Tantrisme

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Le tantrisme, dont le mot d'origine occidentale inventé au XIXe siècle est dérivé du terme tantra[1] (sanskrit IAST ; devanāgarī : तन्त्र ; « règle, traité »)[2], désigne un ensemble de textes, de doctrines, de rituels et de méthodes initiatiques, qui ont pénétré de façon diffuse la plupart des branches de l'hindouisme[3] et dont la définition exacte ainsi que l'origine historique restent un sujet de discussion parmi les spécialistes occidentaux[4]. Il s'exprime à travers des pratiques yogiques et des rites, se basant sur des textes ou tantras révélés, selon la légende, par Shiva Lui-même[5] spécialement pour l'homme déchu du dernier âge (kali yuga), selon la cosmologie de l'Hindouisme.

À partir du VIe siècle, on rencontre des cultes tantriques dans les écoles shivaïtes ou shaktistes, dans le bouddhisme mahâyâna et dans le bouddhisme vajrayāna (bouddhisme adamantin ou bouddhisme de diamant, aussi nommé bouddhisme tantrique) pratiqué principalement au Tibet, en Mongolie et au Japon[6].

La littérature tantrique se compose de textes qui ont des noms divers comme tantra, saṃhitā, āgama et même certains sūtra[1].

Naissance du tantrisme[modifier | modifier le code]

Lingam et yoni

Ce qu'on désigne généralement sous le terme « tantrisme » est considéré comme ayant une origine fort ancienne qui en a précédé l'expression écrite formelle, laquelle date, pour les premiers documents connus, par exemple les textes de l'école des Kapalikas, du Ve ou VIe siècle ap. J.-C.[7].

Les tantra[modifier | modifier le code]

Tantra signifie « trame », « chaîne », d'un tissu et, au figuré, se déroule en s'enchaînant : mais aussi par la suite, « doctrine », « règle » et « livre (doctrinal) »[8].

Étymologie du mot[modifier | modifier le code]

Le mot tantra est composé de la racine verbale 'tan' (tendre)[9] et du suffixe -tra, qui forme des substantifs neutres désignant l'instrument accomplissant l'action en question[10].

L'étymologie populaire (nirukta) l'interprète en deux mots sanskrits :

  1. tanoti (expansion)
  2. trayati (libération)

C'est donc « la science de l'expansion de la conscience et de la libération de l'énergie » - swâmî Satyananda.

Dans ces acceptions modernes, tantra signifie : fil, continuité, chaîne de tissage d'un tissu, succession, méthode, règle, traité, logiciel.

« Le mot tantra a de nombreux sens : un métier à tisser, la chaîne d'un tissu, la part essentielle, les traits caractéristiques, structure, doctrine, règle, etc. Bien sûr, vous pouvez prendre les deux significations doctrine et point essentiel pour traduire le mot tantra. Néanmoins, il y a une autre façon de le traduire. Écoute bien : tantra est dérivé de la racine verbale tan (étendre, prolonger). Ainsi, le mot tantra peut signifier cette doctrine dans laquelle quelques enseignements sont prolongés ou développés. »

— Gabriel Pradiipaka

Origine et significations[modifier | modifier le code]

Tantra est un terme appliqué à un système métaphysique pratique originaire de la région himalayo-indienne. Dans ce système on considère comme base de l'univers deux principes symbolisés par le couple masculin et féminin. Le tantra traditionnel est une « voie de transformation intégrale de l'être humain », qui passe par le corps et les cinq sens.

Les tantra sont des textes qui se veulent être la continuation des véda. Les véda sont des formules de liturgie et de rituel qui apparaissent en Inde entre 1500-1000 av. J.-C. et qui remontent à une tradition peut-être plus lointaine. Elles ne furent pas transcrites avant le VIIIe siècle av. J.-C.. De ces textes liturgiques et de rituels sont issus de nombreux commentaires.

À la suite du védisme qui place le désir (kāma) à l’origine de la Création, le brahmanisme développe au contraire une « idéologie de la rétention ». Le tantrisme apparaît en réaction pour restaurer le kāma en tant que voie de libération (moksha)[1].

