Symbolisme anarchiste

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Le symbolisme de l'anarchisme permet de représenter les idéaux de l'anarchisme et du mouvement libertaire.

Du drapeau rouge au drapeau noir[modifier | modifier le code]

Le drapeau noir est le symbole anarchiste traditionnel

Le mouvement anarchiste voit le jour, en tant que composante du mouvement ouvrier dès sa naissance dans les années 1840. Le mouvement se structure petit à petit, et en 1864 naît à Londres l'Association internationale des travailleurs (AIT), dont l'emblème est le drapeau rouge.

Toutefois, des tensions apparaissent entre « anarchistes » d'un côté (dont le représentant le plus connu est Bakounine) et de l'autre les socialistes appelés « autoritaires » par les premiers (dont le représentant le plus connu est Marx). Après l'écrasement de la Commune de Paris en 1871, le drapeau rouge est interdit par la jeune République française restaurée. Par ailleurs la scission entre « anarchistes » et « marxistes » est consommée au Congrès de l'AIT en 1872. L'AIT va, petit à petit, disparaître dans les années qui suivront.

Mais les anarchistes continuent leur combat contre l'injustice et pour la liberté. Le drapeau noir a fait sa première apparition "officielle" dans la manifestation des sans-travail aux Invalides à Paris, le 9 mars 1883, lors d’un meeting organisé par le syndicat des menuisiers. Louise Michel y arbore, pour la première fois, un drapeau improvisé, à partir d’un vieux jupon noir fixé sur un manche à balai. (lire La défense du drapeau noir qu’elle fit lors de son procès)

Le journal Le Drapeau Noir, apparu en 1882, est l'une des premières publications du mouvement à utiliser le noir comme symbole. Le nom du groupe anarchiste londonien fondé en juillet 1881 est Black International.

Lors de la Révolution russe de 1917, le groupe de Nestor Makhno est plus connu sous le nom d’« armée noire ». Leur drapeau est noir jusqu'à leur chute face à l'Armée rouge. Emiliano Zapata, un révolutionnaire mexicain des années 1910, utilise le drapeau noir imprimé d'un crâne et d'os croisés ainsi qu'une image de la Vierge Marie. Son slogan est Tierra y Libertad (« Terre et Liberté »). En 1925, les anarchistes japonais créent la Black Youth League (Ligue noire de la jeunesse). Enfin, en 1945, ce dernier appelle son journal Kurohata (« Drapeau Noir »).

Plus récemment, lors des manifestations de Mai 1968, des étudiants parisiens adoptent ce même drapeau noir, également orné de rouge. À Nantes, les drapeaux noirs seront dans les manifestations (sauf quand le 14 mars, les syndicats et organisations ont pour seule exigence : « Pas de gourdins et pas de drapeau noir »[1].) ; sur la Place royale alors rebaptisée « Place du peuple ». Ils ne seront décrochés de la faculté que le 2 juillet 1968. La même année, ce même drapeau est utilisé par le groupe Students for a Democratic Society (« Étudiants pour une société démocratique ») à l'occasion de leur convention nationale. À la même époque, un groupe anglais crée son journal, également appelé Black Flag, qui existe toujours aujourd'hui.

Le sabot et le chat noir[modifier | modifier le code]

Le sabot est un symbole du sabotage pour les travailleurs.

Le sabot est utilisé symboliquement par les anarchistes au XIXe siècle (idée notamment développée par Émile Pouget pour l'abaissement de la journée de travail à huit heures par jour) et au début du XXe siècle (bien que ce symbole ne soit plus utilisé aujourd'hui). Le mot « sabot » est probablement la racine du mot sabotage : les travailleurs qui voulaient un congé, ou qui voulaient lutter contre le patron de manière insidieuse, jetaient certainement un sabot dans les machines d'une usine ou d'une ferme et ne travaillaient plus jusqu'à ce que la machine soit réparée, mettant en difficulté le patron.

À Philadelphie, il existe une librairie anarchiste qui s'appelle Wooden Shoe (« Sabot de bois »).

Logo de la CNT.

Le chat noir , représenté hérissé et toutes griffes dehors, est également associé à l'anarchisme, en particulier avec l'anarcho-syndicalisme. Il a été représenté par Ralph Chaplin, figure de premier plan dans les Industrial Workers of the World (IWW). Comme son attitude agressive le suggère, le chat — appelé en anglais wild cat — évoque des idées telles que des grèves sauvages, sabotage et syndicalisme radical. Il est assez largement revendiqué par les mouvements anarchistes comme un symbole historique du sabotage[2].

Ce chat noir est de nos jours le symbole de la CNT.

Le chat est utilisé comme symbole contraire du chien, défenseur de l'ordre. Inversement, le chat noir symbolise la désobéissance et l'indépendance. Le chat anarchiste n'est pas non plus un chat domestique : il est est maigre et efflanqué. Enfin, c'est un chat combattif, son poil est hérissé et il hurle. Hêla Jalel conclut : « L'Anarchat se réfère ainsi au Mal, au Malin, au Diable, mais c'est pour mieux montrer qu'il se place du côté d'un monde à l'envers, prohibé, contraire à l'ordre social du monde à l'endroit des inégalités sociales qui, de fait, est le vrai monde à l'envers qu'il faut absolument renverser pour instaurer la liberté et la coopération égalitaire. »[3]

Le A cerclé[modifier | modifier le code]

Le symbole traditionnel du A dans un cercle.
Le symbole de la Fédération Régionale espagnole de l'Association internationale des travailleurs.

