Armée prussienne

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Bataille de Hohenfriedberg - Attaque de l'Infanterie prussienne, 4 juin 1745, par Carl Röchling.

L'Armée prussienne (allemand : Königlich Preußische Armee) était l'armée du Royaume de Prusse. Ces forces armées furent essentielles dans l'affirmation du Brandebourg en tant que pouvoir européen.

L'Armée prussienne fut fondée à partir des faibles forces mercenaires du Brandebourg pendant la guerre de Trente Ans. L'Électeur Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg la transforma en une véritable armée de métier, puis le roi Frédéric-Guillaume Ier de Prusse accrut considérablement sa taille. Le roi Frédéric le Grand conduisit à la victoire ses troupes à la discipline de fer lors des guerres de Silésie au XVIIIe siècle et accrut le prestige du royaume de Prusse.

L'armée fut dépassée au début des guerres napoléoniennes, et la Prusse fut défaite par le Premier Empire pendant la guerre de la quatrième Coalition.

Puis, sous le commandement de Gerhard von Scharnhorst, les réformateurs prussiens commencèrent à moderniser l'armée, ce qui contribua grandement à la défaite de Napoléon Ier lors de la guerre de la sixième Coalition. Au lendemain des guerres napoléoniennes, les conservateurs arrêtèrent certaines des réformes, et l'armée devint un bastion du gouvernement conservateur prussien.

L'armée prussienne fut à nouveau victorieuse dans les guerres du XIXe siècle, successivement contre le Danemark (guerre des Duchés), l'Autriche (guerre austro-prussienne) et la France (guerre franco-allemande de 1870), permettant à la Prusse d'unifier l'Allemagne et de créer l'Empire allemand en 1871. L'armée prussienne devint le cœur de l'Armée impériale allemande. Elle se transforma après la Première Guerre mondiale en Reichswehr.

L'armée du Grand-Électeur (1640 -1713)[modifier | modifier le code]

Création de l'armée (1644)[modifier | modifier le code]

Expansion des territoires de Brandebourg-Prusse, 1600-1795

L'armée de la Prusse trouva son origine dans les forces armées unies créées pendant le règne de l'Électeur Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg du Margraviat de Brandebourg (1640–1688). Les Hohenzollern de Brandebourg-Prusse utilisaient auparavant les lansquenets (Landsknecht) mercenaires, comme pendant la guerre de Trente Ans, au cours de laquelle le Brandebourg fut dévasté. Les forces suédoises et impériales traversèrent et occupèrent le pays chaque fois qu'ils le voulurent. À la suite de son accession au trône, au printemps 1644, Frédéric-Guillaume entreprit de constituer une armée de métier pour mieux défendre son État.

Frédéric Guillaume, le « Grand Électeur ».

Vers 1643-1644, l'armée en gestation comptait seulement 5 500 hommes de troupes, dont 500 mousquetaires dans la garde personnelle de Frédéric[1]. Johann von Norprath, l'homme de confiance de l'Électeur recruta des forces dans le duché de Clèves et constitua une armée de 3 000 soldats hollandais et allemands en Rhénanie en 1646. Les garnisons s'accrurent aussi lentement au Brandebourg et dans le duché de Prusse[2].

Frédéric rechercha aussi l'assistance de la France, le rival traditionnel des Habsbourg de la Maison d'Autriche, et commença à en recevoir des fonds. Il copia ses réformes sur celles de Louvois, le Ministre d'État du roi Louis XIV[3]. La croissance de ses forces militaires permit à Frédéric de réaliser de considérables acquisitions territoriales lors du traité de Westphalie en 1648, malgré le relatif insuccès du Brandebourg pendant la guerre.

Les États provinciaux désirèrent alors une réduction de la taille de l'armée en temps de paix, mais l'Électeur évita d'acquiescer à leur demande grâce à des concessions politiques, et des économies[4]. En 1653, par le Recès de Brandebourg entre Frédéric-Guillaume et les États de Brandebourg, la noblesse fournit au souverain 530 000 thalers en échange de la confirmation de leurs privilèges. Les Junkers solidifièrent leur pouvoir politique aux dépens de la paysannerie[5]. Enfin, lorsque l'armée devint suffisamment forte, Frédéric se sentit capable de supprimer les États du duché de Clèves, du comté de La Marck et du duché de Prusse[6].

