Confédération nationale du travail (France)

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Confédération nationale du travail

Logo de l’association
Cadre
Forme juridique Confédération syndicale
But Émancipation des travailleurs, abolition des classes, égalité et justice sociale, gestion de la société par les producteurs
Zone d’influence Drapeau de la France France
Fondation
Fondation 1946
Origine Militants de la CNT espagnole et de la CGT-SR
Identité
Siège 33, rue des Vignoles
75020 Paris
Structure Confédération
Méthode Anarcho-syndicalisme
Syndicalisme révolutionnaire
Financement Cotisations des membres
Membres inconnu
Représentativité cf. article
Slogan Un syndicat de combat, autogestionnaire et sans permanents !
Site web www.cnt-f.org

La Confédération nationale du travail (CNT) est une confédération syndicale française de type syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste.

Historique[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

À l'origine, la Confédération nationale du travail est une confédération syndicale française créée en décembre 1946 à Paris. Fondée par des militants de la CNT espagnole en exil, des anciens membres de la CGT-SR (SR pour syndicaliste-révolutionnaire), ainsi que des jeunes ayant participé à la Résistance, qui quittent la CGT du fait de la mainmise du PCF sur cette organisation, la CNT prend son nom en référence à son homologue espagnole.

Ayant connu une période de relatif développement après la Seconde Guerre mondiale, la CNT devient un mouvement plus ou moins groupusculaire à partir de l'essor de Force ouvrière, issue de la scission de la CGT. Elle le reste jusque dans les années 1990, où elle connaît un renouveau militant.

Durant ces cinq décennies, où le nombre d'adhérents ne dépasse pas la centaine de personnes, deux scissions ont lieu au sein de la Confédération.

Les scissions[modifier | modifier le code]

La première scission, qui a lieu en 1977 pour des motifs liés à l'évolution de la situation politique en Espagne (mort de Franco, transition démocratique, etc.), est dite « 2e UR » ou « de la tour d'Auvergne » (du nom de la rue où se situe la librairie), et concerne essentiellement l'union régionale parisienne. La CNT 2e UR a rejoint la CNT-AIT issue de la seconde scission en 2006.

La seconde scission intervient en 1993. Elle est fondée sur des différences de positions au sein de l'organisation : une tendance est attachée au principe de non-participation aux élections professionnelles et affirme son antipolitisme, c’est-à-dire le refus de collaborer ou même de cosigner des tracts avec des organisations politiques, considérées comme ennemies des travailleurs au même titre que les autres défenseurs du capitalisme que sont l'État ou les Églises ; l'autre tendance ne conçoit pas cette position de non-participation aux élections professionnelles comme absolue, notamment dans les entreprises où la lutte est difficile et pourrait être vouée à l'échec sans l'acquisition d'un statut légal protégeant la section syndicale. Par ailleurs, elle s'autorise à affronter les arguments des organisations politiques sur le terrain de la lutte sociale en participant aux intersyndicales.

Le congrès de l'AIT, réuni à Madrid en 1996, va exclure la seconde tendance, la majorité des sections représentées jugeant que sa position constitue un manquement aux principes anarchosyndicalistes qui régissent l'association. Cependant, la section exclue de l'AIT considère que ce vote est non démocratique (faible nombre de sections participant au vote, différence de voix trop faible). Le congrès de Madrid adopte une résolution appelant les anarchosyndicalistes en France à rejoindre le bureau confédéral du Mans (qui deviendra la CNT-AIT). Ceux qui refusent, essentiellement les syndicalistes révolutionnaires et les membres d'organisations politiques anarchistes (Fédération anarchiste, comme le directeur de publication du journal de la CNT-F), restent au sein du bureau confédéral de la rue des Vignoles, qui va devenir la CNT-F.

