Reinhard Heydrich

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Reinhard Heydrich
Reinhard Heydrich en 1940.
Reinhard Heydrich en 1940.
Fonctions
Protecteur adjoint de Boheme-Moravie
29 septembre 19414 juin 1942
(&&&&&&&&&&&&02488 mois et 5 jours)
Chancelier Adolf Hitler
Prédécesseur Konstantin von Neurath
Successeur Kurt Daluege
Directeur du RSHA
27 septembre 19394 juin 1942
(&&&&&&&&&&&&09812 ans, 8 mois et 7 jours)
Prédécesseur Poste créé
Successeur Heinrich Himmler
Président d'Interpol
24 août 19404 juin 1942
(&&&&&&&&&&&010462 ans, 10 mois et 10 jours)
Prédécesseur Otto Steinhäusl
Successeur Artur Nebe
Directeur de la Gestapo
22 avril 193427 septembre 1939
(&&&&&&&&&&&019845 ans, 5 mois et 5 jours)
Prédécesseur Rudolf Diels
Successeur Heinrich Himmler
Biographie
Nom de naissance Reinhard Tristan Eugen Heydrich
Date de naissance 7 mars 1904
Lieu de naissance 21 Marienstrass (Halle, Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand)
Date de décès 4 juin 1942 (à 38 ans)
Lieu de décès Prague (République tchèque)
Nationalité Allemande
Parti politique NSDAP
Conjoint Lina von Osten
Enfant(s) Klaus Heydrich (17 juin 1933 - 24 octobre 1943)
Heider Heydrich (né le 23 décembre 1934)
Silke Heydrich (né le 9 avril 1939)
Marte Heydrich (né le 23 juillet 1942)
Diplômé de Université technique de Munich

Signature

Reinhard Tristan Eugen Heydrich, né le 7 mars 1904 à Halle, Saxe, mort le 4 juin 1942 à Prague, Protectorat de Bohême-Moravie[1], est un officier allemand, criminel de guerre nazi, SS-Obergruppenführer, directeur du Reichssicherheitshauptamt (RSHA) et Protecteur adjoint du Reich en Bohême-Moravie.

Adjoint direct de Heinrich Himmler, il joue un rôle important dans l'organisation de l'appareil répressif nazi et lors de l'élimination de la Sturmabteilung (SA) en tant que force politique, principalement lors de la Nuit des Longs Couteaux.

Il a également un rôle majeur dans l'organisation de la Shoah par la planification et le contrôle de l'activité des Einsatzgruppen, et lors de la conférence de Wannsee, qu'il préside le 20 janvier 1942.

Il meurt une semaine après avoir été victime d'un attentat organisé par la résistance tchèque. Son décès prive le régime nazi d'un dirigeant efficace. Depuis 1931, il est en effet l’un des maillons de la terreur nazie dans laquelle il joue un rôle déterminé et déterminant.

1904-1931 : avant l'entrée au parti nazi[modifier | modifier le code]

Halle : la place du marché avec la Marktkirche et la tour rouge.

Reinhard Heydrich a une sœur aînée, Maria, et un frère cadet, Heinz (1905-1944)[2].

Son père, Richard Bruno Heydrich (1865-1938), est un excellent musicien, issu du Conservatoire royal de Dresde en 1882 avec la plus haute distinction. Il est ensuite un chanteur d'opéra relativement connu, notamment à l'opéra de Weimar, puis à ceux de Cologne et de Brunswick. Compositeur d'une certaine notoriété[3], il devient enfin le directeur du conservatoire de musique de Halle, où la mère de Heydrich, Elizabeth Kranz (décédée en 1944[réf. nécessaire]), enseigne le piano et est inspectrice de l'école d'institutrices.

Ses parents lui donnent les prénoms de Reinhard Tristan Eugen en référence, pour le prénom de Reinhard au nom du héros de l'opéra Amen composé par son père, pour Tristan à l'opéra Tristan et Isolde de Richard Wagner, le prénom Eugen étant un hommage au grand-père maternel, Georg Eugen Krantz, professeur de musique et conseiller aulique de Dresde[3]. De ce milieu familial baigné par la musique naîtra une passion pour le violon qu'il pratiquera toute sa vie.

Conformément aux souhaits de sa mère, Reinhard Heydrich est baptisé selon le rite catholique, alors que son père est un protestant non pratiquant. À l'instar de la majorité des personnes de sa génération issues de la moyenne bourgeoisie, il est élevé de manière stricte et rigoriste, dans une ambiance nationaliste où la fidélité absolue au Kaiser est la règle[4]. Il devient en grandissant un adversaire résolu de l'Église catholique, sans pour autant adhérer au néo-paganisme cher à Himmler.

Dans son curriculum vitæ rédigé en 1903[3], Bruno Heydrich fait preuve d'une recherche des honneurs et de la reconnaissance que l'on retrouve chez son fils. Outre sa volonté d'être reconnu en tant que pilote de chasse, Reinhard Heydrich collectionne des titres fort éloignés de ses fonctions en tant que chef du RSHA, comme celui de directeur de l'Office de l'Escrime et d'inspecteur de Himmler pour la gymnastique ; en 1940, il tente, sans succès, de prendre la présidence de l'Union internationale d'escrime[5].

La fin de la Première Guerre mondiale par la capitulation de l'Allemagne le 11 novembre 1918, outre le fait qu'elle appauvrit les Heydrich comme des millions d'autres Allemands, donne naissance à la légende du coup de poignard dans le dos, selon laquelle communistes et Juifs auraient trahi une armée invaincue. La famille Heydrich est convaincue de la véracité de cette théorie, matrice de l'engagement des futurs nazis et d'une myriade de groupes ou groupuscules ultranationalistes.

Engagement précoce[modifier | modifier le code]

Avec l'effondrement de l'Empire allemand, l'Allemagne est secouée par plusieurs insurrections de gauche, comme celle menée par les Spartakistes, lesquelles sont férocement réprimées, souvent à la demande du ministre de la Reichswehr, le social-démocrate Gustav Noske, par les Freikorps (Corps francs). Halle est également frappée par ces troubles.

Plaque en souvenir de l'échec du putsch de Kapp à la gare de Wetter.

Au début de l'année 1919, un conseil d'ouvriers et de soldats, s'inspirant du modèle des Soviets, prend le pouvoir à Halle. Il est défait par le Freikorps Maercker. Après la fin des combats, dont une partie s'était déroulée à proximité du conservatoire, Heydrich s'enrôle comme estafette au sein du Freikorps Halle[6].

Cet engagement précoce se confirme en 1920. Le Putsch de Kapp, tentative réactionnaire de rétablir la monarchie, est mis en échec suite à une grève générale organisée par les forces de gauche. L'état d'urgence proclamé à Halle par les opposants à Kapp est réprimé dans le sang au prix de plusieurs centaines de victimes, par les troupes gouvernementales pourtant plutôt proches du putschiste. Durant cet épisode, Reinhard Heydrich s'engage à nouveau, cette fois comme membre du service technique de secours[6].

Son engagement aux côtés des forces ultranationalistes völkisch a parfois été minimisé par sa famille, mais il ne fait aucun doute. Il a été glorifié par d'autres alors qu'en fait Heydrich n'a exercé que des fonctions tout à fait insignifiantes - en 1919 après la fin des combats, et en 1920 sans y participer[6].

Cet engagement est à la fois précoce et constant : en 1918, Heydrich adhère à une association de jeunesse nationaliste, le Deutsch-Nationaler Jugendbund ; il la quitte, puis s'affilie en 1920 au Deutscher Völkischer Schutz- und Trutzbund. Cette organisation, dont le slogan est Wir sind die Herren der Welt! (« Nous sommes les maîtres du monde ! »), a pour but d'alerter le peuple allemand sur la menace que représenteraient « l'influence des Juifs et des sentiments et pensées d'origine étrangère[7] ». En 1921, il fonde avec un ami la Deutschvölkische Jugendschar, organisation avec laquelle il reste en contact lorsqu'il rejoint la Reichsmarine[8].

