonal de partage des terres.

Le terme historique de township est cependant resté et est aujourd'hui associé aux villes et villages bâtis sur les campements d'origine.

Bidonvilles français[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bidonvilles en France.

Après la Seconde Guerre mondiale, du fait de la destruction de certaines cités, du niveau de pauvreté, de l'exode rural et de la venue de main-d'œuvre étrangère, se pose un problème crucial de logement pour les sans-abri. Les bidonvilles de Nanterre (situé à l'emplacement actuel de la préfecture des Hauts-de-Seine) et de Noisy-le-Grand furent les plus notoires en périphérie de Paris. Il faudra attendre presque la moitié des années 1970 pour que la politique de résorption des bidonvilles impulsée par le premier ministre Jacques Chaban-Delmas porte totalement ses fruits et que ces bidonvilles disparaissent avec le relogement des familles qui y vivaient. L'abbé Pierre sera l'un de ceux qui porteront assistance aux habitants des bidonvilles, surtout pendant l'hiver 1954, qui fut particulièrement froid. Avec l'argent rassemblé à la suite de son appel à la radio, il fera construire des cités d'urgence (dont celle de Noisy-le-Grand ressemble à un bidonville car elle s'inspire du projet de l'architecte américain Martin Wagner, les bâtiments sont en forme de demi bidon métallique[20]). Ces cités appelées à être provisoires se transformèrent progressivement, dans le meilleur des cas, en cités HLM.

Dans les années 1960, de nombreux immigrés portugais constituèrent le bidonville de Champigny-sur-Marne, qui compta jusqu’à 10 000 habitants.

Au début du XXIe siècle, en France, perdurent de micro-bidonvilles, généralement cachés à la vue, le long de voies de communication ou dans des friches industrielles :

  • Depuis des dizaines d'années, des ouvriers saisonniers agricoles vivent dans un bidonville à Berre-l'Étang (Bouches-du-Rhône) sans électricité ni eau courante, mais avec des sanitaires installés par la Fondation Abbé-Pierre, Toilettes du monde et les Compagnons Bâtisseurs[21] ;
  • Le bidonville de Cassis, où résidaient 93 Tunisiens, a été démoli en 2005 ;
  • Dans les bois aux alentours de Paris (bois de Vincennes, bois de Boulogne), on dénombre en 2007 environ 200 personnes habitant dans des abris de fortune « en dur », la plupart du temps isolés (afin d'être le moins visible possible) mais parfois en petits groupes[22] ;
  • Fin 2006, un bidonville habité par des roms de Bulgarie réunit plusieurs centaines de personnes à la marge de Pantin, près du canal de l'Ourcq ;
  • À Marseille, le lieu-dit du Ruisseau Mirabeau, du quartier Saint-André, est un bidonville habité par des familles yéniches, manouches et gitanes[23].

Urban Poors aux Philippines[modifier | modifier le code]

De plus en plus, aux Philippines, la population se concentre dans les métropoles. Dans cette région de l'Asie du Sud-Est, le taux de croissance des bidonvilles est de 1,34 %[24] par an. Vivre dans ce milieu a de nombreux impacts nocifs sur la vie d'un individu. Les urban poors, vivant dans des habitats de la solidité d'une cabane sur des terrains non propices à la construction, sont à chaque fois les premiers touchés par les catastrophes naturelles. Chaque année, les Philippines sont traversées par près de 30 cyclones[25].

Dans les grandes villes, plus particulièrement dans les bidonvilles où bien souvent des déchets se consument dégageant des vapeurs toxiques, la qualité de l'air est médiocre. Plus de 60 % des infections respiratoires y sont liées. Le sol et l'eau, pollués par les déchets et rejets des humains et des industries contaminent les personnes qui l'exploitent. Autre problématique : celle de l'accès à l'eau et la potabilité de celle-ci. Le manque d'eau potable est responsable de plus de 5 millions de morts chaque année et de centaines de millions de maladies liées à l'eau[13].