La troisième scission intervient en novembre 2012, lors du congrès confédéral de Metz. Elle naît d'un désaccord de longue date sur la question des employés et de divergences sur la stratégie syndicale. Les problématiques autour des employés (question de fond) n'est pas bien vécu par les militants de la CNT qui ne comprennent pas pourquoi une motion d'orientation n'est pas proposée pour venir débattre de la volonté d'en avoir. Au lieu de ça, à plusieurs reprises le pourrissement de la CNT a lieu. Malgré tout la question des employés sera abordée lors du congrès, les syndicats à leur majorité on voté contre le fait que la CNT y ait recours. Le syndicat du Nettoyage de la région parisienne qui avait déjà quitté quelques mois plus tôt la CNT est suivi par d'autres syndicats à Paris et dans les régions. Constitution alors d'une nouvelle confédération : la CNT-Solidarité ouvrière [1].

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Siège de la rue des Vignoles, à Paris.

Finalement, la partie de la CNT restée dans l'AIT garde le sigle CNT-AIT, tandis que celle qui en est exclue, après avoir durant quelque temps maintenu le sigle CNT/AIT devient la « CNT ».

Pour mieux distinguer ces deux CNT, l'une est parfois surnommée « l'AIT », et l'autre, « les Vignoles » (du nom de la rue qui héberge son siège parisien) ou « CNT-F » (du nom de son domaine internet, mais la CNT-AIT est également appelée CNT-F au sein de l'AIT, pour la différencier de la CNT espagnole).

Cette dernière entretient des relations avec d'autres syndicats exclus de l'AIT (comme la CGT espagnole, scission d'avec la CNT-E) ou ayant quitté l'AIT (comme la SAC suédoise), et même avec la FAU, section de l'AIT en Allemagne, même si cette dernière, à son congrès de 2007, a été partagée sur cette question. Elle entretient également de bons contacts avec des syndicats du tiers monde (tels que le GEFONT au Népal ou la CGT-B au Burkina, etc.).

Un temps problématiques, les relations entre la CNT et la CNT-AIT se sont normalisées, chaque organisation ayant choisi de développer sa propre voie selon ses propres conceptions. Les relations avec la CNT-SO restent en revanche tendues (selon la CNT-F).

La CNT[modifier | modifier le code]

Présentation[modifier | modifier le code]

La CNT intègre dans ses statuts la charte d'Amiens (1906, CGT), la charte de Lyon (1926, CGT-SR) et la charte de Paris (1946, CNT). Elle se réclame de la CGT des origines, de la CGT-SR et de l'expérience anarchosyndicaliste de la révolution sociale espagnole de 1936.

La CNT est ouverte à tous les travailleurs sur un mode d'organisation qui correspond au fédéralisme libertaire (autogestion, démocratie directe, autonomie et souveraineté des syndicats). Son mode de fonctionnement la rapproche des libertaires et par certains aspects de son projet du communisme libertaire. Toutefois, la CNT rappelle qu'elle n'est pas une organisation « anarchiste », mais un syndicat désireux de réunir l'ensemble des travailleurs, ouvert à tous. Sa position est de refuser toute étiquette idéologique spécifique, sinon celle de l'anarchosyndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire,[2],[3].

Organisation[modifier | modifier le code]

Comme la plupart des autres confédérations syndicales, la CNT s'organise sur 2 plans, un plan professionnel et un plan géographique.

Niveau professionnel[modifier | modifier le code]

La CNT essaie de développer des syndicats de branche d'industrie et des sections syndicales d'entreprise, qu'elle considère plus proches des réalités des travailleurs dans les entreprises. Les syndicats sont organisés par départements ou régions. Ils ne peuvent pas couvrir une zone géographique plus importante pour éviter de couper les relations interprofessionnelles locales entre travailleurs, base de la solidarité entre syndiqués. L'ensemble des syndicats d'une même branche d'industrie s'organisent en fédération d'industrie (cf. chapitre sur les fédérations CNT).

Niveau géographique[modifier | modifier le code]

Cette action interprofessionnelle se fait au sein des unions locales, départementales ou régionales, qui regroupent l'ensemble des syndicats CNT d'une même zone géographique. Cela se traduit par des actions de solidarité, de soutien à des mouvements de grève, ou sur des thèmes transversaux tels que l'antisexisme ou l'environnement, à l'image des anciennes bourses du travail de la fin du XIXe siècle.