Avec de bonnes notes, Heydrich termine ses études en 1922. Durant cette période, il devient un sportif accompli qui pratique la natation, la course, la voile et l'escrime ; comme pour le violon, sa passion pour le sport se poursuit tout au long de sa vie. Il devient d'ailleurs un escrimeur de niveau international et continue à participer à des compétitions d'escrime une fois devenu le responsable de l'appareil répressif du Reich. En 1941, il est classé cinquième aux championnats d'Allemagne d'escrime[9]. En décembre de la même année, il remporte ses trois engagements contre les escrimeurs hongrois, alors que l'équipe allemande est battue par la Hongrie sur le score de cinq victoires contre onze[10]mais ces victoires peuvent s'expliquer par sa position de puissant chef du régime répressif nazi (les trois escrimeurs hongrois l'auraient laissé gagner)[11].

Brève carrière dans la Marine[modifier | modifier le code]

Le 30 mars 1922, il rejoint la Reichsmarine, sans doute sous l'influence des « exploits » du Comte Félix Von Luckner, « corsaire » de la Première Guerre mondiale et ami de ses parents.

Cuirassés de la Reichsmarine vers 1930.

Au cours de sa carrière militaire, Heydrich se fait surtout remarquer par ses talents sportifs et musicaux et par ses liaisons féminines. En 1930, il n'est d'ailleurs classé que vingt-troisième lors de sa promotion comme enseigne de vaisseau. Après cette promotion, il est affecté aux services de renseignements de la marine à Kiel[12], [13],[N 1].

Peu de faits marquants lors de ces années, si ce n'est la relation établie avec Wilhelm Canaris, futur amiral et futur chef de l'Abwehr, le service de contre-espionnage militaire[14]. Les bonnes relations nouées entre les deux hommes n'empêcheront pas le SD et l'Abwehr, et leurs chefs respectifs, de mener une guerre féroce pour le contrôle des services d'espionnage. Ce conflit se terminera à l'avantage de la SS et du SD après la disgrâce et la démission de Canaris en février 1944.

La carrière de Heydrich dans la marine est brutalement interrompue en 1931. Après l'annonce de ses fiançailles avec Lina von Osten, qu'il épouse quelque temps après, il est traîné devant un tribunal d'honneur présidé par le futur amiral Erich Raeder[12], suite à la plainte d'une jeune fille qui s'estime déjà fiancée avec Heydrich. L'identité de celle-ci et la nature exacte de sa relation avec Heydrich restent à ce jour inconnues[N 2].

En eux-mêmes, les faits sont relativement mineurs et ils ne devaient pas avoir de conséquences majeures. Mais, lors du procès, Heydrich se montre suffisant et méprisant, fait preuve de mauvaise foi et d'arrogance : le verdict débouche sur un renvoi pour indignité, rendu public le 1er mai 1931[15].

Cette hypothèse est mise en doute par Peter Padfield, qui ne cautionne cependant pas la justification tardive avancée par Heydrich, selon laquelle il aurait été exclu de la Marine en raison de ses sympathies nazies. Pour Padfield, il s'agirait d'une mise en scène de Canaris destinée à faciliter l'entrée dans les services de renseignements du parti nazi[16].

En juin 1931, Heydrich se retrouve donc sans emploi et sans perspective de carrière.

1931-1939 : au service du parti[modifier | modifier le code]

La rumeur des origines juives[modifier | modifier le code]

La carrière de Heydrich à la SS et au RSHA est émaillée de rumeurs sur ses origines juives, qui ne reposent sur aucun fondement sérieux[17],[18],[19],[20], mais qui sont évoquées à plusieurs reprises par ses rivaux au sein du régime nazi.

À l'origine de la rumeur, il y a le fait que la grand-mère paternelle de Heydrich, Ernestine Lindner, avait épousé en secondes noces, soit après le décès de son premier mari, Carl Heydrich, un serrurier, Gustav Süss, dont le patronyme était autant porté par des Juifs que des non-Juifs[N 3]. Tout en serait resté là si dans le dictionnaire de la musique écrit par Hugo Riemann l'auteur n'avait pas fait suivre le nom de son père Bruno Heydrich du patronyme Süss, pensant ainsi dévoiler sa supposée origine juive, encouragé en cela par un visage d'intellectuel romantique et artiste qui, selon Riemann, donnait au père de Heydrich l'air juif[21].

Le 22 juin 1932, une commission d'évaluation de l'origine raciale, dont les recherches sont effectuées à la demande de Heydrich, affirme qu'« au vu de la liste généalogique ci-jointe, il apparaît que Reinhard Heydrich, enseigne de vaisseau de 1re classe relevé de ses fonctions, est d'origine allemande et ne présente pas de sang de couleur ni de sang juif[18]. »

Malgré ses bases particulièrement fragiles, cette rumeur constituait certainement une source d'inquiétude pour Heydrich et peut-être un moyen de pression que Himmler pouvait employer contre lui. Il doit d'ailleurs, jusqu'en 1940, plaider devant la justice pour diverses « calomnies raciales », même s'il ressort à chaque fois blanchi[22]. Les doutes qui l'assaillaient, plus que le mépris de certains dignitaires nazis au courant, lui causaient une grande souffrance[23], mais paradoxalement renforcèrent sa détermination, et son engagement pour le nazisme, l'amenant par ailleurs à se constituer des fichiers sur tous les pontes du régime, notamment sur ceux dont des rumeurs en rapport avec les Juifs existaient (notamment la « généalogie incertaine » de Hitler, de Himmler et la vie privée de Goebbels ou Rosenberg)[24].

Création du Sicherheitsdienst (SD)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sicherheitsdienst.
Symbole du SD cousu au bas de la manche gauche de ses uniformes.

Le 1er mai 1931, soit le jour même où son renvoi de la Reichsmarine est rendu public, Heydrich s'affilie au parti nazi et moins de quinze jours plus tard, sur la recommandation de Karl von Eberstein[25], il se présente au domicile de Heinrich Himmler, alors que celui-ci soigne une grippe[26]. Cette maladie n'est peut-être qu'un prétexte pour organiser une rencontre discrète, à l'abri des regards de la SA[27]. Non seulement celui-ci l'accepte dans la SS, aux critères de sélection nettement plus sévères et à la discipline plus stricte que ceux de la SA, mais il lui confie immédiatement la création du service de renseignements du parti nazi, le futur Sicherheitsdienst (SD), compte tenu de son expérience au sein des services de renseignements de la Marine à Kiel. Sous l'appellation « service Ic », ses activités débutent à Munich le 10 août 1931, avec des moyens inexistants et dans l'amateurisme le plus total.

Ce nouveau service monte rapidement en puissance et collecte des renseignements tout d'abord sur les policiers infiltrés dans le parti nazi, sur les ennemis de celui-ci mais aussi et surtout sur les membres du parti nazi et de la SA. Il sert aussi d'instrument d'extorsion de fonds pour financer l'expansion de la SS[27].

Il entre au parti nazi le 1er juin 1931, sous le numéro 544 916 puis dans la SS le 14 juillet 1931, avec le matricule 10120. Travailleur, bon organisateur, nazi convaincu, adjoint direct de Himmler, Heydrich est promu Hauptsturmführer le 1er décembre 1931.

