Rock français

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Rock français

Origines stylistiques Rock 'n' roll, blues, jazz, folk
Origines culturelles États-Unis
Instruments typiques Guitare, basse, batterie, clavier
Popularité Internationale
Scènes régionales France

L'histoire du rock français est similaire à celle du rock outre-Atlantique et outre-Manche : après l'âge d'or des pionniers à la fin des années 1950 avec (Boris Vian, Henri Salvador, Line Renaud, Danyel Gérard , Danny Boy), vient ensuite un premier âge d'or au début des années 1960 avec (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Dany Logan,) puis une évolution est portée par quelques artistes influencés par la pop (Serge Gainsbourg, Michel Polnareff, Jacques Dutronc, Nino Ferrer)[1]. À la vague punk des années 1970 fait suite un deuxième âge d'or avec (Téléphone, Trust, Starshooter) qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui. Les productions des artistes français sont pour la plupart chantées en langue française mais certaines font exception. Quelques-unes font même appel à des langages créés de toutes pièces, comme le kobaien de Magma ou le klokobetz de Nosfell.

Historique[modifier | modifier le code]

Années 1950[modifier | modifier le code]

Line Renaud est parfois citée comme la première en France à avoir chanté un titre rock'n'roll. En 1955, elle interprète en français, une reprise de Tweeldee Dee de Lavern Baker[2].

Au printemps 1956, le batteur de jazz Baptiste Reilles (1920-1987), sous le pseudonyme de Mac Kac, sort le premier disque de rock français. Ce super 45 tours est publié sous la marque Versailles, de Ray Ventura, dont le directeur artistique est Sacha Distel, neveu du précédent. Il est composé des chansons Et là-bas ?, reprise d'une chanson louisianaise, J'en ai assez, reprise d'Eddie my love, Great big bulging eyes et T'es pas tombé sur la tête, reprise de See You Later, Alligator, de Bill Haley.

Le 21 juin 1956, sous le pseudonyme d'Henry Cording, Henri Salvador enregistre un disque de rock, sur des paroles de Boris Vian et des musiques de Michel Legrand et Alain Goraguer. Les chansons qui composent ce super 45 tours se veulent parodiques et humoristiques comme l'indiquent les titres des chansons choisies : Va t'faire cuire un œuf, Man, Rock hocquet, Rock and roll mops et Dis-moi que tu m'aimes rock[3]. Boris Vian récidive avec de nouveaux textes interprétés par Magali Noël, considérée par L. Picaud comme « la première rockeuse de France »[1]. Elle chante notamment Alhambra rock, Strip rock ainsi que Fais-moi mal, Johnny, interdit à la radio pour ses paroles jugées trop osées[4].

En 1958, Danyel Gérard publie un disque de rock, nullement parodique, bien qu'il contienne également un titre signé de Boris Vian, D'où reviens-tu Billie Boy ?. Surnommé « le chanteur suffoquant », Danyel Gérard suscite un certain intérêt, mais il doit partir faire son service militaire pendant la guerre d'Algérie fin 1959. Entre-temps, d'autres chanteurs français s'essaient au rock'n'roll : Claude Piron, qui deviendra Danny Boy, Richard Anthony notamment... tandis qu'au Golf Drouot, premier lieu du rock'n'roll à Paris sous l'impulsion d'Henri Leproux, sévissent de futurs vedettes tels que Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, puis Dick Rivers, ou encore Long Chris, Vince Taylor et Moustique...

Cette brève histoire des prémices du rock en France est loin d'être exhaustive et il conviendrait de citer également Annie Cordy (Qu'est-ce que tu as mon vieux), Moustache (Le rock de Paris), Claude Bolling (Crazy love), Michel Legrand (Rock surprise partie), Zanini et ses Challengers (Dis-moi oui ou non), Georges Guetary (Georges, viens danser le rock), Eddie Constantine (Rock rock), Colette Renard (L'âge atomique) ou Georges Aber (Comme un tigre)[5].

Article détaillé : Chronologie du rock en France.

Années 1960[modifier | modifier le code]

Johnny Hallyday en concert en 1965.

