Affaire Sacco et Vanzetti

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Vanzetti (à gauche) et Sacco (à droite).

L’affaire Sacco et Vanzetti est le nom d'une controverse judiciaire survenue dans les années 1920 aux États-Unis, concernant les anarchistes d'origine italienne Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti.

Contexte[modifier | modifier le code]

Comme en Europe, les années 1919-1920 sont difficiles aux États-Unis : il faut reconvertir l'économie de guerre et faire face à l'inflation. La fin du dirigisme étatique mis en place en 1917 et la montée du syndicalisme provoquent de nombreuses grèves dans tout le pays. En 1919, on recense 4,1 millions de grévistes qui réclament de meilleurs salaires et une réduction du temps de travail. Les grèves dégénèrent en violences et donnent lieu à des affrontements dans plusieurs grandes villes, comme à Boston[1].

Face à ce climat social, l'année 1925 est marquée par de nombreux attentats anarchistes : les responsables politiques sont touchés, comme le maire de Seattle ou celui de Cleveland, chez lequel une bombe explose. Les bureaux de la banque Morgan à Wall Street sont soufflés par un attentat qui fait 38 morts et 200 blessés[2]. Les autorités prennent des mesures de répression contre les anarchistes mais aussi contre les communistes et les socialistes américains. Certains sont emprisonnés, d'autres contraints de s'exiler. L'opinion publique amalgame les grévistes, les étrangers et « les Rouges ». Elle craint la progression du bolchévisme en Europe, le terrorisme de gauche et se méfie des immigrés récemment arrivés qui parlent à peine l'anglais. Cette période est connue sous le terme de « Peur rouge ».

Début de l'affaire[modifier | modifier le code]

En 1920, deux braquages ont lieu dans le Massachusetts : le premier est un hold-up manqué contre une fabrique de chaussures par un gang motorisé à Bridgewater le , l'autre à South Braintree le . Durant ce dernier braquage, deux hommes, Frederic Parmenter caissier de la manufacture de chaussures Slater and Morril et son garde du corps Alessandro Berardelli, sont abattus à coups de revolver par deux hommes dans la rue principale. Les 15 000 $ correspondant à la paye des ouvriers sont volés[3].

Les soupçons de la police se portent immédiatement sur les anarchistes italiens. Bien que ni Sacco ni Vanzetti n'aient de casier judiciaire, les autorités les connaissent comme des militants radicaux favorables au terrorisme révolutionnaire dont le principal représentant est l'avocat Luigi Galleani. La police relie les crimes récents au courant galléaniste, spéculant que les voleurs sont motivés par la nécessité de financer leurs attentats par des braquages. Elle suspecte notamment Ferruccio Coacci, ouvrier italien qui a travaillé pour les deux manufactures et dont elle retrouve dans la maison des cartouches 7,65 × 17 mm Browning identiques à celles retrouvées dans le corps des deux convoyeurs[4].

Le brigadier de police de Bridgewater Michael E. Stewart soupçonne quant à lui Mario Boda, colocataire de Ferruccio Coacci et propriétaire d'une voiture supposée être utilisée lors du braquage de South Braintree. Le , la police tente d'appréhender Mario Buda et trois autres hommes (par la suite identifiés comme Sacco, Vanzetti et Riccardo Orciani), alors qu'ils viennent récupérer cette voiture en réparation dans un garage de la région, le garagiste ayant alerté la police après s'être aperçu que la plaque d'immatriculation était fausse. Ils tentent de fuir mais la police parvient à rattraper Sacco et Vanzetti, détenteurs d'armes à feu, qui sont inculpés pour les deux braquages[3].

Procès[modifier | modifier le code]

Manifestation en faveur de Sacco et Vanzetti.

Le premier procès débute le . Un certain nombre de témoins à charge qui n'ont vu le braquage que de loin affirment avoir « reconnu » des Italiens, notamment l'un portant une moustache comme celle de Vanzetti, le débat portant sur la longueur de cette moustache. Les témoins à décharge, des immigrés italiens supposés être d'accointance avec les milieux anarchistes, sont ignorés bien qu'ils leur fournissent un alibi à Vanzetti[1].

Le , Vanzetti seul est condamné pour le premier braquage de 12 à 15 ans de prison, Nicola Sacco ayant pu prouver qu'il avait pointé à l'usine le jour de ce premier braquage.

Le second procès qui a lieu à Dedham du 31 mai au met surtout en scène l'expertise en balistique, encore balbutiante à cette époque, Vanzetti portant selon l’accusation un pistolet de calibre 38 qui aurait appartenu à l’une des victimes et Sacco un Colt automatique de calibre 32 dont les quatre balles trouvées sur les lieux du braquage avaient été tirées par un pistolet de même calibre. Ce second procès les condamne tous les deux à la peine capitale pour les crimes de South Braintree, dans la banlieue de Boston, malgré le manque de preuves formelles. Carlo Tresca et Aldino Felicani (vieil ami de Vanzetti), deux militants de l'Industrial Workers of the World et quelques représentants de la bourgeoisie libérale bostonienne lancent une campagne médiatique nationale et internationale en leur faveur, montant dès le 9 mai un comité de défense qui parviendra à lever pendant 7 ans un fonds de 300 000 dollars, fonds dans lequel puisera leur avocat californien Fred Moore, spécialisé dans les procès politiques, pour effectuer ses propres enquêtes[5]. Dès lors, des comités de défense se mettent en place dans le monde entier pour sensibiliser l'opinion sur cette injustice : Benito Mussolini prend même leur défense[6]. Comme Sacco en 1923, Vanzetti est placé début 1925 en hôpital psychiatrique. Le , leur condamnation à mort est confirmée. En novembre 1925, un bandit dénommé Celestino Madeiros, cependant déjà condamné à mort dans une autre affaire[7], avoue de sa prison être l'auteur, avec des membres du gang de Joe Morelli, du braquage de South Braintree, mais le juge Webster Thayer (en), vieil Américain de souche blanche qui n'aimait ni les Italiens, ni les anarchistes[6], refuse de rouvrir le dossier. Malgré une mobilisation internationale intense[8] et le report à plusieurs reprises de l'exécution, Nicola Sacco, Bartolomeo Vanzetti et Celestino Madeiros sont exécutés par chaise électrique dans la nuit du 22 au , à la Prison de Charlestown (en) dans la banlieue de Boston, par le célèbre bourreau Robert G. Elliott[9], suscitant une immense réprobation.

