Fusillade de Fourmies

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Couverture de L'Intransigeant.

La fusillade de Fourmies est un évènement qui s'est déroulé le . Ce jour-là, la troupe met fin dans le sang à une manifestation pacifique d'ouvriers clamant : "C'est les huit heures qu'il nous faut!". Le bilan est de neuf morts et de 35 blessés. Cet événement fournit un écho national aux idées socialistes.

Historique[modifier | modifier le code]

Le contexte[modifier | modifier le code]

Vieille cité industrielle du Nord de la France, la ville de Fourmies atteint son apogée industrielle et démographique à la fin du XIXe siècle grâce au textile. Elle compte alors 15 000 habitants, en majorité des ouvriers. La distance la séparant de Paris n’est que de 200 km. À plusieurs reprises, des grèves éclatent, en particulier le 1er mai. En effet, suite au massacre de Haymarket Square à Chicago, consécutif à une manifestation pour la journée de 8 heures, la Seconde Internationale décide de créer, en juillet 1889, une "journée internationale de revendication des travailleurs" le 1er mai (dite « fête du travail » depuis 1948).

L'appel à la grève à Fourmies[modifier | modifier le code]

Dans le Nord de la France, les socialistes guesdistes, très implantés dans la région, tentent d’y organiser les ouvriers. L'un des fondateurs du Parti ouvrier français, créé en 1893, Paul Lafargue (gendre de Karl Marx), alors l’un des dirigeants nationaux des socialistes guesdistes, incite à la grève générale du 1er mai consacrée à la revendication de la journée de 8 heures et à la hausse des salaires.

Préparation de la riposte : le 30 avril 1891[modifier | modifier le code]

Pour montrer leur opposition aux revendications, les patrons font apposer sur les murs de Fourmies, une affiche affirmant leur détermination à ne pas faire de concessions. Sous leur impulsion, le maire de la ville demande l’envoi de deux compagnies d’infanteries du 145e régiment de ligne au sous-préfet d’Avesnes[1].

Récit de la journée[modifier | modifier le code]

Disposition des acteurs du drame.

Dès le départ, la manifestation doit se dérouler dans une ambiance festive et pacifique. À 10 heures, les ouvriers doivent porter leurs revendications à la mairie. Des festivités l'après-midi et un bal en soirée sont inscrits au programme.

« Le plus grand calme est recommandé, pas de tumulte, pas de récriminations personnelles », affirme Culine[réf. nécessaire].

À 9 heures, après une échauffourée avec les gendarmes à cheval, quatre manifestants sont arrêtés. Des renforts sont demandés à la sous-préfecture qui envoie deux compagnies du 145e de ligne caserné à Maubeuge. Le 84e RI d'Avesnes est déjà sur place.

Dès lors le premier slogan, « c'est les huit heures qu'il nous faut », est suivi par « c'est nos frères qu'il nous faut ».

18 h 15 : 150 à 200 manifestants arrivent sur la place et font face aux 300 soldats équipés du nouveau fusil Lebel qui contient 9 balles (une dans le canon et huit en magasin) de calibre 8 mm. Ces balles peuvent, quand la distance n'excède pas 100 mètres, traverser trois corps humains sans perdre d'efficacité. Les cailloux volent ; la foule pousse. Pour se libérer, le commandant Chapus fait tirer en l'air. Rien ne change.

Il crie : « Baïonnette ! En avant ! »

Collés contre la foule, les trente soldats, pour exécuter l'ordre, doivent faire un pas en arrière. Ce geste est pris par les jeunes manifestants pour une première victoire. Kléber Giloteaux, leur porte drapeau s'avance. Il est presque 18 h 25... le commandant Chapus s'écrie : « Feu ! feu ! feu rapide ! Visez le porte-drapeau ! ».

Bilan : neuf morts, trente cinq blessés (au moins) en quarante cinq secondes.

Conséquences de la fusillade[modifier | modifier le code]

Couverture du Voleur.
Couverture du Petit Parisien.

Cet événement a un fort retentissement en France car de nombreux journaux de l’époque le mettent en première page, retenant surtout l’aspect tragique. Certains comme le Voleur illustré, soulignent le rôle de l’abbé Margerin qui s’interposa durant la fusillade.

Paul Lafargue décrit ainsi l'événement :

« Alors, les soldats, sans avoir été provoqués par la foule, sans avoir fait les trois sommations réglementaires, tirèrent. La boucherie aurait duré encore longtemps si le curé catholique Margerin, n'était pas sorti de la maison et n'avait pas crié : "Assez de victimes." Neuf enfants étaient couchés sur la place, un homme de 30 ans, 2 jeunes gens de 20 ans, 2 enfants de 11 et 12 ans et quatre jeunes filles de 17 à 20 ans. »

Jean Jaurès prononce un discours peu de temps après la fusillade, ainsi que Georges Clemenceau, qui, à la tribune, dénonce l’attitude des forces de l’ordre. Il déclare : « C'est le Quatrième État qui s'est levé », rend hommage aux victimes (« ces femmes et ces enfants dont le sang a pour si longtemps rougi le pavé ») et rappelle l'importance de la justice :

« Il y a quelque part, sur le pavé de Fourmies, une tache innocente qu’il faut laver à tout prix… Prenez garde ! Les morts sont des grands convertisseurs, il faut s’occuper des morts. »

Clemenceau s'abstient cependant de proposer une motion de censure, et réussit plutôt à convaincre la Chambre des députés de voter l'amnistie des manifestants arrêtés (506 voix pour contre 4).

La tragédie fait aussi germer des hypothèses de toutes sortes comme celle de l’écrivain antisémite Édouard Drumont dans Le Secret de Fourmies. Il l’explique par la présence d’un sous-préfet juif Issac. D’autres hommes de lettres font un récit plus objectif, comme le socialiste Ernest Roche.

La fusillade est en fait instrumentalisée par différents camps: les socialistes et anarchistes l'utilisent pour légitimer leur combat, les journaux chrétiens s'emparent de l'évenement pour justifier un socialisme chrétien notamment dans la Croix du Nord. Certains ex-boulangistes et quelques bonapartistes l'utilisent pour décrédibiliser le parlementarisme, les députés par leur mesures notamment l'éducation laique et obligatoire, qui serait à l'origine de revendications comme celles de Fourmies.

Bien que les forces de l’ordre ont été mises en cause, ce sont les instigateurs de la grève, Culine et Paul Lafargue, qui furent condamnés pour provocation directe au meurtre. Le premier écopa de six années de prison et le second d'un an. Toutefois, Lafargue fut libéré de façon anticipée, après son élection comme député, en novembre 1891. Cet épisode contribua au progrès du socialisme français et fut un événement fondateur de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO).

Les actions anarchistes de Ravachol en mars 1892 sont entre autres inspiré par la fusillade de Fourmies et le jugement de l'affaire de Clichy.

Une tragédie transposée en chanson populaire[modifier | modifier le code]

Cliquer sur l'image pour agrandir le texte.

CHANSON.JPG

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Ouvrages spécialisés[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir sur le site de l'académie de Lille.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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  • Dossier sur le site de l'académie de Lille
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