Au début des années 1960, Johnny Hallyday est la première vraie vedette du rock en France. Le 14 mars 1960, il sort son premier disque, un super 45 tours qui comprend l'adaptation T'aimer follement (Makin'Love) et trois titres composés par Jil et Jam, dont Laisse les filles. Johnny Hallyday fait sa première apparition à la télévision le 18 avril 1960 dans l'émission L'École des Vedettes, où il est présenté par Line Renaud et Aimé Mortimer. Son passage défraie la chronique et son jeu de scène fait polémique. En quelques jours, son disque passe de trente mille à cent mille ventes[6]. Son second disque, sorti le 3 juin 1960 chez Vogue, et sa chanson Souvenirs, souvenirs, qui est son premier grand succès, vont convaincre les maisons de disques françaises qu'il existe un marché national du rock. Durant l'été, il tourne dans le sud de la France et le public commence à être en nombre. À partir du 20 septembre 1960 et durant trois semaines, Johnny Hallyday se produit à l'Alhambra en première partie de Raymond Devos. En novembre 1960, il passe en vedette à l'Alcazar à Marseille et connaît son premier triomphe en public.

Le 24 février 1961, au Palais des sports de Paris, a lieu le premier festival international de rock'n'roll. Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires, premier groupe de rock en France, y font leur début, alors que le passage d'Hallyday est programmé en vedette. L'événement, émaillé de nombreux incidents, (les blousons noirs commencent à faire parler d'eux), lance véritablement le genre musical dans le pays, malgré une presse unanimement hostile, exception faite de Salut les copains de Daniel Filipacchi.

Des groupes locaux ne tardent pas à s'inspirer des formations célèbres de Grande-Bretagne ou d'Amérique du Nord. Ils proposent le plus souvent des adaptations en langue française (car le répertoire français n'existe pas à l'époque) de succès anglo-saxons, tandis qu'apparait progressivement des compositions originales : par exemple Long Chris et Les Daltons interprètent des titres de leur création (Plan de fugue, Tu ne seras pas mon ami, À la cour du roi Johnny... - 1966) ou Les Gypsys qui, en 1967, sortent deux titres en français : Prolétaire et Je ne te pardonnerai pas[7].

Quelques artistes deviendront dans les décennies suivantes des acteurs importants de la variété et du rock'n'roll en France : c'est le cas en particulier de Johnny Hallyday, Eddy Mitchell (ancien leader des Chaussettes noires) et Dick Rivers (ancien chanteur des Chats sauvages).

Années 1970[modifier | modifier le code]

Jacques Higelin en concert lors du cinquième festival Aux Zarbs d'Auxerre en juillet 2007.

Durant les années 1970, de nouveaux groupes apparaissent dont Martin Circus, Aphrodite's child ou Quo Vadis, fondé par Jean-Pierre Hipken des Gypsis. Les difficultés financières qu'ils rencontrent en pratiquant un rock pur les amènent souvent à se tourner vers des styles musicaux plus proches de la variété. De même durant cette période, de nombreux artistes de variété - Catherine Ribeiro, Bernard Lavilliers, Véronique Sanson - flirtent avec le rock sans toutefois franchir complètement le pas.

Seuls Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Gérard Manset, Nino Ferrer et Jacques Higelin se lancent dans l'aventure. Ferré s'adjoint en 1970, le temps de deux albums, les services du groupe pop Zoo. Gainsbourg introduit le reggae et le psychédélisme au fil de ses albums. En 1970, Manset écrit La Mort d'Orion, premier album-concept en France. Higelin produit un rock de banlieue simple et décapant : son album BBH 75 en 1974 est considéré à l'époque comme le premier album français de vrai rock. Plus confidentiels, des groupes comme Ange, Atoll ou Magma deviennent les représentants français du rock progressif.

À la limite du rock et du folk se situe le travail d'Alan Stivell, surtout à partir du Live à l'Olympia (1972). Une partie de sa production, très éclectique, est marquée par le rock, jusqu'aux plus récents albums.

Les choses changent peu à peu à partir de 1977 : le mouvement punk et la post new wave arrivent en France et correspondent aux aspirations au renouveau d'une partie de la jeunesse. Durant cette époque de créativité, la variété et les groupes du passé sont soudain ringardisés. L'émergence du groupe Bijou marque le retour du rock chanté en français. Il ouvre le chemin à d'autres groupes comme Téléphone, se livrant à un exercice déconsidéré par les puristes comme Little Bob Story, Dogs, Ganafoul ou Trans Europe Express pour lesquels le rock ne sonne vraiment qu'en anglais. Dès 1976, Bijou et Little Bob Story sont les deux premiers groupes qui donnent à penser, chacun dans sa catégorie, qu'un rock français authentique peut exister au pays de la variété. Le mouvement prend de l'ampleur dans les années suivantes et les temps forts seront les festivals punk de Mont-de-Marsan et celui de la New wave french connection à Lyon, première scène française d'importance avant celle de Rennes.

Pendant toute cette première période, le groupe Trust n'a qu'une présence anecdotique marquée par un seul 45 tours (Prends pas ton flingue). Leur premier 33 tours et leur première première tournée fin 1979 rencontrent un succès important.

Bashung lors de sa dernière tournée le 11 juillet 2008 aux Francofolies de la Rochelle.

Années 1980[modifier | modifier le code]

Au début des années 1980, l'alternance politique accompagne l'irruption d'une « culture jeune » médiatisée par certains journaux tendance dont Actuel qui reparaît avec une formule qui correspond à l'époque « after-punk ». Les radios libres deviennent légales. Certaines municipalités envisagent de faciliter l'obtention de locaux de répétition, de façon à accompagner le développement d'un rock français émergeant que l'on espère rémunérateur à l'image de celui d'outre-Manche. À Paris, c'est l'époque des grandes heures du Gibus ou du Rose Bonbon, clubs qui accueillent des groupes en direct et qui succèdent aux lieux qui disparaissent comme le Golf-Drouot.

Le rock commence à compter en France avec Warning, associant les mélodies et textes surréalistes de Raphaël Garrido et l'originalité et la virtuosité du jeune guitariste Christophe Aubert. Des labels indépendants français font leur apparition, comme New Rose records, Ze records, Réflexes ou Sordide Sentimental. De nombreux fanzines rock apparaissent, comme New-Wave, Hello Happy Taxpayers ou On est pas des sauvages. À la suite de Chorus d'Antoine de Caunes, la télévision s'ouvre timidement au phénomène qui secoue une bonne partie de la jeunesse, notamment grâce aux Enfants du rock de Philippe Manœuvre de Rock & Folk.

Des groupes comme Téléphone, Trust, Warning, Bijou, Starshooter, 12°5, Stocks constituent alors les formations les plus populaires d'une nouvelle génération rock made in France teintée d'influences anglo-saxonnes avec des riffs de guitare et des paroles en français. Les futurs groupes mythiques du rock français comme les Rouennais Dogs, Taxi Girl, les Rennais de Marquis de Sade, les Lorrains Kas Product sont remarqués par la critique et une partie du public mais souffrent encore du manque de structures, de visibilité médiatique et de la frilosité du public et des grandes maisons de disques. Durant cette période, les groupes sont éphémères (les Olivensteins, Métal Urbain) même si certains se reforment près de trente ans plus tard pour une nouvelle carrière (Charles De Goal, ADX, Métal Urbain dont les membres sortent ce qu'ils considèrent comme leur premier disque en 2006).

Daniel Balavoine déclare dans l'émission Les Enfants du rock : « Je suis ce que je suis, j'ai la voix que j'ai. La musique rock ne se juge pas là dessus. Le rock, c'est la sueur et peu importe la manière dont on transpire. Je fais de la vraie musique rock française et non du rock anglo-saxon avec des mots en français. »[réf. incomplète]

Une nouvelle scène alternative française apparaît vers le milieu des années 1980. Elle commence à établir ses propres structures, créant ses labels de disques[8], aidée par des fanzines de plus en plus nombreux et des disquaires spécialisés partout en province. Elle est très active, menée par des groupes punks comme Bérurier noir, OTH, les Garçons Bouchers, Ludwig von 88 ou les Porte Mentaux. D'autres se réclament de la scène trash comme les Coronados.

Du côté pop, l'effervescence est également sensible. Avec la vogue des synthétiseurs, Indochine crée une pop synthétique et dynamique à la française qui rencontre rapidement un grand succès auprès des adolescents. Niagara s'impose sur les ondes et offre en concert un pop/rock plus énergique. Alain Bashung construit un « rock intello » très personnel. Le premier single de Buzy, Dyslexique, se vend à 500 000 exemplaires et est un des grands succès de l'année 1981. Patrick Coutin signe « J'aime regarder les filles » qui reste l'un des titres rock en français les plus repris, même à l'étranger. Le Suisse Stephan Eicher débute dans des squats, des bars rocks ou des salles minuscules tout comme les Rita Mitsouko et la majeure partie de la nouvelle scène rock. De nombreux émules français suivent les traces de la nouvelle pop de The Cure ou Depeche Mode marquant cette décennie musicale.

