Raymond Devos

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Raymond Devos

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Raymond Devos dans les années 1980

Naissance 9 novembre 1922
Drapeau de la Belgique Mouscron
Décès 15 juin 2006 (à 83 ans)
Drapeau de la France Saint-Rémy-lès-Chevreuse
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession
Conjoint
Simone Beguin (décédée en 1999)

Raymond Devos (prononcer [døvos) est un humoriste français, né le 9 novembre 1922 à Mouscron en Belgique, mort le 15 juin 2006 à Saint-Rémy-lès-Chevreuse dans les Yvelines (France). Il est resté célèbre pour ses jeux de mots, ses qualités de mime, son goût pour les paradoxes cocasses, le non-sens et la dérision.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Louis Devos, industriel dans le domaine du textile, expert-comptable, travailleur frontalier originaire de Tourcoing et de son épouse Agnès, Raymond Devos est natif de Mouscron et de nationalité française. Le couple Devos eut d’abord six garçons, dont un décède en bas âge. Leur septième enfant est une fille. Les parents choisissent Mouscron pour y faire naître Raymond ; Il voit le jour dans le Château des Tourelles, un élégant château blanc, propriété paternelle. La famille quitte la Belgique en 1924 pour des raisons fiscales, revend le Château des Tourelles et s’installe de l’autre côté de la frontière, à Tourcoing, revenant souvent en Belgique pour la France, située à cinq kilomètres de sa ville natale. Raymond Devos hérite de sa mère sa sensibilité artistique : adepte des jeux de mots, elle jouait du violon et de la mandoline[1]. Il se met en tête de retrouver ce château natal dont lui a souvent parlé sa maman. Dans son souvenir, c’était un château immense. Il commence par ce que Mouscron avait de plus imposant : le Château des Comtes, dont la façade ne lui rappelle rien. Quelqu’un lui suggère d’aller voir le Château des Tourelles, où il se sent chez lui. Aujourd'hui, la salle principale du Centre culturel Marius Staquet de Mouscron porte son nom ainsi qu'une école primaire du quartier qui l'a vu naître, le Mont-à-leux[2].

Éternel étudiant[modifier | modifier le code]

Tout jeune encore, il découvre son don pour raconter des histoires et captiver son auditoire. Élève à l’Institution libre du Sacré-Cœur à Tourcoing, il doit arrêter ses études à 13 ans à cause des graves problèmes financiers que connaît sa famille, sans pouvoir assouvir sa soif de connaissances. Cela restera comme son plus grand regret et lui donnera cette posture d’éternel étudiant, fasciné par le savoir.

C’est donc par lui-même qu’il parfait sa culture et sa maîtrise de la langue française et de la musique. Son univers familial le prédispose à jongler avec la musique. Son père joue de l’orgue et du piano, sa mère du violon et de la mandoline, son oncle de la clarinette. Il apprendra lui-même des instruments aussi divers que la clarinette, le piano, la harpe, la guitare, le concertina, la trompette, la scie musicale

La faillite de l’entreprise de son père les contraint d’aller en banlieue parisienne, où sa famille vivra dans des conditions difficiles. Avec toute sa volonté et son acharnement à devenir artiste, il observe avec ravissement les spectacles de rue, comme ceux des forains, place de la Bastille : « Ils retiraient le cadenas qui enchaînait leur matériel à longueur d’année et ils sortaient le tapis, le poids, les instruments pour haranguer la foule : "Attention mesdames et messieurs, le spectacle va commencer." »

En attendant d’être artiste, il exerce différents métiers, notamment  : coursier en triporteur, libraire, crémier aux Halles, où il doit mirer les œufs… Mais à l'approche de la guerre, Raymond Devos est requis par le Service du travail obligatoire (STO). Il garde le moral en proposant des spectacles à ses compagnons (d’infortune) grâce aux instruments (de fortune) qu’il a pu emporter avec lui. « Lorsque j’ai été déporté du travail en Allemagne, je côtoyais quotidiennement des hommes de nationalités différentes. Avec des rudiments de langue allemande, on tentait de se faire comprendre. Mais il y avait aussi les gestes, une attitude, un regard qui ajoutaient aux efforts relationnels. » Il enrichit ainsi son bagage d’une nouvelle expérience, celle de mime, qu’il va parfaire à l’école d’Étienne Decroux, où il rencontre Marcel Marceau.

« La mer démontée »[modifier | modifier le code]

Il prend ensuite des cours de théâtre auprès de Tania Balachova et d’Henri Rollan, dont le cours d’art dramatique se tient au Théâtre du Vieux-Colombier. Il joue dans Le Médecin malgré lui et Knock. Pensionnaire de la compagnie Jacques Fabbri, on le voit dans La vertu en danger, Les Hussards, Les fantômes, La famille d’Arlequin.

En 1948, il monte un numéro burlesque « les trois cousins », avec André Gille et Georges Denis. Les trois partenaires se produisent au club Le Vieux Colombier (club de jazz, distinct du théâtre du Vieux-Colombier)[3] et à la Rose Rouge. Un duo avec Roger Verbecke succède ensuite au trio : « Les pinsons » se produisent à l’ABC et aux Trois-Baudets en chantant des parodies comiques de chansons de cow-boy.

Mais c’est au hasard d’une tournée théâtrale des villes casinos avec la compagnie Jacques Fabbri, à Biarritz, qu’il découvre l’absurde et le comique de situation. Interrogeant un maître d’hôtel, « Je voudrais voir la mer », il se voit répondre « Vous n’y pensez pas, elle est démontée ». « Quand la remontera-t-on ? » insiste-t-il. « C’est une question de temps »… Ces quatre répliques lui donnent la matière à un sketch, La mer, puis bientôt à un autre, Le car pour Caen.

C’est au cabaret « Le Cheval d’Or », d’abord, puis à l'Écluse et aux « Trois-baudets » qu’il teste ses premiers sketches et le personnage qui allait, au fil du temps, impressionner le public. Remarqué par Maurice Chevalier, il passera en première partie de son spectacle à l’Alhambra et y gagne la consécration. Son sketch Le plaisir des sens le rend célèbre : « Mais dis-moi laitier, ton lait va tourner ! », apostrophe auquel le laitier en question, pris sur un rond-point ne donnant que sur des sens interdits, répond par « T’en fais pas, je fais mon beurre ».

Jongleur de mots[modifier | modifier le code]

Accompagné d'un fidèle pianiste et partenaire, Jean-Michel Thierry puis Hervé Guido, il multiplie dès lors les apparitions dans les salles de spectacles et bientôt les plus grandes (Bobino, l'Olympia) se l’arrachent. Son spectacle s’enrichit sans cesse : mime, comédien, musicien, jongleur, équilibriste sur monocycle, prestidigitateur… Il jongle aussi bien avec des petites balles qu’avec des boules de cinq kilogrammes. Ses prouesses physiques sur scène suscitent l’étonnement puis le rire, en regard de sa silhouette rebondie, avec son pantalon retenu sous le ventre par des bretelles. Raymond Devos triomphera par la suite sur le petit écran, dans Italiques face à Georges Mathieu pour la présentation du film La raison du plus fou de François Reichenbach[4] et sera régulièrement invité par Jacques Chancel dans son Grand Échiquier.

Très différent d’un Coluche malgré une référence commune au clown, contemporain de Fernand Raynaud, qui partage avec lui sa passion du mime, l’humour de Raymond Devos frise souvent la métaphysique (Friedrich Nietzsche), voire la mathématique fondamentale, comme lorsqu’il explique que « trois fois rien, c’est déjà quelque chose ». Beaucoup[Qui ?] le considèrent comme un génie des mots, un poète hurluberlu et étonnant. Ses références littéraires sont Gaston Bachelard et Marcel Aymé. Ses inspirateurs et modèles sont Tristan Bernard, Alphonse Allais, Alfred Jarry, Boris Vian avec lequel Devos a travaillé, Raymond Queneau. Sans oublier Charlie Chaplin, Jacques Tati, Pierre Etaix et les grands clowns comme les légendaires Footit et Chocolat, Grock, les Fratellini ou Pipo.

Il s’est marié le 30 avril 1959 avec Simone Beguin, décédée en 1999. Le couple n’a pas eu d’enfants.

Victime d’une attaque cérébrale en décembre 2005, de nouveau hospitalisé début février 2006 pour la même raison à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, il meurt chez lui, à 7h50, le 15 juin 2006 des suites d’une crise d’œdème aigu du poumon, entouré de sa sœur Cécile, de son neveu Jean-Louis, et de son secrétaire particulier Pierre Herran. Ses funérailles ont lieu le 19 juin dans l’église de Saint-Rémy-lès-Chevreuse.

