Marchand d'art
Un marchand d'art est une personne ou une entreprise qui achète et vend des œuvres ou objets d'art.
Cette activité commerciale structurée obéit à des réglementations à la fois locales et internationales. Le marchand d'art peut se spécialiser selon un genre, une époque. Il peut être antiquaire, faire dans l'ancien ou représenter un artiste vivant en tant que galerie sur rue ou en ligne, et n'être qu'un intermédiaire entre le producteur et d'autres acteurs du marché de l'art tels que par exemple les maisons de ventes aux enchères. En général, les gros marchands d'art se rencontrent dans le cadre de foires ou manifestations thématiques ou généralistes. Un certain nombre possède des galeries ayant pignon sur rue.
Histoire
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Les premiers véritables marchands apparaissent en Occident au moment de la Renaissance au milieu du XVe siècle, entre Florence et Venise (villes réputées chères) et Bruges (bon marché). Ils servent d'intermédiaire entre l'acheteur — de gros négociants spécialisés dans le commerce de la laine et des épices — et l'artiste, lequel n'a pas encore le statut moderne que nous lui connaissons aujourd'hui. Toutefois, certains artistes florentins comme Neri di Bicci ou Botticelli dirigent des vastes ateliers capables de fournir des objets d'art non seulement aux clients toscans mais aussi à des clients éloignées de cette région. De tels peintres bénéficient de l'appui des banques florentines et brugeoises, et du taux de change élevé du florin comparé au guilder néerlandais (1 f = 2 G.) : leurs marges atteignent jusqu'à 40 %[2].
Pour qu'il y ait un marchand, il faut un marché et donc un lieu d'échange, les premiers furent les foires commerciales et celle de Bruges, qui se tient en mai, domine largement, avant d'être supplantée par Anvers au siècle suivant. Parmi les plus importants intermédiaires au XVIe siècle, on trouve Jacopo Strada, qui fournit les empereurs du Saint-Empire et Giovanni Battista della Palla, fournisseur du roi François 1er. En même temps, se met en place à Venise un circuit d'antiquaires-marchands spécialisés dans les objets anciens dont la sculpture : Niccolò Stoppio, Battista Pittoni et Bernardo Petrobelli sont cités parmi les plus importants de ce temps[3].
C'est aussi à cette époque que naît le concept de collection d'apparat, du studiolo, du cabinet de peintures ou de curiosités : princes, politiques et gros négociants accumulent des objets d'art, ils sont bientôt imités par la bourgeoisie citadine.


La ville d'Anvers est au XVIe siècle la première à subordonner l'artiste au marchand, l'obligeant à passer par ce dernier pour les transactions, par voie de réglementation des corporations ou guildes. Cohabitent alors deux types de marchands, les spécialisés dans la vente d'œuvres nouvelles (dit « marché primaire »), et ceux qui se consacrent à la revente et à l'ancien (dit « marché secondaire »)[2].
Et c'est le développement de cette haute bourgeoisie marchande qui se consacre aux échanges internationaux qui, au XVIIe siècle, favorise son essor, notamment à Amsterdam — leader du marché de détail —, en Allemagne, en Angleterre.
À Londres, se mettent en place à la fin du XVIIe siècle les différents acteurs que nous connaissons actuellement : la personne qui produit des objets d'art et qui est statutairement considérée comme telle, le vendeur, le critique d'art, et l'enchère spécialisée. La notion moderne d'œuvre d'art prend alors son essor. Les marchands s'adressent à une clientèle privée en direct ou à des intermédiaires qui achètent pour le compte de princes désireux de constituer une vaste collection. L'activité mécénale se dilue : tandis que le mécène cède la place au protecteur par voie de privilège, les collections peuvent être désormais directement alimentées par des marchands devenus experts en leur domaine et qui forgent le bon goût, la mode, par effet d'imitation comportementale : tel artiste, tel objet se retrouve alors plus recherché sur le marché, et des cotes sont établies[5]. L'étude des collections du banquier Everhard Jabach montre à cette époque des liens et des montants de transactions, des réseaux de vente ténus entre des marchands installés à Paris, Londres, Amsterdam, Cologne et Francfort[6].
Au début du XVIIIe siècle apparaissent les premières expositions en galeries d'art privées, les premiers salons annuels placés sous la tutelle d'organismes corporatistes, soit à caractère privé soit directement sous l'autorité du souverain, et surtout les premières grosses ventes aux enchères (inventées à Londres par les libraires), tandis que le commerce de l'estampe, à Paris, connaît une forte croissance. Les marchands ont une clientèle de « connoisseurs », d'amateurs éclairés, et commencent à produire des catalogues spécialisés, des inventaires descriptifs précieux pour l'historiographie actuelle[5]. Un marchand comme Gersaint est l'un des premiers à produire des catalogues de vente, et à ne pas avoir été artiste : les corporations de peintres français, comme à Venise, exerçaient jusqu'à lors un privilège : le moyen de le contourner était d'exercer en tant que marchand mercier[2]. Après 1750, naissent à Londres Sotheby's et Christie's, ainsi que Colnaghi, trois acteurs du marché toujours actifs de nos jours. Le dernier tiers du XVIIIe siècle voit le marché de l'art exploser avec des commandes publiques hors du commun comme celle opérée indirectement par Catherine de Russie, puis avec les dispersion des grandes collections françaises et de la revente des biens du clergé au moment de la Révolution[2].
