Hans Globke

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Hans Globke en 1963.

Hans Josef Maria Globke (né le à Düsseldorf et décédé le à Bonn) est un juriste allemand, au service de l'État. En tant que secrétaire d'État de Konrad Adenauer, il a occupé des fonctions importantes aux premiers temps de la République fédérale d'Allemagne, mais son rôle pendant la période du national-socialisme a fait de lui un personnage controversé.

Anticommuniste et homme de réseau, il était juriste au ministère de l'Intérieur dès 1929. Complice de l'idéologie nazie[pas clair], il avait supervisé en 1936 les ordonnances sur les critères de « souillure raciale » du Troisième Reich.

Jeunesse et début de carrière[modifier | modifier le code]

Globke était le fils d'un grossiste en drap à Düsseldorf. Peu de temps après sa naissance sa famille s'installa à Aix-la-Chapelle. Après son Abitur au Kaiser-Karl-Gymnasium, il commença à servir dans l'armée en 1916 et appartint jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale à une unité d'artillerie sur le front occidental.

Immédiatement après la fin de la guerre Globke commença à étudier le droit et les sciences politiques aux universités de Bonn et Cologne. Il était membre de l'association des étudiants catholiques Bavaria Bonn. Après son doctorat sur L'immunité des parlementaires au Reichstag et dans les Landtags passé à Giessen en 1922, il commença à faire carrière dans la fonction publique. La même année, il entra au Zentrum, auquel il appartint jusqu'à sa dissolution au cours de l'année 1933.

En 1925, il devint sous-préfet de police à Aix-la-Chapelle. L'année suivante sa nomination comme Regierungsassessor assura son entrée définitive au service de l'État prussien. En 1929 une promotion le fit entrer au ministère de l'Intérieur de Prusse, où il devait s'occuper, entre autres, des questions d'état-civil et de changements de noms, des problèmes relatifs à la Sarre, de la démilitarisation de la Rhénanie et des conséquences du Traité de Versailles.

Activités de Globke à l'époque du nazisme[modifier | modifier le code]

Après que les nationaux-socialistes eurent pris le pouvoir au début de 1933, Hans Globke participa à l'élaboration d'une série de lois qui visaient à uniformiser le système judiciaire de la Prusse avec celui du Reich. En décembre 1933 eut lieu sa nomination comme Oberregierungsrat, nomination qui (c'est au moins ce que Globke a assuré plus tard) avait d'abord été différée temporairement parce qu'on savait au ministère qu'il avait eu des doutes sur la légalité du Preussenschlag de 1932.

À la suite de la fusion du ministère de l'intérieur prussien avec celui du Reich, Globke entra le 1er novembre 1934 comme conseiller au nouveau ministère de l'intérieur du Reich et de la Prusse dirigé par le ministre Wilhelm Frick ; il y travailla jusqu'en 1945. 1938 vit la dernière promotion de Globke à l'époque du nazisme comme haut fonctionnaire.

À partir de 1934 Globke consacra surtout son activité aux changements de nom et aux questions relatives à l'état des personnes ; à partir de 1937 il s'y joignit le domaine des « questions internationales concernant la nationalité et les contrats d'option ». Comme coréférent il s'occupait aussi des questions générales sur la race, de l'émigration et de l'immigration, ainsi que de ce qui se rapportait à la loi antisémite sur la « protection du sang ». L'activité de Globke comprenait aussi la présentation et les projets pour les lois et règlements. C'est dans ce contexte qu'il participa à la préparation des premiers décrets d'exécution des lois de Nuremberg (15 septembre 1935), de la loi sur la protection de la santé du peuple allemand du 18 octobre 1935 et de la loi sur l'état des personnes (3 novembre 1937). La loi sur la modification des noms de famille et des prénoms (5 janvier 1938) et les décrets d'exécution, qui constituent les fondements du droit actuel sur les changements de nom dans l'Allemagne fédérale d'aujourd'hui, est l'œuvre de Globke. Il y était stipulé que les Juifs qui ne portaient aucun des prénoms mentionnés sur une liste en annexe devaient ajouter le prénom de « Sara » (pour les femmes) ou d'« Israël » (pour les hommes). La « liste » pour les hommes commençait avec Abel, Abieser, Abimelech, Abner, Absalom, Ahab, Ahasja et ainsi de suite. Certains des noms sur la liste de Globke étaient une pure invention, d'autres n'avaient rien de juif, par exemple, « Isidore ».