Le 26 décembre 1931, Reinhard Heydrich épouse Lina von Osten (1911-1985) lors d'un mariage où abondent les symboles nazis : en entrant, les futurs mariés défilent entre deux rangées de notables nazis locaux faisant le salut hitlérien, le mur de l'autel est décoré d'une croix gammée et, à la fin de la messe, l'orgue joue le Horst Wessel Lied[28]. Ce décorum ne peut que plaire à la promise, dont toute la famille est nazie, un de ses cousins étant l'auteur du proverbe « Sur Fehmarn [l'île du Holstein où est née Lina] il n'y a ni serpents, ni taupes, ni Juifs[29] ».

Quatre enfants naîtront de ce mariage :

  • Klaus (17 juin 1933 - 24 octobre 1943[30])
  • Heider (28 décembre 1934-)
  • Silke (9 avril 1939-)
  • Marte (23 juillet 1942-).

En guise de cadeau de mariage, Himmler nomme Heydrich Sturmbannführer[28].

En juillet 1932, il est officiellement nommé à la tête du Sicherheitsdienst (SD), nouvelle appellation du service Ic[28] et à nouveau promu, cette fois au grade de Standartenführer[31].

Le 30 janvier 1933, les nazis arrivent au pouvoir. Heydrich favorise la nomination de Hitler comme chancelier par le président de la République, le Maréchal Hindenburg, en mettant en cause son fils Oskar, dans le détournement des subsides de l'Osthilfe, destinés à soutenir l'agriculture dans l'Est de la Prusse, et en inventant de toutes pièces la menace d'une tentative de coup d'État des communistes[32].

Heinrich Himmler prend les rênes de la police de Munich et Heydrich devient son adjoint pour la section politique, tout en demeurant le chef du SD. Il participe aux premières répressions menées par le régime nazi dès le mois de février et contribue à remplir le camp de Dachau ouvert en mars 1933, dont la garde est confiée à la SS en avril. Pour ce faire, il s'appuie notamment sur le Reichstagsbrandverordnung, l'ordonnance d'urgence pour la protection du peuple et de l'État, votée le lendemain de l'incendie du Reichstag (à la préparation et à l'exécution duquel il aurait lui-même participé avec l'aide de son frère Heinz, journaliste bien informé[33]), qui permet de suspendre les libertés fondamentales et l'habeas corpus[34].

Heydrich bloque toutes les tentatives de contrôle juridique sur ce qui se passe à l'intérieur du camp[35].

Dans une lettre au Reichsstatthalter de Bavière, Franz von Epp, en juin 1933, il demande que le prix Nobel de littérature Thomas Mann soit interné à Dachau dès son retour à Munich (Mann avait alors quitté l'Allemagne), parce qu'il avait, selon Heydrich, « une position non allemande, ennemie du mouvement national, marxiste et judéophile[35] ». À défaut, ses biens et avoirs sont saisis[36].

On passe de la terreur de rue des SA à la terreur d'État de la SS, même si celle-ci est toujours officiellement subordonnée à la SA.

La nuit des longs couteaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nuit des longs couteaux.
Loi du 3 juillet 1934 la Nuit des longs couteaux.

En 1934, Heydrich est avec Heinrich Himmler l'un des artisans de la nuit des Longs Couteaux qui débouche sur l'élimination de la SA en tant que force politique et qui permet à la SS de dépendre directement du Führer. Avec plus de quatre millions de membres, totalement dévouée à son chef, Ernst Röhm, la SA exige des réformes sociales et économiques ; sa volonté de prendre le contrôle de l'armée suscite l'opposition des dirigeants militaires dont Hitler a un pressant besoin.

Afin d'empêcher un complot de Röhm, inventé de toutes pièces par Heydrich, Himmler et Hermann Göring, Heydrich lui-même convainc Hitler de sa réalité[37]

Après avoir reçu l'approbation de Hitler, toutefois réticent pour l'assassinat de Röhm, au cours de la nuit du 30 juin au 1er juillet 1934, la SA est décapitée par les troupes de Himmler et Heydrich. Les fichiers détaillés patiemment constitués depuis 1931 par Heydrich et le SD sont particulièrement utiles pour désigner les victimes.

L'épuration fait une centaine de victimes y compris Röhm (son assassinat est attribué à Michel Lippert et Theodor Eicke et ce dernier sera notamment futur inspecteur des camps de concentration, puis commandant de la 3e Panzerdivision SS Totenkopf), de nombreux responsables de la SA, mais aussi des opposants à Hitler, opposants internes comme Gregor Strasser, pendant l'agonie duquel Heydrich hurle « qu'on laisse ce porc se vider de son sang[38] », ou externes comme l'ancien chancelier von Schleicher. La liste des exécutions aurait été signée par Heydrich lui-même[37], qui reçoit les 18 tueurs envoyés par Dietrich et leur désigne leurs cibles, avant le début des meurtres[39]. Une partie des meurtres a lieu dans la cour de la prison de Stadelheim, à Munich, le peloton d'exécution étant commandé par Sepp Dietrich, futur commandant de la 1re division SS Leibstandarte Adolf Hitler.

C'est sur l'insistance de Heydrich qu'est assassiné Erich Klausener, directeur de l'Action catholique et fonctionnaire au ministère des Transports, qui s'était opposé aux nazis lorsqu'il était directeur de la police au ministère de l'Intérieur prussien. Pour l'adversaire de l'Église catholique qu'est Heydrich, la déclaration de Klausener selon laquelle la messe est une reconnaissance toute particulière de l'action sociale de l'Église et ses prêches publics contre les nazis lors de la journée d'action catholique à Hoppergarten sont intolérables pour les nazis. Heydrich remet personnellement un pistolet au Hauptsturmführer Kurt Gildisch, en lui donnant l'ordre formel d'abattre Klausener de sa propre main. Cette fois, Heydrich a choisi une victime à titre personnel, en dehors du cadre de l'épuration de la SA et du Parti[40]. Pour Hermann Göring, le meurtre de Klausener « fut une action vraiment sauvage de Heydrich[38] ».

Même Wilhelm Frick, nazi convaincu, ministre de l'Intérieur, qui sera condamné à mort et pendu à l'issue du procès de Nuremberg, est choqué par la cruauté de Heydrich. En mai 1935, il déclare qu' « il est possible que par la suite je sois forcé de laisser entrer au ministère Himmler, mais en aucun cas l'assassin Heydrich ne sera admis[41] ».

La SS élimine ainsi une organisation rivale dont elle dépend encore formellement. En remerciement de ses services, Heydrich est à nouveau promu, cette fois au grade de Gruppenführer.

Le Reichssicherheitshauptamt (RSHA)[modifier | modifier le code]

Lorsqu'en 1936, après de nombreuses luttes d'influence, notamment avec Hermann Göring, Heinrich Himmler devient Chef der Deutschen Polizei (chef de toutes les polices allemandes), et Heydrich est son bras droit.

Organigramme du RSHA en 1941.

À la tête du Reichssicherheitshauptamt ou RSHA, Heydrich dirige le Sicherheitsdienst, organisme du parti qui comporte notamment les deux cellules opérationnelles du SD (SD-Inland et SD-Ausland) mais aussi la Sicherheitspolizei (Sipo), organisme d'État qui regroupe la Gestapo et la Kriminalpolizei. Les responsables de ces quatre départements, Müller, personnellement choisi par Heydrich[42], Ohlendorf, Schellenberg et Nebe, sont présents tout au long de la répression nazie. Ces quatre adjoints de Heydrich, aux profils variés, seront fort efficaces.

Müller, âgé de 36 ans en 1936, et Nebe, 42 ans, sont tous deux des policiers de métier qui ont commencé leur carrière au début des années 1920. Müller a servi fidèlement la République de Weimar pour laquelle il a pourchassé indifféremment nazis et communistes ; il ne s'inscrit d'ailleurs au NSDAP que le 31 mai 1939. Par contre, Nebe est militant du parti depuis 1931.Ohlendorf, 29 ans, et Schellenberg, 26 ans, ont des profils plus intellectuels. Ohlendorf est diplômé en droit et en économie des universités de Leipzig et Göttingen, Schellenberg a étudié la médecine puis le droit à l'université de Bonn. Seules la date et, sans doute, la profondeur de leur engagement politique les séparent : Ohlendorf est membre du NSDAP depuis 1925 et de la SS depuis 1926 ; Schellenberg ne s'inscrit au parti qu'en 1933, peu avant son recrutement comme juriste au Sicherheitsdienst.

