Robert Ménard

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 Ne pas confondre avec Robert Ménard, réalisateur, producteur et scénariste québécois.
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Robert Ménard
Robert Ménard en 2015.
Robert Ménard en 2015.
Fonctions
Maire de Béziers
En fonction depuis le
(2 ans 5 mois et 22 jours)
Groupe politique Choisir Béziers
Prédécesseur Raymond Couderc
Biographie
Date de naissance (63 ans)
Lieu de naissance Oran (département d'Oran)
Nationalité Drapeau : France Française
Parti politique LCR (1973-1979)
PS (1979-1981)
Diplômé de Université de Montpellier
Profession Journaliste
Religion Catholicisme
Résidence Béziers

Robert Ménard, né le à Oran, est un journaliste et homme politique français.

Il est co-fondateur de l'association Reporters sans frontières (RSF), dont il est le secrétaire général de 1985 à 2008, et du site internet Boulevard Voltaire.

Un temps engagé à gauche, il s'en éloigne progressivement et se rapproche de l'extrême droite. Il se lance dans la vie politique à l'occasion des élections municipales de 2014, à l'issue desquelles il est élu maire de Béziers avec le soutien du Front national, de Debout la République et du Mouvement pour la France. Son mandat, caractérisé par une orientation populiste, est marqué par des polémiques ayant un écho national.

Origines et jeunesse[modifier | modifier le code]

Robert Ménard grandit dans le village aveyronnais de Brusque (ci-haut) puis dans le quartier de la Devèze à Béziers (ci-bas).

Issu d'une famille catholique pied-noir installée en Algérie française depuis 1850[1], Robert Ménard naît en 1953[2]. Il a neuf ans lorsque sa famille, rapatriée d'Algérie[3], s'installe à Brusque dans l'Aveyron[4] puis dans le quartier pauvre de la Devèze, à Béziers[5]. Son père, Émile, est tour à tour commerçant, imprimeur et éleveur de poules[6] ; également syndicaliste communiste[5], il devient membre de l'OAS[7],[8]. L'un des oncles de Robert Ménard est par ailleurs emprisonné pour avoir piloté un avion de putchistes[9].

Robert Ménard suit les cours du collège religieux Saint-Gabriel à Saint-Affrique, et envisage de devenir prêtre, ce à quoi sa mère s'oppose[10]. En mai 1968, il fait fermer son collège[9]. Poursuivant ses études à Montpellier, il choisit la philosophie — choix qu'il décrit comme ne répondant pas à une vocation —, discipline dans laquelle il obtient un diplôme d'études supérieures (DES).

En 1973, au lycée Jean-Moulin à Béziers, à l'époque des manifestations contre la loi Debré de réforme de l'enseignement, il donne des cours de philosophie, pendant les grèves, à des lycéens pour éviter qu'ils ne prennent trop de retard[11].

Toujours à Béziers, il est proche des milieux anarchistes puis trotskistes et milite à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), de 1973 à 1979. Il s'inscrit par la suite au Parti socialiste[3], qu'il rejoint via le courant du CERES, l'aile gauche du PS ; il sera délégué du CERES pour la fédération de l'Hérault au congrès de Metz (6 au 8 avril 1979)[12]. Il démissionne du PS six mois après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, se disant stupéfait par tous ceux « qui se précipitaient sur les places »[1].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Débuts dans le journalisme[modifier | modifier le code]

Dans la mouvance des radios libres, Robert Ménard crée en 1978 Radio Pomarède (du nom d'un bandit de Caux, village du Biterrois exécuté en 1843 à Pézenas[13]), radio qui continue d'émettre malgré l'interdiction du ministère de l'Intérieur[14]. Son objectif initial est de servir son combat contre La Littorale, filiale d'Union Carbide, qui fabrique alors à Béziers le Temik, l'insecticide responsable de la catastrophe de Bhopal[15]. Devenu président de l'Association Consensus Liberté Radio, il est la cible de très nombreuses poursuites judiciaires. Lors d'un de ses procès, François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste, se porte témoin de moralité à son égard[3]. Toujours à Béziers, Robert Ménard participe au lancement en 1979-1980, sous la mandature du communiste Paul Balmigère, d'un nouveau journal gratuit d'informations et d'annonces créé par la Régie Occitane de publicité, intitulé Le Petit Biterrois. Celui-ci est contraint de l'arrêter un an plus tard à la suite de difficultés avec ses annonceurs[3],[16].

Il devient en 1983 journaliste à Radio France Hérault, poste qu'il occupe jusqu'en 1989[3].

À la tête de Reporters sans frontières[modifier | modifier le code]

Robert Ménard crée Reporters sans frontières avec le concours de Rony Brauman, qui l'incite à orienter dans un premier temps l'association vers le suivi des catastrophes internationales.

À la suite d'un voyage au Japon où, avec trois autres journalistes politiques de Montpellier (Rémy Loury, Jacques Molénat et Émilien Jubineau)[6], il découvre le club de la presse de Tokyo, et après avoir entendu Rony Brauman déplorer le peu d'empressement des journalistes à suivre les catastrophes internationales[17], Robert Ménard, s'affirmant choqué par la couverture médiatique des conflits qui surviennent dans le Tiers monde[3], fonde le 25 juin 1985 à Montpellier, avec ses trois confrères, ainsi que Rony Brauman et Jean-Claude Guillebaud, l'association Reporters sans frontières (RSF). Il bénéficie du soutien de François Mitterrand[1] et de Jean-Michel Du Plaa, conseiller général PS de l'Hérault et chef de cabinet du président du conseil général Gérard Saumade[18]. Dans un premier temps, il oriente RSF vers la lutte contre l'indifférence des médias aux conflits perçus comme marginaux[19] et fonde en parallèle un « Observatoire de l'information » qui se consacre à la liberté de l'information ; celui-ci organise notamment un séminaire international en 1988 et publie l'année suivante deux ouvrages sur le sujet (L'information dans le monde aux Éditions du Seuil et L'Atlas mondial des libertés aux éditions Arléa). Au milieu de l'année 1989, l'organisation cesse son activité de reportage et s'intéresse essentiellement à la liberté de l'information[17]. Ménard réussit à faire de RSF l'une des plus grandes organisations de défense de la liberté de la presse dans le monde, ce qui lui vaut d'être interdit de séjour dans de nombreux pays (Tunisie, Cuba, Turquie, Algérie, Burkina Faso) du fait de ses prises de position à ce sujet[20].

Selon Thierry Perret, « l'Afrique est un terrain privilégié pour l'association [...] Robert Ménard a très tôt pris fait et cause pour Pius Njawé, et le patron du Messager du Cameroun, devenu son ami, est assuré d'un soutien sans faille. [...] Robert Ménard, avec sa dégaine d'éternel adolescent, est un agitateur-né, qui ne se cache pas de recourir à toutes les recettes du marketing et de l'action médiatique pour faire avancer la « cause. »[21] Lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine, il organise le soutien matériel et moral à l’équipe d’Oslobodjenje, le seul journal multiethnique de Sarajevo[15]. France Télévisions cite le cas de la prise d'otage de Florence Aubenas pour illustrer le fait qu'il « se fait surtout connaître par sa défense des journalistes en zone de conflit. Mobilisé dès le premier jour [...], Robert Ménard n'hésite pas à faire du lobbying auprès d'entreprises privées comme Sanofi, Pathé, Suez ou Areva, afin de récolter des fonds pour hâter la libération de la journaliste. Il se rapproche même d'Omar Harfouch, un ami du colonel Kadhafi, « mais aussi un ami de RSF, qui répond toujours présent quand on le sollicite », comme il l'explique au Monde en mai 2005. »[22]

Déploiement, à Paris en 2008, du drapeau de RSF représentant les anneaux olympiques sous forme de menottes accompagné de la mention « Beijing 2008 ».

Robert Ménard est promu chevalier de la Légion d'honneur le 23 mars 2008[23] sur proposition de Bernard Kouchner[24]. Hasard du calendrier, il ne l’apprend que le lendemain par les médias, alors que des images de quelques manifestants de RSF perturbant la cérémonie d’allumage de la flamme olympique en Grèce[25] font le tour du monde. En effet, afin de protester contre les violations des droits de l'homme en Chine avant les Jeux olympiques en Chine, Ménard a décidé de s’approcher de la tribune officielle lors du discours du responsable chinois à Olympie sous le slogan : « Freedom in China ! »

Robert Ménard s'est fortement mobilisé, en tant que président de RSF, pour la libération des journalistes Florence Aubenas et Pius Njawé.

Il organise des manifestations lors du passage de la flamme à Paris : plusieurs grimpeurs accrocheront des drapeaux représentant les anneaux olympiques sous forme de menottes, symboles de la campagne de RSF, sur un grand nombre de monuments emblématiques de Paris. Lui-même grimpera, de nuit, sur Notre-Dame, afin d’y brandir ce drapeau avec le journaliste Jean-François Julliard et les écrivains voyageurs Sylvain Tesson et Priscilla Telmon[26],[27].

Quelques mois plus tard, il est interpellé sur les Champs-Élysées, alors qu’il proteste contre la présence du président syrien Bachar el-Assad à la tribune officielle du défilé du 14 juillet 2008[3].

Au cours de son mandat, Robert Ménard a été accusé de manquer d'objectivité dans le traitement de la liberté de la presse dans le monde. Jean-Claude Guillebaud, cofondateur de RSF, quitte l'agence en 1993 en regrettant qu'elle ait abandonné la critique des médias français ; selon lui et Acrimed, ce changement s'est opéré à l'initiative de Ménard, dans le but d'obtenir leur soutien[28],[29]. Cette attitude sera de fait assumée par l'intéressé, notamment dans son livre Ces journalistes que l'on veut faire taire (2001), où il écrit qu'en s'attardant sur le cas de la France, « nous risquons de mécontenter certains journalistes, de nous mettre à dos les grands patrons de presse et de braquer le pouvoir économique. Or, pour nous médiatiser, nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien des patrons de presse et de l'argent du pouvoir économique ». Mais, en juin 2004, il rachète et relance la revue trimestrielle Médias pour répondre aux critiques lui reprochant de se préoccuper davantage des journalistes emprisonnés à l’étranger que de la situation des médias en France[3][réf. insuffisante]. Stéphane Courbit devient actionnaire du titre à la fin de 2007[30],[4].

Jean-Claude Guillebaud juge également RSF trop proche de la presse anti-Chávez au Venezuela et trop peu critique à l'égard des États-Unis[28], tandis que Jean-Luc Mélenchon fait grief à Ménard de s'attaquer systématiquement aux cibles des néoconservateurs américains[31]. De son côté, Jacques-Marie Bourget accuse RSF d'avoir « cessé de compter les journalistes blessés ou tués par des GI ou des soldats de Tsahal », et d'avoir signalé trop tardivement le cas de Sami al-Haj, journaliste soudanais emprisonné à Guantánamo[32]. Quant à l'écrivain et journaliste Maxime Vivas, il affirme que plusieurs officines-écrans de la CIA ont subventionné RSF[33], ce que Ménard conteste formellement[34].

