Catherine Clément

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Catherine Clément en 2009.

Catherine Clément (- Backès), philosophe et écrivaine, est née le 10 février 1939 à Boulogne-Billancourt.

Parcours[modifier | modifier le code]

Née dans une famille mi-catholique, mi-juive, Catherine Clément passe une grande partie de son enfance sur les bords de la Loire avec sa grand-mère chrétienne, ce qu'elle raconte dans Maison mère (éditions Nil, 2006).

Du côté paternel, catholique, l'un de ses arrière-grand-père tient une pharmacie à Dinan. « On a trouvé dans les archives familiales des photographies de Mata-Hari en costume d’officier posant (…), ce ne sont pas des photos volées (…), que ce potard avait pris dans son arrière boutique. Comment est-ce qu’un pharmacien de Dinan se retrouve avec mata-Hari dans son arrière boutique ? ». Catherine Clément pense que son arrière grand-père et Mata-Hari ont eu une liaison[1].

Du côté maternel, sa famille est originaire de Russie Via l'Azerbaïdjan. Son père, Georges Gornic, était étudiant en médecine et révolutionnaire. Les parents du père de Catherine Clément s'étaient réfugiés à Bakou, fuyant les persécutions contre les Juifs russes à Partir des années 1870. Une communauté juive y a prospéré dans les années 1880. Monsieur et Madame Gornic se réfugient finalement en France où le mari s'établit comme fourreur. En 1931, il est président du syndicat des foureurs. Ils mourront tous les deux à Auschwitz où ils seront déportés en mai 1944[1].

Sa mère, pharmacienne, a été membre des Rama Krishna. « Après l’assassinat de mes grand-parents, quand on a été sûr qu’ils avaient été vraiment gazé, qu’on a eu les témoignages (…), ma mère est brièvement passée, je ne dirais pas qu’elle s’est convertie, par une secte pas dangereuse, la Rama Krishna Mission. (…). À la maison, il y avait une dame, pharmacienne de son état, qui se baladait en sari orange et soufflait tous les matins dans une conque. Ca a fini par gonfler toute la famille. Et ça m’a donné une véritable phobie de l’Inde. Le Quai d’Orsay a du me mettre dans l’avion quasiment de force »[1].

Elle intègre l'École normale supérieure de jeunes filles (ENSJF) en 1959, école dite de Sèvres, mais installée boulevard Jourdan à Paris. Agrégée de philosophie à l’âge de 22 ans, la sévrienne devient ensuite l’assistante de Vladimir Jankélévitch à la Sorbonne à 24 ans : au grade d'assistant, qui n'existe plus, les jeunes enseignants dirigeaient les travaux pratiques.

Sa rencontre avec Claude Lévi-Strauss, qui l’invite à décrypter un mythe africain devant son séminaire en 1962, l’influence de manière décisive[réf. nécessaire]. Elle lui consacre d’ailleurs son premier essai, publié en 1970, et l'un de ses derniers, le Que sais-je ? sur Claude Lévi-Strauss, paru en 2002.

À partir de 1959, elle suit le séminaire de Jacques Lacan, d'abord à l'hôpital Sainte-Anne, puis à l'École Normale Supérieure et à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et ce jusqu'à la fin [réf. nécessaire]. Membre de l'École freudienne à titre « profane », elle n'a jamais été psychanalyste.

Détachée au CNRS, elle prépare provisoirement une thèse sur Le Paradis perdu de Vladimir Jankélévitch et apparaît deux fois dans Italiques[2]. En 1976, après 12 ans d'enseignement supérieur, elle démissionne de l'université. Fin 1976, elle entre au quotidien Le Matin de Paris comme chef de rubrique culture, chargée d'éditer les articles sur les livres, les expositions, le théâtre, la musique, à l'exception du cinéma ; elle est elle-même chargée de la critique des essais. Cet engagement dans un journal socialiste ne l'empêchait pas de militer au parti communiste français, dont elle sera cependant exclue en janvier 1981 après s'être considérée dans un article du Monde commeune âme morte(à la suite de l'affaire du bulldozer envoyé contre un foyer en désuétude de travailleurs immigrés à Vitry sur Seine). Elle réalise par ailleurs de grandes interviews, notamment le dernier entretien avec Jean-Paul Sartre, un entretien avec Claude Lévi-Strauss sur ses expériences japonaises, et le premier entretien de François Mitterrand au Matin de Paris.[réf. nécessaire].

