Islam au Pakistan

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La grande mosquée du roi Faiçal, à Islamabad. C'est l'une des plus grandes au monde.

L'islam est la religion officielle de la République islamique du Pakistan. Les musulmans constituent 95 % à 97 % de la population du pays. Les 3 % à 5 % restants sont principalement chrétiens et hindous[1]. Au sein des musulmans, les sunnites sont majoritaires. Néanmoins, le Pakistan compte le plus grand nombre de chiites, après l'Iran ; ils sont 10 % à 20 %[1], soit entre 17 millions et 30 millions.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'arrivée de l'islam dans l'aire du Pakistan moderne, avec ses dynasties associées, a façonné les frontières religieuses de l'Asie du Sud qui a conduit au développement de l'État moderne du Pakistan, de même que pour la fondation de la loi islamique, qui s'est rapidement étendue dans une grande partie de l'Asie du Sud. À la suite des nombreux empires islamiques, comme l'empire ghaznavide, le royaume Ghoride, le Sultanat de Delhi, les moghols contrôlèrent la région de 1526 à 1739. Cet empire attira à lui des soldats, des commerçants, des scientifiques, des architectes, des enseignants, des théologiens et des soufis, qui venaient du reste du monde islamique.

Les grandes conquêtes musulmanes[modifier | modifier le code]

Après la naissance de l'islam en Arabie au début du VIIe siècle, les Omeyyades déposent l'empire perse à l'Ouest de l'Inde au milieu du VIIe siècle. En 711 après J-C, la dynastie Omeyyade envoya l'armée arabe conduite par Muhammad ibn al-Qasim contre le roi du Sind, Raja Dahir. Les trois premières tentatives de conquête échouèrent. Ils conquièrent alors le Nord-Ouest de la vallée de l'Indus, du Cachemire à la mer d'Arabie.

Article détaillé : Conquêtes musulmanes des Indes.

Jusqu'à ce que les musulmans arabes et turcs conquièrent l'actuel Pakistan avant la fin du premier millénaire, les religions de la région étaient l'hindouisme, le zoroastrisme, le bouddhisme et le chamanisme. Au cours des siècles, le Pakistan voit des migrations de bouddhistes et d'hindouistes, qui se convertissent peu à peu à l'islam. Les tribus Pachtounes et les Dardics se convertissent tout en conservant certaines traditions, comme le Pachtounwali, ou le code d'honneur pachtoune.

La théorie des deux nations et la fondation du Pakistan[modifier | modifier le code]

C'est le poète et philosophe musulman Allama Muhammad Iqbal qui le premier proposa l'idée d'un État musulman au Nord-Ouest de l'Asie du Sud, lorsqu'il écrivit à la Muslim League indienne à Allahabad, en 1930. Il pensait aux quatre provinces du Penjab, du Sind, du Balochistan et du Khyber Pakhtunkhwa, qui deviendront approximativement le Pakistan. L'idée d'Iqbal prit forme avec la revendication par la Muslim League de deux nations fondées sur des religions différentes, l'islam et l'hindouisme, car l'un et l'autre ont une histoire, une culture, des coutumes et des mœurs différents. En 1937, Allama Muhammad Iqbal écrit une lettre à Muhammad Ali Jinnah, le président de la Muslim League : « Après une longue et minutieuse étude de la loi islamique, je suis venu à la conclusion que si ce système de lois est convenablement compris et appliqué, le droit de subsistance est au minimum assuré à chacun. Mais l'affirmation et le développement de la charia n'est pas possible dans ce pays, [l'Inde], sans l'existence d'un ou plusieurs États musulmans. C'est ma conviction après plusieurs années de réflexion, et je continue à croire que c'est le seul moyen de résoudre des musulmans autant que de sécuriser l'Inde[2]. »

C'est donc l'islam qui a fondé l'unité du Pakistan en 1947[3], après des migrations massives de populations et des massacres intercommunautaires. Néanmoins, trois jours avant la création du Pakistan, Mahommed Ali Jinnah s'engagea dans une voie différente de celle proposée par Iqbal. Il mit en place un État laïc au Pakistan. Dans son discours inaugural, il déclara : « Vous pensez qu'avec le temps les hindous cesseront d'être hindous et les musulmans cesseront d'être musulmans, non pas au sens religieux, parce qu'il s'agit de la foi personnelle de chaque individu, mais au sens politique, en tant que citoyens d'un État. » Cette affirmation d'Ali Jinnah a fait l'objet d'une importante controverse depuis lors, et cette vision d'un Pakistan dans lequel la loi islamique ne serait pas appliquée, au contraire de la volonté d'Iqbal, fut remise en cause peu après l'indépendance.

