Délégué militaire régional

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir DMR.

Les délégués militaires régionaux (DMR) sont des officiers envoyés ou nommés par les services spéciaux issus de la France libre à partir de septembre 1943 en France métropolitaine. Le Comité français de la libération nationale, siégeant à Alger, avait décidé d'implanter, parallèlement à l'organisation civile chargée de préparer l'après libération, des délégués militaires dans chaque région. Ils sont au nombre de douze répartis selon la carte ci-dessous déterminée par les services du commissariat à l'intérieur, selon les directives de Jean Moulin et d'Henri Frenay.

Les délégués régionaux sont placés sous la tutelle de délégués de zone : Nord (zone occupée), Sud (ancienne zone libre). Ces derniers travaillent sous l'autorité d'un délégué national, successivement Pierre Marchal alias Hussard, Louis Mangin[1] alias Losange, Maurice Bourgès-Maunoury et Jacques Chaban-Delmas.

L'organigramme de la Résistance étant complexe, les DMR dépendent hiérarchiquement et directement du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) siégeant à Londres. Plusieurs régions sont découpées en sous-secteurs, en particulier le grand Ouest et le bassin parisien.

Carte de l'organisation territoriale de la Résistance intérieure française

Missions[modifier | modifier le code]

Plans[modifier | modifier le code]

Les DMR ont pour mission première la mise en place des plans élaborés à Londres sur la base des renseignements recueillis par les différents réseaux pour préparer le débarquement allié. Ils sont au nombre de huit :

  • Plan vert : Interruption des communications ferrées
  • Plan jaune : Destruction des organes de commandement ennemis
  • Plan rouge : Destruction des dépôts de munitions
  • Plan momie : Protection des ports (ils peuvent être utilisés pour acheminer la logistique alliée)
  • Plan noir : Destruction des dépôts de carburant
  • Plan tortue : Neutralisation des communications routières
  • Plan bleu : Destruction des lignes électriques
  • Plan violet : Destruction des lignes longues distances de communications téléphoniques

Ces actions sont mises en œuvre en coordination avec les groupes de résistance locale et/ou des commandos spéciaux qui interviennent ponctuellement de l'extérieur. Elles ont l'avantage majeur d'être plus ciblées et de limiter les dégâts collatéraux et d'épargner les vies humaines. Les mouvements de Résistance intérieure avaient fortement insisté pour la mise en place d'un tel programme pour contrer la propagande du gouvernement de Vichy dénonçant les bombardements "aveugles".

Lien indispensable[modifier | modifier le code]

Les DMR sont conçus comme des ambassadeurs ou des techniciens mis à la disposition de la Résistance intérieure par les services de la France libre. Ils n'ont pas vocation à assurer un commandement.

Ils deviennent progressivement la charnière indispensable, malgré les difficultés diverses, qui permet la coordination des opérations y compris avec les mouvements de résistance d'origine communiste, qui à l'origine étaient très réticents. Dans beaucoup de cas leur autorité est contestée par les chefs locaux des groupes de Résistance qui ne sont que consultés avant leur nomination. Il arrive même qu'un responsable FFI soit nommé DMR comme Gilbert Grandval pour la région C (Châlon-sur-Marne)[2].

Leur présence peut également revêtir un caractère de contrôle sur d'éventuels "débordements" que redoutent, à tort ou à raison, les autorités de la France libre.

Enfin, leur rôle est crucial pour la répartition des moyens et la circulation du renseignement.

Moyens[modifier | modifier le code]

Les consignes spécifiques et les renseignements fournis par le BCRA sont remis dans des valises piégées. Dès l'origine les DMR sont dotés de moyens radio qui leur permettent de communiquer directement avec le BCRA. Ils ont donc la haute main sur la transmission des renseignements, la fourniture d'armes, la distribution de l'argent aux différents mouvements de Résistance de leur région. À titre d'exemple, en mai 1944 les DMR reçoivent 80 millions de francs pour la zone sud et 71 millions pour la zone nord[3].

Devant l'ampleur de la tâche, on leur adjoint rapidement des officiers du Centre d'opérations de parachutages et d'atterrissages (COPA), puis de la Section atterrissage parachutage (SAP), chargés de repérer des lieux de parachutage et de coordonner les opérations de livraison.

Hommes[modifier | modifier le code]

Les DMR, tous engagés à des degrés divers au côté du général de Gaulle, sont tous volontaires pour cette nouvelle mission en métropole. La moyenne d'âge de ces officiers est d'une trentaine d'années. Ils ont tous subi l'entraînement commando des forces spéciales britanniques. Sociologiquement, ils sont principalement issus des classes aisées : cadres supérieurs de l'industrie ou du commerce, professions libérales ou officiers d'active. On peut enfin noter qu'on leur attribue comme pseudonyme le nom d'une figure géométrique.