Rony Brauman, autre cofondateur de RSF qui quitte l'organisation en 1995, dénonce, pour sa part, l'autoritarisme de Ménard à la tête de l'ONG[29] : « J'ai vu l'autre Ménard, le petit tyran domestique, sortir de sa chrysalide. Il a un ego exagérément enflé, qui le pousse à être excessif. »[35] Alla Lazaréva, ancienne correspondante de RSF, tient des propos similaires : « Monsieur Ménard aspire trop à substituer sa propre personne à la cause entière de la liberté de la presse. »[32]

Centre pour la liberté de l'information à Doha[modifier | modifier le code]

Dominique de Villepin et Patrick Poivre d'Arvor intègrent le conseil d'administration du centre pour la liberté de l'information à Doha au Qatar sous la direction de Robert Ménard.

Le 30 septembre 2008, Robert Ménard annonce brusquement sa démission et quitte la direction de Reporters sans frontières. Le 1er mars de la même année, après une proposition faite à Cheikha Mozah[36], Robert Ménard avait pris les fonctions de directeur général du centre pour la liberté de l'information à Doha au Qatar créé en décembre 2007 sous l'impulsion de RSF[37], censé accueillir et soutenir des journalistes persécutés dans leur pays, et doté d'une subvention annuelle de 3 millions de dollars par l'émir[38]. Son conseil d’administration comptait entre autres Patrick Poivre d’Arvor et Dominique de Villepin[38]. Les détracteurs de l'ancien secrétaire général de RSF s'étonnèrent de cette reconversion dans un pays qui n'a rien d'une démocratie : le pouvoir y est transmis par hérédité et la presse n'a pas le droit d'émettre des critiques contre la famille régnante ni le gouvernement[39]. RSF elle-même « classait régulièrement le Qatar au fin fond du tableau de la liberté de la presse, vers la 80e place »[36]. Mais Jean-François Julliard indiquait en décembre 2008 : « Chaque semaine ou presque, nous faisons des propositions de projets à soutenir ou de gens à aider : des médias touchés par un cyclone en Haïti, par exemple, qui auraient besoin d'un groupe électrogène. Le Centre de Doha répond aux besoins »[37].

Après avoir menacé de démissionner du centre en mars 2009[36], Ménard finira par passer à l'acte en juin 2009, estimant qu'il n'a « plus ni la liberté ni les moyens de travailler »[40],[41]. Maxime Vivas soutient que la prétention de Ménard à gérer seul l'argent du Centre s'est heurtée au droit de regard confié par l'émir à l'un de ses parents, membre du conseil d'administration[42]. De son côté, Télérama affirme : « Le président du conseil d’administration du Centre de Doha, Sheikh Hamad Bin Thamer Al Thani — qui n’est autre que le président de la chaîne de télévision Al Jazeera — a visiblement tout fait pour bloquer la machine. Querelle de pouvoir au sein des cercles dirigeants de l’émirat ? C’est la version donnée par l’entourage de l’ex secrétaire général de RSF »[36].

Retour au journalisme[modifier | modifier le code]

Après son départ de RSF, il revient au journalisme en tant que chroniqueur et éditorialiste sur une ligne réactionnaire dans des talk-shows de grande écoute, et voit ainsi sa notoriété s'accroître[43],[44].

Fin 2008, il crée la maison d'édition Mordicus[45].

Entre fin 2009 et juillet 2010, il reçoit un invité chaque matin à 11 h 5 dans Ménard sans interdit, sur la chaîne d'information en continu I-Télé. Toujours sur la même chaîne, il rejoint l'équipe du 17 h-20 h (L'Info sans interdit) de Julian Bugier et Sonia Chironi pour renouveler son entrevue déplacée à 17 h 45 et ses éditoriaux, bien qu'il soit toujours présent dans la tranche h-h de la chaine, pour différents éditoriaux et échanges avec le journaliste Claude Askolovitch.

Après avoir été remercié de RTL, où il disposait d'une chronique et participait à l'émission On refait le monde[46],[47], il prend la tête de la matinale de Sud Radio[48] (h-h 30) en août 2011.

En juin 2012, la revue trimestrielle Médias, dirigée par lui-même et Emmanuelle Duverger, doit s'arrêter en raison notamment d'une baisse de 80 % des recettes publicitaires en deux ans, que les dirigeants attribuent à « sa réputation sulfureuse »[49]. L'année précédente, RSF, qui était détentrice de parts dans la société qui publie le magazine, avait indiqué vouloir se séparer de celles-ci par la voix de son président Jean-François Julliard[50]. Stéphane Courbit, actionnaire, avait également décidé de jeter l'éponge[49]. Médias avait notamment ouvert ses colonnes à Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen, Alain Soral, Renaud Camus, Christian Vanneste, ou encore Pierre Cassen de Riposte laïque, ce qui témoigne déjà, selon Marine Turchi de Mediapart, de l'évolution politique de Robert Ménard[51].

La chaîne d’information i-Télé lui signifie en juillet 2012 l’arrêt de son émission Ménard sans interdit, programmée chaque jour à 17 h 45. Céline Pigalle, nouvelle directrice de la rédaction de la chaîne d'information en continu, estime que « le rendez-vous de Robert Ménard constituait le moment où on ne savait [...] plus si c'était un journaliste ou s'il exprimait une opinion ». Le journaliste refuse la proposition de la chaîne de devenir l'un de ses éditorialistes et s'estime « débarqué ». La direction d'i-Télé assure pour sa part que l’arrêt de ce programme s’est fait en concertation avec Robert Ménard[52]. Ce dernier affirmera plus tard avoir été « congédié d'i-Télé après avoir invité l'historien de l'Afrique Bernard Lugan »[5].

En septembre 2012, il rejoint le Comité consultatif international de Channel 9, une chaîne de télévision géorgienne contrôlée par l'homme d'affaires et politique Bidzina Ivanichvili[53].

Le 1er octobre 2012, il lance avec son épouse Emmanuelle Duverger, Dominique Jamet et Denis Cheyrouze[54], un site d'information intitulé « Boulevard Voltaire » et dont le contenu est fourni par des éditorialistes comme André Bercoff, Éric Brunet, Gilles-William Goldnadel, Pierre Hillard, Jean Sévillia ou Denis Tillinac[55],[56].

Le , il annonce se retirer du site pour se consacrer à la mairie de Béziers[57].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Évolution de son positionnement[modifier | modifier le code]

Durant sa période à la tête de RSF — et sans que cela apparaisse évident auprès des observateurs, ou auprès de ses collaborateurs —[50],[58], il s'éloigne de ses idées de gauche et s'oriente de plus en plus vers la droite. Il en arrive, au tournant des années 2010, à se rapprocher de l'extrême droite française[59], bien qu'il assure penser « pis que pendre » de certains de ses représentants. Dans le même temps, il se coupe de quasiment tous les intellectuels et journalistes de gauche qu’il côtoyait avec son épouse[60]. Cette évolution suscite l'incompréhension de ses anciens amis de l'époque RSF. Robert Ménard perçoit quant à lui son parcours politique comme l'histoire d'une « maturation » : « Peut-être est-ce ça, devenir adulte ? Je dis ouvertement des choses que je pensais sans oser les dire ou me les avouer »[35]. Alors que Robert Ménard affirme qu'il a « toujours été réactionnaire », le journaliste Jacques Molénat y voit une surprise pour « ceux qui l’ont vu tourner les talons plutôt que de serrer la main de Bruno Mégret » ou faire appel à Jean Cardonnel, « icône à Montpellier des bobos et des gauchos », pour bénir son troisième mariage[15]. Il est par ailleurs un « europhile proclamé »[7].

À l'élection présidentielle de 2007, il indique avoir voté pour François Bayrou au premier tour, puis pour Nicolas Sarkozy au second tour[35]. À l'élection présidentielle de 2012, il indique avoir voté pour Nicolas Dupont-Aignan au premier tour (tout en étant « en désaccord avec ce qu’il dit sur l’Europe »[58]), puis pour Nicolas Sarkozy au second tour (« en se bouchant le nez », précise-t-il)[7]. Il indique à ce sujet : « J’essaye de bricoler, je n’ai pas un parti avec lequel je suis d’accord »[58].

À partir de 2010, Robert Ménard assiste ou intervient lors de différents débats, conférences, colloques tenus par des personnalités ou des organisations d'extrême droite : Bloc identitaire[35], Jacques Bompard[61], Troisième Voie[62], le Local de Serge Ayoub[63] ; il participe également à l'université d'automne de l'Union populaire républicaine (UPR) de François Asselineau en 2012[64]. Interrogé à ce sujet, il explique qu'il veut débattre avec tout le monde[65].

En 2011, ses déclarations à l'antenne de RTL, où il dit comprendre le vote Front national et dénonce le manque de représentation de ce parti au niveau des conseils généraux, suscitent une certaine émotion[66]. Son ouvrage Vive Le Pen ! suscite de vives réactions, en particulier chez RTL, radio qu'il finira par quitter[46]. Robert Ménard explique à propos de ce pamphlet :

« Je ne voterai pas Front national mais je pense que ce parti, qui doit être considéré comme républicain aussi longtemps qu'il ne sera pas interdit, doit bénéficier du droit à la liberté d'expression. Je dirais la même chose du Front de gauche ou de la Ligue communiste révolutionnaire. Défendre la liberté d'expression n'est pas défendre l'extrême droite[67]. »

En septembre de la même année, il déclare sur l'antenne de RTL à propos de Marine Le Pen :

« Elle pose des questions qui sont des vraies questions. Contrairement à ce que disent les gens, elle apporte des réponses qui sont des réponses […]. Elle piétine une classe politique qui est dans l'incapacité totale de résoudre les problèmes qu'il y a[68]. »

Ces rapports sont prolongés par le soutien qu'apporte le Front national à sa candidature aux élections municipales de Béziers en 2014. À cette occasion, Robert Ménard déclare au Monde :

« Je n'ai pas la carte [du FN] et je ne la prendrai jamais, pas plus que celle d'un autre parti. Cela dit, je suis d'accord avec 80 % de leurs idées, notamment celles sur l'immigration[35]. »

Il affirme également qu’il n’a « jamais voté Le Pen[69]. » D'après Rue89, « Robert Ménard valide une grande partie de leur programme (la préférence nationale aussi), seul « le programme économique » lui pose problème. Le jour où le FN reviendra sur la sortie de l’euro, il est possible que Ménard bascule dans le Rassemblement bleu Marine. Dans ce cas, il est probable qu’il l’assumera pleinement. L’ancien patron de RSF n’a pas peur de l’isolement que cela pourrait provoquer[60]. » Il précise concernant ses désaccords avec le FN : « Les gens attachent trop peu d'importance au fait qu'on ne se fasse plus la guerre sur ce continent, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas renégocier les traités. Autre désaccord, ma vision économique est infiniment plus libérale que celle de Marine Le Pen »[70].