Frédéric-Guillaume s'efforça de professionnaliser ses soldats dans cette époque de mercenaires. En plus de la création de nouveaux régiments et de la nomination des colonels, l'Électeur imposa des punitions très dures pour ceux qui violaient les règles, telles que la pendaison pour des faits de pillage. Les actes de violence commis par des officiers contre les civils entraînaient la révocation pour une année[3]. Il développa une institution pour les cadets de la noblesse; bien que les classes supérieures furent d'abord réticentes à cette idée, l'intégration des nobles dans le corps des officiers en fit des alliés de long terme de la monarchie Hohenzollern[7]. Parmi les Feldmarschall (maréchaux de camp) de Brandebourg-Prusse figurent de prestigieux militaires comme Derfflinger, Jean George II, Spaen et Sparr.

Les campagnes du Grand Électeur[modifier | modifier le code]

Soldats du Brandebourg du régiment d'infanterie de Leopold I, Prince d'Anhalt-Dessau, par Richard Knötel.

La nouvelle armée de Brandebourg-Prusse survécut à son baptême du feu grâce à sa victoire de 1656 lors de la Bataille de Varsovie, pendant les guerres du Nord. Les observateurs furent impressionnés par la discipline des troupes brandebourgeoises, comme par leur comportement vis-à-vis des civils, qu'ils considéraient sur le même plan que leurs alliés, l'armée suédoise[8] le succès des armes des Hohenzollern permit à Frédéric-Guillaume d'assumer sa souveraineté sur le duché de Prusse en 1657 par le Traité de Wehlau, grâce auquel le Brandebourg-Prusse s'allia à la Communauté Polono-Lituanienne. Bien qu'il ait réussi à expulser les forces suédoises de son territoire, l'Électeur ne put acquérir la Poméranie occidentale (Vorpommern) lors du traité d'Oliva signé en 1660, car l'équilibre des pouvoirs en Europe avait été rétabli.

Au début des années 1670, Frédéric-Guillaume appuya les tentatives impériales de revendiquer l'Alsace et contrer l'expansion territoriale entreprise par Louis XIV. Les troupes suédoises envahirent le Brandebourg en 1674 alors que l'essentiel des forces de l'Électeur prenaient ses quartiers d'hiver en Franconie.

Frédéric conçut l'armée des Hohenzollern pour aller de 7 000 en temps de paix à 15 000 à 30 000 en temps de guerre[7] Ses succès dans les batailles contre la Suède et la Pologne accrurent le prestige de la Brandebourg-Prusse, tout en permettant au Grand-Électeur de poursuivre la mise en œuvre d'une politique absolutiste contre les États et les Cités[1]. Dans son testament politique de 1667, l'Électeur écrivit : « Les alliances, c'est certain, sont bonnes, mais les forces propres sont supérieures. On peut bâtir sur elles avec plus d'assurance, et un seigneur ne peut recevoir de considération s'il est dépourvu de moyens et de troupes propres »[9].

La puissance montante des Hohenzollern à Berlin autorisa l'Électeur Frédéric III (1688–1713), fils et successeur de Frédéric-Guillaume, à instituer le Royaume de Prusse qu'il dirigea sous le nom de roi Frédéric Ier en 1701. Quoiqu'il célébra le goût baroque et les arts à l'imitation de Versailles, le nouveau roi renforça l'importance de l'armée et poursuivit son expansion à 40 000 hommes[10].