Compte tenu de leur importance stratégique, ils sont particulièrement exposés et frappés par la répression. Leur durée de survie dans la France occupée, dans des régions qu'ils ne connaissent pas, est estimée dès leur arrivée à cinq mois. De fait, la majorité d'entre eux est arrêtée par la Gestapo, la milice ou les sections spéciales de la police française. Certains sont assassinés ou déportés. D'autres ont le temps d'utiliser la capsule de cyanure dont chaque agent est doté dès son départ en mission.

La première opération d'infiltration des DMR a lieu dans la nuit du 11 au sur un terrain près de Tours pour les DMR de la zone nord. La deuxième dans la nuit du 14 au près de Bletterans aux confins du Jura et de la Saône[4] pour les DMR de la zone sud. Ensuite, les opérations de transport s'échelonnent par plusieurs canaux, souvent dans des conditions périlleuses.

On peut par exemple citer le cas d'Alexandre de Courson de la Villeneuve qui est acheminé le à bord d'une vedette partie de Grande-Bretagne qui débarque à Kerroulou près de Guimaëc[5] (Finistère). Épuisé par le voyage et éprouvant quelques difficultés à établir les liaisons il n'atteint son affectation à Clermont-Ferrand (R6) que le 26 mars, après avoir traversé tout le territoire et affronté bien des dangers, alors qu'il était censé l'atteindre en deux jours. On peut également citer le cas d'Eugène Déchelette[4] qui, destiné à assurer la fonction de DMR à Limoges (R5), est parachuté à Saint-Uze (Drôme) le 29 janvier 1944 et se casse une cheville lors de sa réception.

Le travail souvent méconnu, mais héroïque, des délégués militaires régionaux sera malgré tout reconnu, puisque onze d'entre eux seront faits Compagnon de la Libération.

Liste des Délégués militaires régionaux[modifier | modifier le code]

Zone sud[modifier | modifier le code]

Nom Pseudonyme Affectation Période Profession avant guerre Éléments biographiques
Maurice Bourgès-Maunoury (1914-1993) Polygone Région R1 (Lyon) Septembre 1943 Ingénieur polytechnicien Compagnon de la Libération
Député et ministre radical après guerre
Paul Leistenschneider (1907-1999) Carré Région R1 (Lyon) puis R3 1944 Avocat Compagnon de la Libération
Louis Burdet Circonférence Région R2 (Marseille) ? ? Un témoignage succinct
Jacques Picard Sultan Région R3 (Montpellier) Intérim jusqu'à juin 1944 ? Musée de la Résistance : Jacques Picard, chef du réseau évasion Sultan
Lucien Cambas (1916-1961) Trapèze Région R3 (Montpellier) Juin à septembre 1944 Militaire d'active Compagnon de la Libération
Bernard Schlumberger (1911-1945) Droite Région R4 (Toulouse) Janvier à août 1944 Cadre bancaire Note biographique
Eugène Déchelette (1906-1973) Ellipse ou Chasseigne Région R5 (Limoges) Janvier à septembre 1944 Industriel Compagnon de la Libération
Alexandre de Courson de la Villeneuve[5] (1903-1944) Pyramide Région R6 (Clermont-Ferrand) Mars à juillet 1944 Officier d'active (capitaine de cavalerie) au 3e régiment de chasseurs d'Afrique Arrêté le par la Gestapo à Clermont-Ferrand. Vraisemblablement fusillé le [6].
Guy Vivier[5](1903-?) Isotherme Région R6 (Clermont-Ferrand) Juillet à septembre 1944 Officier d'active (capitaine de cavalerie) au 2e régiment de chasseurs d'Afrique[6] Parachuté dans la nuit du 9 au 10 juin 1944 sur le terrain "Plongeon"[7], il est l'adjoint du DMR de la R6 avant d'assurer l’intérim, puis son remplacement après son arrestation
Jean-Ernest Feyfant (1900-1949) Moyenne Région R6 (Clermont-Ferrand) Septembre à octobre 1944 Ancien militaire d'active (chef de bataillon au 136e RIF, rayé des cadres de l'armée le 1er juin 1943 sur rapport de commission d'enquête relatif à son coup de folie dans les Bois d'Isnor le 16 mai 1940, au cours duquel il tua personnellement 3 de ses hommes et fit tuer indirectement un 4e) D'abord intérimaire d'Ellipse à la DMR5 pendant la visite de celui-ci à Londres fin août - début septembre 1944. Remplace ensuite Isotherme à Clermont-Ferrand.

