Franz Stangl

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Franz Stangl
Naissance 26 mars 1908
Altmünster, (Autriche)
Décès 28 juin 1971 (à 63 ans)
Düsseldorf, (Allemagne
Origine Autriche
Allégeance NSDAP
Arme SS
Grade SS- Obersturmführer
Années de service 1938 – 1945
Conflits Seconde Guerre mondiale
Commandement Camp d'extermination de Sobibor et de Treblinka.
Famille Marié, trois enfants

Franz Stangl, ( à Altmünster (Autriche), à Düsseldorf (Allemagne)) était un officier SS (Obersturmführer) qui fut commandant des camps d’extermination de Sobibor et de Treblinka. Il fut condamné à la réclusion à perpétuité en 1970 par un tribunal allemand.

Sa jeunesse[modifier | modifier le code]

Franz Stangl naît le 26 mars 1908 au sein d’une famille modeste à Altmünster en Autriche. De son père, qui était veilleur de nuit, il garde un mauvais souvenir. Ce dernier meurt de malnutrition en 1916. Il est très tôt contraint de se trouver du travail et devient apprenti tisserand à l’âge de 15 ans. Au bout de trois ans il devient maître tisserand et deux ans plus tard dirige une équipe de 15 ouvriers dans l’usine où il travaille[1].

En 1931, il a l’impression que ses possibilités d’avancement sont bloquées, faute d’études suffisantes. Il décide alors de postuler pour la police de Linz où il finit par être admis et où il va faire carrière. En 1935, il est attaché à la section politique de la Kripo de Wels, où sa tâche consiste à dépister les activités anti-gouvernementales et notamment, semble-t-il, celles menées par les nazis[2].

Après l’Anschluss[modifier | modifier le code]

Toutefois, à partir du milieu des années 1930, le climat en Autriche commence à changer et les idées nazies commencent à obtenir de plus en plus de soutien, y compris au sein des administrations autrichiennes, police incluse. Cette évolution, motivée notamment par la prise de pouvoir des nazis en Allemagne va aboutir le 13 mars 1938 à l’Anschluss[3].

Commence pour Stangl une période trouble. Catholique, il dira plus tard avoir été profondément troublé par l’appel du Cardinal Innitzer à la coopération de tous les catholiques avec les nazis[4]. S’étant distingué dans la lutte menée par la police contre les nazis autrichiens, Stangl, selon ses dires, craint désormais des représailles. Avec l’aide d’un collègue, il va arriver, racontera-t-il, à convaincre un membre du parti de nazi de l’inscrire sur les listes du parti nazi autrichien à partir d’une année antérieure à l’Anschluss, époque à laquelle ce parti était encore illégal et clandestin en Autriche. Par la suite, dans tous les formulaires officiels Stangl mentionnera toujours 1936 comme date de son affiliation[5]. La question de son appartenance volontaire au parti avant l’Anschluss reste encore controversée et fit du reste l'objet de longs débats lors de son procès[6].

Dès avant la fin de 1938, il est chargé d’une mission de recensement des Juifs en Bohême[7]. Peu après la police politique autrichienne, dont Stangl fait partie est intégrée à la Gestapo. Stangl est transféré de Wels, où il va continuer à résider avec sa femme, épousée en 1935, au siège de la Gestapo de Linz où il va avoir affaire à un chef qu’il n’apprécie pas et dont il se méfie[8].

Incorporation à l’Aktion T4[modifier | modifier le code]

Monument commémoratif à Berlin

En novembre 1940 Stangl reçoit de l’avancement et un ordre signé de Heinrich Himmler l’informant qu’il est transféré au Centre National pour la Santé publique (Gemeinnützige Stiftung für Weil und Anstaltspflege) et l’enjoignant de se présenter au Reichskriminalpolitzeiamt de Berlin pour y prendre ses ordres[9]. C’est là que le Kriminalrath Werner va l’informer de l’existence et du contenu du programme Aktion T4, qui consiste à éliminer les handicapés physiques ou mentaux déclarés incurables. Stangl va accepter de faire partie du personnel policier du programme. Pour se justifier, il invoquera ses mauvaises relations avec son chef à Linz et le fait que son adhésion au programme mettait fin à une enquête disciplinaire en cours à sa charge[10].

Il demande à être affecté à un centre d’euthanasie situé en Autriche pour rester proche de sa famille, ce qu’il obtient. Il est nommé à Schloss Hartheim, près d’Alkoven, au grade de lieutenant de police, ce qui lui garantit la préséance sur le chef du poste de police local[11]. Il va y rester jusqu’en février 1942[12]. Strangl prétend qu'il ne fut pas impliqué directement dans le programme d’euthanasie, car son rôle se serait limité à la délivrance de certificats de décès[13]. Au cours de cette période, il séjournera toutefois au centre d’euthanasie de Bernburg, près de Hanovre où, selon Gitta Sereny, des condamnés politiques furent gazés après qu’un terme fut mis au programme Aktion T4[14].