La Gestapo, police politique, se charge de traquer, d'interner ou d'éliminer les opposants alors que la Kripo a un rôle de police criminelle traditionnelle.

Le SD-Inland a notamment pour tâche d'établir des rapports sur l'intégration de la conception du monde nationale-socialiste, la Weltanschauung dans la sphère individuelle, de déterminer si elle suscite de l'opposition, et dans ce cas, d'identifier les opposants. Le SD-Ausland, en dehors de ses missions d'espionnage classiques, dresse des listes de personnalités à éliminer, notamment en Autriche, et élabore des « solutions aux problèmes tchèque et russe »[43].

La seule force de police qui échappe à l'autorité de Heydrich et dépend directement de Himmler en tant que Chef der Deutschen Polizei est l'Ordnungspolizei, la police en uniforme chargée du maintien de l'ordre au sens classique du terme (gendarmerie, police de la route, polices urbaine et rurale, etc.) dirigée par Kurt Daluege.

Dès l'Anschluss, soit l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne le 13 mars 1938, Heydrich, qui a participé activement à sa préparation[44], utilise son outil répressif contre les opposants autrichiens avec la même vigueur qu'il avait déployée en Allemagne. Après avoir rempli le camp de concentration de Dachau, c'est au tour de Mauthausen.

Depuis 1935, le SD dispose en outre d'un nouvel outil de répression, la détention préventive (Schutzhaft) qui lui permet d'interner qui bon lui semble sans aucune procédure devant les tribunaux et dont il fait un large usage en Allemagne et dans tous les territoires occupés.

À partir du 7 décembre 1941, la Schutzhaft est plus terrible encore, avec l'entrée en vigueur du décret Nuit et brouillard qui impose que les prisonniers disparaissent sans laisser de trace et interdit de donner le moindre renseignement à leurs proches sur leur sort ou leur lieu de détention.

La « Nuit de Cristal »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nuit de Cristal.

Le 9 novembre 1938, Heydrich est à Munich[45], où Hitler célèbre l'anniversaire de la tentative de prise du pouvoir lors du putsch de la brasserie en 1923, en présence de Joseph Goebbels et de nombreux dirigeants nazis.

Après que Hitler eut appris la mort du diplomate Ernst vom Rath, assassiné à Paris par un jeune Juif polonais, Herschel Grynszpan, dont les parents avaient été déportés, Goebbels prononce un discours haineux, appelant à des « actions spontanées » de représailles contre les Juifs, immédiatement relayé par les participants auprès de leurs troupes[46] : des pogroms se déclenchent à travers toute l'Allemagne. En fait d'actions spontanées, il s'agit d'une campagne orchestrée par le parti nazi et menée par la SA, mais sans drapeaux à croix gammée.

Si Heydrich n'est pas l'initiateur du déclenchement des violences contre les Juifs et si d'après certains auteurs il désapprouve ce déchaînement de violence sauvage[47], il participe à l'encadrement de l'opération et envoie le télégramme suivant :

« On ne devra mener que des actions qui ne mettent pas en danger la vie et les biens allemands (par exemple des incendies de synagogues uniquement s'il n'y a pas de danger de propagation alentour). Les commerces et les appartements des Juifs seront seulement saccagés mais non pillés »

— Reinhard Heydrich, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938

Quelques heures plus tard, il précise que « les actions contre les Juifs ne devaient entraîner aucune sanction »[48].

Le 12 novembre, c'est encore lui qui dresse le bilan des actions antijuives, lors d'une conférence interministérielle : 7 500 magasins et 177 synagogues détruits, plus de 100 millions de Marks de dégâts, et 91 morts[49]. Lors de cette même réunion, il propose de concentrer les Juifs dans des ghettos, de leur faire porter un insigne distinctif[50], de les exclure des transports publics, des hôpitaux, des écoles et de tous les endroits où ils pourraient côtoyer des Allemands[51].

Au bilan officiel dressé par Heydrich, il faut ajouter les quelque 20 000 Juifs déportés en camp de concentration, grâce à la collaboration entre la police politique et la police ordinaire[52].

« Même en éliminant totalement le Juif de l'économie, le problème fondamental reste entier : il faut que le Juif quitte l'Allemagne », affirmait par ailleurs Reinhard Heydrich, le 12 novembre 1938.

Lors de son bilan, Heydrich vante également les mérites de la centrale d'émigration créée à Vienne en mars 1938, dont il a confié la responsabilité à Adolf Eichmann, et qui a permis d'accélérer les départs de Juifs, dont 50 000 ont quitté l'Autriche depuis l'Anschluss. Le 24 janvier 1939, ce modèle est généralisé à l'ensemble du Reich, sous l'autorité directe de Heydrich[53].

1939-1942 : répression et extermination[modifier | modifier le code]

L'invasion de la Pologne[modifier | modifier le code]

Infanterie allemande en Pologne.
Article détaillé : Campagne de Pologne.

Début août 1939, Heydrich organise, à la demande de Hitler et de Himmler la mise en scène, dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1939, de la prétendue attaque de la station radio allemande de Gleiwitz et celle du poste des douanes de Hochlinden[54], prétextes cousus de fil blanc dont se saisit Hitler pour envahir la Pologne. « Quand les blindés rouleront, plus personne n'en parlera[54] », dit ainsi Reinhard Heydrich.

Pour Hochlinden, Heydrich ordonne à la Gestapo d'extraire six déportés du camp de Sachsenhausen et de les exécuter. Leurs cadavres, revêtus d'uniformes polonais sont disposés autour du poste des douanes. La même technique est utilisée à Gleiwitz[54].

L'exécution de ces deux opérations est confiée à la Gestapo, plus particulièrement à Heinrich Müller et à Alfred Naujocks. Ces deux hommes organisent également l'Incident de Venlo, soit l'enlèvement de deux agents secrets britanniques aux Pays-Bas dans la nuit du 8 au 9 septembre 1939[55].

Le 1er septembre 1939 au matin, les troupes allemandes franchissent la frontière : la campagne de Pologne débute.

Création des Einsatzgruppen[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Einsatzgruppen.

La création des Einsatzgruppen revêt clairement un caractère idéologique et racial, et constitue un véritable prélude à la destruction des Juifs d'Europe. Lors de la campagne de Pologne, dans le sillage de la Wehrmacht, les Einsatzgruppen, constitués en juillet par Reinhard Heydrich[56], procèdent au massacre planifié de l'élite polonaise, en mettant l'accent sur les Juifs considérés comme opposants potentiels. De septembre 1939 au printemps 1940, les exécutions font 60 000 victimes.

Exécution de Polonais par un Einsatzkommando, en octobre 1939.

Si la Wehrmacht commet elle aussi de nombreuses exactions en représailles aux actions de francs-tireurs le plus souvent imaginaires[57], amorçant ainsi le processus de « barbarisation » de l'armée allemande[58], l'action des Einsatzgruppen est quant à elle planifiée avant même le début de l'invasion, dirigée vers des victimes prédéfinies, considérées comme des opposants ou de futurs opposants potentiels à l'occupation allemande. Heydrich indique ainsi « nous voulons bien protéger les petites gens, mais les aristocrates, les curetons et les Juifs doivent être supprimés »[59]. Cette action n'a toutefois pas encore le caractère génocidaire qu'elle revêtira lors de l'invasion de l'Union soviétique.

