Entartage

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Un entartage.

L'entartage ou attentat pâtissier est un acte consistant à lancer ou le plus souvent, à « écraser » une tarte à la crème (ou plus simplement, une assiette en carton remplie de crème fouettée) à la figure d'une personnalité lors d'un événement public, pour souligner, selon les auteurs, l'absurdité des propos ou des actions de la « victime ».

Principe[modifier | modifier le code]

L'entartage se veut une condamnation publique par le ridicule. En général, l'entarteur cherchera à commettre son acte dans un contexte où sa portée sera la plus importante. La victime est généralement une personnalité connue, aux positions controversées que l'entartage vise à ridiculiser.

L'entartage a pour origine la célèbre bataille de tartes à la crème du film muet La Bataille du siècle avec Laurel et Hardy, réalisé par Clyde Bruckman en 1927.

Il existe quelques entarteurs dont l'un des plus célèbres est le Belge Noël Godin qui compte parmi ses victimes Bernard-Henri Lévy, Bill Gates (1998), Doc Gynéco, le ministre belge Édouard Poullet, Jean-Luc Godard, Marco Ferreri, Maurice Béjart, Nicolas Sarkozy (1997), Pascal Sevran, Patrick Bruel, Patrick Poivre d'Arvor. Au Canada, les « entartistes[1] » se sont fait les spécialistes de l'entartage, visant toutes les personnalités politiques qui dirigent le pays. À Lyon (France) le collectif Al Qaïtarte instaure de manière permanente une insurrection pâtissière à l'encontre des « crapules » people/ politiciennes depuis 2008 ; on leur doit notamment l'entartage du maire de Lyon Gérard Collomb, mais encore celui de Daniel Cohn-Bendit ou l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

Suites judiciaires et polémiques[modifier | modifier le code]

Ces actes sont diversement appréciés par les victimes qui peuvent parfois poursuivre en justice l'auteur de l'entartage ou réagir plus ou moins violemment à leur agression.

Noël Godin[modifier | modifier le code]

Philippe Douste-Blazy a porté plainte contre Noël Godin à la suite de son entartage. Celui-ci a été relaxé. Son avocat a expliqué que « c'était une vieille tradition belge d'entarter les fâcheux, ou plus exactement les pompeux cornichons[2]. »

Jean-Pierre Chevènement a également porté plainte contre Noël Godin à la suite de son entartage. Celui-ci a été condamné à 800 euros d'amende pour « violences volontaires avec préméditation », en 2002. Cette amende a été portée à 2500 euros en appel, en 2004.

Nancy[modifier | modifier le code]

Le tribunal correctionnel de Nancy a considéré dans son jugement du 2 septembre 2005 l'entartage comme un délit de violence volontaire. Les deux responsables de l’association Hermaphrodite ont été condamnés à une amende de 250 euros chacun, plus 600 euros pour les frais d’avocat de la partie adverse et au versement de 800 euros au titre du préjudice moral et de 12,10 euros pour les frais de pressing à la suite de l'entartage du président de l’Université Nancy 2[3].

Bernard-Henri Lévy[modifier | modifier le code]

Bernard-Henri Lévy, recordman du monde de l'entartage de célébrités.

Bernard-Henri Lévy a été victime de sept entartages en Belgique et en France. En 1985, il a réussi à rattraper son agresseur qui fuyait et à le jeter par terre, pour lui intimer ensuite : « Lève-toi vite, ou je t'écrase la gueule à coups de talon[4] ! » La scène, filmée, a été largement diffusée, notamment par Coluche et Pierre Desproges. Cela lui a également valu une chanson de Renaud, L'Entarté.

Lors du Salon du livre de Paris le 18 mars 2006, Bernard-Henri Lévy a été entarté à deux reprises[5].

Ségolène Royal[modifier | modifier le code]

Le 16 juin 2006, sur le parvis de la gare de La Rochelle, Ségolène Royal a été victime d'un entartage par Jonathan Joly[6], un étudiant en lettres de 22 ans, qui a été immédiatement arrêté. Il a été relâché par la police après vingt heures de garde à vue.

Par son geste, qu'il a qualifié de symbolique et d'humoristique[7], Jonathan Joly entendait dénoncer la dérive conservatrice et sécuritaire du discours ainsi que l'importance accordée à l'image de la présidente de la région Poitou-Charentes, qui menait sa campagne pour l'élection présidentielle de 2007. Noël Godin résumera ainsi le contexte de l'action : « Il a choisi le moment parfait, après qu’elle se soit exprimée crapoteusement en proposant d’encadrer militairement les jeunes délinquants, de la folie pure[8]. »

Ségolène Royal s'est dit inquiète pour sa sécurité selon Le Parisien et a déclaré : « Dans n'importe quel pays démocratique, on m'aurait accordé une protection rapprochée. J'ai pris un gâteau, cela aurait pu être beaucoup plus grave… Cet acte doit être puni comme n'importe quelle agression ». Elle a immédiatement déposé une plainte[9] à l'encontre du jeune homme pour « violence volontaire préméditée avec arme par destination » (passible de 3 ans de prison), exigeant de sa part des excuses qu'elle n'obtiendra pas. Elle a également demandé aux agences de presse de ne pas diffuser les photographies de l'incident. Le maire socialiste de La Rochelle, Maxime Bono, atteint par des éclaboussures, s'est joint à la plainte.

Ségolène Royal a expliqué que sa plainte avait une « visée éducative » et a proposé à son entarteur un emploi saisonnier rémunéré pour l'été au Conseil régional de Poitou-Charentes, afin « qu'il se rende compte du travail important que réalisent les élus et les services publics, élus qui ne sauraient accepter sans réagir d'être atteints dans l'exercice de leur fonction », ce à quoi Jonathan Joly a répliqué : « Je n'ai pas vraiment de leçon à recevoir. Elle me propose de voir le travail réalisé dans les services publics mais je travaille dans l'animation à la mairie de La Rochelle[10] ! »

Le 27 juillet 2006, Jonathan Joly a été condamné par le tribunal correctionnel de La Rochelle à 150 euros d’amende avec sursis, sans inscription au casier judiciaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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