Robert Ménard réalise, avec son épouse, un livre d'entretiens avec Jean-Marie Le Pen, qu'il fréquente depuis longtemps. La parution de l'ouvrage, initialement prévue pour octobre 2013 aux éditions Jacob-Duvernet, est repoussée à la demande du couple, alors que Robert Ménard est en campagne pour la mairie de Béziers. Ce dernier explique à son éditeur « qu'il ne souhaite pas gêner ses alliés pour les municipales, ni renforcer l'idée qu'il est un sous-marin du Front national ». Il affirme également que « le livre était loin d'être terminé »[71]. Il nie avoir reçu des pressions de la part de Marine Le Pen pour ne pas publier l'ouvrage comme l'affirme le magazine Marianne[72].

Durant cette période, il apparaît comme une figure de la dédiabolisation du Front national[7],[73].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Liberté d'expression[modifier | modifier le code]

Influencé par l'ancien président de l'Agence France-Presse Claude Moisy, Robert Ménard défend une « approche américaine de la liberté d’expression »[60]. Vincent Brossel, ancien responsable de RSF, affirme : « Lorsqu'il a découvert le premier amendement de la Constitution américaine qui la garantit, ça a été pour lui une révélation. Il est devenu très américanophile, même s'il ne parle pas un mot d'anglais »[35]. Robert Ménard précise qu'il tolère « seulement deux » exceptions à la liberté d'expression : « les appels explicites à la violence et les attaques ad hominem »[70].

Il a écrit plusieurs ouvrages à ce sujet, dont La Censure des bien-pensants en 2003 avec son épouse Emmanuelle Duverger, ou encore Vive Le Pen ! publié en 2011 et également coécrit avec Emmanuelle Duverger, dans lequel ils affirment : « Défendre la liberté d’expression, aujourd’hui, revient fatalement à défendre celle de la droite extrême et de tous ceux qui y sont assimilés. Pour les autres, pas de problème »[60]. Il relie ce phénomène au fait que, selon lui, « presque tous les journalistes sont de gauche »[35].

Il a ainsi donné la parole à Thierry Meyssan[74], à Bernard Lugan ou à Alain Soral[24] ; il a soutenu l'humoriste Dieudonné et le journaliste Éric Zemmour[75] ; il s'est opposé à l'interdiction en France de la chaîne du Hezbollah Al-Manar et à toutes les lois réduisant la liberté d'expression[1], dont la loi Gayssot[24],[76] contre laquelle il a signé en 2010 une pétition qui appelait à la libération de Vincent Reynouard[60].

Peine de mort[modifier | modifier le code]

Suscitant la polémique à la suite de déclarations favorables à la peine de mort sur France Inter[77] et i-Télé, il affirme qu'il a « toujours été pour la peine de mort dans certains cas », et qu’il ne considère pas nécessairement son abolition comme « un droit de l’homme »[78]. Il précise : « Il va de soi que cette solution radicale n'est valable que si on est sûr à 100% que les gens sont coupables »[79].

Torture[modifier | modifier le code]

En 2007, à propos de l'affaire de l'assassinat de Daniel Pearl, Robert Ménard déclare que l'usage de la torture pour sauver une ou plusieurs vies représente « une vraie question » et que l'on peut s'interroger sur la légitimité de son emploi dans certains cas. Le site Rue89 l'accuse à cette occasion de vouloir légitimer la torture[80],[77].

Mariage homosexuel[modifier | modifier le code]

Il se dit « fier d'avoir été de tous les défilés de La Manif pour tous » contre l'ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe[35]. Candidat à la mairie de Béziers, il affirme qu'il ne célébrera « aucun mariage homosexuel » s'il est élu[81]. Il se défend de toute homophobie[35].

Islam et laïcité[modifier | modifier le code]

Robert Ménard se dit notamment à l'écoute de l'écrivain Renaud Camus sur la question de l'islam.

D'après son épouse, Robert Ménard et elle-même ont « évolué sur la question de l’islam » et « entamé « une phase de réflexion » sur le danger d’un islam conquérant, agressif », en étant à l'écoute d'intellectuels comme Renaud Camus ou Michèle Tribalat. L'intéressé admet ainsi avoir changé d’avis sur l’interdiction du foulard à l’école, à laquelle il n'est plus opposé. Il déclare également que « le voile est un problème par sa présence massive »[60]. Par ailleurs, il répète régulièrement sur son blog que l'islam n'est pas soluble dans la démocratie[82],[83].

Néanmoins, il affirme également, en 2013 : « je combats l’idée que l’islam serait ontologiquement un problème, c’est une monstruosité »[60]. En 2010, il déclare que la loi contre la burqa est une « ineptie », mais également qu'il n'a « aucune envie qu’il y ait autant de mosquées que d’églises dans notre pays »[1]. Dans un entretien filmé datant de 2011, Robert Ménard explique que, par souci d’égalité des religions, il ne serait « pas choqué par un financement d’État des mosquées ou des autorisations données à des processions musulmanes ». Cette vidéo circulant lors de sa campagne pour la mairie de Béziers, il dénonce une « magouille » et une « tromperie »[69].

Alors animateur sur Sud Radio, il parraine, avec d'autres figures telles que Nicolas Dupont-Aignan, le prêtre Michel Lelong et l'imam Tareq Oubrou, le collectif islamique Fils de France présidé par Camel Bechikh, officiellement lancé en mars 2012. Le politologue Gilles Kepel indique que « ces personnalités lui apportent une visibilité médiatique et diffusent les principaux entretiens publics accordés par l'association militante au cours des trois premières années »[84].

Maire de Béziers[modifier | modifier le code]

Robert Ménard est élu maire de Béziers face à Élie Aboud (UMP) (en haut), candidat de la majorité municipale sortante alors dirigée par Raymond Couderc (UMP) (en bas).

Campagne électorale[modifier | modifier le code]

Robert Ménard brigue la mairie de Béziers lors des élections municipales de 2014 avec une liste transpartisane[85] qui doit rassembler de « la gauche à l'extrême droite »[22] : celle-ci est composée de six militants du Front national, un du Rassemblement bleu Marine, trois de Debout la République, un du Rassemblement pour la France, et de six UMP ou ex-UMP ; soit un quart de candidats encartés, d'autres ayant « toujours voté à gauche » d'après Robert Ménard[86]. Il est opposé à Élie Aboud pour l'UMP, député et membre de l'équipe municipale du maire Raymond Couderc ; à Jean-Michel Du Plaa pour le PS, un ami de longue date[8] ; et à Aimé Couquet, candidat du Front de gauche.

Soutiens de Debout la République et du Front national[modifier | modifier le code]

Il commence sa campagne avec un petit groupe de militants de Debout la République (DLR), le parti de Nicolas Dupont-Aignan[7] : Grégoire Annet, chef de file biterrois de DLR, est notamment le secrétaire général de l'association Choisir Béziers présidée par Robert Ménard[87].

En mai 2013, il annonce qu'il accepte le soutien du Front national, tout en maintenant le caractère « apolitique » de sa liste[88]. Marine Le Pen avait d'abord envisagé d'investir une liste FN à Béziers, avant de se raviser devant la réaction de Robert Ménard[8]. Par ailleurs, Guillaume Vouzellaud, figure locale du FN à Béziers, aurait rejoint Robert Ménard s'il n'avait pas été victime d'un « burn-out »[60].

En septembre 2013, Nicolas Dupont-Aignan annonce officiellement son soutien à Robert Ménard et à un « programme de salut public »[89]. Le député-maire d'Yerres affirme qu'il l'a « poussé à se présenter avant même qu’il n’ait le soutien du FN »[90], mais concède : « À la suite de la déclaration de Marine Le Pen, il est vrai, j'ai beaucoup réfléchi. Mais une fois que j'avais donné mon soutien, il était difficile de le retirer » ; ajoutant qu'il l'aurait fait si Robert Ménard avait adhéré au Rassemblement bleu Marine. Mais pour Louis Aliot, vice-président du FN, « il en est de facto. Cela étant, Robert Ménard prend un peu trop de pincettes avec l'étiquette FN. S'il donnait l'impression de porter l'image malgré lui, il pourrait désarçonner une partie de notre électorat, qui n'aime pas être stigmatisé et apprécie la franchise »[91].

En novembre 2013, Robert Ménard indique que Nicolas Reynès, secrétaire départemental des jeunes du FN et membre de son équipe de campagne, ne figurera pas sur sa liste, après que L'Express a rappelé son retrait de l’investiture du Front national en 2012 dans le Nord-Pas-de-Calais, où il était candidat aux législatives, pour avoir publié sur sa page Facebook des photos de femmes blanches nues, images trouvées sur un site néonazi[92].

Le , il accueille Marine Le Pen à l'aéroport de Montpellier et l'accompagne jusqu'à Sète où elle doit tenir un meeting le soir-même. Celle-ci lui apporte un soutien sans ambiguïté[93]. Marion Maréchal-Le Pen est la seule dirigeante du FN qu'il invite dans le cadre de sa campagne, expliquant qu'elle « incarne une sensibilité qui [lui] est très proche, conservatrice, plutôt libérale, et croyante »[94],[95].

Soutiens divers à droite[modifier | modifier le code]

Robert Ménard reçoit également l’appui du Rassemblement pour la France (RPF) de Christian Vanneste[96], qui est représenté par Brice Blazy et dit apprécier la personnalité du candidat ainsi que « ses valeurs conservatrices sur les questions liées à la famille »[91] ; d’une responsable de l’UDI (promise à l’exclusion) ; et d’encartés UMP[97]. Son équipe compte en outre deux figures du Bloc identitaire (Arnaud Naudin et Christophe Pacotte)[98]. Robert Ménard indique à leur sujet en octobre 2013 : « Ils nous aident dans la campagne. Ils sont les bienvenus »[99]. Néanmoins, Nicolas Dupont-Aignan dit peu apprécier ces relations[91]. En novembre 2013, il enregistre le soutien d'Annie Schmitt, deuxième adjointe au maire Raymond Couderc[100]. En décembre 2013, c'est Philippe de Villiers et son parti, le Mouvement pour la France, qui apportent leur soutien au journaliste[101]. Le blog dédié à sa campagne est lancé avec l'aide technique de Denis Cheyrouze[54]. Nicolas Lebourg relève que Robert Ménard « a fait campagne en rassemblant toutes les chapelles, du FN au Bloc identitaire en passant par l'Action française »[102].

Contenu de la campagne[modifier | modifier le code]
Certains observateurs comparent la campagne menée par Robert Ménard à celles de Jacques Bompard (en haut) à Orange et de Louis Aliot (en bas) à Perpignan.

L'historien Nicolas Lebourg observe une campagne axée sur la sécurité et « nettement plus proche des conceptions d’un Jacques Bompard, maire d’Orange depuis une vingtaine d’années, que de celles volontairement clivantes d’un Bruno Mégret à Vitrolles. L’angle est populiste, sans ostentation excessive. L’accent est plus mis sur la nécessité de redonner une cohérence à un territoire que sur des positionnements idéologiques »[103]. Il fait l'essentiel de sa campagne sur le redressement et la réhabilitation du centre-ville[104]. Comme les deux autres principaux candidats, il propose de mettre en place un droit de préemption des baux commerciaux dans le centre-ville, où il souhaite « installer des boucheries, des petits commerces »[83].