Son aficion pour l'art de la tauromachie est développée dans un livre écrit avec François Coupry : « Torero d'or », dont Le Matin de Paris fait l'éloge en ces termes :

« L'intelligente groupie de la tauromachie en général et de la corrida rétablit le lois du fantasme et de la littérature spécialisée, situe bien sa position de femme dans une joute où règnent les hommes, formule allègrement rites de passage et d'initiation[3]. »

Le livre a créé un véritable évènement médiatique, déchaînant des passions contradictoires, et un débat enflammé aux dossiers de l'écran quelques semaines plus tard la même année, annoncé dans Le Monde du 16 juillet, avec un article vengeur d'Andrée Valadier qui considère l'ouvrage comme « une insulte à l'intelligence[4] »

En 1982, elle est nommée au ministère des Relations extérieures, à la tête de l'AFAA, chargée de la diffusion et de l'accueil de la culture française à l'étranger. Elle séjourne cinq années en Inde aux côtés de l'ambassadeur André Lewin, puis cinq ans en Autriche, et enfin trois ans au Sénégal (1996-1999) [réf. nécessaire].

André Lewin deviendra son mari après avoir pourtant attaqué devant le Conseil d'État le décret par lequel elle avait été nommée à la tête de l'AFAA. Il lui reprochait de ne pas être énarque. Pour les réconcilier, le ministre des affaires étrangères de l'époque, Roland Dumas, les présentera au cours d'un déjeuner pour les réconcilier. C'est comme cela qu'ils se seront connus[1].

À l'époque, quand elle part pour l'Inde, elle a déjà publié cinq romans et huit essais. L'Inde lui inspire ses plus grands succès, Pour l'amour de l'Inde (Flammarion, 1993) et Le Voyage de Théo (Seuil, 1998), et ce pays ne cesse d'inspirer son travail. Elle est aujourd'hui par ailleurs membre du Forum franco-indien, organisme bilatéral officiel[précision nécessaire][5].

Depuis 2002, elle prépare[Quoi ?] et dirige l'Université populaire du quai Branly, qui se déroule dans le théâtre Claude Lévi-Strauss, au sein même du musée du quai Branly. Elle a produit de 2009 à 2011 une émission sur France Culture chaque mercredi à 21 heures intitulée Cultures de soi, cultures des autres.

Durant l'été 2014, elle propose du lundi au vendredi à 14H23 sur France Culture Nous serons comme des dieux, une série de feuilletons de 6 minutes contant les légendes et mythes de la Grèce antique, de l'Inde ou encore des cultures amérindiennes et africaines. Les épisodes racontent la vie et les mœurs des dieux sur un ton humoristique mais très documenté, et sont classés selon des thématiques hebdomadaires telles que : les procréations assistées, les amoureux massacrés, les déesses vierges ou encore Quand les bêtes sont des dieux.

Catherine Clément est commandeur de la Légion d'honneur et grand officier de l'ordre national du Mérite[6]. Elle est la sœur de Jérôme Clément, également auteur, et vice-président d’Arte et la compagne de l’ambassadeur André Lewin[5].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Bildoungue ou la vie de Freud, Christian Bourgois, 1978
  • La Sultane, Grasset, 1981
  • Le Maure de Venise, Grasset, 1983
  • Bleu Panique, Grasset, 1986
  • Adrienne Lecouvreur ou le cœur transporté, Robert Laffont, 1991, (réédition J'ai lu no 3957)
  • La Señora, Calmann-Lévy (réédition LGF-Livre de Poche no 8717)
  • Pour l'amour de l'Inde, Flammarion, J’ai Lu, 1993
  • La valse inachevée, Calmann-Lévy, 1994 (réédition Le Livre de Poche no 13942)
  • La Putain du diable, Flammarion, 1996 (réédition J'ai Lu no 4839)
  • Le Roman du Taj Mahal, Noésis, 1997
  • Les Dames de l'agave, Flammarion, 1998
  • Le Voyage de Théo, Seuil, 1998 (Points Seuil n°P680)
  • Martin et Hannah, Calmann-Lévy, 1999 (réédition Le Livre de poche no 14798)
  • Afrique esclave, Noésis, 1999
  • Jésus au bûcher, Seuil, 2000
  • Cherche-midi, Stock, 2000 (réédition Le Livre de poche no 30048)
  • Les Mille Romans de Bénarès, Noésis, 2000
  • Le Sang du monde, Seuil, 2004, suite du Voyage de Théo
  • Les derniers jours de la déesse, Stock, 2006
  • La Princesse Mendiante, Panama, 2007 (sur la vie de Mirabai)
  • Dix Mille Guitares, Seuil, 2010
- Prix Historia du roman historique 2010[7]
  • La Reine des cipayes, Seuil, 2012

