Simone Gbagbo

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Simone Gbagbo
Simone Gbagbo en 2006.
Simone Gbagbo en 2006.
4e Première dame de Côte d'Ivoire
26 octobre 2000 – 4 décembre 2010
Prédécesseur Rose Doudou Guéï
Successeur Dominique Ouattara
Biographie
Date de naissance 20 juin 1949 (65 ans)
Lieu de naissance Moossou (commune de Grand-Bassam)
Conjoint Laurent Gbagbo
Université Université d'Abidjan
ENS de Côte d'Ivoire
Université Paris-XIII
Université de Dakar
Profession Professeur de littérature
Femme politique

Simone Ehivet Gbagbo, née le 20 juin 1949 à Moossou (commune de Grand-Bassam), est une syndicaliste et femme politique ivoirienne. Députée dans les années 1990 et 2000, elle est la Première dame de Côte d'Ivoire de 2000 à 2010, en tant qu'épouse de Laurent Gbagbo, président de la République, sur lequel elle exerçait une influence certaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines, études et carrière dans le professorat[modifier | modifier le code]

Simone Ehivet est la fille de Jean Ehivet, gendarme de son état et de Marie Djaha. Issue d'une famille de dix-huit enfants[1], elle a quinze sœurs[2]. Elle étudie enfant aux écoles de Moossou, Bouaké et Béoumi[3]. Élève au lycée classique d'Abidjan en option lettres modernes, elle obtient le baccalauréat en 1970[3]. Elle obtient une licence en lettres modernes à l'université d'Abidjan, étudie à l'École normale supérieure de Côte d'Ivoire. Elle est major de sa promotion du concours du CAPES, qui donne accès à la carrière de professeur de l'enseignement secondaire. Elle a été également étudiante en France (à l'université Paris-XIII, où elle a passé une maîtrise de lettres modernes option littérature orale en 1976 sur « l'image de la femme dans le conte »), au Sénégal (à l'université de Dakar, où elle a passé un DEA en 1981 et ensuite un doctorat sur « le langage tambouriné chez les Abourés » ) et, enfin, en Côte d'Ivoire (elle y a obtenu une licence en linguistique africaine à l'université d'Abidjan en 1984)[3].

Elle est historienne, docteur 3e cycle en littérature orale, chercheur en linguistique appliquée et syndicaliste marxiste très proche des milieux évangéliques américains[1].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Syndicaliste et militante[modifier | modifier le code]

Elle est membre des JEC (Jeunesse estudiantine catholique), un mouvement de jeunes catholiques dont elle est à la tête de la branche féminine de 1966 à 1970, ce qui contribue, selon elle, à l'orienter politiquement à gauche[3]. Elle milite au sein d'associations comme Synesci (syndicat de professeurs de lycées) ou Synares (syndicat de professeur d'université, qu'elle finit par diriger)[3]. Elle participe aux mouvements de grève de l'enseignement en 1982. C'est à l'université qu'elle commence à côtoyer le milieu politique, notamment à partir de 1973, où elle fait la connaissance de son futur époux Laurent Gbagbo[3], bien qu'alors, leur relation est seulement politique.

Syndicaliste active dans les années 1970, elle a été plusieurs fois emprisonnée pour sa lutte en faveur du multipartisme lors de ces années, et torturée[2].

Députée[modifier | modifier le code]

Elle fonde dans la clandestinité, avec son mari, le futur Front populaire ivoirien (FPI) en septembre 1990 ; elle est membre du bureau national, chargée de la formation politique des militants et des questions agricoles[3]. Elle échoue à devenir députée aux élections législatives de novembre 1990, s'étant présentée dans la circonscription d'Abobo (sur la liste « Espoir pour Abobo »). Un mois plus tard, elle échoue aux élections municipales de la ville éponyme. Élue députée de la commune d'Abobo en 1996[2], elle est présidente du groupe du FPI à l'Assemblée nationale. En 1996, elle réchappe d'un accident de voiture avec son mari, ce qui lui vaut de devenir une femme très pieuse, notamment lorsqu'elle rencontre en 1998 le pasteur Koré, lequel l'oriente du catholicisme vers la foi évangélique[2]. Influencée jusque dans sa carrière, elle déclare lors d'un discours : « Merci à Dieu de nous avoir donné ce président de la République. Merci mon Dieu tout simplement d'être Dieu ».