Les universitaires David Giband et Marie-Anne Lefèvre mettent en avant les points communs des discours de campagne de Robert Ménard et Louis Aliot à Perpignan, à savoir « des propositions mettant en avant la préférence communale et la baisse de la fiscalité, nouveaux référents de l’action politique de l’extrême droite, renvoyant au second plan la lutte contre l’insécurité ou l’immigration. Aliot et Ménard, en dénonçant les « trois piliers » du déclin (clientélisme, communautarisme et affairisme), entonnent un même discours antisystème »[105].

Élection[modifier | modifier le code]

Robert Ménard sort nettement en tête du premier tour en recueillant 44,88 % des suffrages exprimés, devant Élie Aboud pour l'UMP (30,16 %), Jean-Michel Du Plaa pour le PS (18,65 %), et Aimé Couquet pour le Front de Gauche (6,29 %). Les deux listes de gauche fusionnent pour le second tour derrière Jean-Michel Du Plaa, qui refuse de se retirer comme le requiert le Parti socialiste afin de constituer un front républicain, et se voit donc retirer son investiture[106].

Robert Ménard sort à nouveau en tête du second tour, au terme d'une triangulaire, en recueillant 46,98 % des suffrages exprimés, contre 34,62 % pour Élie Aboud et 18,38 % pour Jean-Michel Du Plaa[107]. David Giband et Marie-Anne Lefèvre soulignent l'« homogénéité spatiale et la stabilité entre les deux tours » du vote en faveur de Robert Ménard ; ses scores les plus élevés sont situés dans les quartiers pavillonnaires voisins des cités d’habitat social les plus difficiles et dans une partie des quartiers centraux[105].

Le succès de Robert Ménard peut s'expliquer par plusieurs raisons :

  • ses origines biterroises — il est connu localement pour son investissement dans les radios libres[108] — et pieds-noirs, sur lesquelles il s'est appuyé pendant la campagne en envoyant notamment des courriers ciblés à la communauté des rapatriés d’Algérie, très nombreuse à Béziers[109] ;
  • une image jugée rassembleuse et ambiguë, due à son statut de créateur de Reporters sans frontières, à sa notoriété nationale et au fait qu'il ne soit pas encarté[109],[108] ;
  • sa couverture médiatique qui lui a permis de pallier une faible implantation locale[105] ;
  • une campagne de terrain active et commencée très tôt[108],[110] ;
  • l'essoufflement de l'UMP, usée localement après la direction de la ville pendant 19 ans par Raymond Couderc (présent sur la liste d'Élie Aboud), et qui s'est appuyée sur un système clientéliste typique de la façade méditerranéenne mais en situation de crise et facile à dénoncer[108],[82],[109],[111] ;
  • le manque de légitimité du candidat UMP Élie Aboud, battu sur le fil lors des élections législatives de 2012 avant de prendre sa revanche[108], et qui s'est heurté à une partie de la droite biterroise ainsi qu'aux velléités de Couderc pour la présidence de l’agglomération[105] ;
  • la faiblesse structurelle et ancienne de la gauche locale[108] ;
  • le choix de Jean-Michel Du Plaa de se maintenir au second tour, qui a potentiellement privé Élie Aboud de la victoire[112] ;
  • l'indifférence des Biterrois issus de l'immigration à l'égard du soutien que lui apporte le Front national[82], et plus globalement, l'acculturation de la population au discours frontiste après le durcissement de la droite locale[108] ;
  • le fait d'avoir su prospérer sur le lent déclin économique de la ville, en cours depuis les années 1980[108],[111], et en particulier dans le centre-ville[83],[105]. Pour le politologue Emmanuel Négrier, les Biterrois « montrent une tendance dépressive qui alimente un discours victimisant, terreau particulièrement favorable pour le FN »[113]. D'après Nicolas Lebourg, Béziers est devenue, comme sa voisine Perpignan, « une des villes les plus inégalitaires de France — or les travaux du politiste Joël Gombin ont justement montré que le vote FN est depuis 2009 facteur du coefficient de Gini, le calcul de l’inégalité de la répartition des richesses sur un territoire »[114]. L'Obs met en exergue le rôle de Raymond Couderc dans cette situation : « En ouvrant des zones franches à la périphérie, Couderc avait provoqué l'exode des professions libérales, avocats, médecins, assureurs, partis vivre dans les villages environnants. Même conséquence avec la création du Polygone, mall à l'américaine où se succèdent restaurants, salles de cinéma et boutiques trendy. Laissé en déshérence, vidé de ses magasins, le centre-ville a été investi par une population pauvre, Gitans et Maghrébins. À la sortie de certaines écoles élémentaires, il n'est pas rare de ne voir que des femmes voilées »[115].

Les universitaires David Giband et Marie-Anne Lefèvre rapprochent la victoire de Robert Ménard du score élevé réalisé à Perpignan par Louis Aliot (FN) lors des mêmes élections : ils voient en effet dans ces deux résultats l'émergence de « “nouveaux” maîtres du Sud » — reformulant ainsi une expression d'Emmanuel Négrier, dans l'intérêt de « révéler l’ancrage d’acteurs politiques à l’extrême droite et le changement d’une époque en Languedoc-Roussillon »[105]. De même, le chercheur Philippe Subra estime que ces deux résultats « symbolisent la stratégie de normalisation et la capacité de rassemblement d'un nouveau FN « entre extrémisme, populisme et démocratie » [Wieviorka 2013] »[116].

Exercice du mandat[modifier | modifier le code]

Robert Ménard en meeting politique à Toulouse, le 18 mai 2015.

D'une manière générale, Nicolas Lebourg confirme la proximité du positionnement de Robert Ménard avec celui de Jacques Bompard dans l'exercice de son mandat, les deux hommes faisant preuve d'« un même populisme localiste assumé » et de « positons proches de celles des Identitaires »[117]. Rue89 affirme également que Robert Ménard « copie-colle la politique de Jacques Bompard à Orange »[118]. L'universitaire Emmanuel Négrier classe Robert Ménard dans le profil-type des maires FN élus en 2014 qui, en phase avec leurs électeurs, développent des « passions tristes (crainte, envie, nostalgie, espérance, etc.) » et mettent en œuvre un « local-populisme » qui s'exprime par « l’espérance d’une autorité, du chef qui en réfère directement au peuple local, et fustige les corps intermédiaires » ; des mesures de type « belliqueux » ; et la nostalgie d'un « paradis perdu »[119].

Alors que son mandat est marqué par de nombreuses polémiques dont l'écho est national, David Giband, professeur en géographie, considère que « la provocation participe de l'habillage politique de Robert Ménard, comme de tous les élus d'extrême droite », et que « cela ne change pas la donne » sur le plan électoral[111]. Pour le politologue Jean-Yves Camus, les mesures polémiques sont « une manière pour Robert Ménard, qui n’est pas parvenu à conquérir la communauté d’agglomération et voit donc sa capacité d’action limitée, de faire parler de lui. Ce qui signifie qu’il s’efforcera, tout au long du mandat, de présenter des options clivantes, afin d’attirer l’attention sur sa gestion locale, comme il s’y emploie déjà »[120]. Selon le géographe Dominique Crozat, Robert Ménard développe « une double stratégie. Derrière la forte agitation médiatique tout en dénonçant une "propagande médiatique permanente" dont il serait la victime, il faut distinguer une communication omniprésente destinée à servir de substitut à l'action et une propagande néo-fasciste »[121].

Son mandat se caractérise par une forte personnalisation du pouvoir[122]. En octobre 2015, alors que L'Obs souligne que Robert Ménard « est un maire populaire »[115], Jean-Michel Du Plaa, opposant socialiste, reconnaît  : « S'il y avait une élection aujourd'hui, une majorité d'électeurs le reconduirait » car « les gens retiennent ses mesures d'affichage »[123]. Emmanuel Négrier considère que Robert Ménard est susceptible d'incarner le changement du Front national après les échecs passés du parti à gérer des municipalités, et de faire de Béziers un « symbole politique »[124]. En revanche, à la même période, les chercheurs Sylvain Crépon, Alexandre Dézé et Nonna Mayer voient dans « la politique menée à base de coups d'éclat à Béziers par Robert Ménard », un exemple des « débuts chaotiques » de « certaines des municipalités dirigées par le FN »[125].

Pouvoirs de police[modifier | modifier le code]

Après avoir fait de la sécurité l’une de ses priorités de campagne, Robert Ménard entame son mandat en remplaçant le chef de la police municipale[126] et en recrutant dix nouveaux policiers municipaux[127]. En novembre 2014, Midi libre fait le point sur le renforcement en cours de la police municipale : une brigade canine a vu le jour ; des revolvers 38 spécial, des tasers et des caméras embarquées ont été commandés ; la création d'une brigade équestre, l'armement des policiers et l'élargissement de leurs horaires sont prévus pour la fin de l'année[128]. En 2015, les effectifs de police ont doublé depuis le début du mandat de Robert Ménard, passant à 70 agents[115].

Au début de son mandat, Robert Ménard prend un arrêté municipal qui prévoit un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans de 23 heures à 6 heures en période estivale, dans l'hypercentre-ville de Béziers et la Devèze, le quartier « sensible » de la ville. Bien que des mesures similaires aient été prises précédemment dans plusieurs villes françaises[129], cet arrêté crée la polémique[130]. Saisi par la Ligue des droits de l'homme, le tribunal administratif retoque la mesure en la réduisant à l'obligation pour la police de ramener les enfants non accompagnés à leur domicile, disposition qui existait déjà[131].

Après l'arrestation d'un forcené sur le territoire communal[132], la ville de Béziers mène au début de 2015 une campagne d'affichage pour signaler l'armement de la police municipale qui suscite une polémique nationale et la condamnation du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve — les affiches en question arborent un pistolet semi-automatique sous la phrase : « Désormais la police municipale a un nouvel ami »[133],[134].

En mai 2014, il instaure une verbalisation de 35 euros pour les déjections canines et des sanctions contre le stationnement illicite[135]. En juin 2014, il décide d'instaurer des séances de rappel à l'ordre, dans la salle du conseil municipal, pour les auteurs de petits délits ou de simples incivilités, et menace de stopper le versement des aides sociales de la Ville à ceux qui refuseraient de venir[136]. En septembre 2014, il prend un « arrêté anti-crachat dans l'espace public »[137]. En janvier 2016, il impose aux « riverains de nettoyer le trottoir devant [leur] pas-de-porte »[138]. En avril 2016, il annonce son intention de lancer un fichage ADN des quelque 1 000 à 1 500 chiens du centre-ville, afin de pouvoir verbaliser les propriétaires laissant les déjections de leur animal sur la voie publique, ce qui d'après lui ferait de Béziers la première ville française à prendre une telle mesure[139],[140]. En septembre 2016, le juge des référés suspend l'arrêté qui met en oeuvre cette mesure[141].

En mai 2014, il prend un arrêté interdisant d'étendre en journée le linge aux balcons et fenêtres donnant sur les rues du centre-ville[135]. Ce dernier est largement relayé par les réseaux sociaux et les médias nationaux, ce qui suscite l'étonnement d'Arnaud Gauthier de Midi libre pour qui il s'agit d'« une décision comme en prennent de nombreux syndics de copropriété... dans l’indifférence générale, dans une normalité absolue »[142]. Cet arrêté n'est en fait pas appliqué[143],[144]. Dans la continuité de son prédécesseur Raymond Couderc, il met en place un plan visant à mettre fin à « la pollution visuelle que constituent les paraboles dans le périmètre du secteur sauvegardé de la ville »[145].