Essais[modifier | modifier le code]

  • Collectif (sous le nom de Catherine Backès) : Psychanalyse et philosophie, in "La psychanalyse", Ed. S.G.P.P.; coll.: Le Point de la question, 1969
  • Lévi-Strauss ou la Structure et le malheur, Seghers, 1re édition en 1970, 2e édition en 1974,

dernière édition entièrement remaniée Le Livre de poche, « Biblio essais », en 1985

  • Le Pouvoir des mots, Mame, « Repères sciences humaines », 1974
  • Miroirs du sujet, 10/18, série « Esthétiques », 1975
  • Pour une critique marxiste de la théorie psychanalytique, Éditions sociales, 1976
  • Les fils de Freud sont fatigués, Grasset, « Figures », 1978
  • L’Opéra ou la Défaite des femmes, Grasset, « Figures », 1979
  • Vies et légendes de Jacques Lacan, Grasset, « Figures », 1981, et Le Livre de poche, « Biblio essais », 1983
  • Rêver chacun pour l’autre essai sur la politique culturelle, Fayard, 1982
  • Le Goût du miel, Grasset, « Figures », 1987
  • Gandhi ou l’Athlète de la liberté, Gallimard, « Découvertes », 1989, 2e édition, 1990
  • La Syncope, philosophie du ravissement, Grasset, « Figures », 1990
  • La Pègre, la peste et les dieux, chroniques du Festival d’Avignon, Éditions théâtrales, 1991
  • Sissi, l’impératrice anarchiste, Gallimard, « Découvertes », 1992
  • Sollers, la fronde, Julliard, 1995
  • Les Révolutions de l’inconscient : histoire et géographie des maladies de l’âme, La Martinière, 2001
  • « Le Divan et le Grigri » + Tobie Nathan, Odile Jacob, 1998
  • « Torero d'or », avec François Coupry, Hachette, Paris, 1981, réédition Robert Laffont 1992, (ISBN 2221073924)
  • Claude Lévi-Strauss, PUF, « Que sais-je ? », 2003
  • La Nuit et l’été : rapport sur la culture à la télévision, Seuil/La Documentation française, 2003
  • Pour Sigmund Freud, Mengès, 2005
  • Maison mère, NIL, 2006
  • Qu’est-ce qu’un peuple premier ?, Panama, « Cyclo », 2006
  • Mémoire, Stock, 2009
  • Éloge de la nuit, Albin Michel, 2009
  • L'appel de la transe, Stock, 2011

Contributions à des revues[modifier | modifier le code]

  • Articles de critique littéraire et philosophique pour Le Matin de Paris
  • Membre du comité de rédaction de la revue littéraire L'Arc, responsable entre autres des numéros consacrés à Hegel, Deleuze, Lacan, Jankélévitch et Derrida
  • Membre du comité de rédaction de La Nouvelle Critique, revue des intellectuels communistes, disparue dans les années 2000
  • Membre du comité de rédaction de la revue Opéra International
  • Responsable de nombreux numéros du Magazine Littéraire*

Feuilleton radiophonique[modifier | modifier le code]

  • Histoire de l'amour, en 20 épisodes d'environ 18–20 minutes, narrés par Catherine Clément, du 2 au 27 janvier 2012, sur France Culture, dans le cadre de l'émission « Un autre jour est possible », présentée par Tewfik Hakem, du lundi au vendredi à 6 h.
  • Histoire des Dogons, en 20 épisodes d'environ 18–20 minutes, narrés par Catherine Clément, sur France Culture, dans le cadre de l'émission « Un autre jour est possible », présentée par Tewfik Hakem, du lundi au vendredi à 6 h. Elle y cite plusieurs fois Marcel Griaule.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-catherine-clement-une-fidele-de-l-inde
  2. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 13 juillet 1972, 20 juillet 1973
  3. André Bergoff, Le Matin de Paris du 2 juillet 1981, p. 23
  4. Le Monde du 16 juillet 1981, point de vue d'Andrée Valadier sur Torero d'or, p. 24
  5. a et b http://www.indiablognote.com/article-les-occidentaux-pretent-a-l-inde-des-vertus-therapeutiques-1-2-54759914.html
  6. Décret du 14 novembre 2012
  7. « Prix Historia du roman historique 2010 » (consulté le 21/09/2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]