Globke était également responsable de la préparation des commentaires des lois et de leur explication. Sous ce rapport il fut en 1936, conjointement avec le Secrétaire d'État Wilhelm Stuckart, son supérieur hiérarchique, corédacteur et coauteur du premier commentaire officiel sur les lois de Nuremberg et leurs décrets d'application. Toutefois, alors que Stuckart n'avait rédigé que la préface, le véritable commentaire de cette loi était l'œuvre de Globke.

Après 1935 Globke travailla activement avec Stuckart à renforcer les lois raciales de Nuremberg : non seulement étaient punis les rapports sexuels stricto sensu, mais aussi « les actions semblables au coït comme la masturbation mutuelle ». Au total, au nom de tels arrêts officiels 1.911 personnes avaient été condamnées jusqu'à 1940 pour « honte faite à la race ».

Par ailleurs en 1939 Globke était associé à l'élaboration en Slovaquie du « Code juridique à appliquer aux juifs » (Kodex des jüdischen Rechts), par lequel était entamée la privation des droits pour les juifs et leur expropriation.

En raison de son appartenance au Zentrum, Globke ne devint jamais membre du parti nazi ; par ailleurs il maintint des contacts avec les cercles militaires et civils qui résistaient au nazisme : c'est ainsi qu'il était l'informateur de l'évêque de Berlin, le comte Konrad von Preysing, et il recevait les confidences des opposants à Hitler, Carl Friedrich Goerdeler et Ludwig Beck, qui préparaient un coup d'État. Les nazis avaient envisagé son arrestation mais ne purent y procéder du fait de l'avance des Alliés.

Procès de Nuremberg[modifier | modifier le code]

Au Procès des ministères Globke fut à la fois témoin de la défense et témoin de l'accusation [5]. Quand Stuckart fut jugé, il déclara à son propos  : « Je savais que les Juifs étaient massacrés en grand nombre. » [6]

Son rôle sous l'ère Adenauer[modifier | modifier le code]

Dans la République fédérale, il devint sous le chancelier Konrad Adenauer chef de cabinet à la chancellerie fédérale et, à la suite des élections d'octobre 1953, il succéda à Otto Lenz, qui avait été élu au Bundestag, comme directeur de la chancellerie fédérale. Cette fonction faisait de lui un des membres du cercle le plus restreint qui entourait Adenauer et le plus proche confident de ce dernier. Dans l'ombre du chancelier, Globke tirait les ficelles à l'arrière-plan et était comme le pilier de cette « démocratie du chancelier ». Il exerçait son influence plus particulièrement dans cinq domaines : c'est lui qui proposait à Adenauer les personnes susceptibles d'entrer au ministère et qui surveillait leur fidélité à la ligne politique, il maintenait un contact étroit avec le groupe CDU/CSU au Bundestag, en particulier grâce à ses bonnes relations avec le président du groupe, Heinrich Krone, il conseillait Adenauer dans ses décisions politiques, par exemple au cours de leurs promenades de l'après-midi dans les jardins de la chancellerie. Il était, en tant que « secrétaire général occulte » de la CDU, le point de contact central qui permettait d'avoir l'oreille du chancelier, et il administrait en dernier ressort les contributions financières qui arrivaient à la CDU, par l'intermédiaire de la « Staatsbürgerliche Vereinigung ». Le 15 octobre 1963, quatre jours après la démission d'Adenauer et sur sa proposition, le président fédéral, Heinrich Lübke, conféra à Globke la grand-croix de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne. Il continua de conseiller Adenauer et, en particulier, il intervint dans la recherche d'un successeur à Ludwig Erhard.

Après sa retraite Globke décida de s'établir en Suisse, mais le gouvernement helvétique le déclara indésirable et l'entrée du pays lui fut interdite.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Hans Globke » (voir la liste des auteurs)
  • Télérama n° 3064, octobre 2008
  • Le nazi qui conseillait Adenauer, documentaire de Jürgen Bewers et Bernhardt Pfletschinger (Allemagne, 2008)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]