Dans le contexte de l'état d'urgence consécutif aux attentats du 13 novembre 2015, estimant que « s'impose une clarification des activités » des mosquées de la ville, Robert Ménard demande à leurs dirigeants de signer une charte, jugée « draconienne » par Le Point[146]. Cette charte est signée par les représentants de deux mosquées sur les cinq présentes à Béziers[147]. En décembre 2015, il annonce la création d'une « garde biterroise » composée d'ex-gendarmes, ex-militaires ou pompiers non armés et bénévoles, sous statut de « collaborateurs occasionnels du service public », chargée de signaler tout acte suspect et ayant vocation à exister tant que l'état d'urgence sera maintenu[148]. Alors que certains responsables de la police municipale et nationale affichent leur perplexité[149], le préfet dépose deux référés, estimant que la mesure « porte en elle les germes de dérives pas acceptables »[150] : l'un en urgence pour empêcher l'application de la décision ; et un autre demandant l’annulation de la décision municipale. En janvier 2016, le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier suspend par une ordonnance l’exécution de la délibération du conseil municipal de Béziers créant la « garde biterroise ». Le juge précise qu'il fait « application d’une jurisprudence constante, selon laquelle la police administrative constitue un service public qui, par sa nature, ne saurait être délégué »[151]. Suivant le même principe, le tribunal administratif de Montpellier annule la délibération municipale au début de juillet 2016[152]. L'exécutif ayant annoncé, après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, la mobilisation de la réserve opérationnelle et son ouverture à « tous les Français patriotes qui le souhaitent », il affirme alors que l'État a recours au dispositif que la justice lui a interdit de mettre en place[153],[154].

Budget et organisation de la mairie[modifier | modifier le code]

En septembre 2014, Robert Ménard annonce la fin des « passe-droits » et du « clientélisme » dans la gestion du personnel de la Ville, la diminution des recrutements, le non-remplacement de fonctionnaires nouvellement retraités, l'augmentation des heures de travail annuelles et la mise en place d'un nouvel organigramme de la mairie[155]. Dans les faits, il « ramène la durée du travail des employés municipaux à 35 heures parce qu'ils en faisaient moins »[156]. Il reconnaît plus tard « que [son] premier discours face au personnel municipal était dur »[123]. La prime d'assiduité jusqu'ici en vigueur est supprimée et une modulation du régime indemnitaire est mise en place afin d'instaurer « la juste récompense des efforts, des résultats »[157].

Le budget 2015 de la mairie s'élève à 158 500 000 euros ; le budget 2016 à 169 950 000 euros (contre 161 240 000 euros en 2014)[158]. Lors de son premier conseil municipal, Robert Ménard fait voter une baisse des impôts locaux de 2 millions d'euros et la diminution de 30 % des indemnités des élus[159]. Il reconnaît plus tard : « Si c'était à refaire, je baisserais moins les impôts car ça pénalise la ville »[123]. Sous son mandat, les budgets municipaux se caractérisent par des économies sur les dépenses de fonctionnement[160],[158]. En septembre 2015, il manifeste, avec plusieurs maires du Biterrois, à la sous-préfecture de Béziers pour protester contre la baisse des dotations de l'État[161].

Aides sociales[modifier | modifier le code]

Lors de son arrivée à la mairie, le budget du centre communal d'action sociale (CCAS) est diminué de 5 %, alors qu'une baisse similaire avait déjà été décidée par l'équipe précédente — Robert Ménard affirme de son côté que « le CCAS avait un surplus dont il n'avait plus besoin. Il n'y aura aucune baisse des prestations »[143]. Le budget du CCAS est maintenu en 2016[158].

En septembre 2014, il crée une mutuelle sociale réservée aux Biterrois, conformément à la promesse qu'il avait faite durant la campagne. Il déclare à ce sujet : « C'est la chose dont je suis le plus fier depuis ces derniers six mois »[162]. Cette mutuelle résulte d'un accord avec la société bordelaise Traditia qui compte parmi ses actionnaires Robert Ottaviani, également gérant de deux branches de la société, par ailleurs ancien chanteur de rock identitaire de la mouvance skinhead néonazie et ancien cadre du FN[163],[51]. C'est par le biais de son amitié avec Christophe Pacotte, alors chef de cabinet de Robert Ménard, que l'accord a été conclu[51]. En 1999, Raymond Couderc avait déjà créé une mutuelle pour les plus nécessiteux qui avait dû être arrêtée en 2005 en raison d'un accord trop onéreux[162].

Dans le budget primitif 2015 de la ville, les subventions versées aux associations diminuent de 580 000 €[164]. Est notamment supprimée la subvention accordée à l’association Arc-en-ciel, gestionnaire d'un centre social[165]. Le total des subventions accordées aux associations est en hausse de 329 000 euros en 2016[158].

École[modifier | modifier le code]

La proposition de Robert Ménard d'offrir une blouse à tous les écoliers de la ville (maternelle et primaire) dont les familles le souhaitent est très médiatisée[166] : elle n'est cependant utilisée que par les élèves de l'école privée Sainte-Madeleine[167].

En mai 2014, le conseil municipal de Béziers adopte une délibération visant à réserver l'accueil périscolaire aux élèves de primaire dont les parents travaillent. Justifiée par un souci d'économies, elle suscite une polémique et s'avère illégale, bien que des mesures similaires aient été appliquées dans de nombreuses autres communes françaises[168],[169]. Les universitaires Delphine Espagno et Stéphane François estiment en 2015 que « l'avenir de cette délibération pourrait être remis en cause par le juge administratif dans le cadre d'un examen de légalité, soit à la demande du préfet, soit sur recours pour excès de pouvoir exercé par un administré. Encore faut-il que le juge en soit saisi... »[170]

En mai 2015, Robert Ménard déclare lors d'une émission de télévision que 64,9 % des enfants inscrits dans les écoles primaires et maternelles de Béziers sont musulmans ; il précise qu'il s'appuie sur les prénoms des enfants, qui « disent les confessions » selon lui, et reconnaît qu'il n'en a « pas le droit ». Par la suite, il indique qu'il juge trop élevée la proportion d'« enfants issus de l'immigration » scolarisés dans les écoles publiques, en maternelle et en primaire, proportion qui empêche selon lui leur intégration. Dans la foulée, la mairie est perquisitionnée et nie l'existence d'un fichier ; une enquête préliminaire est ouverte pour « tenue illégale de fichiers en raison de l’origine ethnique ». Parmi de nombreuses réactions, le président de la République François Hollande et le Premier ministre Manuel Valls réprouvent publiquement les propos de Robert Ménard[171]. Cette polémique relance le débat national sur les statistiques ethniques[172] : à cette occasion, Robert Ménard demande à Manuel Valls[173] et aux députés de les autoriser[174]. Dans les jours qui suivent, plusieurs centaines de personnes manifestent à Béziers à l'appel de différentes formations de gauche et d'associations musulmanes pour condamner les propos de Robert Ménard[175]. Le 11 mai, le tribunal administratif de Montpellier rejette le référé liberté déposé par la Coordination contre le racisme et l'islamophobie (CRI) pour enjoindre à Robert Ménard de cesser la collecte d'informations sur la religion d'élèves. Dans son jugement, le tribunal estime que « ni les pièces soumises au juge ni des informations recueillies lors de l'audience » n'indiquent que la ville de Béziers aurait constitué « un ou plusieurs fichiers spécifiques, dématérialisés ou non, fondés sur l'appartenance religieuse (…) des élèves ». L'avocat de l'association annonce alors un référé sur le fond devant le tribunal administratif[176]. Le 2 juillet 2015, le parquet de Béziers annonce avoir classé l’enquête sans suite[177]. En septembre 2015, Robert Ménard salue la prise de position de François Fillon en faveur des statistiques ethniques[178]. En 2016, Michèle Tribalat, dans son ouvrage Statistiques ethniques, une querelle bien française, estime le chiffre de 64,9 % d'enfants musulmans inscrits dans les écoles primaires et maternelles de Béziers difficile à justifier puisque, d'après le recensement de 2011, un peu moins de 30 % des jeunes de moins de 18 ans à Béziers en 2011 ont au moins un parent immigré né dans un pays non européen (dont 22 % du Maghreb et 4 % de Turquie)[179].

Par ailleurs, 400 000 euros destinés à financer la réforme des rythmes scolaires sont supprimés lors de son arrivée à la mairie[143]. Robert Ménard indique également avoir mis en place « un programme de 4 à 5 millions d'euros pour faire les travaux qui s'imposent dans les écoles », et avoir fait baisser le tarif des cantines scolaires[180].

Culture[modifier | modifier le code]

Robert Ménard conserve une grande partie de l’ancienne équipe culturelle municipale[181]. Le budget de la culture est en hausse de 5 % en 2016[122].

Trois festivals gratuits, ouverts aux musiques du monde et à la musique électronique, sont remplacés par plusieurs séries de spectacles dans les arènes (par exemple Gad Elmaleh, Kev Adams ou encore Kendji Girac)[181],[122]. Élisabeth Pissarro, adjointe à la culture, porte un programme porté sur la musique classique, le théâtre de boulevard (Laurent Baffie, Michel Leeb), des représentants de la culture populaire (Johnny Hallyday, Michel Sardou, Patrick Sébastien, chanteurs de l'émission The Voice)[122].

En juin 2014, Robert Ménard annonce son intention d'interdire les manifestations anti-corrida à proximité des arènes de Béziers[182].

Le 14 juillet 2014, il prononce un discours dans lequel il affirme que la fête nationale n'est pas « la célébration de la prise de la Bastille », mais celle de « la Fête de la fédération » de 1790 qui « a consacré ce que l'ancienne royauté avait préparé »[183].

À partir de juillet 2014, il rend les musées communaux gratuits pour la population biterroise[184],[122]. Ceux-ci font également l'objet de travaux de rénovation[122];

En août 2014, il organise une messe en ouverture de la Feria de Béziers, souhaitant faire de cet événement une fête « plus familiale, plus traditionnelle »[185] : il est désapprouvé par l’archiprêtre de la ville, qui dénonce une instrumentalisation du culte catholique[183]. Le géographe Dominique Crozat observe que Robert Ménard multiplie les messes en parallèle des diverses célébrations ou commémorations organisées par la ville, notamment en faisant intervenir « des prêtres intégristes »[121].

Éric Zemmour a été le premier invité du cycle de conférences lancé sous le mandat de Robert Ménard, intitulé « Béziers libère la parole ».

À l'automne 2014, la ville de Béziers inaugure un cycle de conférences intitulé « Béziers libère la parole » auquel participent Éric Zemmour, Philippe de Villiers, Laurent Obertone, André Bercoff, Philippe Bilger[186], Denis Tillinac[187], Jean-Paul Brighelli[188], Alain de Benoist[189] et des journalistes de Valeurs actuelles[190]. L'objectif affiché est d'inviter « tous ceux qui ont quelque chose à dire qui dérange ce système ». Un article de Mediapart dénonce le fait que « la ville assure ainsi la promotion d'essayistes et politiques déroulant un même logiciel ultra-réactionnaire »[191],[51]. Pour Dominique Crozat, « l'objectif est bien de banaliser les discours racistes, traditionalistes »[121].