En termes d'organisation des actions à mener, les leçons de l'action des Einsatzgruppen en Pologne sont tirées lors de l'attaque contre l'Union Soviétique, notamment afin d'éviter les tensions avec la Wehrmacht dont certains officiers avaient protesté contre la brutalité des SS en Pologne. En Union soviétique, les tâches et les zones de déploiement des Einsatzgruppen, ainsi que leur mode de collaboration avec la Wehrmacht, seront ainsi définies en concertation avec les plus hautes autorités militaires, avant même le début des opérations.

Suite à des instructions écrites de Heydrich en date du 21 septembre 1939, la concentration des Juifs dans des ghettos, situés dans des villes reliées au chemin de fer commence dès la fin du mois de septembre, et des Judenräte (conseils juifs) sont constitués « afin que les futures mesures en soient facilitées »[60],[61].

En novembre et décembre 1939, 87 000 Juifs et Polonais sont déportés de la partie de la Pologne annexée au Reich vers le « Gouvernement général »[60], au prix de conflits incessants avec le dirigeant de celui-ci, Hans Frank. Cette expérience est également mise à profit lorsque l'action contre les Juifs concerne l'Allemagne et tous les territoires occupés.

En décembre, Heydrich nomme Adolf Eichmann directeur de la section spéciale IV D4 de la Gestapo, qui deviendra plus tard l'Amt B4, afin de disposer d'un spécialiste de la question juive[60].

Organisation de la destruction des Juifs d'Europe[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Shoah et Conférence de Wannsee.
Reinhard Heydrich à Prague en 1941.
Reinhard Heydrich aux obsèques d'Arturo Bocchini, chef de la police italienne, le 21 novembre 1940.

En 1939 et 1940, Heydrich étudie les possibilités de vider le Reich de tous les Juifs : il confie notamment à Eichmann la mission d'élaborer un plan pour déporter l'ensemble de la population juive sur l'île de Madagascar. Mais dès le mois de juin 1940, il comprend que la question juive ne pourra être résolue par l'émigration[62]. En mars 1941, soit avant l'invasion de l'Union Soviétique, Heydrich, avec l'accord de Hitler, prend contact avec Hermann Göring afin de trouver un projet de solution à la « question juive ».

Dans les mois qui précèdent l’invasion de l'Union Soviétique du 22 juin 1941, Heydrich mène d’intenses négociations avec des responsables de l’armée afin de mieux coordonner l’action des Einsatzgruppen avec les opérations militaires[63]. Vu l’ampleur du conflit qui se prépare, les difficultés rencontrées en Pologne ne peuvent se répéter. Un accord est finalement conclu afin de définir avec précision les missions des uns et des autres, ce qui n’empêche ni les tensions, ni les contradictions.

Quatre Einsatzgruppen sont formés, dont deux sont dirigés par de proches collaborateurs d’Heydrich : Artur Nebe[N 4], chef du bureau V (police judiciaire ou Kripo) pour le groupe B et Otto Ohlendorf, chef du bureau III (SD-Ausland) pour le groupe D ; le groupe A est dirigé par Franz Walter Stahlecker, le groupe C par Otto Rasch. Désignés par Heydrich sans être volontaires[64], ils accomplissent leur tâche avec une redoutable efficacité.

Comme en Pologne, mais sur une bien plus vaste échelle, les quatre groupes s’engouffrent dans le sillage des armées allemandes dès le début de l'opération Barbarossa et procèdent à l’élimination systématique des cadres du parti communiste, surtout s’ils sont Juifs, des commissaires politiques de l’Armée rouge, des partisans et supposés tels, de ceux qui les abritent et les soutiennent ou sont soupçonnés de le faire.

À la fin du mois de juillet 1941, l’action s’étend à tous les Juifs, hommes, femmes et enfants. D'après Walter Blume, chef de l'Einsatzkommando 7a de l'Einsatzgruppe B, et Karl Jäger, chef de l'Einsatzkommando 3 de l'Einsatzgruppe A, c'est bien Heydrich qui donne l'ordre d'exécuter toute la population juive[65].

Il n’est plus nécessaire d’être un opposant réel ou potentiel : le seul fait d’être Juif suffit pour être exécuté.

Le plus terrible des massacres est perpétré par l'Einsatzgruppe C, à Babi Yar, près de Kiev, les 29 et 30 septembre 1941, au prix de près de trente-quatre mille victimes[66].

Fin août ou début septembre, Heydrich confirme lors d'un entretien avec Eichmann que « le Führer a ordonné l'extermination physique des Juifs »[67].

Afin d’accélérer l’extermination des Juifs, mais aussi d’épargner les nerfs des tueurs, les premiers camions à gaz (déjà utilisés en Allemagne pour l’extermination des malades mentaux dirigée et exécutée par les services de Heydrich[68]) font leur apparition sur le front de l’Est en décembre 1941. Le 7 décembre 1941, les premiers gazages sont organisés dans le camp d’extermination de Chełmno, seul camp administré par la Sipo. Les autres camps d'extermination et les camps de concentration ne relèvent pas de l'autorité de Heydrich, mais de celle de Himmler, via le Wirtschafts- und Verwaltungs-Hauptamt, dirigé par Oswald Pohl.

Lettre de Göring à Heydrich à propos de la Solution finale.

Après l’organisation des Einsatzgruppen, aux activités desquels il n’assiste jamais, mais dont il suit les résultats de manière constante et dont il lit les rapports tous les jours[69], Heydrich se voit confier par Göring, le 31 juillet 1941 la tâche de « produire dans les plus brefs délais un projet d'ensemble sur les premières mesures pratiques d'organisation à prendre pour mener à bien la solution tant désirée du problème juif[70] ». C'est sur la base de cette instruction que Heydrich organise la conférence de Wannsee qui se tient le 20 janvier 1942.

Les quatorze participants, invités par Heydrich, ne sont pas des responsables de premier plan et représentent divers ministères, le gouvernement général, l'appareil du parti et la SS ; parmi eux, on retrouve également Heinrich Müller et Adolf Eichmann, qui assure le secrétariat de la conférence.

« Heydrich fit part en ouverture de la mission qui lui était confiée par le Maréchal du Reich [Göring] en vue de la préparation de la solution finale de la question juive en Europe et indiqua que l'objectif de cette réunion était de clarifier les questions de fond. Le souhait du Maréchal du Reich de se voir présenter un projet d'organisation, de déroulement et de conditions matérielles dans la perspective de la solution finale de la question juive en Europe, exigeait au préalable une harmonisation de toutes les instances centrales directement concernées par ces questions, dans la perspective d'une conduite parallèle de l'orientation des actions[71] ».

Il est également clair sur les méthodes à mettre en œuvre : « Au cours de la solution finale, les Juifs de l'Est devront être mobilisés pour le travail avec l'encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires. Ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre ».

Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront car il s'agira évidemment des éléments les plus résistants, puisque issus d'une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d'être le germe d'une nouvelle souche juive, pour peu qu'on les laisse en liberté (voir l'expérience de l'histoire)[71],[72],[73] »

Pour Heydrich, il ne s'agit plus seulement d'appliquer la solution finale, l’Endlösung aux seuls Juifs du Reich, mais bien de l'étendre à tous les Juifs d'Europe, dont il estime le nombre à 11 millions de personnes[73].

La conférence dure à peine deux heures et les propos de Heydrich ne soulèvent aucune objection : bien au contraire, plusieurs participants apportent leur contribution, notamment quant au sort à réserver aux demi-Juifs, ou pour demander d'accorder la priorité à l'évacuation des Juifs du « Gouvernement général »[74].

À l'issue de la conférence, Heydrich est manifestement satisfait. Selon le témoignage d'Eichmann lors de son procès, c'est la première fois qu'il voit Heydrich aussi détendu, causant avec Müller, en fumant une cigarette et en buvant un verre de cognac, ce qui ne lui arrive jamais[75].