Au XVIIIe siècle, la littérature s’empare de la figure du marchand de tableaux attestant l’importance nouvelle de ce personnage. Toutefois ce n’est pas pour lui donner le beau rôle ; bien au contraire, le marchand de tableaux, pas plus que le pseudo-connaisseur, n’a bonne presse. Il n’échappe pas au mépris général des élites sociales ou intellectuelles à l’égard de la gent négociante. Le regard porté sur lui est souvent sévère et méprisant[7].
Au XIXe siècle, la bourgeoisie industrielle, considérablement enrichie grâce aux progrès techniques et au faible coût du travail, investit massivement dans l'art et fait appel aux marchands. Paris est alors la capitale du marché des œuvres d'art modernes, le rendez-vous des marchands recherchant des productions d'artistes vivants. Au XXe siècle, c'est New York qui devient la place centrale, à partir de 1945 ; à la fin de ce siècle, les plus gros acheteurs deviennent les entreprises et les fonds d'investissement. Au XXIe siècle apparaît la vente en ligne et Art Basel devient la principale foire mondiale de l'art contemporain.
La plus importante transaction de tous les temps concerne l'œuvre Salvator Mundi, attribuée à Léonard de Vinci, vendue en 2017 par Christie's pour la somme de 400 millions de dollars, déboursée par Mohammed ben Salmane[8].
Marchands d'art notables
[modifier | modifier le code]XVIe siècle
[modifier | modifier le code]Ce siècle voit l'émergence d'intermédiaires italiens.
XVIIe siècle
[modifier | modifier le code]Ce siècle est dominé par des marchands d'art originaires des Pays-Bas.
- Gilliam Forchondt l'Ancien (en) (1608–1678)
- Matthijs Musson (en) (1598–1678)
- Jan Reynst (en) (1601-1646)
XVIIIe siècle
[modifier | modifier le code]XIXe siècle
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- Colnaghi (dès 1761)
- Michael Knoedler (dès 1848)
- Williams & Everett (en) (dès 1855)
- Bernheim Frères (dès 1863)
XXe siècle
[modifier | modifier le code]- Hugo Perls (1886-1977) et Klaus Perls (en) (1912–2008)
- Edith Halpert (en) (1900–1970)
- André Emmerich (en) (1924-2007)
- Martha Hopkins Struever (en) (1931-2017)
- Mary Boone (en) (née vers 1952)
XXIe siècle
[modifier | modifier le code]- Ursula Hauser et Manuela Wirth (Hauser & Wirth)
- Pearl Lam (en)
- Fabrizio Moretti (art dealer) (en) (né en 1976)
- Eva Presenhuber (en)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « La foire du Lendit », sur BnF Essentiels.
- (en) [PDF] Niel De Marchi & Hans Van Miegroet, « The History of Art Markets », in: Victor A. Ginsburgh et David Throsby (dir.), Handbook of the Economics of Art and Culture, Elsevier, 2006, vol. I, chap. 3, p. 70-108 — sur ResearchGate.
- ↑ (en) Giada Damen, « Shopping for Cose Antiche in Late-Sixteenth Century Venice », in: Reflections on Renaissance Venice: a celebration of Patricia Fortini Brown, Milan, 5 Continents, 2013, p. 132-141.
- ↑ (en) Time smoking a picture, notice de la Art Gallery of New South Wales.
- Expositions, peintres, et critiques : vers l'image moderne de l'artiste par Annie Beq, in Dix-huitième siècle, Paris, Garnier, 1982, pp. 131-149.
- ↑ (en) C. Monbeig-Goguel, « Taste and Trade: The Retouched Drawings in the Everhard Jabach Collection at the Louvre », The Burlington Magazine, 1988.
- ↑ Patrick Michel, « Les acteurs officiels du commerce du tableau. Le marchand de tableaux : une figure littéraire maltraitée », in: Le Commerce du tableau à Paris, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008, p. 81.
- ↑ « Quatre choses à savoir sur le "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci, le tableau le plus cher jamais vendu aux enchères », sur francetvinfo.fr, (consulté le ).
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Victor A. Ginsburg et David Throsby (dir.), Handbook of the Economics of Art and Culture, vol. 1, Elsevier, 2006, chapitre 3 : « The History of Art Markets », p. 69-122 — sommaire en ligne.
- Mathieu Perona, « Les Débuts des marchés de l’art en Europe », 2008, sur panurge.org.
- Frédéric Gonand, Une historiographie des origines du marché de l’art. Tableaux italiens du XVIe siècle, coll. « Histoire culturelle », Paris, Classiques Garnier, 2023, (ISBN 9782406151029) — sommaire en ligne.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :