Chrétiens de saint Thomas

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Les chrétiens de saint Thomas sont un ensemble de communautés et d'Églises dans le sud de l'Inde dont l'origine remonte aux débuts du christianisme. Si l'on en croit la tradition locale, l'apôtre Thomas serait arrivé en terre indienne en 52 pour évangéliser le pays, ce qui fait que l'Inde aurait connu une christianisation bien antérieure à celle de l'Europe. De nos jours, plusieurs Églises orientales existent toujours au Kerala. Elles sont de tradition syriaque ou syrienne. Leur histoire est très mouvementée avec de nombreuses scissions et recompositions.

Croix dite de saint Thomas

Terminologie[modifier | modifier le code]

Les chrétiens de Saint Thomas sont appelés ainsi à cause de leur vénération pour l'Apôtre Thomas dont il est dit qu'il a apporté le christianisme en Inde. Cette dénomination remonte à l'époque de la colonisation portugaise. Ils sont également connus, en particulier localement, comme les Nasrani ou Nasrani Mappila. « Nasrani » est un terme qui signifie « chrétien ». Il semble être dérivé de Nazôréen ou Nazaréen soit en référence à Nazareth, la ville d'origine de Jésus, soit comme forme locale du nom de Nazôréens que portaient les premiers chrétiens d'origine juive (nasraya ou nasrayie en syriaque)[1]. Mappila est un titre honorifique appliqué aux membres de religions non-indiennes, y compris les musulmans (Jonaka Mappila) et les Juifs (Yuda Mappila)[2],[3]. Certains chrétiens syriens de Travancore continuer à accoler ce titre honorifique à leurs noms[4]. Le gouvernement indien désigne les membres de la communauté comme « chrétiens de Syrie », un terme dont l'origine est l'autorité coloniale néerlandaise pour distinguer les « chrétiens de Saint Thomas », qui utilisent le syriaque — un dialecte de l'araméen — comme langue liturgique, des chrétiens nouvellement évangélisés qui suivaient la liturgie latine[5]. Le terme « syrien » se se rapporte pas à leur appartenance ethnique, mais à leur lien historique, religieux et liturgique à l'Église de l'Orient, ou à l'Église syrienne orientale[2].

Histoire du christianisme au Malabar / Kerala[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Église de Malabar.

L'implantation du christianisme en Inde[modifier | modifier le code]

Eglise orthodoxe de Fort Cochin.

La tradition des chrétiens du Kérala transmet que l'apôtre Thomas serait arrivé par la mer (vers 52) et aurait débarqué à Muziris sur la côte de Malabar (aujourd'hui Cranganore)[6]. L'existence de chrétiens en Inde, évangélisés par Thomas et l'apôtre Barthélemy, est attestée dès le milieu du IIe siècle par le voyage qu'y fit Pantène d'Alexandrie à la demande de Démétrios, évêque d'Alexandrie, « qui en avait été prié par des ambassadeurs de ce peuple[7]. » Pantène en serait revenu avec un exemplaire de l'évangile que Matthieu avait écrit en langue hébraïque et qui semble n'avoir contenu que des paroles de Jésus[7].

Cette ancienne Église de Malabar était sous la juridiction du Catholicos de Séleucie-Ctésiphon (Église de l'Orient) qui dépendait du « Patriarcat d'Antioche et de tout l'Orient » avant qu'il ne s'en sépare en adoptant tardivement le nestorianisme, doctrine défendue par Nestorius, ancien Patriarche de Constantinople, jugée hérétique parce que séparant trop nature humaine et divine en Christ. C'est donc ce catholicosat de Séleucie-Ctésiphon qui, sur l'ordre d'Antioche en raison des difficultés politiques qui séparaient la famille syro-antiochienne entre les deux juridictions impériales romaine et perse, lui envoya dès les premiers temps des évêques pour ordonner des diacres et des prêtres.

Après le schisme nestorien qui brisa l'unité de l'Église syrienne, l'Église de Malabar en connut les conséquences par l'installation d'une double hiérarchie :

  • Syriaque occidentale pour les orthodoxes antiochiens célébrant selon les Livres de la liturgie syro-occidentale (Églises des trois Grands Conciles œcuméniques : Ephèse, Nicée, Constantinople), d'une part ;
  • Syriaque orientale (assyro-chaldéenne appartenant désormais aux Églises dites « des deux conciles » par leur refus tardif, à la suite de Nestorius, des conclusions du concile d'Éphèse), célébrant selon les Livres conformes à la liturgie syro-orientale.