Français ou Belge ?[modifier | modifier le code]

Son nom en néerlandais signifie « le renard ». Mais pourtant, pas de doute : son père, né à Tourcoing en 1887, son grand-père Charles (administrateur de La Libre Parole), né à Bousbecque, en 1841, sa mère, bretonne de Vitré, sont français. À sa naissance à Mouscron, en Belgique, à deux pas de la frontière avec la France, son père le déclara à la maison communale de cette ville, où ses parents avaient alors une propriété, le château de Tourelles. Mais il omit de l'inscrire également au consulat de France. Malgré des papiers d’identité en bonne et due forme, sa situation de fond ne fut jamais régularisée. En 2002, interrogeant à ce sujet le service chargé des Français nés à l'étranger, à Nantes, il se vit répondre : « Il n’y a pas de M. Devos sur nos tablettes… ». Raymond Devos traduira cette ambiguïté avec humour : « Je suis né avec un pied en Belgique et un pied en France, c’est pour cela que je marche les pieds écartés. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Recueils de sketches[modifier | modifier le code]

  • 1968 : Ça n’a pas de sens
  • 1976 : Sens dessus dessous
  • 1989 : À plus d’un titre (Pocket)
  • 1991 : Matière à rire, l’intégrale (Orban) (ISBN 978-2855-656083) (regroupe les trois ouvrages précédents)
  • 1996 : Un jour sans moi (Plon)
  • 2007 : Rêvons de mots (Le Livre de Poche)
  • Parler pour ne rien dire
  • Ouïe Dire (tiré de À plus d’un titre)
  • Jeux de mains

Romans[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Dufour, Raymond Devos, funambule des mots, L'Archipel, 2005

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Chansons[modifier | modifier le code]

  1. Se coucher tard
  2. Conseil d’une Espagnole à son jardinier
  3. Souvenir de vacances d’été pourries (Ah quel été!)
  4. Le Cordonnier
  5. Dernier Soupir
  6. Pas de Java
  7. À Pierrot (La chanson de Pierrot). Interprète : Félix Leclerc
  8. Je hais les haies

Distinctions et prix[modifier | modifier le code]

En 2003, le ministère de la Culture et de la Communication français crée le prix Raymond-Devos, destiné à récompenser un travail d’excellence autour de la langue française. Ce prix a récompensé Mohamed Fellag (2003), Jean-Loup Dabadie (2004), les Frères Taloche (2005), Pierre Palmade (2006), François Rollin (2010), Vincent Roca (2011), et Guillaume Gallienne[6] (2012).

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Descendance[modifier | modifier le code]

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Parmi les humoristes actuels on peut en citer au moins trois qui peuvent être considérés comme ses héritiers : Vincent Roca, Jean-Jacques Vanier, Gauthier Fourcade.

Vincent Roca serait en réalité plus proche du Québécois Sol, déformant les mots pour permettre de plus nombreuses possibilités d'association. Jean-Jacques Vannier serait un "Devos sans les jeux de mots". Il parvient par la simple subtilité de son jeu d'acteur à nous entraîner dans son univers où le non sens est roi. Gauthier Fourcade est sans doute le plus proche de Devos par la manière d'utiliser le jeu de mot comme un moyen de faire rebondir l'histoire, comme une porte vers l'imaginaire.

Ces trois artistes ont cependant peu à peu délaissé le principe d'une succession de sketches pour proposer des spectacles d'un seul tenant avec un propos, sortes de pièces pour une personne, inspirés sans doute par des humoristes tels que François Rollin ou Romain Bouteille. De fait, et sans doute en raison d'une plus grande frilosité des chaînes de télévision, ils sont moins médiatisés que leur glorieux aîné. Notons aussi qu'un duo burlesque tel que BP Zoom, dont l'humour est purement visuel, pratiquement sans aucun texte, reconnaît l'influence de Devos pour ce qui est de l'absurde et de l'imaginaire. Ce qui prouve que Devos était beaucoup plus qu'un jongleur de mot virtuose. D'autres comiques comme Albert Meslay et Chavari & Durand se situent en successeurs de Raymond Devos.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Vidéos[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Raymond Devos a raconté ses souvenirs d’enfance Si j’ai rêvé de faire du théâtre, c’est parce que mon père nous emmenait au cirque à Mouscron. J’étais fasciné. Avec mes frères, nous avions tracé une piste de cirque dans l’atelier de notre père. »[réf. nécessaire]
  2. Il est fait mention de ce quartier dans la chanson de Jacques Brel Les Bourgeois
  3. André Clergeat, Philippe Carles et Jean-Louis Comolli, Le Nouveau dictionnaire du Jazz, Paris, Robert Laffont,‎ 2011, 1455 p. (ISBN 978-2-221-11592-3), p. 1303
  4. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 30 mars 1973
  5. Récompenses 1998-2002 attribuées par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Communauté Francophone de Belgique)
  6. Discours de remise du prix Raymond Devos par le ministre de la Culture