Adolf Eichmann

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Adolf Eichmann
Adolf Eichmann en avril 1961 lors de son procès à Jérusalem.
Adolf Eichmann en avril 1961 lors de son procès à Jérusalem.

Naissance 19 mars 1906
Solingen (Allemagne)
Décès 31 mai 1962 (à 56 ans)
Ramla (Israël)
Origine Allemande
Allégeance Troisième Reich
Arme Schutzstaffel
Grade SS-Obersturmbannführer
Années de service 19321945
Conflits Seconde Guerre mondiale
Distinctions Croix du Mérite de guerre 1re et 2e classes avec glaives
Médaille de l'Anschluss
Insigne des Sports de la SA (en bronze)
Bague d'honneur des SS
Chevron d'honneur de la Vieille Garde
SS Julleuchter
SS Zivilabzeichen (SS-Z.A. #6 375)
Signature
Adolf Eichmann (signature).svg

Adolf Eichmann (Solingen 19 mars 1906Jérusalem 31 mai 1962) est un criminel de guerre nazi, haut fonctionnaire du Troisième Reich, officier SS Obersturmbannführer (comparable à lieutenant-colonel dans l'armée) et membre du parti nazi. Nommé pendant la guerre à la tête du RSHA Referat IV B4, qui s'occupe des « affaires juives et de l'évacuation », il est responsable de la logistique de la « solution finale » (Endlösung). Il organise notamment l'identification des victimes de l'extermination raciale prônée par le NSDAP et leur déportation vers les camps de concentration et d'extermination.

Ayant réussi à échapper à la justice après la capitulation allemande, et notamment au procès de Nuremberg, retrouvé, puis capturé par des agents du Mossad en mai 1960 à Buenos Aires en Argentine, où il vivait depuis 10 ans, caché sous le nom de Riccardo Klement, Eichmann est exfiltré en Israël où il sera condamné à mort et exécuté à l'issue d'un retentissant procès tenu à partir d'avril 1961 à Jérusalem.

Jeunesse et licenciement[modifier | modifier le code]

Né en 1906 à Solingen, Adolf Eichmann est le fils aîné d’un comptable à la Compagnie des tramways et de l'électricité (d'abord à Solingen, puis, à partir de 1913, à Linz)[1], Adolf Karl Eichmann, et de Maria née Schefferling, décédée en 1914. Durant la Première Guerre mondiale, le père d’Eichmann sert dans l'armée austro-hongroise. À la fin de la guerre, il retourne à Linz et reprend les rênes de l’affaire familiale.

Élevé dans une famille peu intéressée par la politique, le jeune Eichmann rejoint les Wandervögel (« Oiseaux migrateurs »), proches du scoutisme et prônant le retour à la nature[2]. Au lycée, il rejoint le Jungfrontkämpferverband, la section de jeunesse de l'association des anciens combattants austro-germaniques. Pro-germanique et anti-républicaine, cette association était néanmoins tolérée par les autorités autrichiennes[2].

Il quitte l’école sans diplôme et commence l’apprentissage de la mécanique qu’il abandonne également. En 1923, il est embauché par la compagnie minière de son père qui a monté sa propre affaire. De 1925 à 1927, il travaille comme vendeur pour Oberösterreichische Elektrobau AG puis comme agent régional de la Vacuum Oil Company AG (de), une filiale de la Standard Oil, d'abord à Linz puis à Salzbourg, jusqu’à son licenciement en 1932[2].

Du NSDAP à la SS[modifier | modifier le code]

La même année, à 26 ans, il est invité avec son père à une réunion du Parti nazi autrichien, sur l'invitation du père d'Ernst Kaltenbrunner, un vieil ami de la famille[2]. Fortement impressionné par cet épisode qui déterminera son engagement dans le nazisme, il rejoint la SS autrichienne, le 1er avril 1932, avec le grade de SS-Anwärter (candidat), sur proposition d'Ernst Kaltenbrunner. Celui-ci demeurait toutefois distant, considérant Eichmann avec une certaine morgue[2]. Au moment où il rejoignit la SS, il venait d'adhérer à l'organisation para-maçonnique Schlaraffia (de), une association conviviale cultivant l'humour[3] ; Ernst Kaltenbrunner lui expliqua toutefois, selon Hannah Arendt, qu'« en tant que nazi, il ne pouvait pas être franc-maçon[2] ». De toute façon, Eichmann fut peu après exclu des Schlaraffia en ayant manqué aux règles de politesse (bien que le plus jeune, il avait pris l'initiative d'inviter ses confrères à boire un verre de vin)[2].

Il est pleinement intégré à la SS en novembre comme SS-Mann (no 45 326). Il sert alors à mi-temps dans la Allgemeine-SS de Salzbourg. Lorsqu'il s'engagea chez les SS, il ne connaissait pas le Programme en 25 points du NSDAP, et n'avait pas lu - ni ne lirait jamais - Mein Kampf[2]. Au cours de son procès à Jérusalem, il déclarera : « Le programme du parti n'avait pas d'importance. On savait à quoi l'on souscrivait[4]. »

Au printemps 1933, alors qu'Hitler a obtenu en mars les pleins pouvoirs, première étape de la « mise au pas » (Gleichschaltung) du pays, sa famille n'ayant pas abandonné la nationalité allemande, il retourne en Allemagne. Il demande alors son intégration à plein temps dans la SS, qui est acceptée. En novembre 1933, il est promu caporal (Scharführer) et intégré à l'équipe d'administration du camp de concentration de Dachau, ouvert dès mars pour interner les prisonniers politiques.

En 1934, il choisit de faire une carrière dans la SS et demande son transfert dans le Sicherheitsdienst (SD), alors dirigée par Reinhard Heydrich. Service de renseignement de la SS, le SD avait pour objectif initial d'effectuer du renseignement et du « contre-espionnage » dans les rangs du NSDAP. Selon son témoignage lors de son procès, il croyait en fait rejoindre le service de sécurité du Reichsführer, c'est-à-dire l'équipe de garde du corps des hauts dignitaires nazis, plutôt que le Service de sécurité du Reich[5]

Il y est effectivement transféré en novembre et est promu Oberscharführer, chargé d'abord d'accumuler du renseignement sur les « francs-maçons » (catégorie qui amalgamait alors les francs-maçons, les communistes, les juifs et les catholiques[5]) et à préparer l'édification d'un « musée » (nazi) sur la franc-maçonnerie[5].

Au bout de quatre ou cinq mois, il fut transféré au département du SD chargé des « affaires juives[5] ». Il réussit à être assigné au centre de commandement des Sicherheitsdienst (SD), à Berlin, où il est rapidement remarqué par ses supérieurs qui le promeuvent encore au rang de Hauptscharführer en 1935 puis à celui de SS-Untersturmführer (sous-lieutenant) en 1937. Il devient alors intime de Dieter Wisliceny, qui témoignera contre lui.

Entretemps, il épouse Vera Liebl (1909-1993) le 21 mars 1935. Le couple aura quatre fils, Klaus, né en 1936 à Berlin, Horst Adolf né en 1940 à Vienne, Dieter Helmut né en 1942 à Prague, et Ricardo Francisco né en 1953 à Buenos Aires.

Au SD, son supérieur lui enjoignit alors de lire son « premier livre sérieux », Der Judenstaat, ouvrage fondateur du sionisme, puis il lut l’Histoire du sionisme d'Adolf Böhm (de) – qu'il confondait toujours avec l'ouvrage de Theodor Herzl lors de son procès – ; ce sont là probablement ses seules lectures, mis à part la presse[6]. Eichmann devient alors défenseur de ce qu'il appelle la « solution politique » (au « problème juif ») : l'expulsion des Juifs d'Allemagne[6]. Lors de son procès, Eichmann, racontant cela, prétendit qu'il n'était alors pas à la SD, mais ingénieur chargé des routes à l'Organisation Todt d'Albert Speer[6].

Eichmann, son supérieur Herbert Hagen et le notable juif Josef Löwenherz à Vienne, le 18 mars 1938, alors qu'Eichmann est chargé d'organiser l'expulsion massive des Juifs autrichiens.

En 1937, il est envoyé avec son supérieur Herbert Hagen en Palestine, alors sous mandat britannique, pour étudier la possibilité d'une émigration massive des Juifs allemands vers cette contrée. Dans ce but, il entre en contact avec une organisation sioniste[7]. Ces Juifs débarquent à Haifa, mais n'obtenant qu'un visa de transit, ils vont jusqu'au Caire où ils rencontrent un membre de la Haganah, mais le sujet de la discussion est encore de nos jours mal connu. Les rencontres qu'ils avaient prévues avec les chefs arabes ne purent avoir lieu du fait de l'interdiction de territoire palestinien. Dans leur rapport, ils déconseillèrent une émigration à grande échelle des Juifs allemands autant pour des raisons économiques que pour ne pas contredire la politique du Reich qui préconisait de ne pas laisser un État juif se créer en Palestine.

Après l’Anschluss (mars 1938), Eichmann est envoyé à Vienne, à la section du SD établie dans la ville et reçoit l'ordre de prendre le commandement des affaires juives[8] et d'organiser l'expulsion des Juifs d'Autriche (dite « émigration forcée »)[9]. Pour cette action, il est promu SS-Obersturmführer.

À la fin de cette même année, marquée par la nuit de Cristal, il est désigné par le commandement SS pour former le Zentralstelle für jüdische Auswanderung, le « Bureau central pour l'émigration juive », chargé de l'expulsion. En huit mois, 45 000 Juifs furent expulsés par ses soins[9]; en dix-huit mois, il arriva au chiffre de 150 000 Juifs expulsés, soit 60 % de la population juive autrichienne[9]. Il fut assisté dans cette tâche par l'avocat Erich Rajakowitsch, qui avait eu l'idée de monter un « fonds d'émigration » alimenté par les Juifs les plus aisés afin de permettre aux plus pauvres de payer leur expulsion[9]. L'une des premières mesures d'Eichmann fut de libérer les notables juifs, pour la plupart internés dans des camps, afin ensuite de les convaincre de collaborer à l'organisation de cette expulsion massive[9]. Il organisa également le montage des différents papiers d'identité et documents de voyage nécessaires afin que les expulsés soient acceptés par des États-tiers[9].

À la suite d'une réunion en septembre 1939 où Heydrich prône la création d'une réserve juive aux confins du Reich, Eichmann reçoit le 6 octobre l'accord[10] d'Heinrich Muller, chef de la Gestapo, de déporter au-delà de la Vistule quelque 80 000 Juifs du territoire annexé de Haute-Silésie orientale. Le 15 octobre, il trouve l'endroit où installer le camp, le village de Nisko près de Lublin. Le 17 octobre, le premier convoi part pour Nisko. En tout près de 5000 Juifs de Vienne, du protectorat et de Haute-Silésie orientale seront expulsés vers Nisko. Mais le plan Nisko est stoppé fin octobre 1939 par Himmler qu'il juge peu compatible avec sa priorité de réinstaller les volksdeutsche[11].

Les années de guerre[modifier | modifier le code]

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Eichmann est promu SS-Hauptsturmführer et s'est fait un nom au bureau de l'émigration juive. Il s'y est fait de nombreux contacts avec les dirigeants du mouvement sioniste avec lesquels il travaille pour accélérer l'émigration juive depuis le Reich.

Adolf Eichmann en uniforme SS en 1942

Eichmann retourne à Berlin en 1939, après la formation du « Bureau central de sécurité du Reich » (RSHA) qui unissait sous une seule administration les différents services de police et de renseignement (SD, Gestapo, etc.). En décembre 1939, il est désigné à la tête du RSHA Referat IV B4, la section du RSHA qui s'occupe des « affaires juives et de l'évacuation » avec Rolf Günther et Friedrich Suhr chefs des deux sous-sections « évacuations » et « législation ». En août 1940, il rédige le plan Madagascar (Reichssicherheitshauptamt : Madagaskar Projekt) qui prévoyait la déportation de l'ensemble de la population juive d'Europe occidentale dans la colonie française de Madagascar. Promu SS-Sturmbannführer puis un an plus tard Obersturmbannführer, c'est lui qui rédige à la demande de Heydrich la lettre à la signature de Goering sur les préparatifs de la solution finale :

« [...] je vous charge en outre de m'adresser sous peu un plan d'ensemble sur les mesures préparatoires à prendre concernant l'organisation, la mise en œuvre et les moyens matériels nécessaires pour réaliser la solution finale désirée de la question juive[12]. »

À la fin de l'été 1941, Eichmann est convoqué dans le bureau de Heydrich qui lui dit :

« je sors de chez le Reichsführer (ndlr:Heinrich Himmler); le Führer vient d'ordonner la destruction physique des Juifs. (Ich komme vom Reichsführer ; der Führer hat nunmehr die physische Vernichtung der Juden angeordnet)[13] »

En 1942, Reinhard Heydrich invite Eichmann à participer à la conférence de Wannsee où l'Allemagne nazie décide officiellement de la « solution finale » ; l'extermination avait cependant commencé avant, notamment dans le gouvernement général de Pologne et dans les Reichskommissariat du front de l'Est. Eichmann est alors nommé « administrateur du transport », chargé de tous les trains qui transportent les Juifs vers les camps de la mort en Pologne. Durant les deux années suivantes, Eichmann assume son rôle avec zèle et déclare qu'il rirait « en sautant dans [s]a tombe, car j'ai le sentiment d'avoir tué cinq millions de Juifs. Voilà qui me donne beaucoup de satisfaction et de plaisir[14]. »

Son travail est remarqué et, en 1944, il est nommé en Hongrie pour organiser la déportation : il envoie 450 000 des quelque 800 000 Juifs hongrois dans les chambres à gaz nazies. À l'été 1944, il négocie avec Rudolf Kastner, responsable d'une petite organisation juive, et permet le départ vers la Suisse d'un peu plus d'un millier de Juifs (1 684 sur 450 000 Juifs hongrois envoyés par lui dans les camps…). En 1960, il prétendra dans le magazine Life que Kastner « avait accepté de faire tout son possible pour que les Juifs n'opposent aucune résistance à leur déportation, et même qu'ils se comportent correctement dans les camps de regroupement, si je fermais les yeux et laissais quelques centaines ou quelques milliers de jeunes Juifs émigrer vers la Palestine. C'était une bonne affaire[15]. »

En octobre 1944, Heinrich Himmler, ministre de l'Intérieur et Reichsführer SS, ordonne l'arrêt des exterminations[16]. Tirant parti de la confusion lors de la prise du pouvoir par Ferenc Szálasi, Eichmann ordonne cependant personnellement une dernière « marche de la mort » vers Auschwitz[17]. Il s'efforce aussi d'éviter d'intégrer les unités combattantes, ayant été nommé un an auparavant Untersturmführer de réserve de la Waffen-SS, grade qu'il cumule avec celui d’Obersturmbannführer-SS.

Résumé de sa carrière de SS[modifier | modifier le code]

  • Numéro SS : 45 326[18]
  • Numéro du Parti Nazi : 899 895
  • Première affectation: Sous-département IV-B4 (Gestapo), RSHA
  • Service dans la Waffen-SS : SS-Untersturmführer der Reserve (9 novembre 1944)

Dates de promotions[modifier | modifier le code]

SS-Anwärter 1er avril 1932
SS-Mann 9 novembre 1933
SS-Scharführer 24 décembre 1933
SS-Oberscharführer 1er mai 1934
SS-Scharführer[19] 1er juillet 1934
SS-Oberscharführer 1er septembre 1935
SS-Hauptscharführer 13 septembre 1936
SS-Untersturmführer 9 novembre 1937
SS-Obersturmführer 11 septembre 1938
SS-Hauptsturmführer 30 janvier 1939
SS-Sturmbannführer 1er août 1940
SS-Obersturmbannführer 9 novembre 1941

Récompenses Nazies et décorations[modifier | modifier le code]

Fin de guerre et exfiltration vers l'Argentine[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, Eichmann fuit l'avancée soviétique et rejoint l'Autriche où il retrouve le chef du RSHA, l’Obergruppenführer Ernst Kaltenbrunner. Début mai 1945, il est, avec son épouse, Vera Eichmann, à Altaussee, devenu refuge de nombreux nazis, dont son supérieur Ernst Kaltenbrunner et Franz Stangl. Ce dernier, prenant peur, lui aurait recommandé de « foutre le camp[20] » ; le commandant d'Auschwitz et de Theresienstadt, Anton Burger, lui demande également de quitter ses camarades: « Vous êtes recherché comme criminel de guerre, pas nous[21] ». Le 6 mai, il quitte Altaussee, le Sturmbannführer Wilhelm Höttl, chargé du contre-espionnage au sein du RSHA, partant à la demande de ses collègues avec son adjoint Rudolf Jänisch dans la montagne[20]. Les deux hommes changent alors d'identité[20], Eichmann se faisant passer pour l'Obergefreiter Bart, caporal de la Luftwaffe[20]. Malgré cela, ils sont arrêtés peu de temps après par l'armée américaine, près d'Ulm, alors qu'Eichmann a pris le nom d'« Otto Eckmann », sous-lieutenant SS (Untersturmführer)[22] (il ne parvenait pas à effacer avec efficacité son tatouage SS[22]). Jusqu'à août 1945, il est incarcéré au camp de Weiden (ex-stalag XIII-B), près de Nuremberg[22], avant d'être transféré au camp d'Oberdachstetten[22]. Le 14 décembre 1945, le procureur du tribunal de Nuremberg, William Walsh, définit « l'objectif ultime du parti nazi et de l’État contrôlé par les nazis » comme l'extermination des Juifs, s'appuyant sur une déclaration de Wilhelm Höttl faite le 26 novembre, qui citait une conversation avec Eichmann de l'automne 1944, au cours de laquelle celui-ci avait rapporté que quatre millions de Juifs avait été tués dans les camps et deux millions par les Einsatzgruppen[22]. Devant le lieutenant-colonel Smith Brookhart, le 3 janvier 1946, un collaborateur d'Eichmann, l’Hauptsturmführer Dieter Wisliceny, cite à nouveau le nom d'Eichmann, accolé à un document signé d'Himmler évoquant la « solution finale » et présenté à l'été 1942 par Eichmann à son subordonné, qui précisait qu'il s'agissait là d'anéantir la « race juive[22] ». Ayant entendu parler de ces déclarations, Eichmann obtint de l'aide auprès d'anciens officiers SS détenus dans son camp de prisonniers, ainsi que, selon ses dires, d'une « infirmière », et réussit ainsi à s'évader le 5 février 1946, doté de surcroît de faux papiers[22].

Il se cache alors en Allemagne durant plusieurs années, d'abord sous le nom d'Otto Henninger. Il travaille comme bûcheron pour le frère d'un officier SS fait prisonnier[23], à Eversen, près d'Hambourg[24], avant de devenir éleveur de poules en 1948[24]. Le 15 avril 1946, Rudolf Höss, ex-commandant d'Auschwitz, affirme à Nuremberg qu'Eichmann, aux ordres d'Himmler, était l'exécuteur de l'extermination des Juifs[23]. Le Counter Intelligence Corps (CIC, le service de renseignement militaire américain) interroge alors, le 26 novembre 1946, Vera Eichmann à Altaussee, afin d'essayer de retrouver son mari[23]. Une source du CIC prétend alors qu'Eichmann est en Égypte[23]. En janvier 1947, ce sont les parents d'Eichmann qui sont interrogés, sans plus de succès[23]. L'UNWCC, chargé de la poursuite des criminels de guerre et qui l'a sur sa liste, indique cependant à cette date : « On croit qu'il s'est suicidé. Source CIC américain[23]. »

Mi-1948, il se fait faire, dans la commune de Termeno, un certificat d'identité au nom de Riccardo Klement[24], mais ne l'utilise pas immédiatement. Eichmann, comme Mengele et l'ex-chef de la Gestapo Müller, figure alors sur une liste noire du MI14, laquelle n'est cependant pas rendue publique[25].

À la fin avril 1950[24], il quitte Eversen et, sous le pseudonyme d'Otto Henninger, part pour l'Autriche puis en Italie en passant par le col du Brenner. Il s'arrête dans de nombreux monastères, dont celui de Saint Raphaël de Bavière, qui avait pourtant été soupçonné par le SD d'aider les Juifs sous le nazisme[24]. Arrivé en Italie, on lui remet à Merano des papiers d'identité au nom de Ricardo Klement, faits en 1948[24]. On lui donne aussi, au même moment, une autorisation d'entrer en Argentine[24].

Avec l'aide d'un moine franciscain, Edoardo Dömöter, il entre en contact avec l'évêque Alois Hudal, lequel organisait l'un des principaux réseaux d’exfiltration des nazis (il aida notamment Franz Stangl, Barbie et Mengele). Grâce à lui, Eichmann obtient le 1er juin 1950, à Gênes, un passeport humanitaire de la Croix-Rouge internationale, établi au nom de « Riccardo Klement », né le 23 mai 1913 à Bolzano (Italie), ainsi qu'un visa argentin[26].

Eichmann en Argentine[modifier | modifier le code]

Le 14 juillet 1950, Eichmann débarque à Buenos Aires où il exercera différents métiers manuels. Il entre rapidement en contact avec Carlos Fuldner (de), qui lui trouve un emploi à Tucumán, dans une entreprise hydroélectrique détenue par Compañía Argentina para Proyectos y Realizaciones Industriales – Fuldner y Cía (de) (Compañía Argentina para Proyectos y Realizaciones Industriales – Fuldner y Cía)[27]. En juin 1952, il fait venir à Graneros sa femme et ses deux fils en faisant appel à - selon ses mots - « l'organisation[27] ». Il aura un troisième fils, Ricardo Francisco Eichmann, né en 1953[27].

Début 1953, la compagnie fait faillite, et la famille Eichmann s'installe dans la capitale, rue Chacabuco, dans le quartier Olivos (Vicente López)[27]. Bien que distant de Mengele, il croise parfois celui-ci au restaurant ABC, rue Lavalle[27]. À partir de 1956, il écrit des rapports pour mettre au clair sa propre perspective sur la solution finale : il envisage de rentrer en Allemagne et prépare ainsi sa défense en cas de jugement. En mars 1959, il devint mécanicien dans une usine Mercedes-Benz du Nord de Buenos Aires[27]. Il emménage alors rue Garibaldi dans le quartier de San Fernando[27]. En 1960, il est interviewé notamment par un journaliste néerlandais, l'ancien nazi Willem Sassen (en) afin d'élaborer une contre-histoire du nazisme pour contrer les premiers écrits des historiens sur ce sujet[28].

La capture[modifier | modifier le code]

Faux papiers utilisés par Eichmann dans les années 1950

Durant les années 1950, de nombreux juifs s'emploient à retrouver les criminels nazis en fuite, et Eichmann fait partie des premiers sur la liste. Des documents déclassifiés (notamment sa fiche de police) montrent que le gouvernement ouest-allemand ainsi que la CIA connaissent, dès 1952 (1958 pour la CIA), la localisation et le pseudonyme sous lequel se cache Eichmann (Klement), mais ne le révèlent pas pour raison d'État[29]. Il semble que la crainte ait été qu'Eichmann dénonce Hans Globke, alors membre du gouvernement du chancelier Konrad Adenauer[30]. Le rabbin Abraham Kalmanowitz tenta ainsi en 1953, avec le responsable du département d'État Adolf A. Berle Jr., de convaincre le directeur de la CIA, Allen Dulles, de se mettre à la recherche d'Eichmann[31]. Réticent, ce dernier finit par céder, et ordonna des recherches dans les pays arabes, où se situait Eichmann selon Kalmanowitz[31].

Sept ans plus tard, l’« opération Attila » fut déclenchée par le premier ministre d'Israël David Ben Gourion qui souhaitait à cette occasion un procès, le « Nuremberg du peuple juif », pour refonder une unité nationale (de nombreux jeunes Israéliens ne comprenaient pas ou étaient honteux à l'idée que des millions de Juifs s'étaient « laissé conduire à l'abattoir » et contrariaient l'image héroïque du renouveau juif en Israël[32]) et affermir la légitimité de son parti le Mapaï[réf. nécessaire] : Eichmann fut enlevé en pleine rue, à Buenos Aires, par un commando d'agents du Mossad dirigé par Isser Harel[33], le chef du Shin Bet, le 11 mai 1960. Séquestré dans la cave d'une planque louée par les agents israéliens, il reconnut son identité et signa une déclaration par laquelle il acceptait d'être jugé en Israël[32]. Le 21, il fut transporté jusqu'en Israël depuis un aéroport militaire argentin, à bord d'un avion de compagnie aérienne israélienne El Al qui avait emmené la délégation de l'état hébreu aux fêtes du 150e anniversaire de l'indépendance argentine puisqu'il n'existait pas de liaison aérienne directe entre les deux pays[34]. Pour l'anecdote, à l'entrée de la base, un barrage militaire les attendait. Afin qu'Eichmann ne dévoile pas aux soldats argentins qu'il venait d'être enlevé, il fut revêtu d'un uniforme d'El Al. Eichmann fut placé sous sédatifs (on le fit passer pour malade) et les membres du commando étaient également en tenue de navigants. Il fut suggéré à un moment que les membres du commando simulent l'ivresse pour éviter que le comportement d'Eichmann n'attire l'attention mais l'idée fut abandonnée. À l'entrée de la base, les soldats argentins arrêtèrent l'automobile et se moquèrent des Israéliens incapables de tenir l'alcool[33]. Cette action, contrevenant au droit international et mettant en cause la souveraineté de l'État argentin, souleva des protestations du gouvernement Frondizi, ainsi que des manifestations néo-nazies, marginales, dans le monde. En Argentine, le Mouvement nationaliste Tacuara organise une campagne importante d'antisémitisme.

Le gouvernement israélien nie tout d'abord être impliqué dans cet enlèvement et prétend qu'il est le fait de volontaires civils juifs chasseurs de nazis. David Ben Gourion, alors Premier ministre, annonce la capture d'Eichmann à la Knesset le 23 mai 1960. Cette annonce est acclamée debout par les députés présents[35].

Controverse sur le rôle de Simon Wiesenthal[modifier | modifier le code]

Le rôle de Simon Wiesenthal, célèbre « chasseur de nazis », est souvent mis en avant dans l'affaire Eichmann, mais demeure pourtant très controversé. Après la capture d'Eichmann, Wiesenthal publia en effet Ich jagte Eichmann (J'ai chassé Eichmann) dans lequel il se plaçait au centre de ce fait d'armes, tandis que Tuviah Friedman, devenu son rival, publiait The Hunter, lequel obtint un bien moindre succès. D'autres écrivirent des livres sur l'affaire Eichmann, dont le Minister of Death (publié en septembre 1960) des journalistes Zvi Aldouby et Ephraim Katz, dont une « bonne partie » serait « totalement inexacte »[36].

Selon la version de Wiesenthal, il aurait rencontré, lors d'une réunion philatélique à l'automne 1953, un ami autrichien, le baron Heinrich Mast, qui, par hasard, en lui montrant sa collection, lui aurait confié avoir conservé cette carte postale d'un ancien officier allemand exilé en Argentine, bien connue à l'époque pour abriter de nombreux anciens responsables nazis, qui aurait dit avoir vu « ce sale porc d'Eichmann » ayant « régné » sur les Juifs, et qui contenait des informations plus précises : « Il vit à Buenos Aires et travaille pour la société des eaux ». Selon les propres dires de Wiesenthal, ces informations auraient permis aux Israéliens de localiser Eichmann. Dans ses Mémoires, Wiesenthal omettait de nommer le baron en question, qui était un ancien agent de l'Abwehr travaillant pour l'Organisation Gehlen jusqu'en 1952, puis pour l'ex-nazi Wilhelm Höttl, directement au service de l'Amt blank, un service secret particulier créé par le conservateur Theodor Blank[37].

Par ailleurs, interviewé le 25 mai 1960 par The Times, à chaud, Wiesenthal nia « avoir été personnellement impliqué dans l'enlèvement d'Eichmann »[38], indiqua qu'il avait auparavant transféré toutes ses archives sur Eichmann à Yad Vashem, et qu'un des amis, Tuviah Friedman, émigré en Israël, avait eu connaissance de tous ces documents mais qu'il ne pouvait préjuger du rôle de celui-ci, alors tenu par la Presse pour le « ravisseur d'Eichmann »[39].

Le rôle crucial allégué par Wiesenthal dans la capture d'Eichmann a été lourdement remis en cause. Ainsi, le Jerusalem Post révéla dans son édition du 7 mai 1991 l'existence d'un manuscrit non publié d'Isser Harel, dirigeant du Mossad lors de la capture d'Eichmann, qui sous-entend que les agissements de Wiesenthal auraient failli compromettre l'enlèvement d'Eichmann et empêché celui de Joseph Mengele. En fait, Wiesenthal n'aurait transmis ses informations obtenues à l'automne 1953 qu'en mars 1954 au consul israélien Arie Eschel ainsi qu'au dirigeant du Congrès juif mondial, Nahum Goldmann. Mais s'il croyait Eichmann en Argentine au milieu des années 1950, vers 1960 il le croyait au contraire en Europe. Ainsi, selon G. Walters (2009)[40] :

« En 1954, Wiesenthal affirma à juste titre qu'Eichmann était en Argentine, et on ne l'écouta pas. En 1959, Wiesenthal se trompa en affirmant qu'Eichmann était en Europe, et on ne l'écouta pas davantage, car les Israéliens savaient qu'il était en Argentine. En 1961, par la publication de Ich jagte Eichmann Wiesenthal s'assura qu'à l'avenir il serait écouté en affirmant qu'il avait toujours soupçonné qu'Eichmann se trouvait en Argentine. »

L'acteur principal de la chasse lancée contre Eichmann semble en effet avoir été Lothar Hermann, un rescapé de Dachau, qui émigra en Argentine en 1938 avec toute sa famille. Or sa fille, Sylvia, entretient une relation avec un certain Klaus Klement. Les remarques de Klaus concernant le passé nazi de son père, ainsi que la lecture en 1957 d'un article concernant le procès de SS à Francfort, persuadent Hermann que le père de Klaus Klement pourrait être Eichmann. Il envoie alors sa fille enquêter chez les Eichmann. La porte s'ouvre et Sylvia découvre un homme d'âge moyen à qui elle demande : « êtes vous monsieur Eichmann ? » l'homme ne répond pas mais admet être le père de Klaus Klement. Hermann prévient Fritz Bauer, le procureur de la Hesse. Bauer n'ayant pas confiance en la justice allemande, qui compte encore de nombreux ex-nazis dans ses rangs, prévient directement en septembre 1957 les autorités israéliennes qui prennent contact avec Hermann. Le chef du Mossad Isser Harel envoie un de ses enquêteurs, Zvi Aharoni (en), localiser alors précisément Eichmann. Mais à la suite des hésitations du Mossad, le temps passe, puis grâce aux indications d'Hermann qui continue à le surveiller, les services secrets israéliens élaborent un plan d'enlèvement. Le gouvernement israélien approuve finalement en 1960 ce plan qui est exécuté peu après[32].

Le procès Eichmann[modifier | modifier le code]

Déroulement du procès[modifier | modifier le code]

Guilty! Eichmann to Hang Actualité américaine sur le procès d'Eichmann, extrait des Archives nationales des États-Unis

Eichmann comparaît à Jérusalem pour quinze chefs d'accusation le 11 avril 1961. On peut regrouper les chefs d'accusation en quatre catégories :

  • crimes contre le peuple juif (chefs d’inculpation 1-4) ;
  • crimes contre l’humanité (5-7, 9-12) ;
  • crimes de guerre (8) ;
  • participation à une organisation hostile (13-15).

Alors que les crimes de guerre et contre l’humanité ont une qualification internationale, les crimes contre le peuple juif proviennent d'une loi de 1950 votée 2 ans après la création de l'État d'Israël, loi qui a suscité une grande polémique[7].

Exceptionnellement, ce procès fut présidé par trois juges : Moshe Landau, Benjamin Halevy et Yitzhak Raveh (en), au lieu d'un jury comme le veut la procédure israélienne normale. Le procureur était Gideon Hausner, alors procureur général. Eichmann fut défendu par l'avocat allemand Robert Servatius. Le procès eut lieu dans une salle de spectacle du Beit Ha'am (« Maison du Peuple » de Jérusalem, aujourd'hui le Gerard Behar Center, 31° 46′ 51″ N 35° 12′ 47″ E / 31.7808197, 35.2130002 ()), transformée en tribunal pour l'occasion.

Ce procès attira deux fois plus de journalistes qu'à Nuremberg et fut presque intégralement filmé pour les télévisions du monde entier (c'est le deuxième grand procès où des caméras furent autorisées après Nuremberg), malgré les réticences de David Ben Gourion, par quatre opérateurs israéliens formés et supervisés par le documentariste américain Leo Hurwitz qui bénéficia d'équipements à la pointe du progrès (premiers magnétoscopes à l'époque, caméras Marconi), Hurwitz étant recruté par son compatriote, le producteur Milton Fruchtman (il avait déjà fait réaliser pour NBC une biographie de Ben Gourion) pour la Capital Cities Broadcasting Corporation de New York[41],[42]. Il provoqua une controverse internationale et un émoi gigantesque. Les téléspectateurs du monde entier découvrirent en direct Eichmann dans une cage de verre blindée écoutant un interminable défilé de témoins décrivant son rôle dans le transport des victimes de la Shoah. La seule ligne de défense d'Eichmann, qui se défendit pied à pied, était d'affirmer n'avoir rien fait d'autre que « suivre les ordres » et qu'il était un idéaliste[29].

La détention d'Eichmann durant toute la durée du procès, donna lieu à des mesures de sécurité draconiennes à la prison de Ramla, non loin de Tel Aviv (il avait auparavant passé les premiers temps de sa détention à la prison de Yagur, près de Haïfa), l'administration pénitentiaire voulant à tout prix éviter que le détenu ne se suicide ou soit assassiné par vengeance. 22 gardiens furent recrutés et on veilla à ce qu'aucun d'entre eux ne fût ancien déporté (ou ait perdu sa famille dans les camps). Eichmann disposait d'un « appartement » de cinq pièces, situé à l'étage d'une aile de la prison, auquel aucun gardien ashkénaze (donc susceptible d'être originaire d'Allemagne ou d'Europe de l'Est) n'était autorisé à monter. La nourriture du détenu et de ses gardiens arrivait à la prison dans des récipients scellés, afin d'éviter toute tentative d'empoisonnement, les plats d'Eichmann étaient même préalablement goûtés par ses geôliers avant qu'ils ne lui fussent servis[43].

Condamnation et exécution[modifier | modifier le code]

Eichmann marchant à l'intérieur de sa cellule de la prison de Ramla

Déclaré coupable pour tous les chefs d'inculpation après un procès qui dure huit mois, il est condamné à mort[44] le 11 décembre 1961, et interjette appel. Le 28 mars 1962 le jugement en appel confirme le verdict. Il présente un recours en grâce qui sera refusé par le président de l'État le 31 mai.

Il est pendu par l'agent pénitentiaire Shalom Nagar, juif israélien d'origine yéménite, peu avant minuit le 31 mai 1962, dans la cour de la prison de Ramla. Il est l'un des deux seuls condamnés à mort à avoir été exécuté par Israël, et le seul civil (le capitaine Meir Tobianski (en) avait été fusillé en 1948 pour trahison). En Israël, les faits dont Eichmann a été accusé constituent - avec la trahison - les seuls crimes capitaux[32].