En octobre 2014, l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus se voit confier la rédaction d'un livre sur la ville de Béziers qui serait par la suite offert à ses visiteurs[192] mais le projet échoue en raison d'un désaccord sur le plan financier[193].

Pour les festivités de la fin d'année 2014, Robert Ménard fait installer dans le hall de l'Hôtel de Ville une crèche — avec l'autorisation du tribunal administratif de Montpellier[194],[195] — et un chandelier à neuf branches de la fête juive Hanoucca[196],[197]. L'imam Saïd Talha regrette que Robert Ménard n'ait pas proposé à la communauté musulmane de fêter le ramadan après ces initiatives, et se voit refuser par le maire l'accès à la tribune dressée lors de la cérémonie qui suit les attentats de janvier 2015[115]. Alors que l'Association des maires de France (AMF) publie en novembre 2015 un vade-mecum préconisant l'interdiction des crèches de Noël au sein des établissements publics, Robert Ménard contredit cette orientation, estimant que « la France est de tradition judéo-chrétienne quoi qu'en dise l'AMF ». Il annonce une crèche « encore plus belle et plus grande » en 2015, et précise que la municipalité organise « une course pédestre des crèches au profit des chrétiens d'Orient »[198]. Il fait également installer dans le hall de la mairie une statue de Lou Camel, un chameau devenu l'animal totémique de Béziers en hommage à un martyr chrétien venu d'Égypte[122].

Le chercheur Olivier Roy classe Robert Ménard parmi les « populistes » qui « reconstruisent volontiers un christianisme folklorique (crèches, croix, messes avant les corridas...), complètement détaché des valeurs et des normes religieuses »[199].

En mai 2015 se tient la « foire 1900 » sur le Plateau des poètes, avec des animations que Robert Ménard veut dans « l'esprit de la Belle Époque, de la France d'avant [qu'il] ne cesse d'appeler de [ses] vœux »[200],[201],[202].

Son projet de réhabilitation de la maison natale de Jean Moulin est désapprouvé par l'opposition municipale et l'association des Amis de la maison Jean Moulin, ce qui le conduit à le modifier[203].

Robert Ménard institue également un ensemble de manifestations dédiées à l'histoire et au patrimoine de la ville : un festival du flamenco, les « Samedis médiévaux », création d'un musée taurin en lieu et place de l'Espace Riquet qui était dédié à l'art contemporain, réception en 2015 d'une exposition créée à La Villette sur « les origines des Gaulois » — dont le message a été « travesti » selon Marianne[122].

Polémiques autour de la guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

En juillet 2014, Robert Ménard commémore le massacre du 5 juillet 1962 devant une stèle en l'honneur d'Albert Dovecar, Claude Piegts, Jean-Marie Bastien-Thiry et Roger Degueldre ; Élie Aboud s'associe à ce geste[204]. En décembre 2014, il annonce sa décision de rebaptiser la rue du « 19 mars 1962 », date marquant le cessez-le-feu de la guerre d'Algérie, en rue du « commandant Hélie Denoix de Saint-Marc », du nom de l'ancien résistant et militaire ayant participé au putsch des généraux contre l’indépendance de l’Algérie[205],[206]. La Ligue des droits de l'homme, le Mouvement de la paix, le président départemental de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie (FNACA) et le conseiller municipal PCF Aimé Couquet manifestent leur opposition à ce changement de nom, ce dernier en déposant un recours en excès de pouvoir[207],[208]. La rue change officiellement de nom le 14 mars 2015 ; le Parti socialiste et le gouvernement expriment alors leur désapprobation[209]. Robert Ménard fait également mettre les drapeaux de Béziers en berne pour l'anniversaire des accords d'Évian, le 19 mars 2015[210]. Il précise à ce sujet : « Pour moi, débaptiser la rue du 19-Mars-1962, c'était payer une dette à l'égard des communautés pied-noir et harkie, à l'égard de ma famille et de mon père »[70]. Florian Philippot, vice-président du FN qui s'inscrit dans la filiation gaulliste, renonce à une visite à Béziers, interprétant le geste de Robert Ménard comme une opposition à Charles de Gaulle[211]. En septembre 2015, Robert Ménard participe à une journée d'hommage aux harkis à Narbonne[212]. Le géographe Dominique Crozat note que Béziers, qui était « déjà dotée depuis 2008 d'un monument à la gloire de l'OAS », « est devenue le centre de ralliement des nostalgiques de l'Algérie française à l'occasion de l'organisation d'événements réguliers »[121].

L'historien Nicolas Lebourg voit dans les diverses opérations menées par Robert Ménard dans le champ culturel, et en particulier dans celles autour de la guerre d'Algérie, « une offre de signes en charge de réassurer la cohésion du groupe ethno-national majoritaire » et de compenser « l'absence d'impact du politique sur les réalités socio-économiques ». Il relève également que son discours autour de la guerre d'Algérie s'appuie sur une analogie historique entre la « colonisation de peuplement » menée par la France en Algérie et le grand remplacement, « une thématique présente dans l'extrême droite radicale depuis des décennies, mais qui a su trouver le succès récemment ». Par ailleurs, Nicolas Lebourg souligne que le positionnement de Robert Ménard sur la guerre d'Algérie s'inscrit dans une forte mobilisation autour de ce sujet de la part de la classe politique du littoral méditerranéen, où « les rapatriés, harkis et pieds-noirs, ont fait souche »[213]. Pour la chercheuse Magali Boumaza, le changement de nom de rue en l'honneur d'Hélie Denoix de Saint-Marc témoigne de la tendance de l'extrême droite française à « la mise en exergue de ses martyrs partisans mais plus largement des vaincus de l’histoire notamment depuis 1945 »[214].

Communication[modifier | modifier le code]

L'Obs souligne la nette différence entre Robert Ménard et son prédécesseur sur le plan de la communication directe avec les habitants : « Quand Couderc, notable inaccessible au commun des mortels, sortait peu de son bureau, Ménard multiplie les virées en ville, à tu et à toi avec les habitants, recevant le mercredi »[115]. Ses méthodes de communication consistant à impliquer la population dans les actions de la mairie (pétition, affichage sur les sucettes publicitaires de la ville) lui sont inspirées par son directeur de cabinet André-Yves Beck, qui les avait mises en œuvre à Orange[215]. Elles suscitent les condamnations ou le scepticisme de professionnels de la communication publique et territoriale[216].

Robert Ménard utilise largement le journal municipal comme outil de promotion de sa politique, voire de « propagande » aux yeux du Figaro et de Libération. « Le Journal de Béziers » s'en prend notamment au journal local Midi libre[186],[217]. Robert Ménard indique l'avoir fait passer à un rythme bimensuel « pour répondre à la presse qui ne nous fait pas de cadeau »[190]. Bénéficiant d'un budget propre de 200 000 euros, il est rédigé par un employé municipal et supervisé par Robert Ménard ainsi que son directeur de cabinet André-Yves Beck[190],[218]. Pour Le Monde et Les Inrockuptibles, le magazine développe un discours semblable à celui du Bloc identitaire[218],[117]. L'Express estime qu'il propose « une vision passéiste de la France rurale » et rappelle que Robert Ménard, à son arrivée à la mairie, avait demandé aux responsables de s'inspirer « du Marianne des années 1990 »[219]. Sur le plan graphique, Le Monde confirme une ressemblance avec « les visuels du Bloc identitaire », tandis que Zvonimir Novak, auteur de plusieurs ouvrages sur le graphisme politique, le rapproche davantage de « Choc, une revue tenue dans les années 80 par des anciens de l’OAS »[117]. Tiré à 44 000 exemplaires, le journal connaît un succès de distribution important[123].

En août 2015, la secrétaire d'État chargée des droits des Femmes, Pascale Boistard, accuse Robert Ménard de banaliser « les violences faites au femmes » après la publication dans le journal municipal d'une image tirée du film Ça t'la coupe (Girl Shy), montrant un homme qui donne une fessée à une femme[220]. En septembre 2015, une couverture du journal municipal consacrée à la crise des réfugiés, réalisée à partir d'un cliché de l'Agence France-Presse (AFP), crée à son tour la polémique[221]. L'AFP et l'auteur de la photographie assignent alors en justice la Ville de Béziers comme éditeur, et son maire comme directeur de la publication, pour contrefaçon devant le Tribunal de grande instance de Paris[222]. Déboutée pour vice de forme en avril 2016, l'AFP décide d'assigner de nouveau en justice Robert Ménard et la Ville de Béziers[223].

La ville de Béziers recourt plusieurs fois à des campagnes d'affichage, notamment à l'encontre de Midi libre, accusé de partialité[224], ou de Ginette Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, pour protester contre sa décision de fermer son magasin bitterois[225],[226].

Dans le budget primitif 2015 de la municipalité, les crédits alloués à la communication augmentent nettement d'après Midi libre. La Ville évoque au contraire une baisse du budget communication de -18,2 % en prenant en compte les dépenses qui étaient précédemment payées par la communauté d'agglomération, du fait de la mutualisation[160].

Composition du cabinet[modifier | modifier le code]

Robert Ménard choisit comme directeur de cabinet André-Yves Beck, qui a dirigé la communication de Jacques Bompard à Orange de 1995 à 2013 et celle de Marie-Claude Bompard à Bollène, a été membre du bureau politique de Troisième Voie de 1989 à 1991, membre du comité central du FN de 1997 à 1999, cofondateur de Nouvelle résistance, proche de la direction du Bloc identitaire et adjoint au maire de Bollène chargé des finances[227],[215],[228]. D'après L'Express, « les leviers du pouvoir, tenus jusqu'ici par le directeur général des services, sont désormais entre les mains fermes du "dircab", dont la réputation sulfureuse cristallise l'attention »[123]. Pour Olivier Faye, journaliste au Monde, « il n’est pas étranger, tant s’en faut, à la tournure identitaire prise par le mandat du maire »[229].

Robert Ménard désigne d'abord Christophe Pacotte, membre du bureau directeur du Bloc identitaire, comme chef de cabinet[230], mais se sépare de lui en juin 2014, pour « confiance trahie », ce dernier figurant toujours dans l'organigramme du Bloc identitaire alors que Robert Ménard lui avait demandé d'en démissionner à sa prise de fonctions. Il est remplacé par Jacques-Henri de Rohan Chabot, ancien directeur de cabinet d'André Santini[231].

Les deux autres membres de son cabinet sont Laurent Vassalo, encarté au PS jusqu'en 2013[123], et Alain Laugé, « issu de la droite modérée » d'après Robert Ménard qui précise : « J'aime être confronté à des gens qui ne pensent pas comme moi. Ce n'est pas un cabinet conforme à mes choix, ni à mes convictions. J'ai choisi des gens de talent »[232].