Années 1990[modifier | modifier le code]

La décennie suivante voit le succès grandissant du rock alternatif et avec lui d'une véritable spécificité française, grâce aux labels Bondage Records, Boucherie Productions, dont le choix éclectique a fait découvrir des groupes exceptionnels : les Tétines Noires, issus du cabaret arti-décadent, épaulés par Eduardo Leal de la Galla, Manu Chao de la Mano Negra, François Hadji-Lazaro de Pigalle, Frandol des Roadrunners, Didier Chappedelaine des Wampas

Mêlant les racines rock à des influences multiples (musique espagnole, maghrébine, gitane, chanson réaliste…), les groupes survivants parmi les milliers de groupes nés après le punk au début ou au milieu des années 1980 tels que les Négresses Vertes, Les Innocents ou les Rita Mitsouko, percent enfin et se professionnalisent. Le nombre de groupes de qualité donne alors une véritable identité au rock hexagonal.

Noir Désir, reprenant à son compte l'agressivité du grunge en la canalisant, donne des textes plus fouillés. Ils suivent en ce sens Hubert-Félix Thiéfaine ou encore Alain Bashung, dont la musique devient plus sophistiquée et électronique. En 1994, le distributeur indépendant et auteur compositeur français Christian Brunet crée à Londres le premier groupe de techno rock Shanghai Atraxion, produit par Georges Mary. L'album Start Over n'est pas édité et Yellow Men ne paraît que dix ans plus tard.

En 1995, Mylène Farmer aborde le rock avec des titres tels que XXL ou L'Instant X, dont les riffs rappellent ceux de Nirvana. FFF initie le mélange du funk et du rock en France.

À la fin des années 1990, les groupes français de musique électronique rencontrent un succès notable dans les pays anglo-saxons. Une french touch est attribuée à des groupes tels que Air ou Daft Punk, dont la musique s'inspire largement de la pop des années 1970 (ambiances éthérées, voix déformées). Manu Chao poursuit son parcours solitaire et renforce les influences latino-américaines alors que Sinsemilia devient le fer de lance du reggae francophone.

Années 2000[modifier | modifier le code]

Au début des années 2000, de nouveaux artistes font leur apparition. Mickey 3D crée un folk-rock engagé évoquant notamment des préoccupations écologiques. Louise Attaque introduit le violon dans le paysage rock français et Superbus s'inspire de la powerpop de No Doubt. Indochine, groupe New Wave dans les années 1980, fait un grand retour en 2002 après un passage à vide dans les années 1990 et devient le groupe français le plus vendeur de ces dix dernières années.

Steeve Estatof réintroduit le Glam Rock en France en compagnie de Blackrain. Dans des registres plus personnels, Camille cherche à repousser les frontières de ce qu'il est possible de faire avec des voix, sans accompagnement instrumental, alors que Nosfell s'invente une « sorte de folk vénusien ou de world music grégorienne »[réf. nécessaire].

La deuxième moitié des années 2000 voit l'émergence d'une nouvelle scène rock française avec BB Brunes ou Plastiscines.

Le développement de la musique électronique inspire la scène rock française. De nouveaux groupes apparaissent au milieu des années 2000, dont Shaka Ponk en 2004, Pony Pony Run Run en 2005, Skip the Use en 2008 ou Team Ghost en 2009. Leur influence et leur notoriété sur la scène internationale prend toute sa mesure durant les années 2010.

Années 2010[modifier | modifier le code]

Les années 2010 voient la confirmation du succès international de la vague électro française, communément appelée French Touch avec des groupes tels que Justice, The Supermen Lovers, Daft Punk et plus récemment C2C, Kavinsky ou Breakbot. Certains groupes de rock tels que Phoenix prennent les devants pour enrichir leurs créations avec cette nouvelle influence.

Rock par ville[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Loïc Picaud, 2009, L’Odyssée du Rock français, Fetjaine, 144 p.
  2. Big Joe, Le Rock and roll français des années 50, éditions Rock and Roll Revue.
  3. Jacques Barsamian et François Jouffa, L'Âge d'or du rock'n'roll, éd. Michel Lafon, 1994.
  4. Les chanteuses françaises qui furent censurées
  5. Thierry Liesenfeld, Rock And Roll à la française 1956-1959, éditions Saphyr, Kalohé Production, 2010
  6. Lesueur 2003, p. 26
  7. Label IRAMAC RELAX.
  8. Après les pionniers de New Rose, un exemple significatif est celui du label Boucherie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]