Il s’agit d’un « A » capital entouré d’un cercle : Ⓐ. Le A représente la première lettre du mot anarchie (ou anarchisme) dans de nombreuses langues, ce qui en fait un symbole internationalement reconnaissable.

À force de le voir graffité sur des murs à la craie, à la bombe (de peinture), sur des T-shirts et des drapeaux, on pensait qu’il était là depuis toujours. Certains pensaient que ce A dans l’O était des lettres d’évangile ou encore le A et l’O extraits du nom de Ravachol. D’autres ont cru qu’il synthétisait, au XIXe siècle, l’idée de l’anarchie dans l’ordre prônée par Pierre-Joseph Proudhon. Certains ont cru le voir pendant la révolution sociale espagnole de 1936, arboré quelque part dans la colonne Durruti. Mais selon les auteurs de l’ouvrage « A cerclé, histoire véridique d’un symbole », tout cela n’est que légendes[4].

En fait, ce signe est une création iconographique plus récente. Études et preuves à l’appui, on sait désormais que le premier A cerclé remonterait à 1964. Le symbole est proposé par Tomás Ibañez Gracia et René Darras[5], en avril 1964, dans le Bulletin des Jeunes Libertaires, « à l'ensemble du mouvement anarchiste », comme projet de signe de ralliement. Afin de « trouver un moyen plus pratique et rapide de minimiser le temps et la longueur de signature sous les textes et slogans. » Un symbole aussi rapidement identifiable que la croix, la svastika ou la faucille et le marteau. Le A cerclé a l’avantage d’être plus facilement exécutable. Il faut cependant attendre l’après Mai-68 pour qu’il se répande et se banalise dans le monde entier[6].

Ce symbole ne fait aucune référence à la Franc-maçonnerie. À noter les similitudes avec le sigle de la Fédération Régionale espagnole de l'Association internationale des travailleurs à la fin du XIX siècle.

Autres symboles anarchistes[modifier | modifier le code]

Le A cerclé et le drapeau noir sont les symboles les plus connus de l’anarchisme. Néanmoins, un certain nombre de groupes développent leurs propres symboles.

Le drapeau rouge et noir[modifier | modifier le code]

Anarchist flag.svg

Le drapeau rouge et noir est le symbole de l’anarcho-syndicalisme. Les socialistes libertaires et les communistes libertaires l'utilisent aussi. Ce dernier fait partie du mouvement syndicaliste mélangeant le socialisme et l’anarchisme (ce qui explique la juxtaposition des deux couleurs).

Le drapeau rouge et noir est aujourd'hui utilisé en France par la CNT (Confédération nationale du travail), Alternative libertaire, certains groupes de la CGA, la Fédération anarchiste (notamment) s'en tenant au traditionnel drapeau noir.

Un article d'Alternative libertaire revient sur la naissance de ce drapeau[7].

Le drapeau violet et noir[modifier | modifier le code]

Anfem2.svg

Ce drapeau découpé en diagonale est composé d'une partie violette et d'une partie noire comme tous les drapeaux des mouvances anarchistes, il symbolise l'anarcho-féminisme[réf. nécessaire].

Le drapeau vert et noir[modifier | modifier le code]

Green Anarchism.jpg

Cette bannière divisée en diagonale est composée d'une partie verte et d'une partie noire comme tous les drapeaux des mouvances anarchistes, il symbolise l'écologie libertaire. Le vert étant le symbole international des revendications écologistes.

La croix noire[modifier | modifier le code]

Le symbole traditionnel de l'Anarchist Black Cross

À l'origine, le groupe Anarchist Black Cross (ou ABC) milite pour la suppression des prisons. Il soutient les prisonniers politiques. Ils utilisent cette croix, en référence au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, organisation humanitaire internationale également engagée dans la lutte auprès des prisonniers politiques.

Anarchisme chrétien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : anarchisme chrétien.
Alphaomega.png

À la façon du symbole anarchiste classique, celui de l'anarchisme chrétien est la lettre alpha (A) placée à l'intérieur de la lettre oméga (Ω).

Les lettres alpha et oméga, commencement et fin de l’alphabet, (AΩ) sont le symbole de Dieu.

« Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. »

— Apocalypse. 22:13

« Je suis le premier et je suis le dernier, et hors moi il n'y a point de Dieu. »

— Livre d'Isaïe 44:6

L'Église primitive chrétienne utilise fréquemment le symbole de l'alpha et l'oméga en les gravant sur les lampes à huile, ou aux côtés des chrismes. Aujourd'hui, certains mouvements chrétiens comme les Jesus Freaks utilisent ce symbole.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mai 68 Nantes de sarah guilbaud, éditeur Coiffard libraire
  2. « Retour sur le symbole et l'histoire des IWW », CNT SR87
  3. Hêla Jalel, « La figure du chat dans l'imaginaire en général et dans l'imagerie anarchiste en particulier », document inédit, université de Toulouse le Mirail, février 1998, cité par « Le chat noir, porte-drapeau des anarchistes  », Sciences humaines, 15 juin 2011, consulté le 22 octobre 2014.
  4. Collectif, A cerclé, histoire véridique d’un symbole, Éditions alternatives, 2009, http://www.editionsalternatives.com/site.php?type=P&id=789 notice éditeur].
  5. Louis Mesplé, L'histoire véridique d'un symbole anarchiste, le A cerclé, Rue89, 8 janvier 2010, texte intégral.
  6. Guillaume Davranche, « Le A cerclé. Histoire véridique d’un symbole », sur Alternative libertaire,‎ 1er février 2010.
  7. Notes sur l'histoire du drapeau rouge et noir

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]