Émergeant dans la vallée de l’Indus, à une date sur laquelle les spécialistes ne peuvent se mettre d'accord, cette métaphysique repose sur deux principes : une « présence » omnisciente et une « action de prise de conscience ». Les deux principes sont symbolisés respectivement par Shiva et par Shakti qui, bien que portant des noms venant de l'hindouisme, ne sont pas assimilés à ces dieux. De nos jours, par ignorance, on donne le nom de « tantra » à des pratiques thérapeutiques sexologiques, souvent très éloignées de l'esprit du tantrisme originel. Le tantrisme a souffert d'une approche New Age, on a trop voulu voir « une ritualisation de la sexualité, alors que c'est la sexualisation du rituel » (cf. introduction de Gordon White David, Kiss of the Yogini).

Doctrine[modifier | modifier le code]

La délivrance est atteinte en intégrant le désir à la spiritualité, par la pratique de rituels et d'exercices yogiques. Le pratiquant (tantrika) doit transmuter son corps pour l'intégrer aux forces de l'univers, en utilisant le désir, énergie du monde[11]. Selon André Padoux, spécialiste du sujet, « le tantrisme veut permettre à l'homme d'atteindre la libération sans renoncer au monde, de parvenir à la paradoxale coïncidence de la manifestation et de la divinité[12]. »

La divinité a deux pôles, notion qui s'est répandue dans plusieurs courants de l'hindouisme[11] :

  • un pôle masculin, conscient mais inactif ;
  • un pôle féminin, actif et créateur d'énergie (shakti).

Hindouisme tantrique[modifier | modifier le code]

Pour l'hindouisme, tantra (तन्त्र) signifie entre autres : « règle, méthode, traité »[2]. La littérature tantrique est considérable ; ceux de la tradition vishnouite sont nommés samhita, ceux de la tradition shivaïte sont les āgama et les tantra[11].

Pour accomplir les rites tantriques, il faut avoir été initié au moyen de la diksha. Le culte de la divinité choisie (puja) se fait à l'aide de méditation, visualisation (de yantra ou mandala), contrôle de la respiration, récitation de mantra, utilisation de mudra[11].

Les sept chakras (manuscrit de yoga de 1889)

Le yoga tantrique a pour but de réaliser l'union avec l'énergie shakti. Cette énergie se retrouve dans le corps sous la forme de la kundalinî à la base de la colonne vertébrale. Dans le tantrisme se trouve une description précise de corps subtils et de centres d'énergie (cakra), à travers lesquels la kundalini remonte. Les textes insistent sur le danger de ces pratiques et la nécessité d'un maître compétent[11] (voir aussi : kundalini yoga). La montée de la kundalini peut également se faire par des pratiques sexuelles ritualisées. Selon André Padoux, « les rites tantriques deviennent ainsi un moyen, dépassant le bien et le mal, d'atteindre la toute-puissance et la délivrance par la plongée conquérante dans le chaos et les forces obscures[13]. »

Il existe deux types de tantrisme, deux voies, qui historiquement ont souvent été utilisées simultanément[1] :

  1. daksinācāra, tantra de la main droite, orthodoxe, aussi appelé tantra blanc, où sont pratiqués : les mantra (brèves formules sacrées d'invocation), les yantra (figures géométriques), la visualisation, la méditation assise, les yogas de posture, la dévotion à travers diverses formes de vénération des temples et observant la voie de la renonciation.
  2. vāmācāra, tantra de la voie de la main gauche, aussi appelé tantra rouge, utilise (aux yeux du profane) des offrandes jugées impures.

Voici quelques auteurs majeurs : Vasugupta, Abhinavagupta (cf. Shivaïsme du Cachemire).

Bouddhisme tantrique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bouddhisme vajrayāna.

Il s'est développé un tantrisme propre au bouddhisme, qui semble émerger entre le IIIe siècle et le IVe siècle, sur des fondements hindouistes [réf. nécessaire]. Dans le nord de l'Inde, à Nalanda et à Vikramashila, sont développés la théorie, les différents rituels et les mandalas. Le corpus sanskrit est complet au VIIe siècle et commence alors à pénétrer au Tibet à travers différents maîtres indiens, népalais ou afghans, dont le premier est Padmasambhava (VIIIe siècle). Le relais est bientôt pris par des Tibétains ayant étudié en Inde ou au Népal, qui deviendront maîtres et traducteurs. En 714, il gagne aussi l’Asie du Sud-Est et la Chine avec l'arrivée de Shubhakarasimha 637-735 puis de Vajrabodhi et Amoghavajra en 719. Suite aux persécutions, il disparaitra de ce pays en tant que tradition propre et continuera par contre au Japon par l’intermédiaire de moines comme Kukai, élève de Huiguo, qui fondera le bouddhisme Shingon.