L'armée du Roi Sergent (1713–1740)[modifier | modifier le code]

Frédéric-Guillaume Ier, le Roi Sergent, peint par Antoine Pesne

Frédéric Ier eut comme successeur son fils Frédéric-Guillaume Ier, surnommé le Roi soldat ou en français le « Roi Sergent », obsédé par l'armée et atteignant l'autosuffisance militaire pour son pays. Le nouveau roi congédia la plupart des artisans de la Cour de son père et accorda la prééminence aux officiers sur les nobles de cour. De jeunes ambitieux et intelligent jeunes hommes commencèrent à entrée dans la carrière militaire au lieu de l'administration ou de la justice[11]. Frédéric-Guillaume Ier portait un simple uniforme bleu à la cour, un style immédiatement imité par le reste de la Cour prussienne et ses successeurs royaux. En Prusse, la queue de cheval remplaça les perruques communes dans la plupart des cours allemandes.

Frédéric-Guillaume Ier avait débuté ses innovations militaires dans son régiment Kronprinz pendant la guerre de Succession d'Espagne. Son ami, Léopold Ier, prince d'Anhalt-Dessau, servait comme le sergent-royal instructeur de l'armée prussienne. Léopold introduisit la baguette en acier, augmentant la puissance de feu prussienne, et la marche lente, ou pas de l'oie. Le nouveau roi entrainait sans cesse l'armée, focalisant sur la vitesse de tir de leurs mousquets à platine à silex et la formation à la manœuvrabilité. Ces changements donnèrent à l'armée flexibilité, précision, et une puissance de feu inégalée à cette époque[12]. Grâce à l'entrainement et à la baguette d'acier, chaque soldat devait tirer six fois en une minute, trois fois plus que toute autre armée[13].

Les punitions étaient si draconiennes [14], comme running the gauntlet[15], et malgré la menace d'une pendaison, beaucoup de soldats désertaient quand ils le pouvaient. Les uniformes et l'armement furent standardisés[12]. Les nattes et, pour les régiments qui les arboraient, les moustaches devaient avoir une longueur règlementaire; les soldats qui ne pouvaient porter les barbes ou moustaches requises devaient peindre une imitation sur leurs visages[13].

Frédéric-Guillaume Ier ramena la taille de la garde royale de Frédéric à un simple régiment, la garnit de soldats à la taille plus élevée que la moyenne et connue sous le nom des Géants de Potsdam et la finança sur ses fonds[16]. La cavalerie fut réorganisée en 55 escadrons de 150 chevaux; l'infanterie comporta 50 bataillons (25 régiments); et l'artillerie réunit deux bataillons. Ces changements lui permirent d'accroitre ses forces de 39 à 45 000 hommes[16] et à la fin de son règne, l'armée avait doublé de taille[17]. Le Commissariat Général à la guerre, responsable de l'armée et des subsistances, fut protégé des interférences des États et placé strictement sous le contrôle des officiels nommés par le roi[18].

Frédéric-Guillaume Ier restreignit l'enrôlement dans le corps des officiers aux Allemands et obligea les Junkers, l'aristocratie prussienne, à servir dans l'armée[17]. Bien qu'ayant été réticents à entrer dans l'armée, les nobles virent finalement dans le corps des officiers leur carrière naturelle[19]. Jusqu'en 1730, les soldats du rang provenaient essentiellement de la paysannerie recrutés ou enrôlés de force en Brandebourg-Prusse, conduisant nombre d'entre eux à fuir dans les pays voisins[20]. Afin d'éviter cela, Frédéric divisa la Prusse en cantons régimentaires. Chaque jeune homme devait servir comme soldat dans ces districts trois mois par an. Cela satisfaisait les besoins ruraux et ajoutait des troupes supplémentaires pour accroitre les rangs des troupes régulières[21].

Le Directoire Général que mit en place Frédéric-guillaume pendant son règne poursuivit l'évolution absolutiste qu'avait débutée son grand-père et accrut la collecte des impôts en forte croissance nécessaire à l'expansion militaire[22]. La classe moyenne des villes fut sollicitée pour héberger les soldats et s'enrôler dans l'administration. Du fait que l'octroi s'appliquait seulement dans les villes, le roi était réticent à engager des guerres, car le déploiement de ces forces onéreuses dans des pays étrangers l'aurait privé de taxes provenant des forces territoriales basées dans les villes[23]

À la fin de son règne, la Prusse disposait de la quatrième plus grande armée du continent (60 000 soldats), mais avec seulement la douzième population (2,5 millions). Cette armée mobilisait cinq millions de thalers (sur un total de budget de sept millions)[24].