Ces deux juridictions célèbrent, pour leurs liturgies, selon deux variantes (occidentale ou orientale) d'une même langue : le syriaque, un des dialectes de l'araméen, la langue parlée par le Christ. Le chef de l'Église locale, qui avait une grande autonomie, était un métropolite de l'Église de l'Orient depuis au moins le VIIIe siècle. Il occupait la dixième place dans la hiérarchie de l'Église et portait le titre de Métropolite de toute l'Inde. Mais comme les métropolites ne parlaient généralement pas la langue locale, le pouvoir était en fait entre les mains d'un prêtre indien qui portait le titre d'Archidiacre et Porte de toute l'Inde. C'était lui le véritable chef civil et religieux de la communauté. Cette situation dura jusqu'à l'arrivée des Portugais au début du XVIe siècle.

La domination portugaise[modifier | modifier le code]

Les premiers contacts avec les Portugais au début du XVIe siècle se passèrent sans heurts. Vasco de Gama puis de Cabral s'assurèrent de l'estime du roi Hindou de Cochin, de manière à ce que toute la contrée passât sous le contrôle des Portugais, qui firent pression sur l'église locale appelée Syro-malankare pour une union avec Rome et par ces nombreuses pressions, semèrent trouble et division au sein de ces chrétientés atypiques. Il s’agissait, selon eux, de « ramener » ces chrétiens jugés « séparés », et qui plus est peut-être « hérétiques », au sein de l’Église catholique-romaine.

En juin 1599, l’archevêque portugais de Goa, Alexis de Menendez, convoquait l'assemblée générale, qualifiée plus tard de synode de Diamper, afin de décider de cette union. C'est l'origine de l'actuelle Église catholique syro-malabare. Les chrétiens du Malankar (ou Malabar) contraints d’accepter cette "romanisation", y perdirent leur autonomie structurelle et supportèrent une rupture en matière liturgique du fait d'une latinisation des usages[8]. Les Chrétiens de saint Thomas furent placés de force sous la juridiction de l'Église de Rome. Ils dépendraient dès lors d’un diocèse suffragant de Goa, le diocèse Angamali gouverné par des évêques latins et jésuites. Un jésuite, Francisco Roz, fut nommé évêque, qui latinisa fortement le rite (avec des emprunts au rite de Braga[9]).

Les livres sacrés de l'ancienne Église malabare ainsi que d’antiques manuscrits liturgiques seront brûlés, sur l'ordre de l’archevêque de Menendez[8], œuvre poursuivie par ses successeurs.

La résistance / réaction syrienne[modifier | modifier le code]

Un vent de révolte grondait. L'union à Rome ne s'est pas faite sans résistance. Une partie du clergé et des fidèles la refusèrent lorsque les latins portugais, sur l'ordre de l'archevêque de Menendez (initiateur du synode de Diamper), décidèrent de détruire et brûlèrent effectivement de nombreux ouvrages liturgiques et patrologiques communs aux deux Églises syriennes occidentale (orthodoxe) et orientale (assyro-chaldéenne). L'archidiacre refusant les "latinisations", après avoir en vain multiplié les recours à Rome, réunit peuple et clergé qui se lièrent à la "Croix de Coonan" où ils firent le serment solennel de rester fidèle à leur tradition liturgique et patrologique.

Pour faire face aux vexations et à la répression qu'ils subissaient de la part des catholiques (interdiction de dire la messe en syriaque, mise en prison des prêtres, destruction des livres religieux), beaucoup de chrétiens fuient les ports. Ils se réunissent le 3 janvier 1653 au pied de la croix de Coonen à Cochin où ils jurent de ne pas rester sous l'obédience des Portugais et des « paulistes ». Six mois plus tard, l'archidiacre Mar Thoma, est élu par imposition des mains de douze prêtres et ils font légitimer cette élection par le patriarche jacobite d'Antioche. Ainsi se reconstitua l'Église jacobite du Malabar (puttankuttukar, nouvelle assemblée) qui se détachait de l'Église catholique de rite syro-malabar (palayakuttukar, ancienne assemblée).