Le terme tantra est dans le bouddhisme interprété comme « continuité  » (tib. rgyud)[14]. Une interprétation alternative comme « intégration [des différents aspects et processus de la personnalité] » a été proposée par Rongzom Chokyi Zangpo (Nyingma, XIe siècle). L’objectif de la pratique est comme dans l’ensemble du bouddhisme mahayana le développement de la sagesse et de la compassion, la destruction de l’ignorance et la parfaite compréhension de la vacuité transcendant samsara et nirvana. Les déités ne sont pas comme dans l’hindouisme des êtres ayant une nature propre ; elles sont plus nombreuses et propres au bouddhisme pour la plupart. L’exégèse des tantras repose sur la philosophie bouddhique[15].

Selon la tradition vajrayana, les tantras proviennent tout comme les sutras directement du Bouddha Shakyamuni. Il les aurait transmis sous d’autres formes que sa forme historique, éventuellement en se dédoublant. Ainsi, au moment où il anéantissait les efforts de Mara, il aurait enseigné sur un autre plan à des êtres des tantra comme celui de Tandrin (Hayagriva)[réf. nécessaire]. Alors que sous sa forme terrestre il donnait le sermon du mont des Vautours, il aurait transmis le Tantra de Kalachakra, conservé durant plusieurs siècles dans le monde de Shambhala. De grands accomplis (sansk.: Mahāsiddhas) auraient eu une perception directe des déités tantriques, et composèrent des cycles d'enseignement[16] qui auraient ensuite été diffusés de maître à disciple de façon secrète.

Les textes tantriques sont la base du tantrayana, présenté comme relevant d’un niveau supérieur aux pratiques s’appuyant seulement sur les soutras hinayana et mahayana. Le tantrayana est un yoga censé éveiller plus rapidement la conscience subtile chez les personnes karmiquement prédisposées, et doit être pratiqué avec un guru après en avoir reçu une transmission de pouvoir aussi nommée initiation. L’éveil est atteint à travers un processus faisant appel à des visualisations de déités (yidam) dans leur univers (mandala), auxquelles le pratiquant s’identifie pour réaliser finalement leur aspect illusoire. Une particularité du tantrayana est que les obstacles mentaux comme la colère ou le désir ne sont pas réprimés mais pris en charge pour être transformés en dispositions positives comme la compassion. Des passages apparemment contraires à l’éthique bouddhiste telle la violence peuvent apparaître dans les tantras, qui font l’objet d’une exégèse à différents niveaux. Des pratiques non orthodoxes et réservées à des pratiquants de niveau élevé ont pu donner au bouddhisme tantrique une image sulfureuse.

Textes[modifier | modifier le code]

Le canon tibétain contient environ 500 tantras, que complètent plus de 2000 commentaires. Ils font l'objet d’une classification en quatre catégories qui suit plus ou moins leur ordre d’apparition :