Islam et politique[modifier | modifier le code]

La mosquée royale, à Lahore

Depuis le début de l'islam, la politique et la religion ont été étroitement mêlés, du fait du gouvernement établi par Mahomet à Médine. Tout au long de l'histoire de l'islam, dans les dynasties omeyyade (661-750) et abbasside (750-1258), les empires mongols (1526-1858), safavides (1501-1722) et ottoman (1300-1923), la gestion de la religion et de l'État n'ont constitué qu'une seule et même tâche. L'un des principes de l'islam est que le but de l'État est de fournir un cadre où les musulmans pourront pratiquer leur religion convenablement. Si le chef d'État échoue dans cette mission, le peuple peut légitimement le déposer.

En mars 1949, la première assemblée constituante adopta les Résolutions objectives, qui déclarèrent que l'État du Pakistan était soumis à la souveraineté d'Allah. En 1950, 31 oulémas proposèrent une version préliminaire, appelée les Trente deux points des oulémas. Ce préliminaire demandait la réalisation d'une constitution en accord avec les Résolutions objectives, ainsi que la mise en place de la charia.

En 1977, le gouvernement de Zulfikar Ali Butto interdit l'alcool et les drogues, et déplaça la fin de semaine du dimanche au vendredi[4]. Néanmoins, aucune modification substantielle de la loi ne fut réalisée avant le programme d'islamisation du général Zia-ul-Haq. Ce programme commença en février 1979, et de nouvelles mesures pénales fondées sur les principes islamiques entrèrent en vigueur. Ces changements eurent des conséquences majeures sur les femmes. Un système d'assurance sociale et de taxation fondé sur la zakat et un système bancaire évitant l'usure furent aussi mis en place, selon les règles islamiques, mais ils ne fonctionnèrent pas.

Les différentes sectes musulmanes[modifier | modifier le code]

L'évolution des différents courants musulmans au Pakistan entre 1988 et 2002.

Au sein de l'immense majorité de 95 % à 97 % de musulmans dans le pays, la majorité appartient au sunnisme d'école hanafite, alors que les chiites duodécimains sont estimés entre 10 % et 20 %[1]. Au sein du sunnisme, les deux sectes des barlevi et des déobandis ont leurs propres mosquées. Il est difficile d'évaluer la proportion de chaque secte. Global Security estime que parmi les musulmans pakistanais, il y a 50 % de Barelvis, 20 % de Déobandis, 18 % de chiites, 4 % Ahl al-Hadiths, 2 % d'ismaéliens, 2 % d'ahmadites, et 2 % d'autres courants[5]. Le Centre International de la Violence Politique et du Terrorisme, à l'Université de Technologies de Nanyang estime la population musulmane à 60 % de Barelvis soufis, 15 % de Déobandis, 20 % de chiites, 4 % d'Ahl-al-Hadith, et 1 % d'autres courants[6].

Le chiisme duodécimain a ses propres mosquées et ses hosseiniyeh. Les Dawoodis Bohra mustaliens et les Sulaimani Bohra ont aussi leurs propres mosquées, alors que les ismaéliens nazirites ont des « Jama'at Khanas » (lieux de rassemblement). La grande majorité des chiites appartiennent au courant duodécimain. Le courant salafiste est représenté par le mouvement ahl-al-hadith.

Les habitants de la côte du Makran au Balochistan suivent une secte hétérodoxe de l'islam : les zikris. Les zikris se sont développés au sein du sunnisme hanafite pendant le mouvement du Mahdi du XVIIe siècle, en réaction au déclin de la loi islamique et à l'empiètement du colonialisme britannique en Asie du Sud. Les zikris ont maintenant tendance à revenir vers les croyances du sunnisme hanafite orthodoxe.