La multiplication des Églises[modifier | modifier le code]

Églises orientales du Kerala (chrétiens de saint Thomas)
Syriaque occidental Syriaque oriental
Syriaque réformée Orthodoxes orientaux Catholiques orientaux Assyriens
Église malankare Mar Thoma Église malabare indépendante Église malankare orthodoxe Église syro-malankare orthodoxe Église catholique syro-malankare Église catholique syro-malabare Église malabare orthodoxe

L'église malankare Mar Thoma quoique liée par des accords pastoraux à l'Église malabare indépendante, n'est pas en pleine communion avec les Églises orthodoxes orientales en raison de l'influence anglicane exercée sur ses pratiques.

Vie communautaire[modifier | modifier le code]

Les Knanayas[modifier | modifier le code]

Les Knanayas forment un groupe à part au sein des Chrétiens du Kerala, probablement issus de descendants d'immigrants judéo-chrétiens originaires du sud de la Mésopotamie arrivés en 345[10].

  • Archidiocèse catholique knanaya de Kottayam (Église cath. syro-malabare)
  • Diocèse orthodoxe ("jacobite" c'est-à-dire directement dépendant de l'Église Patriarcale d'Antioche et de Tout l'Orient) knanaya de Chingavanam (Église syriaque orth.)

Les différentes Églises[modifier | modifier le code]

Église orientale dans la région des Backwaters au Kerala

Églises des deux conciles[modifier | modifier le code]

Églises des trois conciles[modifier | modifier le code]

Églises catholiques orientales[modifier | modifier le code]

Église épiscopale indépendante liée à l'anglicanisme[modifier | modifier le code]

Églises réformées[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans le syriaque de la Peshitta, les termes "secte des Nazaréens" et "Jésus de Nazareth" emploient tous les deux l'adjectif nasraya (ܕܢܨܪܝܐ) (cf.) Bruce Manning Metzger, The early versions of the New Testament p. 86, 1977, "Peshitta Matt, and Luke ... nasraya, 'of Nazareth'." ; William Jennings, Lexicon to the Syriac New Testament, 1926, p. 143 ; Robert Payne Smith Compendious Syriac Dictionary, 1903, p. 349.). G. F. Moore rappelle que le syriaque nasrayie ne doit rien au grec, mais dérive de l'araméen (cf. G.F. Moore, Nazareth and Nazarene, dans The biginnings of Christianity, F.J.F. Jackson et K. Lake  éd., 1920, Londres, vol. I, 426-432.).
  2. a et b Županov, Ines G. (2005). Missionary Tropics: The Catholic Frontier in India (16th–17th centuries), p. 99 and note. University of Michigan Press. ISBN 0-472-11490-5
  3. Bindu Malieckal (2005) Muslims, Matriliny, and A Midsummer Night's Dream: European Encounters with the Mappilas of Malabar, India; The Muslim World Volume 95 Issue 2 page 300
  4. The Mappila fisherfolk of Kerala: a study in inter-relationship between habitat, technology, economy, society, and culture (1977), P. R. G. Mathur, Anthropological Survey of India, Kerala Historical Society, p. 1.
  5. Vadakkekara, Benedict (2007). Origin of Christianity in India: a Historiographical Critique, p. 52. Media House Delhi.
  6. Ilaria ramelli, L'arrivée de l'Évangile en Inde et la tradition sur saint Thomas in L'apôtre Thomas et le christianisme en Asie, éd. AED, Paris, 2013, p. 70.
  7. a et b Ilaria ramelli, L'arrivée de l'Évangile en Inde et la tradition sur saint Thomas in L'apôtre Thomas et le christianisme en Asie, éd. AED, Paris, 2013, p. 66.
  8. a et b Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des Chrétiens d'Orient, Fayard, Paris, 1994, p. 444
  9. Irénée-Henri Dalmais, Les liturgies d'Orient, Cerf (col. Rites et symboles), Paris, 1980, p. 48.
  10. http://www.ghg.net/knanaya/history/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]