Adhérents et militants[modifier | modifier le code]

Contrairement à toutes les autres organisations syndicales, la CNT, selon les principes de l'autogestion, refuse les permanents syndicaux, c'est-à-dire des salariés détachés par leur entreprise et rémunérés par cette dernière pour faire du syndicalisme. Trop souvent, ces syndicalistes sont coupés de la réalité du travail de ceux qu'ils sont censés défendre. À la CNT, tout le travail syndical, effectué par les militants, se fait en dehors des horaires de travail, sauf pour les délégués du personnel qui bénéficient d'heures de délégation.

Concernant le nombre d'adhérents, la CNT a connu depuis la scission de 1993 un certain développement ; toutefois, au regard des effectifs des autres organisations syndicales, elle reste une petite organisation. Le nombre de ses adhérents est difficile à connaître et varie selon les sources. La CNT-F revendique 5 000 adhérents[4]. Toutefois des auteurs estiment que le nombre tourne autour de 1 500[5],[6] après que le nombre eut monté jusqu'à 4 000[5].

Représentativité[modifier | modifier le code]

Depuis l'adoption de la loi n° 2008-789 du 20 août 2008[7], consacrée en partie à la représentativité syndicale dans le secteur privé, tous les syndicats du secteur privé (y compris ceux qui ne sont pas représentatifs sur le plan national ou dans la branche d'industrie concernée) peuvent déclarer une section syndicale et désigner un représentant de cette section. Cela a des conséquences non négligeables pour la CNT[8].

La loi du 20 août 2008 exige, parmi les règles de représentativité d'un syndicat, qu'il respecte les « valeurs républicaines ». Par un arrêt du 13 octobre 2010[9], la Cour de cassation, saisie d'une contestation quant à la représentativité de la CNT à cause de ses statuts qui prônent l'abolition de l'État, a répondu que cette déclaration dans les statuts ne suffisait pas à prouver que la CNT ne respectait pas les valeurs républicaines. Il n'est donc pas possible de contester sur ce point la représentativité de la CNT.

Luttes[modifier | modifier le code]

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Drapeau cnt le Havre manifestation.jpg

Le projet avorté du gouvernement d'Édouard Balladur d'instaurer un contrat d'insertion professionnelle (CIP), en 1994, la lutte antifasciste initiée par les SCALP (c'est-à-dire sections carrément anti-Le Pen, dont historiquement la première a été fondée à Toulouse en 1984 dans les locaux de la CNT-AIT) dans les universités ou le combat en faveur des sans-papiers sont rejoints par la CNT.[réf. nécessaire]

De même, la CNT a connu un accroissement du nombre de ses militants lors du mouvement social de décembre 1995 contre le plan Juppé et pendant le combat contre le CPE[réf. nécessaire].

Assez paradoxalement, la CNT est capable de fédérer dans les manifestations les différentes composantes du mouvement libertaire, bien qu'elle rappelle régulièrement ne pas être une organisation anarchiste. C'est le cas notamment lors des grands défilés unitaires, comme le traditionnel défilé du 1er mai auquel elle participe depuis 1995, où elle conduit le cortège rouge et noir de la place des Fêtes jusqu'à la place de la République, puis s'insère dans la manifestation unitaire, en tant que confédération syndicale, derrière les grandes centrales (CGT, SUD, etc.).

Questions politiques[modifier | modifier le code]

Par sa structure de syndicat révolutionnaire, la CNT se préoccupe aussi bien des problèmes liés au travail et au salariat, que des questions politiques. Elle est présente concrètement dans nombre de combats qui ont lieu un peu partout en Europe et dans le monde (contre-sommets du G8, FSL, lesquels lui donnent l'occasion de montrer son influence).

Au niveau international, la CNT travaille avec d'autres sections démissionnaires ou exclues de l'AIT, comme la SAC suédoise ou la CGT espagnole.