Ses derniers mots auraient été : « Vive l'Allemagne ! Vive l'Autriche ! Vive l'Argentine ! Trois pays que j'ai aimés. J'ai obéi aux lois de la guerre et à mon drapeau. Je salue ma femme, ma famille et mes amis. »[45] Pourtant, le bourreau d'Eichmann ne fait mention d'aucune parole[46]. D'après son souvenir : « Il n'y avait là qu'Eichmann et moi. Je me tenais à un mètre de lui et le regardais droit dans les yeux. Il refusa qu'on lui bande les yeux, et il portait encore aux pieds des pantoufles à carreaux ordinaires. J'ai tiré la manette et il est tombé en se balançant au bout de la corde. » Il est vraisemblable qu'Eichmann n'ait prononcé aucune parole, car il a passé sa captivité à rédiger un document de 1 300 pages intitulé False Gods qui tenait lieu de dernières paroles et fut rendu public par les autorités israéliennes le 29 février 2000[47],[48].

Son corps a été incinéré dans un crématorium construit spécialement à cet effet dans la cour de la prison et ses cendres dispersées dans la Méditerranée, conformément aux dernières volontés d’Eichmann lui-même. Israël accepta cette requête, mais uniquement si les cendres du condamné étaient rejetées au-delà de ses eaux territoriales afin d'éviter qu'elles ne « souillent » le territoire de l'État hébreu.

Témoignage d'Ivo Goldberg[modifier | modifier le code]

Le député de la Knesset (le parlement israélien) Ivo Goldberg fit un long discours à l'assemblée le lendemain matin à ce sujet : « J'ai perdu ma mère, j'ai perdu mon père, j'ai perdu mes sœurs, j'ai perdu mes frères, j'ai perdu des tantes, j'ai perdu des oncles, j'ai perdu des amis il y a vingt ans. J'ai survécu aux camps avec la honte de m'en être sorti et pas eux. De ma famille et de mes amis, il ne me reste rien à part leurs souvenirs. Eichmann est mort. Et alors ? Certes cela ne fera pas revenir ma famille, cela ne fera pas non plus revenir mes amis, mais au moins il a été jugé. Qu'il ait été pendu m'est indifférent. Qu'il soit mort m'est égal. L'homme et le criminel ont été jugés et condamnés.

J'étais dans le camp de Bergen-Belsen quand ce petit homme boiteux, rachitique et engoncé dans son uniforme avait inspecté le camp. Comme nous avions été avertis de sa visite, nous étions tous dehors à vouloir voir qui était ce Eichmann qui avait tant de haine contre nous. Je le vis marcher fièrement toisant les vieillards faméliques et regarder avec mépris les adolescents aux corps décharnés. Ce jour-là, j'étais à mille lieues de me douter que je reverrais cet homme moins de vingt ans plus tard dans une salle d'audience pour être jugé. De terrible bourreau actif et passif, il est devenu un simple citoyen banal pour reprendre l'expression d'Hannah Arendt. Eichmann est mort, mais le souvenir de nos frères de persécution ne doit pas l'être pour autant. Apprenons aux jeunes ce qui s'est passé pour qu'il n'y ait plus jamais d'autre Eichmann.… »

Bilan du procès[modifier | modifier le code]

Bien que mis en cause lors du procès de Nuremberg, le nom d'Eichmann avant son procès est quasi inconnu de l'opinion publique occidentale (ce qui est moins le cas en Israël où un tiers de la population sont des survivants de la Shoah appartenant aux communautés juives d'Allemagne, d'Autriche et de Hongrie). La volonté de Ben Gourion et du procureur de favoriser « l’avènement du témoin » en faisant raconter toute l'histoire du génocide par les survivants provoque une catharsis dans le pays israélien et « inscrit la Shoah dans le code génétique israélien ». Enfin, cette procédure judiciaire constitue le premier grand procès individuel des crimes commis dans le cadre de la Shoah par une juridiction nationale[29].

Le cas Eichmann[modifier | modifier le code]

Depuis qu'Eichmann est mort, les historiens n'ont cessé de spéculer sur sa vie et sur son action. La question la plus cruciale étant de définir sa responsabilité exacte dans la mise en œuvre de la « solution finale ». La plupart affirme qu'il savait exactement ce qu'il faisait et connaissait les conséquences de ses actes. Néanmoins, quelques-uns, dont son fils, estiment qu'il a été méjugé et qu'il ne faisait que son devoir de soldat allemand.

Une troisième et très controversée analyse est faite notamment par Hannah Arendt, philosophe juive allemande exilée en France (1934), puis aux États-Unis (1941) et qui a couvert le procès Eichmann pour le magazine The New Yorker. Dans son ouvrage, Eichmann à Jérusalem, qui compile ses chroniques de ce procès, Arendt reprend sa théorie du rouage du système et conclut qu'Eichmann n'a montré ni antisémitisme ni troubles psychiques, et qu'il n'avait agi de la sorte durant la guerre que pour « faire carrière[7] ». Elle le décrit comme étant la personnification même de la « banalité du mal », se fondant sur le fait qu'au procès il n'a semblé ressentir ni culpabilité ni haine et présenté une personnalité tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

Dans La Traque du mal (2009), Guy Walters conteste ce point de vue. Il insiste au contraire sur le fanatisme d'Eichmann, ce qui néanmoins n'est pas forcément contradictoire avec l'habitude « à l'obéissance, à la discipline et à la subordination volontaire » encensée par Eichmann et le nazisme[49]. La phrase souvent citée - mais par Arendt également-, « Je descendrai dans la tombe le sourire aux lèvres à la pensée que j'ai tué cinq millions de Juifs. Cela me procure une grande satisfaction et beaucoup de plaisir », pourrait tendre à accréditer cette interprétation[50]. À l'appui du fanatisme d'Eichmann, le journaliste Ron Rosenbaum (en), auteur d'Explaining Hitler: The Search for the Origins of His Evil (en) (1998), avance son intervention à la fin de la guerre pour s'assurer de l'extermination des Juifs hongrois[51].

Arendt élargit cette constatation à la plupart des criminels nazis, et ce, quel que soit le rang dans la chaîne de commandement, chacun effectuant consciencieusement son travail de fonctionnaire ou de soldat, plus préoccupé comme tout un chacun par son avancement que par les conséquences réelles de son travail. Le fondement de la thèse d'Arendt, construite d'abord et avant tout contre toute interprétation pathologique de ces criminels, reposerait sur l'incapacité de ces hommes à penser, sur un manque d'« imagination » qui les aurait empêchés de se mettre à la place de leurs victimes et d'éprouver ainsi de la pitié[52] - l'arrière-fond kantien et heideggerien de la pensée d'Arendt doit bien entendu être pris en compte dans l'utilisation de ces concepts désignant l'esprit humain.

Beaucoup allèrent plus loin dans ce raisonnement en affirmant que chacun pourrait commettre les crimes les plus odieux, pour autant que les bonnes conditions soient réunies, les bons ordres, les bonnes incitations données au bon moment ; mais Arendt, quant à elle, refuse cette interprétation. Celle-ci fut enrichie par l'expérience Milgram, dont les enseignements demeurent cependant discutés.

