Procès de Francfort

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Procès de Francfort
Le "Buergerhaus Gallus" à Francfort-sur-le-Main qui hébergea la cour de justice
Le "Buergerhaus Gallus" à Francfort-sur-le-Main qui hébergea la cour de justice
Généralités
Type
Pays Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Localisation Francfort-sur-le-Main Drapeau de l'Allemagne occupée Allemagne occupée
Coordonnées 50° 07′ 01″ N 8° 40′ 59″ E / 50.117, 8.683 ()50° 07′ 01″ Nord 8° 40′ 59″ Est / 50.117, 8.683 ()  
Date 20 décembre 1963 - 19 août 1965
Participant(s) 21 membres de la SS

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Procès de Francfort

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Procès de Francfort

Le procès de Francfort, connu sous le nom de Second procès d'Auschwitz, fut constitué d'une série de jugements rendus par la justice allemande entre le 20 décembre 1963 et le 19 août 1965. L'instruction concernait le rôle de 22 prévenus dans le cadre de l'Holocauste et, particulièrement, de leur implication dans le fonctionnement du camp de concentration d'Auschwitz.

Premier procès d'Auschwitz[modifier | modifier le code]

La plupart des officiers du camp, y compris Rudolf Höss, qui en fut le commandant sur la plus longue période, avaient été jugés, en 1947, lors de procès menés par les autorités polonaises à Varsovie pour ce qui concerne Höss et à Cracovie pour 41 autres prévenus. Ces premiers procès faisaient suite au procès de Nuremberg pour lequel de nombreux prévenus avaient été entendus comme témoins et renvoyés devant une autre juridiction pour être jugés. Dans la plupart des cas, la peine de mort avait été prononcée.

Article détaillé : Procès d'Auschwitz (1947).

Déroulement du procès[modifier | modifier le code]

Richard Baer, commandant du camp de mai 1944 à janvier 1945 devait être jugé à Francfort. Il meurt lors de sa détention, le 17 juin 1963. Rudolf Höss et Arthur Liebehenschel avaient été jugés en 1947. Höss à Varsovie en mars 1947 et Liebehenschel lors du premier procès. Les personnes jugées à Francfort s'étagent donc depuis des officiers SS ayant, par exemple, pris part aux selektions à des Kapos qui étaient des détenus à qui les Nazis avaient confié des tâches de surveillance et disciplinaire à l'encontre de leurs co-détenus. Certains d'entre eux y avait mis un zèle tout particulier. Dans le cadre du procès, environ 360 témoins dont 210 rescapés furent entendus. Le procès se déroula dans le "Bürgerhaus Gallus" à Francfort-sur-le-Main qui fut converti pour l'occasion en tribunal.

Le Procureur général, Fritz Bauer, qui avait lui-même été interné dans un camp de concentration à Heuberg, en 1933, conduisit les débats. Bauer était au moins autant intéressé par le fait de mettre en exergue le rôle joué par le camp d'Auschwitz dans le programme génocidaire allemand que de poursuivre, individuellement, des personnes impliquées dans son fonctionnement. Ceci explique peut-être le relativement faible nombre de prévenus (22) au regard des 6 à 8000 SS impliqués dans son fonctionnement de 1940 à 1945. Ces personnes furent jugées pour des meurtres et d'autres crimes commis d'initiative et non pour ceux qu'ils auraient perpétrés en application des ordres reçus, ce que la législation allemande considérait être de la complicité de meurtre non suffisante pour établir une responsabilité au premier degré. Un membre de la SS ayant pris part au gazage de milliers de détenus ne pouvait ainsi être poursuivi que pour complicité de meurtre. En revanche, si, d'initiative, il avait battu à mort un prisonnier, il pouvait être poursuivi de meurtre parce qu'il avait perpétré un crime sans en avoir reçu l'ordre[1].

Bauer fut contredit sur ce point par le jeune Helmut Kohl, membre de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU). Bauer sollicita et obtint l'aide de l'Institut für Zeitgeschichte (de) (Institut d'histoire contemporaine) à Munich. Les historiens suivant servirent de témoins lors du procès: Helmut Krausnick, Hans-Adolf Jacobsen, Hans Buchheim et Martin Broszat. Ces experts, sur base de leurs travaux réalisés dans le cadre du procès publièrent, en 1968, un ouvrage intitulé "Anatomy of the SS State".