C'est à la suite de cette conférence qu'est ensuite lancée l’opération Reinhart, soit l’élimination systématique de tous les Juifs de Pologne et de la Russie d’Europe[76].

Lors d'un discours devant des responsables de la SS et du SD à Paris, en mai 1942, Heydrich déclare sans détours que « la condamnation à mort a été prononcée pour l'ensemble des Juifs d'Europe »[77]. Selon l'historien Eberhard Jäckel, « l'architecte suprême du génocide ne fut pas Himmler, mais Heydrich. Il poussa Hitler lui-même »[70].

Heydrich est également actif dans la persécution des Tsiganes par les nazis. Le 1er mars 1938, il promulgue les arrêtés d'application du décret du 8 décembre 1937 organisant la ségrégation raciale à l'égard des Tsiganes et notamment l'interdiction des unions mixtes. En octobre et novembre 1939, il collabore à la préparation de leur expulsion du territoire du Reich, qu'il organise en avril 1940[78]

Un aviateur en quête de gloire[modifier | modifier le code]

Reinhard Heydrich pilotait un Messerschmitt Bf 109.

Les activités à la tête du SD, ses promotions au sein de la SS ne suffisent pas à assouvir le besoin de gloire de Heydrich : il veut aussi être un héros de guerre[79],[80].

Dès 1939, il reçoit une formation de pilote de chasse et il participe à des engagements au-dessus de la Pologne, de la Norvège et des Pays-Bas. Sans aucune victoire à son actif, il capote au décollage en mai 1940 et endommage son appareil en le rentrant dans un hangar en 1941 : ces maladresses sont transformées en exploits par la propagande[81].

Malgré l'interdiction formelle de Himmler, il vole à nouveau lors de l'invasion de l'Union soviétique. Le 22 juin 1941, il est abattu par la défense anti-aérienne et il se pose en catastrophe derrière les lignes ennemies[82]. La panique est totale : le patron du RSHA, l'adjoint le plus proche d'Himmler risque de tomber aux mains des Soviétiques. Mais il échappe à une capture et est rapidement recueilli par des membres de l'Einsatzgruppe D.

Cette piètre carrière d'aviateur lui vaut cependant d'être décoré de la Croix de fer de première classe. Après cet incident, Himmler, puis Hitler lui-même, lui interdiront de participer à des actions de guerre.

Protecteur de Bohême-Moravie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Protectorat de Bohême-Moravie.

Depuis 1931, la carrière de Heydrich est rectiligne et se place dans le sillage de celle de Himmler : à la tête du SD puis du RSHA, Heydrich épure le parti, pourchasse les opposants, organise les Einsatzgruppen et met en place les mécanismes de la destruction des Juifs d'Europe. En 1941, elle prend un nouveau cours.

Le château de Prague sur le Hradcany (colline du château).

Le 24 septembre 1941, Hitler nomme Heydrich suppléant (stellvertreter) du gouverneur du Protectorat de Bohême-Moravie, Konstantin von Neurath, jugé peu efficace et officiellement en congé de maladie. Si von Neurath reste officiellement en place, il n’a plus son mot à dire et la situation est claire pour tout le monde : Heydrich est seul maître à bord à Prague.

Traduisant une notable extension de ses pouvoirs, cette nomination permet en outre à Heydrich d’avoir des rapports directs avec les plus hauts dirigeants du Troisième Reich, sans devoir passer par l’intermédiaire d’Himmler. De plus, il est persuadé qu’elle lui conférera un profil d’homme d’État.

Il tire ainsi parti de ses succès et fait oublier ses échecs comme l'accusation d'homosexualité portée contre le général Werner von Fritsch, accusation montée de toutes pièces et qui débouche sur l'acquittement de von Fritsch par le tribunal de guerre du Reich, le 17 mars 1938[83].

Dès son arrivée à Prague, Heydrich fait arrêter et condamner à mort le premier ministre Alois Eliáš[N 5], qui avait eu des contacts avec le gouvernement tchécoslovaque en exil à Londres. Il met au pas le président du gouvernement fantoche, Hácha, afin de dissiper toute idée d’indépendance vis-à-vis du Reich, aussi minime soit-elle.

La population tchécoslovaque ne faisant pas preuve d’assez de docilité, Heydrich utilise rapidement son arme de prédilection : la terreur.

Entre la date de son arrivée le 27 septembre et le 29 novembre, quatre cents Tchécoslovaques sont exécutés. La Gestapo s’installe au palais Pecek et fait disparaître plus de quatre mille opposants ou résistants. Heydrich entreprend aussi de vider le Protectorat de sa population juive, en la déportant dans le camp de concentration de Theresienstadt, puis dans les camps d’extermination.

Il veut aussi maintenir la production industrielle tchécoslovaque, vitale pour l’effort de guerre allemand et ne plus apparaître uniquement sous l’image d’un bourreau. Il augmente les rations alimentaires, met en place des soupes populaires et lutte contre le marché noir[84].

Ses responsabilités dans le protectorat n'empêchent pas Heydrich de continuer à diriger le RSHA, au prix d'allers-retours incessants entre Prague (Tchécoslovaquie) et Berlin (Allemagne). Il veille notamment à la répression des tendances anglophiles d'une partie de la jeunesse allemande, qui apprécie le swing[85]. Il suit également avec attention le recrutement des prostituées du salon Kitty, bordel de luxe fréquenté par de nombreuses personnalités, dont les chambres sont truffées de micros, sans aucun résultat probant.

Au bout de quelques mois de règne absolu sur le Protectorat de Bohême-Moravie, Heydrich se sait craint. Il se croit aussi respecté, voire apprécié par la « partie saine » de la population.

La mort de Heydrich[modifier | modifier le code]

Au matin du 27 mai 1942, Heydrich est au faîte de sa puissance : promu Obergruppenführer, Protecteur, dans les faits, de Bohême-Moravie, directeur du RSHA, décoré à de nombreuses reprises, reconnu par les plus hautes personnalités du Reich, dont Hitler lui-même, il envisage de transposer en France les méthodes qu’il a appliquées à Prague.

Pour lui l’avenir est porteur de promesses et, à seulement trente-huit ans, il veut poursuivre son ascension.

L'attentat : 27 mai 1942[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Anthropoid.
La Mercedes d'Heydrich après l'attentat.
L'une des Mercedes d'Heydrich, similaire à celle qu'il occupait lors de l'attentat.

Comme à son habitude, Heydrich est seul avec son chauffeur, sans escorte ni protection particulière, à l’arrière d’un cabriolet décapoté. Un peu avant dix heures trente du matin, sa voiture ralentit dans un virage sur la route qui le mène au quartier général établi dans le château de Hradcany.

Trois résistants tchèques, dont deux ont été parachutés de Londres[N 6], y sont tapis en embuscade.

Le chef du commando, Josef Valčik, signale l’arrivée de la Mercedes de Heydrich à l’aide d’un miroir. Lorsque la voiture passe à moins de trois mètres de Jozef Gabčík, celui-ci braque sa Sten[N 7] en direction de Heydrich, mais l’arme s’enraye et aucun coup ne part. Alors qu’Heydrich se redresse et dégaine son pistolet, le troisième membre du commando, Jan Kubiš, lance une grenade qui explose à l’arrière du véhicule. Les éclats transpercent le siège arrière et blessent Heydrich au dos[86].

Il n'est transporté à l’hôpital Bulovka, dans une fourgonnette de livraison, qu'au bout d'une heure. La blessure de Heydrich n’est en elle-même pas mortelle. Mais en traversant le siège arrière, les éclats de grenade ont également fait pénétrer dans la plaie des particules du rembourrage constitué de crins de cheval. La septicémie est foudroyante et rapidement généralisée[86],[N 8].