L’opération Reinhard[modifier | modifier le code]

En février 1942, il est convoqué à Berlin où on lui donne le choix entre le retour à la police de Linz ou une mission à l’est, à Lublin. Il choisit la seconde solution[15].

Le camp de Sobibor[modifier | modifier le code]

Mémorial à l'entrée du camp

Arrivé au quartier général de la SS à Lublin, il est reçu par le Obergruppenführer SS Odilo Globocnik qui le charge de la construction du camp de Sobibor alors à l’état d’ébauche. Stangl prétend qu’à ce moment, il ignorait tout de l’opération Reinhard, à savoir l’extermination programmée, par des moyens industriels, des Juifs de Pologne et de la destination réelle du camp de Sobibor dans ce contexte[16]. Selon ses dires, il n’aurait eu des soupçons sur la finalité de Sobibor qu’au moment où il y aurait découvert la chambre à gaz alors en construction[17]. Il aurait été informé de la finalité exacte de Sobibor et de son rôle par Christian Wirth lors d’une visite en avril 1942 à Belzec qui, à cette époque, fonctionnait déjà[18].

Stangl prétend avoir limité autant que possible durant son séjour à Sobibor ses contacts directs avec les opérations d’extermination proprement dites. Toutefois, lors de son procès, un des rares survivants du camp, Stanislaw Szmajzner, appelé à la barre comme témoin à charge déclara avoir vu Stangl, reconnaissable à sa veste blanche, tirer en même temps que d’autres gardes, sur la foule à peine débarquée du convoi qui l’avait amené au camp[19].

Le camp de Treblinka[modifier | modifier le code]

Vestiges de la voie de chemin de fer menant au camp

Fin août ou début septembre 1942, il est convoqué par Globocnik à Varsovie. Ce dernier l’informe qu’il l’envoie à Treblinka pour une « mission de police » en lui expliquant que 100 000 Juifs y avaient déjà été envoyés, sans que rien, « ni argent ni affaires » en soit revenu[20].

En fait, comme va le découvrir Stangl, le camp, qui avait été placé sous la direction d'Irmfried Eberl est dans un état indescriptible et complètement désorganisé. Pendant que Christian Wirth se charge de réorganiser le camp, Stangl se charge de retrouver l’argent et les objets de valeur[21]. Une fois le camp réorganisé par Wirth, Stangl s’en voit confier le commandement[22]. À la fin de 1942, il est définitivement incorporé à la SS[23]. Pendant son commandement à Treblinka, Stangl se promène sur un cheval blanc parmi les futures victimes, vêtu d'une veste taillée sur mesure[24]. Durant cette période, selon Tzvetan Todorov, Stangl « hésite entre le dévouement pour sa femme et son devoir à l'égard de la patrie (le bon fonctionnement du camp)[25]. »

Le , les prisonniers des Sonderkommandos se révoltent contre leurs gardes. Stangl dirige les opérations menées par les gardes pour contrecarrer la révolte, mais il ne pourra empêcher qu’une partie des prisonniers ne s’évade[26]. Peu de temps après, le camp est démantelé sous la direction de Kurt Franz et Stangl affecté à une unité SS anti-partisans à Trieste[27].

La fin de la guerre et la captivité[modifier | modifier le code]

Il passera le restant de la guerre en Yougoslavie et en Italie, d’abord engagé dans des opérations contre les partisans et ensuite comme officier d’intendance à l’Einsatz Poll, projet de construction stratégique dans la vallée du [28]. Toutefois, avant la capitulation, il tombe malade et est envoyé à Berlin après sa convalescence. Il revient alors en Autriche, se réfugiant à Altaussee avec un groupe de nazis, dont le général Ernst Kaltenbrunner, Adolf Eichmann et Wilhelm Höttl. Il y sera capturé, grâce à la dénonciation d'un local (selon lui de son hôte, un policier autrichien), en mai 1945 par les troupes américaines. Comme il porte l’uniforme de la SS, il est interné au camp de Glasenbach[29].

À la fin de l’été 1947, les autorités autrichiennes, qui enquêtent sur les euthanasies pratiquées à Hartheim découvrent la présence de Stangl à Glasenbach et se le font remettre en vue de le faire passer en jugement[30]. Alors que le procès a déjà commencé, il est transféré dans une prison ouverte dont il s’évade sur l’insistance de son épouse pour gagner l’Italie[31].