L'armée de Frédéric le Grand (1740-1783)[modifier | modifier le code]

Les guerres de Silésie[modifier | modifier le code]

Ruée dans une brèche des troupes prussiennes lors de la bataille de Leuthen en 1757, par Carl Röchling.

Frédéric II (« le Grand ») succéda à son père Frédéric-Guillaume Ier, en 1740. Il dissolut immédiatement les dispendieux « Géants de Potsdam » et utilisa les fonds pour créer sept nouveaux régiments et enrôler 10 000 soldats supplémentaires. Le nouveau roi recruta seize bataillons, cinq escadrons de hussards, et un escadron de Life Guards[25].

Dédaignant la Pragmatique Sanction (Autriche), Frédéric débuta les guerres de Silésie peu après son accession au trône. Bien que le roi inexpérimenté se retira de la bataille, les Prussiens emportèrent la victoire sur l'Autriche à la bataille de Mollwitz (1741) sous le commandement du Feld-Marshal Schwerin. La cavalerie prussienne de Schulenburg étant apparue peu efficace à Mollwitz; les cuirassiers, antérieurement entrainés sur des chevaux lourds, furent par la suite réaffectés sur des chevaux légers plus manœuvrables. Les hussards et les dragons du général Zieten furent aussi renforcés. Ces changements permirent aux Prussiens d'obtenir une nette victoire à la bataille de Chotusitz en 1742, et l'Autriche concéda la Silésie à Frédéric lors de la paix de Breslau[26].

En septembre 1743, Frédéric organisa les premières manœuvres d'automne (Herbstübung), pendant lesquelles les différentes branches de l'armée testèrent de nouvelles formations et tactiques; les manœuvres d'automne devinrent une tradition annuelle de l'armée prussienne. L'Autriche tenta de revendiquer la Silésie pendant la deuxième guerre de Silésie. Bien qu'ayant contourné victorieusement Frédéric en 1744, les Autrichiens furent anéantis lors de la bataille de Hohenfriedberg en 1745. La cavalerie prussienne excella pendant l'affrontement, spécialement les hussards de Zieten. Du fait de ses services éminents rendus à Hohenfriedberg, le proche ami du roi Frédéric, Hans Karl von Winterfeldt, parvint au premier plan.

L'Autriche changea totalement d'alliance et se rapprocha de son rival traditionnel, la France, lors de la Révolution diplomatique de 1756; L'Autriche, la France, et la Russie s'étaient alliés contre la Prusse. Frédéric prit les devants et lança une attaque de ses ennemis avec une armée de 150 000 hommes, débutant la guerre de Sept Ans. L'armée autrichienne avait été réformée par Kaunitz, et les changements apportés montrèrent leur efficacité grâce au succès emporté sur la Prusse à la Kolin.

La décoration Pour le Mérite, introduite par le roi Frédéric le Grand en 1740.

Frédéric cependant remporta sa victoire la plus aisée lorsqu'à Rossbach, la cavalerie prussienne de Seydlitz écrasa une force franco-impériale deux fois plus nombreuse, avec des pertes minimes. Frédéric se dirigea très rapidement vers l'Est jusqu'en Silésie, ou les Autrichiens avaient battu l'armée prussienne commandée par le duc de Bevern. À la suite d'une série de mouvements compliqués et de déploiements subreptices, les Prussiens enfoncèrent avec succès le flanc de l'ennemi à la Leuthen; les positions tenues par les Autrichiens dans la province s'effondrèrent.