Les informations concernant les accusés étaient en possession de la République fédérale allemande depuis 1958 mais le procès n'avait pu voir le jour plus tôt en raison de querelles juridiques. Le procès était public et permit de mettre en lumière, auprès du plus grand nombre, les éléments constitutif de la Shoah en lien avec le comportement de ceux qui en furent le bras armé. Six accusés furent condamnés à mort et d'autres reçurent la peine maximale en regard des charges pesant sur eux. Cinq furent acquittés et relaxés.

Jugements[modifier | modifier le code]

Selon Bauer, la grande publicité accordée au procès était responsable de l'échec de celui-ci. Selon lui, les médias dépeignaient, a priori, l'ensemble des prévenus comme étant des monstres effrayants, ce qui permit au peuple allemand de prendre leurs distances face à leur responsabilité et culpabilité morale vis-à-vis ce qui s'était déroulé à Auschwitz et qui n'était plus présenté que comme le fait d'un très petit nombre d'individus qui n'étaient pas des allemands "normaux". Plus encore, le fait que la loi allemande ne permette pas de poursuivre pour meurtre les crimes commis en application des ordres reçus semblait, pour Bauer, venir légitimer la politique génocidaire des Nazis. Il écrivit plus tard que cette situation a nourri le fantasme d'un très petit nombre d'individus réellement coupables face à l'immense majorité de ceux qui ont agit sous la contrainte et contrairement à leur vraie nature, comme si l'Allemagne, durant ces années, avait été sous domination nazie et n'ayant d'autre choix que d'appliquer ces ordres. Mais, conclut-il, « ceci n'a pas grand chose à voir avec la réalité historique. Il y avait de virulents nationalistes, impérialistes, antisémites et haineux à l'égard des Juifs . Sans ceux-ci, Hitler aurait été impensable »[1].

Nom Rang, titre ou rôle Sentence
Stefan Baretzki Blockführer (chef de block) Prison à vie plus huit ans
Emil Bednarek Kapo Prison à vie
Wilhelm Boger Gestapo Prison à vie plus cinq ans
Wilhelm Breitwieser Häftlingsbekleidungskammer Relaxé
Perry Broad Gestapo Quatre années d'emprisonnement
Victor Capesius pharmacien Neuf années d'emprisonnement
Klaus Dylewski Gestapo Cinq années d'emprisonnement
Willi Frank Chef du service de dentisterie Sept années d'emprisonnement
Emil Hantl Sanitätsdienstgrad (service médical) Trois années et demi d'emprisonnement
Karl-Friedrich Höcker adjudant Sept année d'emprisonnement
Franz-Johann Hofmann Chef de la détention préventive Prison à vie
Oswald Kaduk Rapportführer (sous-officier SS) Prison à vie
Josef Klehr Service médical Prison à vie plus quinze années
Dr. Franz Lucas SS Obersturmführer Trois ans et trois mois d'emprisonnement
Robert Mulka adjudant Quatorze années d'emprisonnement
Gerhard Neubert HKB Monovitz Relaxé
Hans Nierzwicki HKB Auschwitz I Relaxé
Willi Schatz dentiste SS Acquitté et relaxé
Herbert Scherpe SS Oberscharführer Quatre années et demi d'emprisonnement
Bruno Schlage SS Oberscharführer Six années d'emprisonnement
Johann Schobert Département politique Acquitté et relaxé
Hans Stark Gestapo Dix années d'emprisonnement

1977[modifier | modifier le code]

En 1977, un procès complémentaire se tint à Francfort contre deux membres de la SS pour meurtres perpétrés dans le camp annexe de Lagischa (en polonais: Lagisza) et la marche de la mort de Golleschau à Wodzisław Śląski (en allemand: Loslau)


Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Robert Fulford, How the Auschwitz Trial failed, 4 juin 2005, consulté le 16 juin 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]