  • Kriyatantras (tantras de l’action) : antérieurs au VIe siècle, ils contiennent beaucoup de rituels pratiques comme les rites de pluie, et de nombreux dharanis, sortes de mantras ; différents bouddhas ou bodhisattvas sont invoqués ; ex : Mahāmegha Sutra, Aryamañjushrīmūlakalpa, Subhāpariprcchā Sutra, Aparimitāyurjñānahrdayadhāranī.
  • Caryatantras ou upayogatantras (tantras de la représentation) : postérieurs au VIe siècle, la déité centrale est toujours Vairocana. Le Mahāvairocanābhisambodhi Tantra (Daïnitchi-kyô) de l’école Shingon en fait partie.
  • Yogatantras (tantras du yoga) : la déité principale y est aussi Vairocana ; ex : Srvatathāgatatattvasamgraha Tantra, Sarvadurgatiparishodhana Tantra, Mañjushrî-nâmasangîti, ainsi que le Vajrasekhara Sutra (Kongocho kyo) du Shingon.
  • Selon les traditions sarma le niveau supérieur est constitué des Anuttarayogatantras (tantras supérieurs) qui se divisent en trois groupes ; le rattachement d’un tantra donné à un groupe peut varier :
    • Yogottaratantras (union supérieure), encore appelés upāya tantras (tantras des moyens habiles) ou tantras pères, produits à partir du VIIIe siècle. Les déités principales sont Akshobhya et sa parèdre, généralement décrites en yab yum. Ils placent l’emphase sur le développement du corps illusoire[17] et sur la transformation de la colère. Le Guhyasamāja Tantra et le Yamantaka Tantra sont en général considérés comme appartenant à cette catégorie.
    • Prajñatantra (tantra de sagesse), yoginitantra ou tantras mères, produits à partir de la fin du VIIIe siècle. Akshobhya y apparait le plus souvent sous sa forme courroucée Chakrasamvara ; les déités féminines y sont nombreuses. l’emphase est mise sur le développement de la claire lumière[18] et la transformation du désir. Ex : Samvara Tantra (VIIIe siècle) et Hevajra Tantra (Xe siècle).
    • Les tantras non-duels, dont l’exemple le plus connu est le Kālacakratantra.
  • Dans la tradition Nyingma le niveau supérieur comprend trois voies tantriques internes.
    • Le Mahayoga vise l'élimination de la perception et de l'attachement par la visualisation et l'identification à la déité (phase de génération)
    • L'Annuyoga, permet au corps de vajra de servir à la perception fondamentale (phase de complétion)
    • L'Atiyoga permet de transcender le temps, l'expérience et l'activité et de recevoir l'enseignement de Samantabhadra.

Au Japon[modifier | modifier le code]

C'est au VIe siècle que le bouddhisme fut introduit au Japon par l'intermédiaire de la Corée. Au VIIIe siècle, le moine Kûkai Kôbô-Daïshi découvrit un exemplaire du Dainitchi-kyô (maha-vairocana tantra) au Japon, et pour en approfondir le sens, alla en Chine. Il fut initié par le maître, Keika-ajari (chinois: Huiguo 恵果) aux cérémonies d'onctions « kanjô », et reçut de nombreux textes tantriques. À son retour au Japon, il structura son enseignement qu'il appela Shingon (parole vraie ou mantra, transcription en japonais du chinois zhēnyán 真言). Grâce à l'appui de l'empereur, il fonda le grand temple du Tō-ji à Kyôto, et la cité sainte du mont Kôyasan qui regroupent plusieurs centaines de temples. Il écrivit de nombreux ouvrages dont le « Sokushinjôbutsu-gui », où il insiste sur la voie rapide pour devenir Bouddha en cette vie même.

Le Shingon se développa dans tout le Japon et influença le développement des autres écoles bouddhiques. Kûkai initia notamment Saichō, le fondateur de Tendaï, dotant ce courant d'une composante tantrique absente du Tiantai chinois. De cette école sont issus les fondateurs des branches japonaises de l'Amidisme et du Zen, ainsi que Nichiren, qui créa son propre courant.

Le shingon est un tantrisme dit de la main droite, car ne comprenant pas de composante sexuelle, si ce n'est symbolique.

Au Tibet[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bouddhisme tibétain et Histoire du Tibet.

Nyingma[modifier | modifier le code]

L'introduction du bouddhisme au Tibet remonte aux rois du Tibet de la dynastie Yarlung, et surtout à trois rois dits « du Dharma » entre le VIIe siècle et le IXe siècle. Avant cette époque (Ve siècle), le roi Lha Thothori Nyantsen aurait découvert deux sūtras dans un coffret et en aurait conçu une grande vénération[19]. L'histoire rapporte qu'ils « tombèrent du ciel sur le toit du palais » ; on peut spéculer qu'ils lui avaient été apportés par un des nombreux yogis itinérants à cette époque d'expansion du bouddhisme indien. Après cet épisode, cinq générations plus tard, survint le premier roi du Dharma, Songtsen Gampo, qui avec ses successeurs fit construire jusqu'à cent-huit temples et initia la première diffusion du bouddhisme au Tibet. Un des ministres de Songtsen Gampo, Thonmi Sambhota créa l'écriture tibétaine à partir de l'alphabet indien devanāgarī et commença la traduction des sūtras en tibétain.