Les manœuvres de Frédéric échouèrent face aux Russes lors de la sanglante Bataille de Zorndorf, et les forces prussiennes furent écrasées à Kunersdorf en 1759. La Prusse était peu préparée pour les longues campagnes, et un effondrement semblait imminent en raison des pertes et du manque de ressources, mais Frédéric fut sauvé par le « Miracle de la maison de Brandebourg » ; lorsque les Russes interrompirent les hostilités en raison de la mort soudaine de l'impératrice Élisabeth en 1762. Le contrôle de la Prusse sur la Silésie fut confirmé par le traité de Hubertusburg de 1763.

Les pertes énormes subies avaient conduit le roi à admettre des officiers provenant de la classe moyenne, mais cette évolution fut annulée après la guerre[27]. L'esprit offensif de Frédéric lui avait fait adopter l'ordre oblique de bataille, ce qui nécessitait une discipline et une mobilité considérable. Bien que cette tactique ait d'abord faillie à Kunersdorf, elle assura un grand succès à Leuthen[28]. Après quelques salves initiales, l'infanterie devait avancer rapidement en chargeant à la baïonnette. Puis, la cavalerie attaquait en large formation sabre au clair avant que la cavalerie ennemie puisse s'ébranler[29].

Une armée avec un pays[modifier | modifier le code]

Hussard à la tête de mort, peint par Richard Knötel.

La construction de la première garnison commença à Berlin en 1764. Alors que Frédéric-Guillaume Ier voulait disposer d'une armée composée essentiellement de nationaux, Frédéric II préféra adopter une armée d'étrangers, les Prussiens devant rester en tant que contribuables et producteurs[30]. L'armée prussienne comprenait 187 000 soldats en 1776, 90 000 d'entre eux étaient des sujets prussiens des parties orientales, les autres étaient des volontaires ou des conscrits[31]. Frédéric convertit les Gardes du Corps en Garde royale. Beaucoup de troupes restaient peu loyales, comme les mercenaires, alors que les soldats recrutés dans le cadre du système de conscription cantonale affichaient un sentiment régional puissant et même un sentiment national naissant[32]. Pendant la guerre de Sept Ans, les régiments d'élite de l'armée étaient composés essentiellement de Prussiens[33].

À la fin du règne de Frédéric, l'armée était devenue une part intégrale de la société prussienne et se montait à 193 000 hommes. Les différentes classes sociales étaient toutes supposées servir l’État et son armée; la noblesse dirigeait l'armée, la bourgeoisie l'approvisionnait, et les paysans la composaient[27]. Le ministre Friedrich von Schrötter fit cette remarque que, « la Prusse n'était pas un pays avec une armée, mais une armée avec un pays »[34],[35].

L'armée face aux guerres Napoléoniennes[modifier | modifier le code]

Un drapeau de l'armée prussienne utilisé avant 1807.

Les défaites de Frédéric-Guillaume III[modifier | modifier le code]

Frédéric Guillaume II (1786–97), neveu et successeur de Frédéric le Grand, assouplit les contraintes en Prusse et montra peu d'intérêt pour la guerre. Il délégua les responsabilités au vieillissant Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick, et l'armée commença à perdre ses qualités. Dirigée par des vétérans des guerres de Silésie, l'armée prussienne fut prise totalement de court face à la France révolutionnaire. Les officiers avaient maintenu les mêmes entrainements, tactiques et armements que ceux utilisés par Frédéric le grand quarante ans auparavant[36]. En comparaison, l'armée française, particulièrement sous le commandement de Napoléon Bonaparte, avait adopté de nouvelles méthodes d'organisation, approvisionnement, mobilité et commandement[37].

La Prusse se retira de la Première Coalition lors de la paix de Bâle signée en 1795, cédant ses territoires de la Rhénanie à la France. Lorsque mourut Frédéric-Guillaume II en 1797, l'État était en banqueroute et l'armée complètement dépassée.

