Christianisme au Bhoutan

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D'après le site « Aide à l'Église en détresse », en 2008 les chrétiens seraient au nombre de 12 255, dont 1000 catholiques baptisés. Ils ne représentent que 0,5 % de la population contre 74 % pour les bouddhistes, 20,5 % pour les Hindous, 3,8 % pour les animistes et 1,2 % pour ceux n'entrant pas dans ces catégories[1].

La constitution de 2008[modifier | modifier le code]

L'article 7 (« Droits fondamentaux ») de la Constitution de 2005 promulguée en 2008 garantit la liberté religieuse tout en interdisant la conversion coercitive ou incitative. Selon l'association Portes Ouvertes, une ONG internationale chrétienne destinée au soutien des chrétiens persécutés, pour de nombreux Bhoutanais, cela exclut la possibilité de partager l'Évangile [2].

L’article 3 de la Constitution stipule que « les institutions religieuses et le clergé doivent se placer au-dessus de la politique ». Il déclare également que la responsabilité des institutions religieuses et du clergé est circonscrite à la sphère spirituelle, séparée du domaine politique[3].

Les diverses communautés chrétiennes[modifier | modifier le code]

Les catholiques[modifier | modifier le code]

Territorialement, le Bhoutan est sous la compétence du diocèse de Darjeeling en Inde[4].

Les protestants[modifier | modifier le code]

Il y a plus de protestants au Bhoutan que de catholiques[5].

Le bouddhisme mahayana religion d'état[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bouddhisme au Bhoutan.

Le bouddhisme mahayana est la religion d'État du Bhoutan (écoles Droukpa Kagyu et Nyingmapa du bouddhisme tibétain) [6].

Le Bhoutan est le dernier pays où le bouddhisme sous sa forme tantrique vajrayana, appelé également lamaïsme, est religion d'État[7].

Selon l'article 3 de la Constitution de 2008 (« L'héritage spirituel »), le bouddhisme est l'héritage spirituel du Bhoutan, lequel encourage les principes et valeurs de la paix, de la non violence et de la compassion[8]. Le roi est le protecteur de toutes les religions au Bhoutan[9]. Il est du ressort des institutions et personnalités religieuses de promouvoir l'héritage spirituel du pays tout en veillant à ce que la religion demeure séparée de la politique au Bhoutan[10].

Les entraves à la foi chrétienne[modifier | modifier le code]

La situation avant 2008[modifier | modifier le code]

  • En 2002 : Selon l'ONG Bhutanese Christians Services Centre se référant à un rapport de 2002, une seule église existe pour l'exercice du culte au Bhoutan[11].
  • En 2006 : Selon Mission Network News (en), un bouddhiste n'a pas le droit de devenir chrétien et la construction d'églises est interdite. Les chrétiens ne sont autorisés à pratiquer que chez eux. Ceux qui font ouvertement profession de leur foi risquent d'être expulsés et déchus de leur citoyenneté[12].
  • En 2007 : Selon Gospel for Asia (en), deux églises missionnaires de Gospel for Asia ont dû fermer provisoirement leurs portes à la suite de pressions gouvernementales. La loi interdit de tenter de convertir les gens appartenant aux deux religions dominantes du pays (bouddhisme et hindouisme) [13].

La situation depuis 2008[modifier | modifier le code]

Selon le site d'obédience chrétienne Asianews.it, et l'agence d'information des missions étrangères de Paris Églises d'Asie, sont interdits au Bhoutan : le prosélytisme, la publication de bibles, la construction d'églises [14], d'écoles et d'institutions chrétiennes, l'entrée de religieux sur le territoire, la célébration du culte en public. L'Eglise chrétienne est devenue totalement clandestine et ses communautés sont devenues souterraines[15].

Selon l'ONG Portes Ouvertes, les persécutions sont principalement le fait de la famille, de la communauté, et des moines qui exercent une forte influence sur la société. Le nombre d'agressions physiques a diminué, tendance qui pourrait se prolonger en raison de la mise en application de la nouvelle constitution garantissant davantage de liberté religieuse[16].