Le soufisme est solidement ancré au Pakistan. Les missionnaires soufis ont joué un rôle majeur en convertissant à l'islam les millions d'indigènes du Pakistan. Comme dans d'autres aires religieuses où le soufisme a été introduit, il existe un syncrétisme avec les traditions pré-islamiques, d'où résulte une religion avec des traditions propres qu'on ne retrouve pas ailleurs dans le monde musulman. Les naqshbandiyya, les qadiriyya, les chishityya et les suhrawardiyya silsas (Ordres musulmans) ont un grand rayonnement au Pakistan. Les soufis dont les sites de pèlerinage sont les plus visités sont le Ganj Baksh (lié au maître soufi Ali al-Hujwiri), à Lahore, le Baha-ud-din Zakariya, à Multan, le shabbaz Qalander, à Sehwan, le Shah Abdul Latif Bhitai à Bhit, dans le Sind, et le Rehman Baba, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. La culture populaire soufie est centrée sur les rassemblements du jeudi soir dans les lieux de pèlerinage et les festivals annuels avec des musiques et des danses soufies. Les fondamentalistes islamistes actuels critiquent cet aspect populaire, qui d'après eux ne correspond pas à la pratique ni aux enseignements du prophète de l'islam et de ses compagnons. Cinq attaques terroristes ont eu lieu contre des sites de pèlerinage soufis en 2010, tuant 64 personnes[7].

La communauté ahmadiyya, une petite minorité apparue d'abord en Inde, est aussi présente. En 1974, le gouvernement du Pakistan a amendé la constitution du pays pour redéfinir un citoyen musulman : « est musulman quiconque croit au prophète Mahomet ». Les Ahmadis croient que Mahomet est le plus valeureux et le dernier prophète, et que Mirza Ghulam Ahmad est le messie de l'islam. Ils ont été déclarés non musulmans par un tribunal parlementaire. D'après le dernier recensement pakistanais, les ahmadis représentent 0,25 % de la population.

Société civile[modifier | modifier le code]

Le port du hijab ne fait traditionnellement pas partie de la culture pakistanaise. Très peu de femmes le portent. Néanmoins, cette pratique vestimentaire est en augmentation lente mais significative, en raison de l'influence des médias du Moyen-Orient et du golfe Persique. Les épisodes de violences sectaires ont largement diminué avec le temps, du fait de l'engagement des militants islamistes contre des forces armés étrangères ou des agences de renseignement dans l'Afghanistan voisin.

Les médias et les sites de pèlerinages ont poussé les musulmans pakistanais à étudier davantage l'islam, qui était un ensemble de croyances et de pratiques locales plus ou moins hétérodoxe. Désormais, la croyance gagne en orthodoxie avec la lecture du Coran et de la Sunnah. Du fait de la simplicité de voyager en Arabie saoudite, de nombreux Pakistanais se sont rendus à La Mecque ou à Médine, pour faire le hadj et l'oumra. Cela a renforcé l'identité islamique du Pakistan. La littérature islamique existe depuis longtemps au Pakistan, avec des livres et des magazines. Il y a désormais des chaînes internationales de télévision par satellite, que regarde la population musulmane.

L'étude de l'islam est une matière obligatoire dans toutes les écoles pakistanaises, jusqu'au baccalauréat. Cette éducation islamique de la population est complétée par des écoles islamiques (madrasas) et une littérature. Ces madrasas pourvoient à l'éducation d'élèves de condition modeste et les forment pour devenir des clercs musulmans. Les madrasas les plus prestigieuses ont une direction autonome, mais la plupart sont simplement prises en charge par le gouvernement et des érudits. Dans ce dernier cas, les livres utilisés parfois par les esprits critiques sont bannis des bibliothèques. Seuls les livres les plus anciens et universellement reconnus, comme le recueil de hadiths Sahih al-Bukhari, sont revus et indexés, et parfois traduits en ourdou.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) D'après le CIA World Factbook.
  2. (en) Transcription des deux lettres d'Iqbal à Ali Jinnah.
  3. Article du Monde Diplomatique.
  4. Le vendredi est le jour de la grande prière hebdomadaire, l'équivalent du dimanche chrétien.
  5. Article du site Global Security, lié à des universitaires américains.
  6. Dossier de l'Université de Technologies de Nanyang, de Singapour.
  7. Article d'un correspondant du New York Times au Pakistan.