Le 4 juin 1942, à 9 heures 24, Heydrich meurt à l'âge de trente-huit ans.

Les représailles[modifier | modifier le code]

La cathédrale des Saints-Cyrille-et-Méthode à Prague.
Affiche de propagande anglaise commémorant la destruction du village de Lidice en Bohême, près de Prague.

Le 9 juin, les hommes de la police de sécurité encerclent le village de Lidice, soupçonné d’avoir abrité les parachutistes. Les 184 hommes du village sont exécutés par la SS ; les femmes sont déportées à Ravensbrück, d'où une bonne partie d'entre elles reviendront ; par contre, sur les 105 enfants déportés à Lodz, seuls 17 ont survécu, les autres sont gazés à Chelmno[N 9]. Une partie des enfants du village, aux traits considérés comme aryens par les nazis, sont confiés à des familles allemandes, au travers du Lebensborn[87]. Après le massacre et les déportations, Lidice est incendié et rasé.

Dénoncés par Karel Čurda[N 10], le quatrième membre du commando, Valcik, Gabcik et Kubis, qui se sont réfugiés avec quatre autres parachutistes dans la cathédrale orthodoxe des Saints-Cyrille-et-Méthode, sont assiégés le 18 juin par 800 hommes de la SS et de la Gestapo. Après une véritable bataille de siège durant laquelle ils opposent une résistance farouche, les sept résistants périssent dans les combats ou se donnent la mort. Pour leur identification, la Gestapo coupe la tête des cadavres et les expose sur une étagère devant laquelle elle fait défiler parents et amis[88].

La répression se poursuit tout au long de l’été 1942, faisant plus d’un millier de victimes. À Lezaky, les hommes et les femmes du village, soit trente-trois personnes, sont tous fusillés après la découverte d’un émetteur clandestin. Les complices et sympathisants des membres du commando sont condamnés à mort. L’évêque orthodoxe de Prague, Monseigneur Gorazd, le chapelain de l’église dans laquelle les parachutistes avaient trouvé refuge, Vladimir Petrek, et deux autres religieux sont exécutés à l’issue du procès le 1er septembre. 236 autres condamnés sont déportés à Mauthausen et liquidés le 24 octobre.

Les funérailles et la succession[modifier | modifier le code]

Rapatrié à Berlin, le corps de Heydrich a droit à des funérailles nationales, au cimetière des Invalides, orchestrées avec toute la pompe nazie. Heinrich Himmler salue tout d'abord « le caractère d'une rare pureté du défunt [qui] du plus profond de son âme et de son sang, a compris, réalisé et matérialisé la conception du monde d'Adolf Hitler »[89].

Après le SS-Reichsführer, c'est le Führer lui-même, Adolf Hitler, qui rend hommage au défunt : « Je n'ai que peu de mots à dédier à ce mort. Il était l'un des meilleurs nationaux-socialistes, l'un des plus vaillants défenseurs de l'idée du Reich allemand, et l'un des adversaires les plus résolus de tous les ennemis du Reich »[89] (Adolf Hitler, 9 juin 1942).

En privé, Hitler se déchaîne contre l'imprudence de Heydrich : « Des gestes héroïques comme se déplacer dans une voiture ouverte [...] sont des folies dont la nation n'avait pas besoin. Les hommes de la stature politique de Heydrich devraient avoir conscience qu'on les guette comme du gibier et que d'innombrables personnes n'ont qu'une idée en tête : comment les tuer ? »[89].

Après un intérim assuré par Himmler, Ernst Kaltenbrunner reprend les rênes du RSHA le 30 janvier 1943, sans jamais atteindre le niveau de pouvoir et d'influence de son prédécesseur[N 11].

De mai 1942 à avril 1945, Lina Heydrich vit dans le château et le domaine de Jungfer-Breschnan, près de Prague, qu'elle fait notamment entretenir par des détenus extraits du camp de concentration de Theresienstadt. C'est dans le parc du château qu'elle fait inhumer, en présence de Heinrich Himmler, son fils Klaus, mort lors d'un accident de la route le 24 octobre 1943.

Lors de la fuite devant les troupes soviétiques, elle réquisitionne les services du conducteur de car impliqué dans l'accident mortel de son fils, dont la Gestapo avait pourtant déclaré qu'il n'avait aucune responsabilité dans le décès de Klaus : il disparaît lors du voyage.

Poursuivie et condamnée lors du processus de dénazification en Allemagne, Lina Heydrich multiplie les procédures pour se voir finalement disculpée ; elle intente ensuite procès sur procès et finit par obtenir une pension sur la base d'un jugement déclarant que Reinhard Heydrich avait été la victime d'un acte de guerre. Après avoir défendu la mémoire de son mari dans la presse et à travers ses mémoires, allant jusqu’à affirmer à maintes reprises qu'il n'avait eu aucune part de responsabilité dans l'extermination des Juifs, elle meurt sur son île natale le 14 août 1985[90].

L'homme au cœur de fer[modifier | modifier le code]

Grand (1 mètre 85), blond, athlétique, sportif, escrimeur de niveau international (notamment pour le sabre, qu'il préférait au fleuret car plus violent), bon violoniste, marié à une nazie convaincue et père de quatre enfants[N 12], d’un réel courage physique, Heydrich semble, par bien des aspects, correspondre au profil de l'Übermensch. Mais il est aussi un mari volage, un coureur de jupons invétéré, un amateur de soirées éthyliques dans lesquelles il entraîne ses collaborateurs[91], un officier de marine à la voix grêle et à la carrière écourtée, un pilote de chasse sans victoire à son actif.

Un des traits les plus saillants de la personnalité de Heydrich est sa totale incapacité de manifester, voire d’éprouver, le moindre sentiment[92], si ce n'est du mépris, notamment à l'égard de ses adjoints, ou au travers de ses fréquentes et terribles crises de colère[93]. Pour tous ceux qui l’ont approché, qu’il s’agisse de ses complices ou de ses victimes, c’est un homme froid et dur, l’un des plus craints du régime nazi.

Pour Albert Speer, « Heydrich était un homme froid qui se contrôlait toujours et formulait ses idées avec une rigueur d'intellectuel »[94] ; pour Walter Schellenberg, « il pouvait être incorrect jusqu’à la cruauté. [...] Cela ne l'empêchait pas, étant donné que son supérieur, le Reichsführer SS Himmler, accordait beaucoup d'importance à l'image de la vie de famille, de jouer les tendres époux et les bons pères de famille [...] »[95]; en parlant de Heydrich, Ernst Kaltenbrunner déclare lors de son emprisonnement pendant le procès de Nuremberg : « C'était un homme terriblement ambitieux et assoiffé de pouvoir. Ce désir de pouvoir était sans mesure, et il était extraordinairement intelligent et astucieux »[96] ; selon l'historien Joachim Fest, « c'était un homme comme un coup de fouet, dans sa froideur de sentiments luciférienne, son amoralité tranquille et son inextinguible soif de pouvoir »[97].

Pour l’historien Robert Gerwarth (en)[98], l'historiographie et la littérature populaire ont connu deux images successives de Heydrich. La première est celle du nazi pervers et diabolique. Elle a son origine dans des témoignages d'anciens nazis, souvent des subalternes de Heydrich soucieux de ménager leur propre défense : Werner Best, Karl Wolff et Walter Schellenberg. Elle est propagée par des ouvrages populaires comme celui de Charles Wighton[99]. Il s'y mêle l'allégation de la parenté juive de Heydrich, répétée après la guerre par d'anciens SS comme Wilhelm Höttl ou par l'ancien masseur de Himmler, Felix Kersten. Celle-ci a été reprise par quelques historiens, principalement Joachim Fest. La seconde image de Heydrich montre au contraire un technocrate froid et bureaucratique, plus carriériste qu'idéologue, à la suite de la thèse avancée par Hannah Arendt à l'occasion du procès Eichmann. Cette approche est reprise en particulier par Günther Deschner (de)[100].