Suites[modifier | modifier le code]

Cette affaire ainsi que celle des époux Rosenberg participent en France de l’antiaméricanisme né au XIXe siècle[10].

Par la suite, des galléanistes on réagi violemment les années suivantes, se vengeant en plaçant des bombes au domicile des participants au procès, dont un juré du procès de Dedham, un témoin à charge, le bourreau, Robert G. Elliott, et le juge Thayer. Le 27 septembre 1932, un paquet de dynamite détruit la maison de Thayer à Worcester, Massachusetts. Thayer resta indemne, mais sa femme et un concierge furent blessés[11].

Le , exactement 50 ans jour pour jour après leur exécution, le gouverneur du Massachusetts Michael Dukakis absout les deux hommes, les réhabilite officiellement et déclare que « tous les déshonneurs devaient être enlevés de leurs noms pour toujours »[12]. André Kaspi reste toutefois en désaccord sur la question de l'innocence ou de la culpabilité des deux hommes[1]. L'écrivain américain Francis Russell, s'appuyant sur une enquête de balistique réalisée en 1961, défend la thèse selon laquelle seul Sacco était coupable. Selon lui, le leader anarchiste Carlo Tresca aurait confirmé cette thèse peu avant sa mort (cf. F. Russel, op. cit. dans la bibliographie)[réf. insuffisante].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Louis Aragon consacre un poème à Sacco et Vanzetti, intitulé Sur le port de Dieppe qui narre la déception d'Aragon après une manifestation de soutien à Sacco et Vanzetti à Dieppe ne rassemblant que trop peu de personnes. Il a été chanté par Marc Ogeret sous le titre Le jour de Sacco-Vanzetti.

Giuliano Montaldo retrace leur histoire dans le film Sacco et Vanzetti. Dans la bande originale du film, la chanson Here's to you de Joan Baez (musique de Ennio Morricone) fait référence aux paroles de Vanzetti au juge Thayer :

« Here's to you Nicola and Bart
Rest forever here in our hearts
The last and final moment is yours
That agony is your triumph. »

Georges Moustaki a repris la chanson de Joan Baez en adaptant les paroles en français sous le titre de Marche de Sacco et Vanzetti.

Leny Escudero les a également chantés sous le titre Sacco et les autres.

Une chanson de Woody Guthrie, Two Good Men, leur est également dédiée, de même qu'une chanson de Scott Walker, intitulée The ballad of Sacco and Vanzetti.

C'est aussi un thème très présent dans le jeu Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots et a été aussi utilisé dans la bande-annonce de Metal Gear Solid: Ground Zeroes.

Citation[modifier | modifier le code]

Vanzetti, condamné avec Sacco à l’électrocution, répond le 9 avril 1927 au juge Thayer :

« Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c André Kaspi, « Affaire Sacco et Vanzetti », émission L'heure du crime sur RTL, 29 mars 2013
  2. A. Kaspi, Les États-Unis au temps de la prospérité, 1919-1939, 1994, p.40
  3. a et b Pierre Milza, « Sacco et Vanzetti : autopsie d'une affaire (1921-1989) », L'Histoire, no 126,‎ octobre 1989, p. 18
  4. (en) Paul Avrich, Anarchist Voices : An Oral History of Anarchism in America, AK Press,‎ 2005 (ISBN 1-904859-27-5), p. 132-133
  5. (en) Bruce Watson, Sacco and Vanzetti : The Men, The Murders, and the Judgment of Mankind, Viking,‎ 2007, p. 64
  6. a et b A. Kaspi, Les États-Unis au temps de la prospérité, 1919-1939, 1994, p.46
  7. Cette confession tardive peut faire penser qu'il espérait un autre procès pour retarder son exécution.
  8. Une pétition en leur faveur recueille trois millions de signatures.
  9. (fr) « Robert Greene Elliott », sur www.worldlingo.com (consulté en 27 octobre2010)
  10. Philippe Roger, Rêves et cauchemars américains, Les États-Unis au miroir de l’opinion publique française (1945-1953), Presses universitaires du Septentrion,‎ 1996, 357 p. (lire en ligne)
  11. New York Times: "Bomb Menaces Life of Sacco Case Judge," September 27, 1932, accessed Dec. 20, 2009
  12. source sur schoolnet.co.uk

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ronald Creagh, L'affaire Sacco et Vanzetti, Lyon, Atelier de création libertaire, 2004.
  • Pierre Duchesne, Sacco et Vanzetti, Paris, Presses de la Cité, 1971.
  • André Kaspi, Les États-Unis au temps de la prospérité, 1919-1939, Hachette, Paris, 1980, 1994, (ISBN 978-2-01-235102-8)
  • Francis Russell, L'affaire Sacco-Vanzetti, Paris, Robert Laffont, 1964.
  • John Dos Passos, Devant la chaise électrique, Sacco et vanzetti: histoire de l'américanisation de deux travailleurs étrangers, Arcades Gallimard, 2009, (ISBN 978-2-07-012111-3).

Articles connexes[modifier | modifier le code]