Dans Souffrance en France, pour expliquer le phénomène de banalisation du mal, Christophe Dejours a soutenu une autre hypothèse en mettant en relation le cas Eichmann avec les stratégies de défense.

En ce qui concerne le procès, Nahum Goldmann, le président du congrès juif mondial et le philosophe Martin Buber souhaitaient voir Eichmann traduit devant une Cour internationale. Pour Alain Gresh « l'alternative était posée : le génocide concernait-il seulement les Juifs et Israël ou bien l'ensemble de l'humanité ? » Pour David Ben Gourion, la réponse ne faisait pas de doute : « Le génocide s'inscrivait dans l'histoire juive [...] une telle interprétation occultait non seulement les autres victimes, mais aussi la genèse européenne de ce qui s'était passé. »[53]

Adolf Eichmann est le seul nazi avec John Demjanjuk mis en procès à Jérusalem selon la loi israélienne de 1950 réprimant les nazis et les collaborateurs. John Demjanjuk, alors accusé d'avoir été gardien au camp de concentration de Treblinka, fut également condamné à mort mais gracié et libéré en 1993, les juges israéliens ayant eu un doute sur son identité[29] (il fut finalement identifié comme ayant été gardien à Sobibor).

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Günther Anders (trad. Sabine Cornille et Philippe Ivernel), Nous, fils d'Eichmann : lettre ouverte à Klaus Eichmann, Paris, Payot & Rivages, coll. « Rivages poche » (no 426),‎ 2003, 176 p. (ISBN 9782743611095 et 274361109X)
  • Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, (1963), traduit de l'anglais par Anne Guérin, Paris, Gallimard, 1966; réédition Paris, Gallimard, 1991, 484 pages (ISBN 2070326217). Nouvelle édition in Les Origines du totalitarisme, Paris, Gallimard, coll. "Quarto", Paris, Gallimard, 2001, traduction revue par Martine Leibovici.
  • (en) David Cesarani, Becoming Eichmann : rethinking the life, crimes, and trial of a "desk murderer", Cambridge, MA, Da Capo Press,‎ 30 mai 2007 (ISBN 9780306815393 et 0306815397).
  • Isabelle Delpla, Le mal en procès : Eichmann et les théodicées modernes, Paris, Hermann, coll. « L'avocat du diable »,‎ 2011 (ISBN 9782705682026, LCCN 2012409923)
  • Gouri Haïm (trad. R. Cidor), La cage de Verre : (Journal du Procès Eichmann), Paris, Albin Michel, coll. « Présence du Judaïsme »,‎ 1964.
  • Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Paris, Gallimard Education, coll. « Folio-Histoire »,‎ 1er septembre 2006, trois volumes (ISBN 978-2070309849).
  • Pierre Joffroy et Karin Königseder (texte établi par), Eichmann par Eichmann, Paris, Grasset, 1971.
  • Claude Klein, Le cas Eichmann : vu de Jérusalem, Paris, Gallimard,‎ 2012 (ISBN 9782070131365)
  • Harry Mulisch (trad. Mireille Cohendy), L'affaire 40/61, Paris, Gallimard,‎ 2003, 263 p. (ISBN 2070767191)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  1. Dan Setton, Hanoch Ze'evi, Les Dossiers secrets du nazisme, 2004.
  2. "Le procès d'Adolf Eichmann[32]" (Kuiv productions - France 2), diffusion avril 2011. Un film documentaire de 90' écrit par Michaël Prazan et Annette Wieviorka, réalisé par Michaël Prazan.
  3. Un spécialiste, portrait d'un criminel moderne de Eyal Sivan et Rony Brauman (éditions Montparnasse). Le film fut réalisé à partir d'un fonds de 350 heures d'images d'époque.
  4. L’homme qui a capturé Eichmann, téléfilm de William A. Graham réalisé en 1996 avec Robert Duvall sur la capture d'Adolf Eichmann. Le film relate les préparatifs de l'enlèvement d'Eichmann à Buenos Aires en 1960, et les quelques jours qui ont précédé son transfert vers Israël, gardé secrètement par des agents du Mossad. Le film en profite pour faire exprimer à Adolf Eichmann son absence de regret et son statut de simple exécutant des ordres et « de la loi ».
  5. Conspiracy, téléfilm de Frank Pierson réalisé en 2001 sur la conférence de Wannsee, dans lequel Eichmann est interprété par Stanley Tucci (Reinhard Heydrich y est interprété par Kenneth Brannagh et Wilhelm Stuckart par Colin Firth)
  6. Eichmann, film de Robert Young, sortie en 2007, avec Thomas Kretschmann dans le rôle titre. Film basé sur les notes prises lors des interrogatoires d'Eichmann pendant sa détention en Israël.0901481/
  7. La cage de verre Drame de Philippe Arthuys et Jean-Louis Lévi Alvarès. Date de sortie : 1965
  8. Eichmanns Ende (2010) (TV), joué par Herbert Knaup
  9. The Struggle (2002), joué par Arthur Holden
  10. Mother Night (1996), joué par Henry Gibson
  11. Operation Eichmann! (1961), joué par Werner Klemperer