Aux Philippines, à cause de l'exode des cerveaux, il n'y a qu'1,14 médecin et 4,26 infirmiers pour 1000 habitants[26]. Et comme le secteur de la santé se privatise et que l'état de la santé publique se dégrade toujours plus - le gouvernement n'y consacre que 1,4 % de son PNB[27] -, l'accès aux soins n'est pas garanti. Le bien-être et la santé mentale relèvent également de l'état de santé général. Dans les zones urbaines, celle-ci prend diverses formes. Aux Philippines, les violences faites aux femmes sont une réalité quotidienne. Les femmes pauvres doivent plus souvent faire face que les autres aux agressions de leur partenaire[28].

Évolution[modifier | modifier le code]

Sortir cent millions de personnes des bidonvilles en vingt ans, telle était l'ambition de l'ONU en 2000 ; un objectif dépassé, à en croire l'institution internationale.
Le nombre de personnes vivant dans des bidonvilles croît dans le monde à un rythme de 30 à 50 millions de personnes par an. D'ici à 2050, la population des bidonvilles et des taudis, dans le monde pourrait atteindre 1.5 milliard en 2020, et 3 milliards en 2050, (soit un tiers de la population mondiale) si rien n'est fait pour enrayer la tendance[29]. En 2010, 828 millions de personnes vivaient dans des taudis. Ils seront 59 millions de plus en 2020.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. United Nations, 2007. The Millennium Development Goals Report. p. 26
  2. Article on Mike Davis's book 'Planet of Slums
  3. Slum Dwellers to double by 2030 UN-HABITAT report, April 2007.
  4. Article du Dr. Materi datant du 6 novembre 1931, Claude Liauzu, Histoire de l'anticolonialisme en France du XVIe siècle à nos jours, Armand colin,‎ 2007 (ISBN 9782200350932), p. 136;Ali A. Mazrui et Christophe Wondji, L'Afrique depuis 1935, UNESCO,‎ 1998, 1190 p. (ISBN 9789232017147), p. 411
  5. Jacinta Prunty, Dublin Slums, 1800-1925: A Study in Urban Geography, Irish Academic Press, Dublin, 1998, 364 p. (ISBN 978-0716526902). Plus précisément, le terme serait issu de Vocabulary of the Flash language
  6. Mike Davis (trad. Jacques Mailhos), Planet of Slums [« Le pire des mondes possibles : de l'explosion urbaine au bidonville global »], La Découverte, Paris, 2006 (ISBN 978-2-7071-4915-2), chap. 2, « La prédominance des bidonvilles », pp. 23-52.
  7. Carroll D. Wright, The slums of Baltimore, Chicago, New York, and Philadelphia, Special report of the Commissioner of Labor, Negro Universities Press, 1894 (réed. 1969) (ISBN 978-0837119229).
  8. Traduction de l'anglais : « a heavily populated urban area characterized by substandard housing and squalor ». Source : The Merriam-Webster Dictionary, 1994, Merriam-Webster Inc., cité par UN-Habitat, The Challenge of slums, op. cit., p.8)
  9. a, b et c (en) UN-HABITAT, The Challenge of Slums, Global Report on Human Settlements 2003, United Nations Human Settlements Programme, Earthscan Publications, Londres, 2003 (ISBN 1-84407-036-0) ou (ISBN 1-84407-036-0), partie I « Sharpening the global development agenda », pp. 1-16.
  10. « 1,4 milliard de personnes habiteront dans des bidonvilles en 2020 » dans Le Monde, 16/06/2006, [lire en ligne]
  11. « 1,4 milliard de personnes habiteront dans des bidonvilles en 2020 »
  12. « Bidonvilles : chiffres et images » dans Le Monde du 07/04/2005
  13. a et b PNUE, L’avenir de l’environnement mondial 3, Bruxelles, De Boeck Université, 2002, p. 151.