Zone Nord[modifier | modifier le code]

Nom Pseudonyme Affectation Période Profession avant guerre Éléments biographiques
André Boulloche (1915-1978) Segment Région P (Paris) Septembre 1943 - janvier 1944 Ingénieur des ponts et chaussées, Polytechnicien Arrêté le . Déporté. Compagnon de la Libération. Député et ministre socialiste après guerre. Décédé accidentellement en 1978.
André Rondenay (1913-1944) Lemniscate Région P (Paris) 1944 Polytechnicien. Officier d'active. Exécuté par la Gestapo le 15 août 1944. Compagnon de la Libération.
Raymond Fassin (1914-1945) Sif, Comète ou Piquier Région A (Amiens) Septembre 1943 - avril 1944 Instituteur Agent de liaison de Jean Moulin en 1942, puis responsable des opérations aériennes zone sud. Arrêté à Paris le , mort en déportation au camp de Neuengamme. Notice biographique - Fiche biographique - Mémorial
Guy Chaumet (1913-1980) Cissoide ou Mariotte Région A (Amiens) Avril - septembre 1944 Haut fonctionnaire Compagnon de la Libération.
Il poursuit ses activités de représentation commerciale de la France après guerre.
Claude Bonnier (1897-1944) Hypoténuse Région B (Bordeaux) Novembre 1943 - février 1944 Ingénieur des mines Gendre de Pierre Renaudel. Lui-même militant SFIO. Arrêté le , il se suicide en prison. Compagnon de la Libération.
Charles Gaillard (?-?) Triangle Région B (Bordeaux) Septembre 1943 ? Arrivé en métropole le 14 septembre 1943 sur le terrain de Bletterans (Jura)[4].
André Schock (1914-1973) Diagonale Région C (Châlon-sur-Marne) Septembre 1943 - janvier 1944 Correcteur dans la presse, puis employé de commerce Arrêté à Paris et blessé le . Déporté. Compagnon de la Libération. Parlementaire MRP après guerre, puis cadre du secteur privé.
Gilbert Grandval-Hirsch-Ollendorff (1904-1981) Planète Région C (Châlon-sur-Marne) Janvier - septembre 1944 Directeur commercial Compagnon de la Libération. Après la Libération, il commence une carrière diplomatique qu'il quitte en 1955 pour poursuivre une carrière politique dans le mouvement gaulliste de gauche.
Pierre Hanneton (1901-1969) Ligne Région D (Dijon) ? Officier d'active (Lieutenant-colonel) Courte référence à son rôle dans la Haute-Saône. Il est possible que Pierre Hanneton soit un des artisans du ralliement de la Somalie française à la France libre le 29 décembre 1942[8] (à vérifier). Natif de Seine-et-Marne, il terminera sa carrière comme Général de Division de l'Armée Coloniale après de nombreux séjours en Afrique Occidentale Française et en Indochine. Lien vers sa fiche sur le site des français libres.
Jacques Davout d'Auerstaedt (1913-2003) Ovale Région D (Dijon) ? Ingénieur des mines Apparenté au maréchal d'empire Louis Nicolas Davout. Courte biographie.
Valentin Abeille (1907-1944) Fantassin puis Méridien Région M (Le Mans) Septembre 1943 - mai 1944 Sous-préfet de Provins puis de Marseille (révoqué) Décédé des suites de ses blessures subies lors de son arrestation et des tortures infligées par la Gestapo. Compagnon de la Libération.
Jean Kammerer (1914-1944) Parallèle Région M (Le Mans) Mai 1944 au 22 juin 1944 Cadre dans une société de transport Arrêté le près du Mans, vraisemblablement assassiné en prison. Courte biographie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un Français Libre parmi 51811: Louis Mangin
  2. Dictionnaire historique de la Résistance, p. 184
  3. Dictionnaire historique de la Résistance, p. 183
  4. a b et c http://www.plan-sussex-1944.net/francais/pdf/infiltrations_en_france.pdf
  5. a b et c Gilles Lévy et Francis Cordet, A nous, Auvergne, Paris, Presses de la Cite, (ISBN 978-2-258-00048-3)
  6. a et b SHD 17P63 Dossier réseau action R6
  7. A nous Auvergne, p. 239
  8. François Marcot (dir.), Bruno Leroux, Christine Levisse-Touzé et al., Dictionnaire historique de la Résistance : Résistance intérieure et France libre, Paris, R. Laffont, coll. « Bouquins », , 1187 p. (ISBN 978-2-221-09997-1)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Noguères, en collaboration avec Marcel Degliame-Fouché et Jean-Louis Vigier, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Robert Laffont, Paris, 1967, tome 1, juin 1940-juin 1941
  • Henri Noguères, en collaboration avec Marcel Degliame-Fouché et Jean-Louis Vigier, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Robert Laffont, tome 2, 1969, juillet 1941-octobre 1942
  • Henri Noguères, en collaboration avec Marcel Degliame-Fouché, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Robert Laffont, tome 3, 1972, novembre 1942-septembre 1943
  • Henri Noguères, en collaboration avec Marcel Degliame-Fouché, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Robert Laffont, tome 4, 1976, octobre 1943-mai 1944
  • Henri Noguères, en collaboration avec Marcel Degliame-Fouché, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, Robert Laffont, tome 5, 1981, juin 1944-mai 1945, (ISBN 978-2-22100777-8)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]