Album-concept

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Un album-concept, ou album concept (de l'anglais concept album) est un terme discologique qui traduit la volonté de la part d'un artiste ou d'un groupe de créer une œuvre où toutes les pistes sont globalement liées à un thème, une idée ou une histoire contrairement aux albums plus typiques constitués de pistes sans lien apparent entre elles[1]. Ainsi, peut être dit « concept » tout album faisant montre d'une certaine cohérence interne et assumant une certaine unité, que ce soit sur le plan des thèmes abordés ou au niveau de l'esthétique choisie.

Historique[modifier | modifier le code]

On attribue généralement la genèse du « concept album » aux chanteurs de jazz Frank Sinatra (In the Wee Small Hours) et Nat King Cole (After Midnight), ainsi qu'aux instrumentistes Miles Davis (Porgy and Bess) et John Coltrane (A Love Supreme). Il prend ensuite son envol grâce à Bob Dylan avec son album Blonde on Blonde en 1966, aux Beach Boys pour Pet Sounds la même année, ainsi qu'aux Beatles avec leur Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band en 1967 et aux Who avec Tommy en 1969. On retrouvera ce concept chez d'autres comme Aqualung du groupe britannique Jethro Tull en 1971. (Ian Anderson, le leader du groupe, a cependant toujours nié qu'Aqualung fût un album concept, et il est vrai seule la deuxième face traite vraiment du même thème de la religion), The Lamb Lies Down on Broadway (Genesis, 1974), Les Cinq Saisons (1975) et surtout L'Heptade du groupe québécois Harmonium, ou encore le Misplaced Childhood du groupe Marillion en 1985. Pour la France, on peut citer aussi Emile Jacotey, d'Ange (1975), ou encore L'Homme à tête de chou (1976), ainsi que l'Histoire de Melody Nelson (1971) de Serge Gainsbourg.

À ses débuts — fin des années 1960, début des années 1970 —, l'album-concept est quelque peu atypique dans l'univers des musiques nouvelles, en particulier dans l'univers pop/rock, fortement lié à l'époque comme encore aujourd'hui au principe de chanson. Un album n'étant envisagé que comme une compilation de diverses chansons, souvent composées et/ou enregistrées à des moments différents.

Les albums-concept qui tranchent le plus avec ce modèle sont ceux dont toutes les chansons ou morceaux se suivent et racontent une même histoire, comme dans le The Lamb Lies Down on Broadway du groupe Genesis en 1974. L'album-concept se rapproche donc de ce qu'on pourrait qualifier d’opéra-rock, à la différence notable que l'histoire n'est racontée, évoquée ou interprétée dans la plupart des cas que par un seul chanteur. Certains concepts (rares) poussent cette approche très loin, en ne faisant d'un album qu'un seul et unique morceau comme par exemple Amarok de Mike Oldfield, ou L'Opéra du pauvre de Léo Ferré, pas toujours divisé en pistes. Au contraire, certains albums sont des compromis plus équilibrés entre division du disque en morceaux/chansons et vision globale de l'album ; ils insisteront moins sur la cohérence et la linéarité de l'histoire racontée, ils se permettront d'inclure des titres extérieurs à cette histoire — on parle alors parfois de semi-concept, comme pour le Duke de Genesis ainsi que les albums du groupe Rush entre 1975 et 1978 ou ils consacrèrent une face de 33 tours à un thème unique via une plage approchant les 20 minutes —, ou encore seront construits autour d'un thème central, unificateur, sans pour autant que les morceaux se suivent. Cette dernière forme de concept allégé, qui se distingue par un relatif abandon de l'idée de trame narrative au profit d'une unicité thématique, est sans doute la plus vivace aujourd'hui. Certains groupes y vont jusqu'à y consacrer leur discographie entière à des albums-concept comme l'un des pionniers de la musique électronique Kraftwerk avec Radioactivity (thème sur la radioactivité en général), The Man Machine (basé lui sur la robotisation, ce qui fera la marque du groupe par la suite),

Relevons également le cas intéressant, célèbre et peu commun de The Wall (Pink Floyd, 1979), album qui a fait l'objet d'une adaptation cinématographique. Le film en question comporte très peu de dialogues et de répliques conventionnels, le film se structurant en majeure partie autour des paroles issues des différentes pistes de l'album. De par le caractère notable de ce groupe et de son influence, ajoutons que, six ans avant, en 1973, ce même groupe mit au jour l'album The Dark Side of the Moon, pouvant être considéré comme un album concept[2], traitant de thématiques certes diverses mais en lien, telles que la pathologie mentale, la vie et la mort, le rapport à l'autre et à soi, la guerre ou encore l'argent[3]. Cette cohérence, unité est d'ailleurs revendiquée par l'un des membres du groupe, Roger Waters affirmant que « Dark Side of the Moon était l'expression d'une empathie politique, philosophique, humanitaire qui devait se manifester[4] ».

On notera enfin que de nombreux artistes ou groupes composent des albums totalement ou partiellement basés sur un concept unificateur — narratif ou thématique — sans pour autant utiliser le terme d'album-concept, en particulier dès que l'on sort de la zone d'influence du rock progressif, principal promoteur historique de cette forme artistique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Roy Shuker, Popular Music : The Key Concepts, Routledge,‎ 5 juillet 2002, 400 p. (ISBN 0-415-28425-2), p. 5
  2. http://www.floydianslip.com/pink-floyd/albums/album.php?id=9
  3. http://ferguson911.files.wordpress.com/2012/04/philo_pinkfloyd.pdf
  4. The Dark Side of the Moon: The Making of the Pink Floyd Masterpiece (Cambridge, Massachusetts: Da Capo, 200) p.89