La CNT participe à de nombreux rassemblements et manifestations : contre les lois Fillon, le CPE, la LRU ou la réforme des retraites ; au sein du mouvement social débuté le 29 janvier 2009, etc.

Pour mieux connaître les positions et les réflexions des syndicats ou des militants de la CNT, il faut se reporter aux différentes publications comme le Combat Syndicaliste (mensuel des syndicats CNT), Les Temps maudits (revue théorique de la CNT) ou encore les éditions de la CNT qui publient régulièrement des livres[10]. De plus, la Fédération des travailleurs de l'Éducation publie N'autre École, revue trimestrielle syndicale et pédagogique[11].

En plus du travail purement syndical, la CNT développe dans ses locaux différentes activités culturelles (concerts, débat, salon du livre, etc.). Elle agit également en vue de maintenir l'histoire du mouvement ouvrier (plaque commémorative en 2003 à Vigneux en souvenir de la grève de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges de 1908, etc.).

Les fédérations de la CNT[modifier | modifier le code]

Logo CNT.jpg
  • La Fédération des travailleurs de l’éducation[12] syndique l'ensemble du personnel de l'éducation au sein des Syndicats CNT-FTE : enseignants, personnels technique et administratif ainsi que les étudiants, les chercheurs et les salariés de l'université dans la section supérieur-recherche. La fédération publie la revue trimestrielle N'autre École ainsi qu'un bulletin d'actualité Classes en Lutte.
  • La Fédération de la communication, de la culture et du spectacle (CNT-CCS) dont les syndicats CNT-CCS sont aussi bien présents, au travers de leurs sections, dans certains groupes de presse, dans des établissements publics (INRAP...) ou chez les intermittents du spectacle.
  • La Fédération des travailleuses/eurs de la terre et de l’environnement, qui regroupe, entre autres, de petits paysans dont certains sont à l'origine de coopératives de production/distribution (par ex. Coopéquita à Bordeaux). La fédération publie le bulletin Le Vent se lève[13].
  • La fédération CNT-PTT[14], dont les militants sont surtout présents à La Poste mais également à Exapaq.
  • La Fédération santé-social et fonction publique territoriale[15], qui publie le bulletin La Sociale.
  • La Fédération du bâtiment et des travaux publics (SUB-CNT, Syndicat unifié du bâtiment), qui publie le bulletin Le Réveil du bâtiment. Des sections sont présentes dans l'équipement.

Structures syndicales associées[modifier | modifier le code]

Articles connexes sur des structures de la CNT[modifier | modifier le code]

Articles connexes sur des adhérents de la CNT[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "CNT: Après la scission, quel futur?", dans Alternative libertaire de janvier 2013.
  2. Anarchosyndicalisme et syndicalisme révolutionnaire, Article du site web de la CNT présentant l'histoire et les références de la CNT
  3. La CNT, c'est quoi ?, Tract de présentation de la CNT (format pdf - 4 pages - 1,33 Mo)
  4. « CNT : présentation », sur www.cnt-f.org, CNT-f,‎ 28 octobre 2006 (consulté le 22 octobre 2013)
  5. a et b Jacques Leclercq, Ultras-gauches : Autonomes, émeutiers et insurrectionnels (1968-2013), L'Harmattan,‎ 2013, 316 p. (ISBN 9782336301587, lire en ligne), p. 187
  6. Christophe Bourseiller, L'extrémisme : Enquête sur une grande peur contemporaine, La Martinière, 49 p. (ISBN 9782271073624, lire en ligne), chapitre 4
  7. Loi n° 2008-789 du 20 août 2008 sur legifrance.fr.
  8. « Les conséquences des règles de représentativité pour la CNT » sur le site de la CNT.
  9. Cass. soc. 13 oct. 2010, pourvoi n° 10-60.130, arrêt 1955 sur legifrance.fr.
  10. Site des éditions de la CNT.
  11. Site de la revue N'Autre école.
  12. Site de la CNT-FTE.
  13. Site de la FTTE
  14. Site de la CNT-PTT.
  15. Site de la fédération Santé-Social.