Une Première dame d'influence[modifier | modifier le code]

Première dame du pays à partir du 26 octobre 2000, alors que son époux devient président de la République, elle ne se cantonne pas à un rôle de représentation. Elle se retrouve au cœur même des grandes décisions politiques de son pays. Ses actions dans le pays ne se limitent donc pas aux associations caritatives, bien qu'elle se présente le 10 décembre 2002 pour redevenir députée d'Abobo. Son bagage de syndicaliste et de politicienne lui permet de prendre ouvertement position sur la politique de la Côte d'Ivoire. Elle est très proche des Jeunes patriotes, les mouvements de jeunesse soutenant son mari.

Sa position de Première dame lui vaut également le fait de passer pour une conseillère de l'ombre de son mari, sinon de peser sur la vie politique du pays. Elle déclare ainsi à L'Express : « Tous les ministres ont du respect pour moi. Et on me situe souvent au-dessus d'eux »[2]. Certains membres du gouvernement de son époux étaient des proches de Simone Gbagbo avant de se retrouver dans l'équipe gouvernementale, à l'instar du Premier ministre Gilbert Marie N'gbo Aké ou de la ministre de la Lutte contre le Sida, Christine Adjobi, sa cousine[3].

Arrestation et détention[modifier | modifier le code]

Lors de l'élection présidentielle ivoirienne de 2010, Laurent Gbagbo refuse de reconnaitre la victoire de son concurrent. Après l'encerclement d'Abidjan par les forces pro-Ouatarra, elle se retranche alors avec son époux au palais présidentiel d'Abidjan, protégés par un dernier carré de fidèles formé notamment par les troupes d'élite de l'armée ivoirienne[4]. Après dix jours de combats entre partisans pro-Ouattara soutenus par l'ONUCI et la force Licorne, et partisans pro-Gbagbo, Simone Gbagbo et son époux sont arrêtés par les forces d'Alassane Ouattara, le 11 avril 2011. Ils sont tous les deux placés en état d'arrestation au Golf Hôtel Abidjan[5],[6]. Par la suite, son mari est transféré et assigné à résidence à Korogho, dans le nord du pays[7]. Le 23 avril, elle quitte Abidjan et est placée à son tour en résidence surveillée à Odienné, une autre localité du nord ivoirien[8]. Dans le cadre d'enquêtes visant 200 personnes liées à l'ancienne présidence, elle est auditionnée par le procureur de la République d'Abidjan le 8 mai, hors de la présence de ses avocats français Roland Dumas et Jacques Vergès[9].

Le 18 août 2011, comme son mari, elle est inculpée et placée en détention préventive pour « vol aggravé, détournement de deniers publics, concussion, pillage et atteinte à l'économie nationale »[10]. Le 22 novembre 2012, la Cour pénale internationale lance un mandat d'arrêt international à son encontre pour des crimes contre l'humanité commis pendant la crise ivoirienne de 2010-2011[11]. Le mandat précise : « Bien que n'étant pas élue, elle se comportait en alter ego de son mari, en exerçant le pouvoir de prendre des décisions d'État ». Il s’agit de la première femme poursuivie dans l’histoire de la CPI[12].

Controverses[modifier | modifier le code]

Très crainte, Simone Gbagbo a quelquefois été accusée par la presse proche de la rébellion ivoirienne, de malversations politiques ou financières, notamment dans le cadre de la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer en 2004[13],[1]. Ses méthodes jugées expéditives par ses adversaires politiques et le fonctionnement présumé clanique de son entourage lui auraient valu de ses détracteurs l'autre surnom, moins envié, de « dame de Fer »[2], voire de « dame de Sang »[2] en raison de ses liens suspectés avec les « escadrons de la mort ».

Vie privée[modifier | modifier le code]

Elle est mère de cinq enfants, toutes des filles, trois d'un premier mariage et les deux dernières avec le président de la Côte d'Ivoire. Ensemble, ils ont au total sept enfants (Gbagbo ayant lui deux enfants de sa première union). Elle a dû partager depuis 2001 son influence sur Laurent Gbagbo avec la seconde épouse du chef de l'État, Nadiana Bamba. Cette dernière exerçant une influence de plus en plus grande pendant la campagne de l'élection présidentielle de 2010 en mettant au service de son époux l'agence de communication qu'elle dirige[14]. La guérilla que se mènent les deux épouses avait pourtant semblé tourner au bénéfice de Simone Gbago au cours de l'année 2008[14] quand la seconde épouse avait paru évincée. Finalement, Nadiana Bamba n'assistera pas à la cérémonie d'investiture du président en 2010[2].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Paroles d'honneur, paru en février 2007 aux Éditions Pharaos.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]