Son fils, Frédéric-Guillaume III (1797–1840), lui succéda et impliqua la Prusse dans la désastreuse Quatrième Coalition. l'armée prussienne fut définitivement battue lors des batailles de Saalfeld, puis d'Iéna et Auerstaedt en 1806. la fameuse discipline prussienne s'effondra et conduisit à des redditions massives de l'infanterie, de la cavalerie et de garnisons. Bien que certains commandants prussiens se comportèrent bien, comme L'Estocq à Eylau, Gneisenau à Kolberg, ou Blücher à Lübeck, cela ne fut pas suffisant pour renverser le sort depuis Iena-Auerstedt. la Prusse fut contrainte à des pertes territoriales majeures, la réduction de son armée à 42 000 hommes, et une alliance forcée avec la France par le traité de Tilsitt en 1807.

Les Réformes prussiennes (1806-1812)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réformes prussiennes.
Réunion des réformateurs à Königsberg en 1807, par Carl Röchling.

La défaite et la désorganisation de l'armée choqua l'establishment prussien qui s'était largement senti invincible après les victoires de Frédéric II. Alors que Stein et Hardenberg commençaient à moderniser l'État prussien, Scharnhorst s'attela à la reforme militaire. Il dirigea le Comité de réorganisation militaire, qui comprenait Gneisenau, Grolman, Boyen, et les civils Stein et Könen[38]. Clausewitz contribua aussi à la réforme. Déçus par l'indifférence de la population à la défaite de 1806, les réformateurs encouragèrent le patriotisme dans le pays[39]. Les réformes de Stein abolirent le servage en 1807 et le transfert de pouvoirs vers les gouvernement des villes en 1808[40].

Le commandement de l'armée fut complètement remanié; des 143 généraux prussiens en 1806, seuls Blücher et Tauentzien restaient en fonction pendant la Sixième Coalition[41]; nombre d'entre eux furent autorisés à restaurer leur réputation dans la guerre de 1813[42]. Le corps des officiers fut rouvert à la classe moyenne en 1808, de même que l'avancement fut uniquement fondé sur le niveau de formation[38],[43]. Le roi Frédéric-Guillaume III créa le ministère de la Guerre en 1808[44], et Scharnhorst fonda une école de formation des officiers, l'Académie militaire prussienne, à Berlin à 1810.

Scharnhorst plaida en faveur de l'adoption de la levée en masse, le système de conscription militaire créé par la France. Il créa le Krümpersystem, par lequel les compagnies remplaçaient 3 à 5 hommes tous les mois, permettant de former chaque année 60 hommes supplémentaires par compagnie[41]. Ce système garantissait à l'armée une réserve de trente à cent-cinquante mille hommes[38]. Le Krümpersystem devint aussi l'embryon du service obligatoire de courte durée, qui s'oppose à la conscription de long terme antérieurement utilisé[45]. Du fait de l'occupation française qui avait interdit la formation de divisions, l'armée prussienne fut divisée en six brigades, chacune constituée de sept à huit bataillons d'infanterie et douze escadrons de cavalerie. Les brigades combinées furent renforcées par trois brigades d'artillerie[46].

Les punitions corporelles furent à peu près abolies, et les soldats furent à nouveau entraînés sur le terrain et en suivant la tactique du tirailleur. Scharnhorst promut l'intégration de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie dans des armes combinées, à l'opposé de leur tradition d'indépendance. Les équipements et la tactique furent mis à jour à l'aune de la science des campagnes napoléonienne. Le manuel de campagne publié par Yorck en 1812 insista sur les armes combinées et l'accélération de la vitesse de déplacement[47]. En 1813, Scharnhorst réussit à nommer un chef d'État-major entrainé à l'académie auprès de chaque commandant de division.

Certaines réformes furent rejetées par les conservateurs, comme Yorck, qui pensaient que les officiers provenant de la bourgeoisie mettraient à mal les privilèges des officiers de l'aristocratie et promouvraient les idées de la Révolution française[48]. Les mouvements de réforme dans l'armée furent brutalement interrompus par la mort de Scharnhorst en 1813, et l'évolution vers une armée plus démocratique commença à perdre de sa puissance face au gouvernement de plus en plus réactionnaire.

Les guerres de Libération[modifier | modifier le code]

La croix de fer, introduite par le roi Frédéric-Guillaume III en 1813.
hussards prussiens à la bataille de Leipzig, 1813.