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Gallimard, éd. 2002, chap. II, p. 84
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Hannah Arendt, Eichmann in Jerusalem: a report on the banality of evil, Penguin Classics, 1992, p. 31-32 (dans l'éd. Gallimard, 2002: chap. II, p. 89-90)
  3. Selon Eichmann, « La Schlaraffia était une association d'hommes d'affaires, de médecins, d'artistes, de fonctionnaires, etc., qui se réunissaient pour se distraire entre eux […] Bref, c'était une association de gens de classe moyenne voulant se distraire, s'entraider et se soutenir mutuellement, avec, au sommet, quelque lien, pour le moins très lâche, avec la franc-maçonnerie. Bien entendu, l'association n'avait aucune activité politique, mais la première chose que Kaltenbrunner me demanda fut de démissionner de la Schlaraffia. » Voir Eichmann par Eichmann, texte établi par Pierre Joffroy et Karin Königseder, Paris, Grasset, 1970, 557 p. (ISBN 9782246791409) [EPUB] emplacements 408 et suiv. sur 10316.
  4. H. Arendt, op. cit., chap. III, cité p. 108-109 dans l'éd. Gallimard, 2002
  5. a, b, c et d Hannah Arendt, op. cit., p. 36-37 (éd. Penguin Classics, 1992), chap. III (p. 97 sq. éd. Gallimard, 2002).
  6. a, b et c Hannah Arendt, op. cit., chap. III, p. 104-105 dans l'éd. Gallimard, 2002
  7. a, b et c Henry Rousso, « Juger Eichmann », Le bien commun, émission sur France Culture, 25 juin 2011
  8. David Cesarani, Adolf Eichmann. Éditions Taillandier, 2010. (ISBN 978-2-84734-484-4). p. 87
  9. a, b, c, d, e et f H. Arendt, op. cit., chap. III (p. 109-112 dans l'éd. Gallimard, 2002)
  10. Selon Christopher Browning, accord surinterprété par Eichmann. Il se serait agi d'un vague accord sans ordre de mission précis
  11. Christopher Browning, les origines de la solution finale, Points/Histoire Seuil 2009 p. 88-101
  12. Raul Hilberg, la destruction des Juifs d'Europe, Folio Gallimard 1988 p.345
  13. Raul Hilberg, op.cit. p.345
  14. Cité dans Jacob Robinson, And the Crool Shall Be Made Straight: The Eichmann Trial, the Jewish Catastrophe and Hannah Arendt's Narrative, Philadelphie, Jewish Publication Society of America, 1965, repris dans Daniel Jonah Goldhagen, Le Devoir de morale, éd. du Seuil, 2003, p. 36 (traduit de l'américain par William O. Desmond)
  15. Seán Mac Mathúna, Hannah Arrendt (sic) on Kastner and the fate of Hungary's Jews. Voir aussi directement H. Arendt, op. cit., chap. III, p. 106-107 dans l'éd. Gallimard, 2002
  16. Raul Hilberg, la destruction des Juifs d'Europe, 2006, p. 1805-1806 ; Annette Wieviorka, Eichmann. De la traque au procès, 2011, p. 256-257.
  17. Moshe Pearlman, The capture and trial of Adolf Eichmann, 1963, p. 195 ; Nehemiah Robinson, Eichmann, master of the Nazi murder machine, 1961, p. 17 ; Livia RothrKirchen, « The final solution in its last stage », dans Micheal R. Marrus (éd.), The nazi holocaust. Part 9: The End of the Holocaust, 1989, p. 348.
  18. Service des enregistrements de la SS de Adolf Eichmann, National Archives and Records Administration, College Park, Maryland
  19. À la suite de la Nuit des longs couteaux, la SS réorganise sa structure hiérarchique et adopte de nouveaux grades. Le rang actuel d'Eichmann n'a pas changé, mais le titre de son rang a été rebaptisé Oberscharführer à Scharführer en juillet 1934.
  20. a, b, c et d Guy Walters (2009), La Traque du mal, Flammarion, Paris, 2010 (traduction de The Hunting Evil, 2009), chap. I
  21. David Cesarani, Eichmann: His Life and Crimes, Londres, William Heinemann, 2004, p. 202, cité p. 23 par Guy Walters, La Traque du mal, Flammarion, 2010
  22. a, b, c, d, e, f et g Guy Walters (2009), op. cit., éd. fr. 2010, chap. II, p. 84-86
  23. a, b, c, d, e et f Guy Walters (2009), op. cit., éd. fr. 2010, chap. II, p. 88-90
  24. a, b, c, d, e, f et g Guy Walters (2009), op. cit., éd. fr. 2010, chap. XI, p. 191 sq.
  25. Guy Walters (2009), op. cit., éd. fr. 2010, chap. II, p. 80
  26. Ce passeport a été retrouvé par hasard, et en bon état, dans les archives du tribunal fédéral de Buenos Aires en mai 2007. La juge Maria Servini de Cubria l'a transféré au musée de l'Holocauste de Buenos Aires(Le Monde, 1er juin 2007, p. 7).
  27. a, b, c, d, e, f et g Guy Walters (2009), op. cit., éd. fr. 2010, chap. VIII, p. 274 sq.
  28. (de) Bettina Stangneth, Eichmann vor Jerusalem : Das unbehelligte Leben eines Massenmörders, Hamburg, Arche Literatur Verlag, 2011
  29. a, b, c et d Annette Wieviorka, Eichmann de la traque au procès, éditeur André Versaille, 2011
  30. « Washington connaissait le pseudo d'Eichmann en 1958 mais n'a rien fait », Le Monde, 6 juin 2006
  31. a et b Guy Walters (2009), La Traque du mal, 2010, éd. Flammarion, p. 299, chap. X (publié en 2009 sous le titre Hunting Evil)
  32. a, b, c, d et e Documentaire de Michaël Prazan, Le Procès d'Adolf Eichmann, écrit avec Annette Wieviorka, 2011
  33. a et b (en) Neal Bascomb, Hunting Eichmann : How a Band of Survivors and a Young Spy Agency Chased Down the World's Most Notorious Nazi, Houghton Mifflin Harcourt,‎ 2009, 400 p. (ISBN 0-618-85867-9)
  34. « 11 mai 1960. Un commando juif venu d'Israël enlève un ouvrier argentin : Adolf Eichmann ! » - Article du Point du 10 mai 2012
  35. Détails de la capture d'Eichmann : La Maison de la rue Garibaldi, Isser Harel
  36. Guy Walters (2009), La Traque du mal, 2010, éd. Flammarion, p. 315, chap. X (publié en 2009 sous le titre Hunting Evil)
  37. Guy Walters (2009), La Traque du mal, 2010, éd. Flammarion, p. 296, chap. X (publié en 2009 sous le titre Hunting Evil)
  38. Guy Walters (2009), La Traque du mal, 2010, éd. Flammarion, cité p. 311, chap. X (publié en 2009 sous le titre Hunting Evil)
  39. Guy Walters (2009), La Traque du mal, 2010, éd. Flammarion, p. 312, chap. IX (publié en 2009 sous le titre Hunting Evil)
  40. Guy Walters (2009), La Traque du mal, 2010, éd. Flammarion, p. 301, chap. IX (publié en 2009 sous le titre Hunting Evil)
  41. À l'époque il n'y avait pas de télévision dans l'État hébreu.
  42. Sylvie Lindeperg, Caméras dans le prétoire, revue L'Histoire no 362, 3 mars 2011, p. 62-63
  43. Récit de la détention et de l'exécution d'Eichmann par son bourreau Shalom Nagar
  44. La peine de mort est officiellement abolie en 1954 en Israël à l'exception des crimes contre le peuple juif et contre l’humanité.
  45. Hull, p. 159 ; Arye Wallenstein, "Eichmann Dies on the Gallows", Reuters, 1er juin 1962
  46. Interview du bourreau d'Eichmann par le magazine israélien Mishpacha, no 33 du 24/11/2004.
  47. (en) Article du journal « The Independant », publié le 1er mars 2000, intitulé : « Eichmann: Last words of man who ensured the machinery of genocide worked like clockwork » (Eichmann : les derniers mots de celui qui affirmait que le génocide avait fonctionné comme une horloge) de Phil Reeves à Jérusalem news.independent.co.uk
  48. (en) Eichmann’s Memoirs (Excerpts) : mémoires d'Eichmann (extraits)
  49. Voir Guy Walters, op. cit., p. 85, qui qualifie Eichmann de « nazi fanatique » tout en citant ensuite cette phrase d'Eichmann sur la discipline
  50. Une traduction différente est déjà citée dans cet article (cf. note 1 : Cité dans Jacob Robinson, And the Crool Shall Be Made Straight: The Eichmann Trial, the Jewish Catastrophe and Hannah Arendt's Narrative, Philadelphie, Jewish Publication Society of America, 1965, repris dans Daniel Jonah Goldhagen, Le Devoir de morale, éd. du Seuil, 2003, p. 36 (traduit de l'américain par William O. Desmond)). Ici, cité par Guy Walters, op. cit., p. 86
  51. Ron Rosenbaum (en), The Evil of Banality, Slate, 30 octobre 2009
  52. Majid Yar, The Banality of Evil sur l'Internet Encyclopedia of Philosophy, 22 juillet 2005
  53. Alain Gresh, De quoi la Palestine est-elle le nom, Brignon, Les liens qui libèrent,‎ 2010 (ISBN 9782918597148), p. 121