Sante Geronimo Caserio

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Photo de Sante Geronimo Caserio (1894), archives policières.
L'exécution de caserio dans Le Progrès illustré.

Sante Geronimo Caserio (né à Motta Visconti en Lombardie, le - mort à Lyon, le ) est un anarchiste italien, assassin de Sadi Carnot, président de la IIIe République française. Le 24 juin 1894, Caserio poignarda mortellement le président Carnot durant un défilé à Lyon. Condamné à mort par la cour d'assises du Rhône, le 3 août, il est guillotiné 13 jours plus tard.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sante Geronimo Caserio naît dans une famille paysanne. Il a de nombreux frères et sœurs et son père meurt, dans un asile, de la pellagre (une maladie provoquée à cette époque par une mauvaise alimentation chez les paysans qui se nourrissaient presque exclusivement de maïs). Ne voulant pas être à la charge de sa mère, qu'il aimait beaucoup, à l'âge de dix ans, il quitte la maison et gagne Milan. Il y trouve du travail comme apprenti chez un boulanger. Il entre en contact avec les milieux anarchistes de la fin du XIXe siècle, fonde même un petit cercle anarchiste appelé « a pè » (« à pied », au sens de sans argent). Pietro Gori se souvenait de lui comme d'un compagnon très généreux ; il raconte l'avoir vu, devant la Bourse du Travail, distribuer aux chômeurs du pain et des brochures anarchistes qu'il faisait imprimer avec son maigre salaire. Il est identifié et fiché pendant une manifestation publique, et est forcé de fuir, d'abord en Suisse et ensuite en France.

Le 24 juin 1894, il tue le président Carnot pendant une cérémonie publique à Lyon en le frappant au foie à l'aide d'un couteau au manche rouge et noir (les couleurs qui symbolisent l'anarchie)[1]. Carnot décède quelques heures après. Après cet acte, il n'essaie pas de fuir, mais court autour de la voiture du moribond en criant « Vive l'anarchie ». Il est jugé en cour d'assises les 2 et 3 août. À l'issue de son procès, il est condamné à la peine capitale, et guillotiné le 16 du même mois.

Poignard de Caserio

Devant le tribunal qui le condamne à mort, il dit entre autres :

« Eh bien, si les gouvernements emploient contre nous les fusils, les chaînes, les prisons, est-ce que nous devons, nous les anarchistes, qui défendons notre vie, rester enfermés chez nous ? Non. Au contraire, nous répondons aux gouvernements avec la dynamite, la bombe, le stylet, le poignard. En un mot, nous devons faire notre possible pour détruire la bourgeoisie et les gouvernements. Vous qui êtes les représentants de la société bourgeoise, si vous voulez ma tête, prenez-la. »

Au procès, en effet, il ne tenta jamais de renier son geste :

« Il n'y a rien de changé en moi, et je referais encore s'il était à refaire l'acte pour lequel je vais être jugé[2]. »

Il ne demande pas non plus la pitié du jury. La possibilité lui est offerte de plaider la maladie mentale mais en paiement il aurait dû livrer les noms de quelques complices, il refuse donc (« Caserio est boulanger, pas espion »). En cellule, pendant qu'il attendait l'exécution, on lui envoie le curé de Motta Visconti pour le confesser, mais il refuse de l'entendre et le chasse. Sur l'échafaud, finalement, un instant avant de mourir, il lance à la foule : « Courage, les amis ! Vive l'anarchie ! ».

Après la condamnation de Sante Caserio, il y eut divers actes de violence et d'intolérance d'une partie des Français contre les travailleurs italiens, compatriotes de l'assassin de leur président. Un anarchiste est arrêté pour avoir crié dans un local public sa sympathie envers Caserio et un détenu est violemment frappé pour le même motif. Le geste criminel de l'anarchiste italien trouvait une certaine résonance chez d'autres anarchistes français.

L'assassinat qu'il commet entraîne le vote par l'Assemblée de la troisième des lois dites « scélérates » dont le but était de compléter l'arsenal répressif contre les menées anarchistes[3].

Après son exécution, ses restes sont déposés dans l'une des fosses communes du cimetière de Loyasse (Lyon, 5e arrondissement), dans la plus grande discrétion (les autorités ne voulaient pas que le lieu de sa sépulture ne devienne un lieu de rassemblement des anarchistes, tout comme elles ne voulaient pas que l'on honore un assassin).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire : sur les origines du drapeau rouge et noir sur le site anarchiste Alternative Libertaire.
  2. Bredin et Lévy 2009, p. ??
  3. Journal officiel de la République française, année 1894

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Sante Geronimo Caserio » (voir la liste des auteurs)
  • Jean Sagnes, « Complot contre Sadi Carnot », in L'Histoire, no 177, mai 1994, p. 76-78.
  • Pierre Truche, L'anarchiste et son juge. À propos de l'assassinat de Sadi Carnot, Paris, Fayard, 1994.
  • (it) Dizionario biografico degli anarchici italiani, Pise, BFS, 2003-2004, 2 vol.
  • Jean-Denis Bredin et Thierry Lévy, Plutôt la mort que l'injustice : Au temps des procès anarchistes, Paris, Éditions Odile Jacob,‎ 2009, 276 p. (ISBN 978-2738118318)

Notice[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]