Le fugitif[modifier | modifier le code]

Arrivé à Rome, il parvient à entrer en contact avec une ratline liée aux milieux catholiques. Selon ses dires, c’est Mgr Alois Hudal lui-même, qui aida également Eichmann, qui lui fournira un logement, de l’argent et les papiers qui lui permettront ensuite de partir en Syrie [32] où il va faire venir sa famille et où il trouve du travail[33]. En 1951 toute la famille, Stangl, sa femme et leurs trois filles partent au Brésil où ils s’installent définitivement[34].

Stangl va rester au Brésil jusqu’en 1967, sous son identité, sans être apparemment inquiété le moins du monde[35].

Le procès[modifier | modifier le code]

Le 28 février 1967 il est arrêté par la police brésilienne et extradé en Allemagne le 22 juin de la même année[36]. Lors de son procès, d'anciens détenus se souviennent « du plaisir évident qu'il trouvait dans son travail » ; quant à Stangl, il affirme que « tout ce que je faisais de ma libre volonté, il me fallait le faire le mieux possible. Je suis comme ça[37].» Cela ne l'empêche pas de ne pas vouloir regarder les choses en face : « À Sobibor, on pouvait s'arranger pour ne voir presque rien, ça se passait loin des bâtiments du camp[38]. » Selon, T. Todorov, déjà cité, Stangl constitue un exemple de la fragmentation entre sphère privée et publique qui permet de continuer à mener une vie privée et familiale pleine d'amour et de souci, alors même qu'ils se comportent avec la dernière brutalité à l'égard des détenus[39] ; à Gitta Sereny, il déclare que « je ne pouvais vivre que si je compartimentais ma pensée et qu'il y avait des centaines de moyens de penser à autre chose ; je les ai tous utilisés. [...] Je me forçais à me concentrer sur le travail, le travail et encore le travail[40] ». Sa femme Theresa et sa fille Renate affirment l'une que « c'est vraiment un très bon mari », l'autre que « moi aussi, j'irais au bout du monde pour lui [...] Je l'aime. Je l'aimerai toujours[40]. »

Au terme de son procès, il est condamné en 1970 à la réclusion à perpétuité[41].

Il décède en prison le 28 juin 1971 à la prison de Düsseldorf où il attendait les résultats de l’appel qu’il avait interjeté contre sa condamnation à perpétuité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gitta Sereny, Au fond des ténèbres, Paris, Denoël, p.29-31
  2. G. Sereny, op. cit., pp.31-34
  3. G. Sereny, op. cit., p. 34
  4. G. Sereny, op. cit.,p. 35
  5. G. Sereny, op. cit., p. 35-36
  6. G. Sereny, op. cit., p. 36-38
  7. G. Sereny, op. cit., p. 39-40
  8. G. Sereny, op. cit., p. 40-44
  9. G. Sereny, op. cit., p. 53
  10. G. Sereny, op. cit., p. 53-57
  11. G. Sereny, op .cit., p. 57
  12. G. Sereny, op .cit., p. 82-84
  13. G. Sereny, op .cit., p. 62
  14. G. Sereny, op .cit., p. 82-84. Selon Sereny, le programme Aktion T4 se termina en juillet 1941, probablement parce que les victimes avaient pour la plupart été assassinées. Certaines installations du programme T4 auraient toutefois été utilisées pour le programme 14 f 13 consistant à gazer des milliers d’internés des camps de concentration, qu’ils fussent prisonniers politiques, criminels récidivistes ou Juifs.
  15. G. Sereny, op. cit., p. 84
  16. G. Sereny, op. cit., p. 108-110
  17. G. Sereny, op .cit., p. 116-117
  18. G. Sereny, op. cit., p. 118-120
  19. G. Sereny, op. cit., p. 126-132
  20. G. Sereny, op. cit., p. 142
  21. G. Sereny, op. cit., p. 167-173
  22. G. Sereny, op. cit., p. 173-174
  23. G. Sereny, op. cit., p. 57
  24. Tzvetan Todorov, Face à l'extrême, Paris, Points, coll. Essais, 1994, p. 107
  25. Tzvetan Todorov, op. cit., p. 119
  26. Guitta Sereny, o.c., p. 252-267
  27. G. Sereny, op. cit., p. 252-267
  28. G. Sereny, op. cit., p. 279-282
  29. G. Sereny, op. cit., pp. 282-287
  30. G. Sereny, op. cit., p. 289
  31. G. Sereny, op .cit., p. 290-295
  32. G. Sereny, op. cit., pp. 311-314
  33. G. Sereny, op. cit., p. 363-366
  34. G. Sereny, op. cit., p. 366-368
  35. G. Sereny, op. cit., p. 368-381
  36. G. Sereny, op. cit., p. 381-382
  37. T. Todorov, op. cit., p. 76
  38. T. Todorov, op. cit., p. 146
  39. T. Todorov, op. cit., p. 175
  40. a et b T. Todorov, op. cit., p. 177
  41. Guitta Sereny, o.c., pp. 383-386

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexesi[modifier | modifier le code]