Au VIIIe siècle, le deuxième roi du Dharma, Trisong Detsen, invita le maître indien Padmasambhava, qui construisit le monastère de Samye, en dépit des oppositions des chamans bön, religion répandue alors dans ce pays. En outre, à l'issue du débat philosophique du Concile de Lhassa entre les maîtres du bouddhisme tantrique d'origine indienne et les maîtres du bouddhisme Ch'an d'origine chinoise (école subitiste), Trisong Detsen décréta le bouddhisme indien religion d'État du Tibet, puisque Kamalashila, disciple de Shantarakshita, avait triomphé.

Les « patriarches » du tantrayāna (synonyme de mantra- et vajra- yāna) tibétain sont donc : Padmasambhava s'occupant du versant tantrique, et l'abbé Shantarakshita s'occupant des versants mahayaniste et monacal. Ce dernier, invité par le roi, se trouva confronté à une série de calamités que l'on imputa à la contre-réaction de forces démoniaques envers son enseignement. Il dut se retirer temporairement, mais avisa le roi qu'il devrait recourir aux pouvoirs magiques (siddhis) de Padmasambhava. Ce dernier subjugua les entités adverses, les convertissant ou les astreignant même à la protection du Dharma.

Ils réussirent finalement à construire le monastère de Samye, et veillèrent à éduquer et initier de très nombreux moines et disciples, particulièrement une équipe de traducteurs, dirigée par Vairotsana. Ceux-ci accomplirent le périlleux périple de l'Inde pour en ramener des sūtras et tantras, et recevoir des initiations, comme Vimalamitra et Yeshe Tsogyal. Yeshe Tsogyal, « consort » de Padmasambhava, compila ses enseignements et sa biographie. Elle aurait caché de nombreux textes appelés termas, « trésors » cachés, car ils auraient été destinés à n'être découvert qu'ultérieurement, au moment opportun[20].

Sarma[modifier | modifier le code]

Il s'ensuit au IXe siècle une période de persécution du bouddhisme, qui s'affaiblit par l'éradication de l'ordre monastique, sans trop affecter les lignées de yogis errants ou transmettant l'enseignement en secret. Une seconde diffusion, appelée sarma, nouvelle traduction par opposition à l'ancienne, nyingma, qui vient d'être décrite, a lieu au XIe siècle avec Rinchen Zangpo, qui se rendit en Inde, puis avec Atisha Dipankara, un maître indien qui vient au Tibet sur son invitation. Son disciple, Dromtönpa fondera l'école Kadampa.

D'autre part Marpa le Traducteur (lotsawa) se rendit lui aussi en Inde, où il reçut des enseignements de Naropa, avant de le transmettre à son tour à son disciple, Milarépa. Milarepa et son disciple Gampopa fondent l'école kagyu[21]. Cette succession est appelée Lignée du Rosaire d'Or et remonte jusqu'à Tilopa qui aurait reçu de nombreux enseignements directement du Bouddha Vajradhara.

Drokmi Sakya Yéshé (992-1072) reçoit, lui aussi en Inde, l'enseignement de Virupa (IXe siècle), le transmet à son disciple Khön Köntchok Gyalpo (1034-1102) qui fonde l'école sakya en 1073 et la transmet à son fils Sachen Kunga Nyingpo[22].

Au début du XVe siècle naîtra une autre série de lignées, fondée par Djé Tsongkhapa, l'école guéloug[23]

Citations[modifier | modifier le code]

«  - Les cinq éléments fondamentaux de l’univers (terre, eau, feu, air, éther) produisent des sons au moindre contact. Cela signifie qu’il existe des langages en tout. Dans ce cas-là, tout ce qu’on voit, entend, sent, goûte, et pense sont également des mots. On peut ainsi dire que tous les phénomènes de l’univers sont tous des mots qui enseignent la vérité. Les chants des oiseaux, le courant de l’eau, les bruits du vent, tous disent constamment la vérité éternelle.  »

— Kukai

Tantrisme en Occident[modifier | modifier le code]

L'aspect « transgressif » du tantrisme, en réaction à l'austérité du brahmanisme, est ce qui a particulièrement plu en Occident, ainsi que l'utilisation de rites sexuels (qui sont en fait des pratiques rares, réservées à quelques initiés)[1].