Travailleur, bon organisateur, sachant s’entourer d’adjoints efficaces malgré leurs profils divers, il fait preuve d’une grande détermination et de beaucoup d'ambition. Exigeant pour ses collaborateurs, inaccessible au doute ou à la critique, il témoigne d’une obéissance totale à l’égard de son supérieur immédiat, Heinrich Himmler[101].

Au cinéma ou à la télévision[modifier | modifier le code]

Deux films américains furent rapidement réalisés sur l'exécution de Heydrich, et sortirent tous deux en 1943. Les bourreaux meurent aussi, de Fritz Lang, est surtout centré sur les représailles consécutives à l'attentat. Heydrich apparaît brièvement au début, interprété par Hans Heinrich von Twardowski. Hitler's Madman, de Douglas Sirk, est davantage centré sur le personnage de Heydrich, interprété par John Carradine. Un troisième film, Operation Daybreak (Sept hommes à l'aube en France), sortira en 1975. Réalisé par Lewis Gilbert, on y voit un Heydrich interprété par Anton Diffring.
L'Attentat (Atentát) de Jiri Sequens, film tchécoslovaque de 1964, relate la rivalité entre Canaris et Heydrich, la préparation des agents tchèques en Angleterre, la prise de contact avec les résistants, l'attentat, la répression et enfin la mort des agents dans l'Église Saints-Cyrille-et-Méthode à Prague.

Dans le téléfilm américano-britannique de Frank Pierson sorti en 2001, Conspiration, qui relate la conférence de Wannsee, le rôle d'Heydrich est tenu par le célèbre acteur-réalisateur shakespearien Kenneth Branagh.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Édouard Hussson, Heydrich n'aurait pas fait partie des services de renseignements, mais simplement servi comme officier de Transmission, H., p. 31
  2. D'après Knopp, il s'agirait de la fille d'un influent inspecteur principal des constructions de la Marine (Guido Knopp, Les SS, un avertissement de l'histoire, Paris, Presses de la Cité, 2006, p. 152). Pour Höhne, il s'agit de la fille d'un des directeurs d'IG Farben, qui de surcroît était enceinte (Heinz Höhne, L'ordre noir, Tournai, Casterman, 1972, p. 105)
  3. L'importance de ce patronyme dans la symbolique antisémite nazie est notamment illustrée par le titre du film de propagande Le Juif Süss.
  4. Nebe se rapproche par la suite des conjurés du 20 juillet 1944 et est exécuté après l'attentat manqué contre Hitler
  5. Malgré ses demandes pressantes et répétées, il ne parvient pas à obtenir son exécution. Eliáš fut toutefois la première victime de la vague de répression qui suivit l'exécution de Heydrich, cf. M. Dederichs, op. cit., p. 172
  6. Craignant, à juste titre, de terribles représailles, la résistance tchèque ne souhaitait pas attenter à la vie de Heydrich.
  7. Pistolet mitrailleur britannique.
  8. Le décès de Heydrich serait une des « justifications » des expériences menées par le médecin SS Gebhardt sur des détenus des camps de concentration afin de lutter contre la gangrène gazeuse, Hitler ne lui ayant jamais pardonné d'avoir échoué dans le sauvetage de Heydrich, cf. Olga Wormser-Migot, L'ère des camps, Paris, Union générale d'éditions, coll. 10/18, no 774, 1973, p. 225
  9. Les chiffres varient selon les auteurs. Dans son ouvrage, Himmler (II) septembre 1939-mai 1945. Éditions Héloïse d'Ormesson, 2010 pour la traduction française et Perrin, 2013. (ISBN 978-2-262-04196-0), p. 296), Peter Longerich écrit :

    « Dans le cadre de l'action de représailles pour l'attentat contre Heydrich, on rassembla d'abord les 88 enfants dont les pères avaient été fusillés et les mères déportées dans un camp de concentration dépendant de l'Office central de l'émigration de Lodz. 7 y furent alors sélectionnés comme étant « germanisables », les 81 autres étant envoyés dans le camp d'extermination de Chelmno où ils furent assassinés. »

  10. Kurda reste un indicateur des Allemands ; après guerre, il est arrêté, jugé, condamné à mort et exécuté, en 1947
  11. Lors du procès de Nuremberg, il fut particulièrement terne et sa principale défense consista en l'affirmation que les principales décisions avaient été prises par Heydrich, cf. Annette Wieviorka, Le procès de Nuremberg, ed. Liana Levi, Paris, 2006, p. 247-248
  12. Klaus (né le 17 juin 1933 et mort dans un accident de la route le 24 octobre 1943), Heider (né le 28 décembre 1934), Silke (née le 9 avril 1939) et Marthe (née le 23 juillet 1942, soit après la mort de son père)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Depuis la scission de la Tchécoslovaquie, Prague est la capitale de la République tchèque
  2. Peter Padfield, Himmler, Reichsführer SS, Papermac, London, 1990, p. 106
  3. a, b et c M. R. Dederichs, Heydrich, p. 26-28
  4. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 31
  5. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 150
  6. a, b et c M. R. Dederichs, Heydrich, p. 35-37
  7. P. Padfield, op. cit., p. 107
  8. Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, Fayard, Paris, 1962, p. 124-125
  9. (de) Ulrich Popplow, « Reinhard Heydrich oder Die Aufnordung durch den Sport », Olympisches Feuer,‎ août 1963, p. 14-20
  10. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 149
  11. (en) Robert Gerwarth, Hitler's Hangman: The Life of Heydrich, Yale University Press,‎ 2011, 336 p. (ISBN 9780300115758), p. 232
  12. a et b J. Delarue, op. cit., p. 125
  13. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 41
  14. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 39
  15. M. R. Dederichs, Heydrich, p. 49-50
  16. P. Padfield, op. cit., p. 110
  17. M. Dederichs, op. cit., p. 62-64
  18. a et b G. Knopp, op. cit., p. 157
  19. Shlomo Aronson, Reinhard Heydrich und die Frügeschichte von Gestapo und SD, DVA, Stuttgart, 1971, p. 310
  20. Max Williams, Ulric of England, Reinhard Heydrich. The biography, vol. 1: Road to War, Ulric Publishing, Church Stretton, 2001, p. 41
  21. Édouard Husson Heydrich et la solution finale Perrin 2012 p. 148-149
  22. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], p. 173-174.
  23. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], p. 175.
  24. Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, Grasset, Collection Le Livre de Poche Référence, 1965 [rééd. 2011], p. 176-178.
  25. H. Höhne, op. cit., p. 106
  26. M. Dederichs, op. cit., p. 51
  27. a et b P. Padfield, op. cit., p. 111-112
  28. a, b et c M. Dederichs, op. cit., p. 59-60
  29. M. Dederichs, op. cit., p. 47
  30. Il est mort dans un accident de la circulation, renversé par une camionnette conduite par un Tchèque. Il est alors inhumé dans les jardins du château de Jungfern-Breschnan (en). Le chauffard, selon Laurent Binet (voir son roman HHhH, page 440) sera déporté. Le fils cadet de Heydrich, Heider Heydrich (âgé de 76 ans), confirme l'information selon laquelle son frère aîné y repose toujours (voir : www.radio.cz Rubrique « Panorama ») Cette question divisait encore les historiens Tchèques, d'aucuns pensaient que le corps du fils Heydrich avait été rapatrié après la guerre.
  31. J. Delarue, op. cit., p. 126
  32. P. Padfield, op. cit., p. 118
  33. P. Padfield, op. cit., p. 122-123
  34. M. Dederichs, op. cit., p. 68
  35. a et b G. Knopp, op. cit., p. 69
  36. (en) Robert Gerwarth, