Chârvâka

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Charvaka (Sanskrit, IAST: Cārvāka, en devanāgarī : चार्वाक ; prononcé « tchârvâka »; veut dire « paroles douces » ou encore « au Verbe agréable »)[1] est le nom d'un penseur indien du VIIe ou VIe siècle av. J.-C., mais aussi de son système de pensée - aussi connu sous le nom de Lokāyata, de loka, le monde, soit la seule chose qui existe véritablement. Le terme « Lokayata » se trouve dans l'« Artha Shastra » de Kautilya dans le sens des gens qui font des débats. Le système s'attribue aux enseignements de Brihaspati[2] Il s'agit d'une philosophie matérialiste[3], athée et hédoniste qui refuse les doctrines traditionnelles (comme celles de réincarnation, rendement des rituels, etc.)[4] et n'admet que la perception comme moyen de connaissance.

Ce penseur appartient à la génération qui remet en cause le brahmanisme par sa négation de l'existence des dieux védiques d'où découle les rites sacrificiels, à l'instar du jaïnisme et du bouddhisme.

Origine historique[modifier | modifier le code]

L'une des plus anciennes références au chārvāka se trouve dans le Rig Veda. S'y rapporte aussi le conseil que le brahmane Jābāli donne à Râma dans le Rāmāyana : « Je plains ceux qui, renonçant aux plaisirs du monde, cherchent à acquérir des mérites pour être heureux dans l'Au-delà et se plongent dans une mort qui n'en finit pas ; je ne plains pas les autres... Sois sage, Rāma, il n'y a de monde que celui-ci, c'est certain ! Jouis du présent et jette derrière toi ce qui ne te plaît pas. »

Aucun des textes originaux de cette école - en particulier le Bârhaspatyasûtra, aussi connu sous le nom de Lokâyatasûtra - n'a été préservé, probablement détruits par leurs adversaires brahmanes qui les avaient combattus. Ses principales idées nous sont connues seulement via des fragments cités par ses adversaires hindous et bouddhistes qui en firent la critique dans leurs écrits, parmi lesquels la Chhāndogya Upanisad, le Mahābhārata (Shalya-parva et Shânti-parva), la pièce Prabodhachandrodaya de Krishnamishra, le Sârvadarshanasamgraha (Résumé des conclusions de toutes les doctrines) de Mâdhavâchrya, le Nyâyasûtrabhâshya de Pakshilasvâmin Vâtsyâyana, la Nyayakandali de Shrîdhara, la Nyāyamanjarî de Jayanta et la bhāmatī de Vâchaspatimishra.

Il faut noter que ce qu'on appelle le système de «lokâyata» est plutôt un méthode de criticisme, selon le sens auquel on en trouve dans «artha shâstra» de Kautilya[2]. En usage plus général, c'est un système de philosophie indienne qui soutient le scepticisme et refuse les doctrines traditionnelles (comme celles de réincarnation, rendement des rituels etc.)[4].

Doctrine[modifier | modifier le code]

Selon la philosophie du Charvaka, toute connaissance dérive des sens, les écrits religieux n'ont aucun sens et sont du bavardage infantile. Pour les partisans les plus extrêmes de cette pensée, le raisonnement n'est pas une voie de connaissance du monde. Seule la perception importe et ce qui ne peut être perçu n'existe pas, en particulier un autre monde différent de celui offert par les sens. En cela, ils réfutent un concept comme celui de la mâyâ. Les Charvaka croient que le monde est composé de quatre éléments : la terre, l'eau, le feu et l'air, et tout ce qui existe dans le monde en est la composition, y compris la conscience, et que la libération est la destruction du corps, la mort étant la fin de tout, matière et conscience. Parmi les quatre buts de la vie décrits par les philosophes hindous, les chârvâkas considèrent que l'artha, l'enrichissement, et le kâma, la satisfaction des passions, sont les deux seuls buts légitimes[réf. nécessaire], rejetant le dharma, le devoir envers l'équilibre du monde, et le moksha, la libération finale de l'âme individuelle.

Charvaka et ses disciples étaient végétariens, car leur maître considérait que la consommation de chair animale était une pratique bonne seulement pour les « démons rôdant le nuit »[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Frédéric, Dictionnaire de la civilisation indienne, Robert Laffont, 1987
  • Marc Ballanfat, Les matérialistes dans l’Inde ancienne, traduction, notes et commentaires, préface de Pierre-Svlvain Filliozat, Paris, L’Harmattan, 1997, 156 p. (Compte rendu Erudit.org d'après Jean-François Belzile, Philosophiques, vol. 25, no 1, 1998, p. 127-129).
  • Salunkhe, AH: Chârvâka Darshana (publié d'abord par Keshav Gore Smarak Trust, Mumbai en 1972)
  • Joshi, Shubhada A: Lokayata: a Critical Study (Indian Spiritualism Reaffirmed) en Sri Garib Das Oriental Series, publié par Sri Satguru Publications en 1995
  • Chattopadhyaya, Debiprasad: Lokayata: a Study in Ancient Indian Materialism (People's Publishing House, New Delhi; 1959)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
  2. a et b Carvaka/Lokayata: an Anthology by Debiprasad Chattopadhyay
  3. The A to Z of hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, page 53, ISBN 8170945216
  4. a et b (en) article sur le matérialisme indien sur l'Internet Encyclopedia of Philosophy
  5. Madhavacarya, Sarvadarsana-sangraha, traduction par E. B. Cowell and A. E. Gough, 1904, Debiprasad Chattopadhyaya, Carvaka/Lokayata: An Anthology of Source Materials and Some Recent Studies (New Delhi: Indian Council of Philosophical Research, 1990)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]