Les réformateurs et l'essentiel de l'opinion plaidaient pour une alliance entre Frédéric-Guillaume III et l'Empire d'Autriche dans les campagnes de 1809 contre la France. Alors que le prudent roi refusait tout support à une nouvelle guerre impliquant la Prusse, von Schill lança son régiment de hussards contre les occupants français, espérant provoquer une révolte nationale. Le roi considéra Schill comme un mutin, la rébellion du major fut écrasée à Stralsund par les alliés des Français[49]. Le traité franco-prussien de 1812 força la Prusse à fournir 20 000 hommes de troupes pour contribuer à la Grande Armée, d'abord sous les ordres de von Grawert puis de Yorck. L'occupation française de la Prusse fut confirmée, et 300 officiers prussiens démoralisés démissionnèrent en signe de protestation[50].

Pendant la retraite de Russie de 1812, Yorck signa de son seul fait la convention de Tauroggen avec la Russie, rompant l'alliance franco-prussienne. Stein arriva en Prusse orientale et leva la Landwehr, une milice chargée de défendre la province. La Prusse rejoignant la Sixième Coalition hors de son contrôle, Frédéric-Guillaume III commença à rapidement mobiliser l'armée, et la Landwehr de Prusse orientale fut reproduite dans tout le pays. En comparaison de 1806, la population prussienne, spécialement la bourgeoisie, supporta la guerre, et des milliers de volontaires rejoignirent l'armée. Les troupes prussiennes sous le commandement de Blücher et Gneisenau s'avérèrent vitales lors des batailles de Leipzig en 1813 et de Waterloo en 1815. Plus tard, les officiers firent part de leur admiration pour les capacités de manœuvres simultanées de groupes différents de l'armée prussienne.

La croix de fer fut introduite comme décoration militaire par le roi Frederic-Guillaume III en 1813.

Après la publication de son De la guerre, Clausewitz devint un auteur stratégique admiré[51].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Citino, p. 6.
  2. Koch, p. 49.
  3. a et b Koch, p. 59.
  4. Craig, p. 3.
  5. Citino, p. 7.
  6. Craig, p. 5.
  7. a et b Koch, p. 60.
  8. Citino, p. 8.
  9. Craig, p. 2.
  10. Craig, p. 7.
  11. MacDonogh, p. 18.
  12. a et b Craig, p. 12.
  13. a et b Reiners, p. 17.
  14. MacDonogh, p. 23.
  15. Reiners, p. 265.
  16. a et b Koch, p. 79.
  17. a et b Koch, p. 86.
  18. Koch, p. 83.
  19. Craig, p. 11.
  20. Clark, p. 97.
  21. Koch, p. 88.
  22. Craig, pp. 14-15.
  23. Koch, p. 89.
  24. Koch, p. 100.
  25. MacDonogh, p. 141.
  26. Koch, p. 111.
  27. a et b Craig, p. 17.
  28. Koch, p. 108.
  29. Koch, p. 121.
  30. Craig, p. 22.
  31. Koch, p. 133.
  32. Ritter, p. 133.
  33. Ritter, p. 134.
  34. Blackbourn, p. 17.
  35. Fulbrook, p. 52.
  36. Citino, p. 110.
  37. Citino, p. 108-9.
  38. a, b et c Citino, p. 128.
  39. Craig, p. 40.
  40. Craig, p. 41.
  41. a et b Koch, p. 183.
  42. Craig, p. 42.
  43. Koch, p. 181.
  44. (de)Christian E. O. Millotat, Das preussisch-deutsche Generalstabssystem, Hochschulverlag AG, 2000, p.52.
  45. Dierk, Walter. Preussische Heeresreformen 1807-1870: Militärische Innovation und der Mythos der "Roonschen Reform". 2003, in Citino, p. 130.
  46. Craig, p. 46.
  47. Citino, p. 130.
  48. Koch, p. 186.
  49. Koch, pp. 190-191.
  50. Craig, p. 58.
  51. Citino, p. 143.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]