Le choix d'André-Yves Beck et de Christophe Pacotte fait réagir Louis Aliot, vice-président du FN : « Il y a peut-être une certaine contradiction en disant “Je ne suis pas Front national” comme s'il avait en face de lui un épouvantail, tout en prenant à son cabinet des gens qui sont beaucoup plus radicaux que ne le sera jamais le Front national ». Louis Aliot déplore en particulier la désignation d'André-Yves Beck, qui a été selon lui « un adversaire acharné du Front national et de Jean-Marie Le Pen depuis toujours, nous ne partageons pas les valeurs de son combat »[233]. Ces désignations sont perçues comme allant à l'encontre de la stratégie de dédiabolisation du Front national[131].

Robert Ménard choisit par ailleurs Michel Cardoze comme conseiller culturel[234], qui se désiste rapidement en raison des « amalgames désagréables dont [il a] fait l'objet »[235].

Robert Ménard se sépare d'André-Yves Beck en août 2016[228]. Son départ, acté « d'un commun accord » selon le maire de Béziers, est présenté comme « un tournant » dans son mandat au regard de son omniprésence dans l'action de la municipalité[229]. Dans le même temps, Laurent Vassalo (membre du cabinet), la chargée de presse de Robert Ménard et le directeur général des services quittent eux aussi leurs postes respectifs[236].

Politique locale, nationale et internationale[modifier | modifier le code]

Robert Ménard appelle plusieurs responsables politiques de droite (Philippe de Villiers, Thierry Mariani, Xavier Lemoine, Charles Beigbeder) à soutenir l'accession de Marine Le Pen au pouvoir[237],[238],[239]. En octobre 2015, il propose une alliance à Nadine Morano, députée européenne Les Républicains, un mois après la polémique consécutive à ses propos sur la « race blanche », auxquels il souscrit[240] ; Nadine Morano décline la proposition[241].

Après les élections régionales de 2015, il appelle le FN à « bâtir un programme présidentiel capable d'unir les électeurs des droites au deuxième tour » ; « fédérer les personnalités indépendantes de la droite patriote et les intégrer dans l'élaboration de ce programme » ; « créer une synergie en ouvrant, plusieurs mois avant la présidentielle, les investitures aux législatives à des personnalités locales ou nationales extérieures au mouvement de Marine Le Pen » ; « organiser un comité national de direction stratégique de campagne ouvert à des personnes n'appartenant pas au Front national »[242]. Il propose également de « changer le nom du Front national à l'occasion d'un grand congrès refondateur », jugeant que le « Rassemblement bleu Marine, trop lié au FN, ne suffit pas »[239] ; d'abandonner la proposition de sortir de la zone euro[243] ; et invite Marine Le Pen à quitter la présidence du FN « pour multiplier les soutiens »[244]. En mars 2016, il déplore l'opposition du FN au projet de loi Travail, estimant qu'« on crève de trop d'État, [...] de trop d'administration, de trop de règlements. Mon principal désaccord avec le Front national — il y en a d'autres, mais le principal — c'est là-dessus »[245],[246]. En septembre 2016, Louis Aliot critique ses propos selon lesquels « être Français c'est aussi, comme le disait le général de Gaulle, être européen, blanc et catholique »[247].

Lors des élections sénatoriales de 2014, il appelle à battre Raymond Couderc, sénateur de l'Hérault[248].

En octobre 2014, la majorité municipale perd le soutien du représentant du Rassemblement pour la France (RPF) au conseil, Brice Blazy. Ce dernier reproche à Robert Ménard de nourrir des ambitions électorales[249], ainsi que « l'arrivée en masse de personnes d'extrême droite à la mairie »[250]. Son désaccord avec Christian Vanneste, président du parti qui continue quant à lui de soutenir Robert Ménard, provoque une crise au sein du RPF[251].

Pour les élections départementales de 2015, Robert Ménard choisit trois membres de son association Choisir Béziers comme candidats sur les trois cantons de Béziers, en binôme avec un ou une candidate FN[252] : les binômes qu'il soutient sont tous élus[253]. Dans le même temps, il se rapproche de Gérard Gautier (UMP), maire de Cers et conseiller général sortant du canton de Béziers-2, ainsi que de Robert Gely, élu maire de Lieuran-lès-Béziers sous l'étiquette UDI, et dont l'épouse se présente aux élections départementales sur les listes de Robert Ménard après avoir quitté l'UMP[254].

En avril 2015, il voit dans le conflit opposant Marine Le Pen à Jean-Marie Le Pen, l'occasion pour le FN « de rompre définitivement avec un certain nombre de gens et pour Marine Le Pen, qui incarne autre chose que son père, l'occasion de tourner définitivement une page ». Il s'oppose ainsi à la possible candidature de Jean-Marie Le Pen à l'élection régionale de 2015 en Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) et le considère comme « le pire ennemi » du FN[255]. À l'occasion de l'élection régionale de 2015 en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, il soutient la liste menée par Louis Aliot en lui conseillant de s'allier à des candidats qui ne sont pas membres du FN[256]. Il participe à trois meetings du FN, dont un de Marion Maréchal-Le Pen, tête de liste en PACA[248].

En , Robert Ménard se réjouit de la manifestation anti-immigration organisée à Dresde par le mouvement d'extrême droite allemand Pegida pour célébrer son premier anniversaire[257]. Début 2016, il exprime sa sympathie pour Donald Trump, candidat aux primaires présidentielles du Parti républicain américain[258], tout en émettant des réserves sur sa « rhétorique » et « un certain nombre de [ses] positions »[259]. Il considère que l'élection du musulman Sadiq Khan comme maire de Londres, en mai 2016, « symbolise le grand remplacement en cours »[260].

En , il fonde le mouvement « Oz ta droite », qui a vocation à présenter des propositions aux candidats de droite pour l'élection présidentielle de 2017[261]. Celui-ci rassemble entre 1 500 et 2 000 personnes à Béziers à la fin du mois, dont de nombreuses personnalités allant de la droite radicale à l'extrême droite, et produit une cinquantaine de propositions d'orientation identitaire et libérale. L'événement, coorganisé par Valeurs actuelles et Boulevard Voltaire, est marqué par le départ prématuré de Marion Maréchal-Le Pen, qui proteste ainsi contre les propos tenus à cette occasion à l'égard du FN. Alors que Florian Philippot voit dans le rassemblement « une petite mouvance d’extrême droite », Robert Ménard juge que le vice-président du FN est « hyperminoritaire au sein du Front national »[262],[263],[264],[265].

En août 2016, il se prononce pour « un texte d'interdiction du burkini et pour l'interdiction du voile islamique dans l'ensemble de l'espace public », mais s'oppose à une interdiction de l'ensemble des signes religieux ostentatoires dans l'espace public, comme prôné par le Front national, en invoquant les « racines chrétiennes » de la France[266].

Urbanisme et commerces[modifier | modifier le code]
Lancée sous la mandature précédente, la campagne de ravalement des façades des allées Paul-Riquet, principale artère commerçante de Béziers, est poursuivie sous le mandat de Robert Ménard.

En 2014, par anticipation du départ annoncé des Galeries Lafayette, la municipalité rachète les murs du bâtiment, l'un des plus importants du centre-ville, dont les Galeries deviennent ainsi locataires[267], puis lance un appel à projets[115]. Les Galeries Lafayette restent finalement en cédant le fonds de commerce au groupe Planet'Indigo en tant que franchisé[226]. Cette nouvelle suscite la satisfaction des commerçants du centre-ville[226]. La Ville tente aussi de racheter la librairie Clareton, qui a déposé le bilan, par l'intermédiaire d'une Société coopérative d'intérêt collectif afin d'éviter sa fermeture, mais trouve finalement un repreneur[268] après avoir obtenu le report de l'échéance auprès du tribunal de commerce. Une subvention de 25 000 euros est versée au nouveau propriétaire[115].

La mairie mène une campagne de ravalements de façades sur les allées Paul-Riquet[269], lancée sous la mandature précédente[115],[121]. Robert Ménard souhaite également obliger tous les propriétaires et les commerçants à entretenir leur façade[104]. En octobre 2015, un reportage de L'Obs constate que les commerçants des halles « sont unanimes : la ville est plus sûre, plus propres, les règles de stationnement plus favorables ». Le journaliste nuance : « Autour des allées Paul-Riquet, cœur de la cité, difficile cependant de sentir le fameux changement vanté par les supporters de Ménard. Seule la brasserie Cristal, qui vient d'être refaite, attire un peu de monde. Pour le reste, Béziers est une cité comateuse [...] »[115].

Robert Ménard cherche par ailleurs à concentrer les projets immobiliers dans le centre-ville[123]. Le conseil municipal vote le 13 novembre 2014 un périmètre de sauvegarde du commerce de proximité au sein duquel la Ville peut préempter un bail commercial en cas de cession — l'occasion ne s'était pas encore présentée en octobre 2015[270]. Des avantages fiscaux sont proposés aux commerçants qui s'installent dans le centre-ville[271]. En décembre 2014, Robert Ménard rejette la proposition de l'entreprise de vêtements pour enfants Orchestra de s'installer sur le parc d'activité de la Méridienne, en périphérie de la ville. Bien que la création de 200 à 300 emplois soit avancée, Robert Ménard juge ce projet trop dangereux pour « la survie des commerces du centre-ville » ; Frédéric Lacas, président de l'intercommunalité, désapprouve sa décision[272],[202]. Raymond Couderc, prédécesseur de Robert Ménard, avait déjà refusé l’implantation de l’enseigne pour des raisons similaires lorsqu'il présidait la Communauté d'agglomération[273].

Robert Ménard s'oppose également à l'installation de nouveaux restaurants kebab dans le centre historique, estimant qu'ils sont trop nombreux et qu'ils ne correspondent pas à la « tradition judéo-chrétienne » de la France[274],[275]. Cette décision s'inscrit dans la lignée de l'hostilité de l'extrême droite française aux restaurants kebab depuis 2013, dont elle perçoit la diffusion comme une manifestation de l'« islamisation » de la France et de la théorie du grand remplacement[276].

Intercommunalité[modifier | modifier le code]

Robert Ménard échoue à prendre la présidence de la Communauté d'agglomération Béziers Méditerranée (compétente dans le développement économique et la politique de la ville), battu par le maire divers droite de Sérignan Frédéric Lacas, qui réunit sur sa candidature les voix de gauche et de droite[277]. Il est élu 2e vice-président de l'agglomération après avoir menacé de quitter celle-ci, faute d'avoir pu obtenir la 1re vice-présidence dans les négociations[278],[279]. Après avoir refusé la 2e vice-présidence et menacé de saisir le tribunal administratif[280],[281],[282], il signe avec Frédéric Lacas un protocole d'accord comprenant quatre points : la diminution des taxes locales et des charges de fonctionnement de la collectivité ; l'instauration d'un conseil mensuel des maires ; la garantie de la souveraineté du maire sur le territoire de sa commune ; et l'attribution à Robert Ménard d'une 2e vice-présidence chargée du développement du commerce et de l'artisanat des cœurs de ville, du Renouvellement urbain, de l'habitat et du logement[283].