  14. DEKOMOSMOVSZKY J., THIEME T., «Les solutions de marché et l’assainissement des bidonvilles de Nairobi » in Revue français de gestion, 2010, n°208-209, pp. 191-217.
  15. DE SOUZA R.-M., WILLIAMS J., MERYERSON F. (2003), Critical Links: Population, Health, and the Environment, Population Bulletin, Population Reference Bureau, vol. 58, n° 3, p. 29.
  16. Un-Habitat, Observatoire urbain mondial, estimations de 2005 [présentation en ligne]
  17. Fabienne Pompey, « La xénophobie meurtrière s'étend en Afrique du Sud », dans Le Monde du 25-05-2008, [lire en ligne], mis en ligne le 24-05-2008
  18. a et b Frédéric Landy, L’Inde ou le grand écart, La Documentation photographique, novembre-décembre 2007, n°8060, p.8
  19. http://www.newsmada.com/index.php/economie/31653-agglomerations-urbaines--les-bidonvilles-en-constant-surcroit#.UzKUyYWhOpo
  20. EMMAÜS Société Anonyme - Blog : Laboratoire urbanisme insurrectionnel
  21. À Berre, 34 années de gourbi temporaire - Michel Henry, Libération, 20 février 2007
  22. Invisibles et relégués dans le bois de Vincennes - Tonino Serafini, Libération, 20 février 2007
  23. Marseille : au Ruisseau Mirabeau, camp tzigane devenu bidonville - Karim Dridi, Rue89, 12 juin 2008
  24. DELCOURT L. (2007), « Explosion urbaine et mondialisation » in Explosion urbaine et mondialisation : Points de vue du Sud, vol. XIV, Alternatives Sud, Louvain-la-Neuve, Centre Tricontinental, p. 13.
  25. GAILLARD J.-C et al (2008), « Catastrophes dites « naturelles » et développement : réflexions sur l'origine des désastres aux Philippines » in Revue Tiers Monde, n° 194, p. 373.
  26. http://www.wpro.who.int/countries/phl/26PHLtab2011_finaldraft.pdf
  27. DE CEUKELAIRE W., « Radiographie de la santé publique aux Philippines » in Le droit à la santé, une question de lutte contre l'injustice, Bruxelles, intal, 2010, p. 30.
  28. MONTGOMERY M. (2009), Urban Poverty and Health in Developing Countries, Population Bulletin, Population Reference Bureau, vol. 64, n° 2, p. 3.
  29. « Trois milliards d'habitants dans les bidonvilles en 2050 », LE MONDE

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) UN-HABITAT, The Challenge of Slums, Global Report on Human Settlements 2003, United Nations Human Settlements Programme, Earthscan Publications, Londres, 2003 (ISBN 1-84407-036-0) ou (ISBN 1-84407-036-0), 341 p. [lire en ligne].
  • (en) UN-HABITAT, The State of the World's Cities: The Millennium Development Goals and Urban Sustainability, Earthscan Publications, Londres, 2006 (ISBN 978-1844073788), 224 p.
  • (fr) "Reconstruire un bidonville à Nanterre", Louis Maitrier, in Villes bonnes à vivre, villes invivables, 1999, Revue du MAUSS no 18, Paris, La Découverte.
  • Mike Davis (trad. Jacques Mailhos), Planet of Slums [« Le pire des mondes possibles : de l'explosion urbaine au bidonville global »], La Découverte, Paris, 2006 (ISBN 978-2-7071-4915-2)
  • Dominique Kalifa, Les Bas-Fonds. Histoire d'un imaginaire, Seuil, 2013.
  • DELCOURT L., CHERU F., BOND P., Explosion urbaine et mondialisation : Points de vue du Sud, vol. XIV, Alternatives Sud, Louvain-la-Neuve, Centre Tricontinental, 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bidonville à Bombay

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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