La question du prosélytisme[modifier | modifier le code]

Selon le rapport sur la liberté religieuse de 2007 du Département d'État des États-Unis, aucune conversion religieuse forcée n'a été recensée[6].

D'après le site Églises d'Asie, le gouvernement bhoutanais, fin juillet 2010, a soumis au Parlement un projet de loi visant à interdire toute « utilisation de la contrainte ou d’une quelconque forme de séduction » dans le but de faire changer de religion un citoyen du pays. Cette loi punirait d’un à trois ans de prison les contrevenants. Cette proposition de loi s’appuie sur l’article 463 du code pénal bhoutanais qui déclare « coupable de prosélytisme [toute personne] ayant usé de coercition ou de tout autre moyen, afin de convertir un individu d’adhérer à une autre foi ou croyance que la sienne » (Kuensel, organe de presse du gouvernement, 9 juillet 2010). La petite communauté chrétienne de l’État himalayen est inquiète. Pour sa part, le ministre de l’intérieur bhoutanais, Lyonpo Minjur Dorji, a déclaré : « Il n’y a absolument aucun problème si vous naissez chrétiens… La constitution vous protège. Mais il est tout à fait illégal de chercher à convertir [...]. Si nous avons des preuves de prosélytisme dans notre pays, nous nous devons de prendre des mesures immédiates » (Bhutan Observer, 4 novembre 2009, 28 mai 2010) [17].

Le Global Council of Indian Christians (GCIC), une ONG qui milite contre les violences contre les chrétiens, a appelé en juillet 2010 le dalaï-lama à prendre position contre ce projet de loi qui ne « respecte pas la voie de la tolérance enseignée par le Bouddha » (Portes ouvertes, 13 août 2010 ; Compass Direct News, 10 août 2010)[18].

La question des cimetières[modifier | modifier le code]

Le site Églises d'Asie fait état de ce que la loi bhoutanaise ne prévoit pas la possibilité pour les chrétiens d’inhumer leurs morts dans des cimetières, ceux-ci sont donc enterrés généralement dans la forêt. Les profanations de sépultures chrétiennes se sont multipliées en 2010, parallèlement à l’augmentation du trafic de crânes et d’os provenant de tombes de chrétiens et utilisés pour certains rituels bouddhistes tantriques (Bhutan Observer, 28 mai 2010, continentalnews.net, 28 juillet 2010) [18].

Les médias chrétiens[modifier | modifier le code]

L'ONG Bhutanese Christians Services Centre est une organisation qui informe sur la persécution des chrétiens au Bhoutan[19],[20].