Le conflit reprend à l'automne 2014 : Robert Ménard, qui entend appliquer sa promesse électorale de faire baisser le prix de l'eau à Béziers, fait pression sur l'intercommunalité, qui dispose de la compétence afférente, pour renégocier immédiatement les tarifs auprès de la Lyonnaise des eaux. Frédéric Lacas s'y refuse, préférant attendre l'échéance des contrats liant la communauté d'agglomération à la Lyonnaise des eaux[284]. Les séances du conseil d'agglomération deviennent houleuses, y compris sur d'autres points[285]. Le géographe Dominique Crozat souligne que la municipalité biterroise mène « une guerre de l'affichage » concernant le subventionnement des travaux en cours dans la ville, alors que l'investissement de la communauté d'agglomération à Béziers est « près de cinq fois supérieur à celui de la mairie »[121]. À l'été 2016, il conteste le choix par l'intercommunalité de Suez pour la distribution d'eau, déplorant que ses prix soient plus élevés que ceux proposés par ses concurrents[286]. Devant les accusations qu'il lui porte sur ce dossier, Frédéric Lacas décide d'attaquer Robert Ménard en justice[287].

En 2015 et 2016, la préfecture propose un redécoupage des intercommunalités du département, en conformité avec le nouveau seuil minimal de 15 000 habitants imposé par la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République ; cette nouvelle carte comprend l'intégration de quatre villages de la Communauté de communes du Pays de Thongue dans Béziers Méditerranée. Alors que Frédéric Lacas approuve cette intégration, Robert Ménard y est opposé et affiche son scepticisme sur la réforme territoriale en général[288],[289]. Fin 2015, il s'adresse par courrier aux maires de quatre intercommunalités (Communauté de communes du Pays de Thongue, Communauté de communes la Domitienne, Communauté d'agglomération Hérault Méditerranée et Béziers Méditerranée) pour leur proposer d'étudier la création d'une communauté d'agglomération les réunissant. Il met alors en avant la nécessité de « faire face au bloc montpelliérain » et précise qu'il ne « briguer[ait] pas la présidence d'une telle communauté d'agglomération »[290].

En dehors de l'intercommunalité, Robert Ménard échoue à prendre la présidence du conseil de surveillance du centre hospitalier de Béziers (structure indépendante) qui est attribuée au maire d'Espondeilhan, Alain Roméro[131],[291].

Jumelages et coopérations[modifier | modifier le code]
Robert Ménard a jumelé Béziers avec le village syrien de Maaloula, dont on voit ici la partie chrétienne (en haut), et le district taïwanais d'Anping, dont on voit ici le marché (en bas), respectivement pour des motivations humanitaire et commerciale.

En octobre 2014, il annonce son intention de jumeler Béziers avec le village syrien de Maaloula et de s'y rendre. Il motive sa décision en soulignant qu'il s'agit d'« une petite commune qui a été martyrisée, occupée par les islamistes, libérée, occupée, libérée », et du « dernier village où l'on parle l'araméen, la langue du Christ »[292]. S'exprimant à cette occasion sur la guerre civile syrienne, il en appelle à « défendre un régime, certes critiquable, mais qui est le seul à pouvoir faire barrage à Daesh »[293]. Cette coopération a essentiellement un but humanitaire : aider les habitants de la ville à reconstruire leur maison, mettre en place les conditions d'un développement touristique durable à Maaloula, soutenir l'institut d'enseignement de la langue araméenne, apporter une aide dans l'assainissement, faciliter la réouverture de l'orphelinat[294].

En décembre 2014, Robert Ménard et Didier Mouly, maire de Narbonne, annoncent des collaborations économiques, culturelles et sportives entre leurs villes respectives.

En , Robert Ménard et Didier Mouly, maire de Narbonne, annoncent des collaborations économiques, culturelles et sportives entre leurs villes respectives[295]. En février 2016, Robert Ménard, Didier Mouly et Gérard Larrat, maire de Carcassonne, annoncent une collaboration visant à améliorer « la protection et la valorisation » du canal du Midi et du canal de la Robine[296],[297].

Sous son mandat est aussi mise en place une coopération commerciale avec Taïwan, entre autres pour y exporter du vin. Celle-ci se traduit notamment par un jumelage avec le district d'Anping[298],[299].

Crise des réfugiés[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la crise des réfugiés, Robert Ménard annonce que « la ville n'a pas les moyens d'accueillir de nouvelles personnes, surtout si elles ont vocation à rester par la suite, puisque l'État ne fait pas appliquer la loi en reconduisant à la frontière ceux qui doivent l'être »[221]. Il remet en cause l'existence des deux centres d'accueil de demandeurs d'asile de sa commune[300] et affirme qu'il refuse de scolariser les enfants établis, éventuellement, dans sa ville[301]. Une telle décision serait à l'encontre de la loi française qui pose le principe de la « scolarité obligatoire » à partir de l'âge de 6 ans jusqu'à celui de 16 ans, « pour tous les enfants, français et étrangers »[302],[303],[304]. La préfecture de l'Hérault indique à ce sujet qu'« aucun fait ne [lui] est remonté disant qu’il y avait une interdiction »[303]. Aimé Couquet rappelle : « Lorsque Raymond Couderc [le précédent maire UMP] avait refusé de scolariser des enfants roms, le tribunal administratif l’avait obligé à le faire »[303].

En septembre 2015, il se déplace en compagnie d'adjoints et de policiers municipaux dans le quartier de La Devèze pour expulser lui-même des réfugiés syriens qu'il accuse d'occuper illégalement un logement ; des membres d'associations et le conseiller municipal PCF Aimé Couquet interviennent pour l'en empêcher[301],[305],[306]. Son action, condamnée par Bernard Cazeneuve[307], reçoit le soutien du Syndicat de défense des policiers municipaux, premier syndicat de la profession[308]. Plusieurs élus demandent sa suspension ou sa révocation, comme cela était déjà advenu lors de la polémique sur les « fichiers » scolaires[303]. Frédéric Lacas, président de l'office HLM concerné et président de l'intercommunalité, demande au préfet, dans un courrier, « de réquisitionner ces logements, pour rentrer dans la légalité, et permettre de loger les Syriens »[303].

Le , des échauffourées ont lieu à l'entrée de l'hôtel de ville entre la police municipale et des militants associatifs qui protestent contre les décisions de Robert Ménard à l'encontre des réfugiés et qui souhaitent assister au conseil municipal. Le maire fait évacuer la salle du conseil en raison de l'agitation[309]. Le mois suivant, le Journal de Béziers accuse les militants impliqués d'être antisémites et connectés avec des milieux islamistes. Certains d'entre eux apportent un démenti[310].

En , Robert Ménard décrit l'initiative de plusieurs familles syriennes de nettoyer la rue d'Oran et ses alentours dans le quartier de la Devèze, comme une « opération de communication » qui ne lui fera pas oublier « le comportement de ces gens, entrés par effraction dans des logements sociaux ». Entre-temps, la Ville avait poursuivi sa communication contre leur présence sur sa page Facebook[311],[312].

Trois familles de réfugiés concernées sont finalement accueillies au Centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) d’Alès, tandis que les neuf autres devraient être notamment réparties à Narbonne ou Nîmes. Frédéric Lacas fait part de sa satisfaction[313],[314].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Père de deux enfants nés de deux unions différentes[4], Robert Ménard est marié à Emmanuelle Duverger (sa quatrième épouse[15]), rédactrice en chef de l'ancienne revue trimestrielle Médias[10], responsable des éditions Mordicus, ancienne juriste à la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FILDH) et responsable des Master Class à l'Institut des hautes études de journalisme de Montpellier[315]. Elle est directrice de publication du site Boulevard Voltaire, qu'elle a cofondé avec son époux[316]. Libération la décrit comme une « catholique militante proche de la nébuleuse Civitas »[317] et « engagée dans les Manif pour tous »[318] ; elle dément être intégriste et refuse d'être cataloguée[315]. Ensemble, ils ont écrit plusieurs livres, dont La Censure des bien-pensants et Vive Le Pen !.

Leur rencontre, qui a eu lieu en 2000 à Bamako, en marge d'un sommet de la francophonie[315], aurait marqué un tournant dans la vie de Robert Ménard : celui-ci s’est en effet « recatholicisé » au contact de son épouse et de leur fille, toutes deux catholiques pratiquantes[60],[35],[70]. S'il affirme : « Elle m'a apporté quelque chose : je n'ai plus honte de ce que je pense »[4], Emmanuelle Duverger tempère en affirmant que son époux « est plus structuré [qu'elle] idéologiquement »[35] et que leur influence est réciproque[315]. De l'aveu même de Robert Ménard[315], Emmanuelle Duverger demeure influente dans son action à la mairie de Béziers[51],[315], où elle l'a poussé à s'engager[318] ; Robert Ménard indique : « C'est elle qui, de loin, pèse le plus sur mes décisions politiques. Quand elle désapprouve une de mes idées, je ne la mets pas en œuvre »[316]. Le couple a emménagé tout près des allées Paul-Riquet et de la place Jean-Jaurès, un an avant l'élection de Robert Ménard à la mairie[315].

Décoration[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Club des 500 : les 500 qui font le Languedoc-Roussillon, Montpellier, Éditions ensoleillées-Intelligence Média, 1990.
  • Ces journalistes que l'on veut faire taire (avec Géraldine Faes), Éditions Albin Michel, 2001, (ISBN 2226122133 et 9782226122131).
  • La Censure des bien-pensants (avec Emmanuelle Duverger), Albin Michel, 2003.
  • Les jeux de la honte, Le Cherche-Midi, 2008.
  • Des libertés et autres chinoiseries, Robert Laffont, 2008.
  • Les Français sont-ils antisémites ? (avec Élisabeth Lévy, Léonard Vincent), Mordicus, 2009.
  • Mirages et cheikhs en blanc : enquête sur la face cachée du Qatar, le coffre-fort de la France (avec Thierry Steiner), 2010 (ISBN 978-2354170738).
  • Vive Le Pen ! (avec Emmanuelle Duverger), Mordicus, paru le 21 avril 2011[319] (ISBN 978-2918414278).
  • Vive l'Algérie française ! (avec Thierry Rolando), Mordicus, 7 juin 2012, 30 p.

Préfaces[modifier | modifier le code]

Robert Ménard a signé plusieurs préfaces :

  • Ahmat Zeidane Bichara, prix de journalisme Lorenzo-Natali de l’Union européenne en mars 2006 pour son reportage « Centre de dressage pour les enfants et les épouses » ;
  • Lise Garon, Le Silence tunisien : les alliances dangereuses au Maghreb, L'Harmattan, 1998 ;
  • Raoul Vaneigem, Rien n'est sacré, tout peut se dire : réflexions sur la liberté d'expression, Éditions La Découverte, 2003 ;
  • Journal d'un réfugié politique, Éditions Le Bord de L'eau, 2006 ;
  • Thomas Dandois et Hervé Deguine, En territoire interdit, Arthaud, 2008 ;
  • André Sibomana et Pierre Creisson, Gardons espoir pour le Rwanda, Mordicus, 2008.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Dans le roman de politique-fiction de Michel Wieviorka, Le séisme. Marine Le Pen présidente (2016), où cette dernière gagne l'élection présidentielle de 2017, il devient ministre de l'Intérieur, de l'Immigration et de la Laïcité puis également ministre de l'Éducation nationale[320].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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