Selon Alexandre Astier, « la transgression d'interdits sociaux et moraux, ainsi que l'utilisation de la force sexuelle dans le tantrisme ont beaucoup fait fantasmer les Occidentaux. Il s'agit cependant d'une vraie démarche religieuse et spirituelle complexe, très rigoureuse et très difficilement accessible[11]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Michel Angot, L'Inde classique, Les Belles Lettres, Paris, 2007, page 142-144 (ISBN 978-2-251-41015-9)
  2. a et b The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
  3. R. Guénon, Études sur l'Hindouisme, chapitre Kundalini Yoga.
  4. A. Padoux, What do we mean by Tantrism ? in The roots of Tantra, K. A. Harper and R. L. Brown eds. State University of New York Press, Albany, 2002.
  5. "As the Vedas are the Word of Brahma, so are the Tantras the Word of Shiva in A. Avalon, Principles of Tantra, part 2, Introduction.
  6. Dans le shingon japonais
  7. David N. Lorenzen, Early Evidence for Tantric Religion in The Roots of Tantra, K. A. Harper et R. L. Brown, eds, State University of New York, Albany, 2002.
  8. L'INDE CLASSIQUE, Manuel des Études indiennes. Tome I. Louis Renou, Jean Filliozat. Éd. Maisonneuve, 1985, réimpression 2004, page 423. (ISBN 2-7200-1035-9)
  9. http://sanskrit.inria.fr/DICO/28.html#tan#1
  10. http://sanskrit.inria.fr/DICO/30.html#-tra
  11. a, b, c, d, e et f Alexandre Astier, L'hindouisme, Paris, Eyrolles,‎ 2013 (ISBN 978-2-212-55213-3, lire en ligne), 187-196.
  12. André Padoux, L'énergie de la parole, 1994, p. 37
  13. André Padoux, Encyclopédie des religions, Universalis, 2012 : « Tantrisme ».
  14. “Le tantra est continuité des trois parties : base, voie et fruit.” Tantra de Guhyasamaja
  15. Tantrisme bouddhique et hindou par Shridhar Rana Rinpoche
  16. Wayman Alex, The Buddhist tantras, light on Indo-Tibetan esoterism. Buddhist Tradition Series, Vol. 9, Delhi, 2005 (1re édition:1973). 247p. ISBN 81-208-0699-9
  17. (en) Tenzin Gyatso et Alexander Berzin, The Gelug/Kagyu Tradition of Mahamudra, New York, Snow Lion Publications,‎ 1997, 1e éd. (ISBN 978-1-55939-072-9, LCCN 96048435), p. 243
  18. (en) Judith Simmer-Brown, Dakini's Warm Breath:The Feminine Principle in Tibetan Buddhism, Boston & London, Shambhala Publications Inc.,‎ 2002, 1e éd. (ISBN 978-1-57062-920-4), p. 141
  19. Le paragraphe suivant résume The Great Image, The Life Story of Vairochana the translator, de Yudro Nyingpo, et autres disciples, traduit par Ani Jinba Palmo (Eugenie de Jong), Shambhala Publications, Boston, 2004, 332 p., ch. 6, (ISBN 1590300696).
  20. Pour une histoire générale, voir en ligne Nyingma.
  21. Kagyu
  22. Sakya
  23. Gelug

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Larue, Osez le tantrisme, La Musardine, 2013.
  • Pierre Feuga Tantrisme. Doctrine, pratique, art, rituel, Dangles
  • Jean Varenne Le tantrisme : mythes, rites, métaphysique, Albin Michel, 1997.
  • Véronique Bouillier, Gilles Tarabout Images du corps dans le monde hindou, CNRS Éditions, 2002.
  • Ajit Mookerjee et Madhu Khanna, La voie du tantra, Seuil, 1978.
  • André van Lysebeth, Tantra, le culte de la Féminité, Évolution du corps et de l'esprit par l'érotisme et l'amour, Flammarion, 1988, (ISBN 2-08-201351-0)
  • Alain Daniélou, La Fantaisie des Dieux et l'aventure humaine, Nature et destin du monde dans la tradition Shivaïte, Éditions du Rocher, 1982.
  • Jean Papin, Joyau des tantras ; la symphonie cosmique, Dervy, 2000
  • André Padoux, Comprendre le tantrisme ; les sources hindoues, Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 2010. (ISBN 978-2-226-19141-0)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]