John Demjanjuk

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John Demjanjuk pendant son procès à Jérusalem le 25 avril 1988

John Demjanjuk (en ukrainien Іван Миколайович Дем'янюк, Ivan Mikolaïevitch Demïaniouk) né le 3 avril 1920 à Doubovïe Matcharinzjy (oblast de Vinnytsia, Ukraine), et mort le 17 mars 2012 dans une maison de retraite de Bad Feilnbach, dans la région de Rosenheim, en Bavière est un gardien ukrainien de camp d'extermination nazi de Sobibor[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Depuis 1951, Demjanjuk a vécu aux États-Unis. Le 14 novembre 1958, il a obtenu la nationalité américaine. Il a vécu en Indiana avec sa femme dont il avait fait la connaissance dans un camp de personnes déplacées, puis à Seven Hills, dans le comté de Cuyahoga (Ohio), où il a travaillé comme mécanicien automobile.

À la fin des années 1970, il a été accusé d'avoir été gardien au camp de concentration de Treblinka et surnommé par les prisonniers « Ivan le terrible ». Il lui a été reproché d'avoir dirigé les installations de gazage et d'avoir assassiné plus de 100 000 Juifs. En octobre 1983, Israël a présenté une demande d'extradition aux États-Unis, acceptée en 1986. Le 25 avril 1988, Demjanjuk fut condamné à mort à Jérusalem-Ouest.

Cet arrêt fut cassé en août 1993 par la Cour supérieure de justice israélienne. Les juges ont estimé qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves pour pouvoir établir avec certitude que Demjanjuk était bien « Ivan le terrible ». Ils se fondaient sur des dossiers du KGB d'où il ressortait que le surnom d'« Ivan le terrible » aurait pu être non Demjanjuk, mais Marchenko. Bien que 18 témoins aient identifié Demjanjuk comme « Ivan le terrible », le tribunal estima que le doute qui était apparu du fait des dossiers du KGB suffisait pour qu'un acquittement doive intervenir, même si les juges ont retenu que Demjanjuk avait indubitablement travaillé comme gardien dans un camp de concentration.

Après sept ans de détention, Demjanjuk est retourné aux États-Unis et a récupéré la nationalité américaine dont il avait été privé au moment de son extradition vers Israël.

Deuxième procès[modifier | modifier le code]

En 2001, un nouveau procès contre Demjanjuk débute aux États-Unis où Edward Stutman, qui dirigeait l'enquête, présente des pièces d'archives qui convainquent le tribunal que, pendant la Seconde Guerre mondiale, Demjanjuk avait servi comme gardien dans différents camps d'extermination. Demjanjuk n'a jamais pu donner aucune indication vérifiable sur sa résidence pendant la guerre, alors qu'il a servi au moins dans les camps d'extermination de Treblinka, de Sobibor et de Maïdanek ainsi que dans le camp de concentration de Flossenbürg et le camp de travaux forcés de Trawniki.

En juin 2004, un tribunal américain retire à Demjanjuk sa nationalité américaine. En décembre 2005, son expulsion en Ukraine a été décidée, décision confirmée le 22 décembre 2006.

Le 19 juin 2008, l'Allemagne annonçait qu'elle allait demander l'extradition de Demjanjuk pour sa responsabilité dans le meurtre de plus de 29 000 prisonniers juifs au camp d'extermination de Sobibor en 1943. Le Procureur de la République fédérale d'Allemagne pour les crimes contre l'humanité, Kurt Schrimm, a déclaré qu'il y avait suffisamment de preuves pour inculper Demjanjuk et a demandé au parquet de Munich, dernière résidence en Allemagne de Demjanjuk, de faire une demande d'extradition.

Le 14 avril 2009, l'extradition de John Demjanjuk a été suspendue in extremis par la justice américaine  : ses avocats avaient déposé dans la journée une ultime demande de suspension de son extradition, en raison de son état de santé. Mais début mai une cour d'appel américaine l'a déclaré expulsable. Le 12 mai 2009, John Demjanjuk atterrit à Munich pour être jugé pour son rôle présumé dans le meurtre de 27 900 Juifs à Sobibor en 1943[2].

Le 30 novembre 2009, le prévenu est arrivé au procès en fauteuil roulant. Vingt minutes plus tard, la séance fut interrompue, l'accusé affirmant souffrir de maux de tête. Peu après il revenait allongé sur une civière[3].

Le 12 mai 2011, John Demjanjuk a été condamné à 5 ans de prison pour participation au meurtre de 27 900 Juifs en tant que garde du camp de Sobibor en 1943 en Pologne. Le tribunal a toutefois décidé la remise en liberté de l'accusé le jour même, après près de deux ans passés en prison avant et pendant le procès. Le tribunal a estimé que Demjanjuk, en raison de son âge, de son statut d'apatride, qui l'empêche de quitter le territoire allemand, ne présentait aucun danger et ne risquait plus d'essayer de se soustraire à la justice[4].

John Demjanjuk fait appel du jugement devant la Cour fédérale, mais le procès en appel n'a pas eu lieu du fait de son décès (d'un strict point de vue juridique, Demjanjuk reste donc formellement présumé innocent[5]). En l'absence de procès en appel, cette évolution de la jurisprudence allemande admettant qu'il ne soit plus nécessaire de prouver une participation active aux faits reprochés reste à confirmer[6].

Soixante-six ans après les faits, le procès de John Demjanjuk figure comme l'un des tout derniers procès visant à condamner les criminels de guerre nazis.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « L’ancien garde de camp nazi John Demjanjuk est mort » sur le site du Point, 17 mars 2012.
  2. Dépêche de l'AFP citant la police allemande.
  3. Direct Matin et Métro du 1er décembre 2009.
  4. Le Figaro.fr
  5. Ofer Aderet, Convicted Nazi criminal Demjanjuk deemed innocent in Germany over technicality, Haaretz, 23 mars 2012
  6. Anne Vidalie, Criminels nazis: "La traque n'est pas terminée", L'Express, 09/11/2013

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]