La radio Gospel for Asia - diffusée en cinq langues - est accessible au Bhoutan[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1], Bhoutan, sur le site Aide à l'Église en détresse, « Appartenance religieuse ».
  2. (en) Bhutan, sur le site Open Doors : « The 2008 constitution guarantees religious freedom, but also forbids conversion 'by means of coercion or inducement'. To many Bhutanese, this rules out sharing the gospel. »
  3. [2], Bhoutan, sur le site Aide à l'Église en détresse.
  4. [3], Bhoutan, sur le site Aide à l'Église en détresse : « [le] diocèse indien de Darjeeling (qui inclut dans son territoire la petite nation du Bhoutan) ».
  5. (en) Bhutan’s only Buddhist convert yearns to bring Catholicism to homeland, sur le site Catholic Online, 29-05-2007 : « Father Tshering says he can "literally count" the number of Christians in Bhutan. "They are mostly Indians and Nepalese, and are considered outsiders." Protestants outnumber Catholics ».
  6. a et b (en) Bhutan, International Religious Freedom Report 2007, Département d'État des États-Unis.
  7. Malgré la liberté de religion inscrite dans la Constitution, les chrétiens ne peuvent toujours ni pratiquer en public, ni construire de lieux de culte (Bulletin EDA n° 524), sur le site EDA (Églises d'Asie), Agence d'information des missions étrangères de Paris.
  8. (en) « Buddhism is the spiritual heritage of Bhutan, which promotes the principles and values of peace, non-violence, compassion and tolerance ».
  9. (en) « The Druk Gyalpo is the protector of all religions in Bhutan ».
  10. (en) « It shall be the responsibility of religious institutions and personalities to promote the spiritual heritage of the country while also ensuring that religion remains separate from politics in Bhutan. Religious institutions and personalities shall remain above politics ».
  11. (en) Reports on Situation of Christians in Bhutan, sur le site Bhutan4Christ: « The 65,000 Christians have only one church at their disposal ».
  12. (en) Leadership change in Bhutan sparks hope for ministry, sur le site Mission Network News, 26 December, 2006 : « Right now, it's illegal for a Buddhist to become a Christian and church buildings are forbidden. According to GFA, Christians in Bhutan are only allowed to practice their faith at home. Those who openly choose to follow Christ can be expelled from Bhutan and stripped of their citizenship ».
  13. (en) Bhutanese Christians Barred from Attending Worship Services, sur le site Gospel For Asia, 5 juillet 2007 : « The government has recently begun clamping down on Christians by barring some congregations from meeting for worship. This has caused at least two Gospel for Asia-affiliated churches to temporarily close their doors. (...) Under Bhutan law, it is illegal to attempt to convert people from the country’s two predominant religions ».
  14. (en) Prakash Dubey, BHUTAN. Two Christians convicted of proselytism released after 8 months, sur le site Asianews.it, 08/04/2006 : « Christians must keep to severe rules: they cannot build churches nor can they meet freely. Proselytism is illegal but only for those who do not belong to the Buddhist faith ».
  15. Malgré la liberté de religion inscrite dans la Constitution, les chrétiens ne peuvent toujours ni pratiquer en public, ni construire de lieux de culte (Bulletin EDA n° 524), sur le site EDA (Églises d'Asie), Agence d'information des missions étrangères de Paris : « une Eglise chrétienne devenue totalement clandestine. Malgré le fait que le jeune roi Jigme Khesar se soit proclamé "père des chrétiens", le prosélytisme, la publication de bibles, la construction d’églises ou même d’écoles ou d’autres institutions chrétiennes sont toujours prohibés. L’entrée de religieux sur le territoire est interdite et le culte chrétien, s’il est "autorisé", ne doit pas être célébré en public. Le responsable religieux de l’une de ces communautés "souterraines" a expliqué à l’agence AsiaNews : "Les chrétiens sont seulement autorisés à prier en cas de maladie et uniquement à l’intérieur de leurs maisons. De plus, on empêche la plupart des fidèles d’avoir accès à l’éducation et ils vivent dans des conditions économiques misérables" ».
  16. (en) 'New Research Shows Christians Worldwide Facing Increasing Hostility in Practising Their Faith', Says Open Doors, Press Release, 13 February 2009 : « Persecution in Buddhist Bhutan mainly comes from the family, the community, and the monks who yield a strong influence in the society. Cases of atrocities (i.e. beatings) have been decreasing in number; this may continue as a result of major changes in the country, including the implementation of a new constitution guaranteeing greater religious liberty ».
  17. Source : Un projet de loi anti-conversion inquiète les chrétiens du royaume himalayen (extrait du Bulletin EDA n° 534), sur le site Eglises d'Asie de l'Agence d'information des missions étrangères de Paris, 25 août 2010.
  18. a et b Un projet de loi anti-conversion inquiète les chrétiens du royaume himalayen, op. cit.
  19. (en) dmoz:Regional/Asia/Bhutan/Society and Culture/
  20. Bhutanese Christians Services Centre (ne semble plus active depuis 2004-2005).
  21. (en) Leadership change in Bhutan sparks hope for ministry, sur le site Mission Network News, 26 December, 2006.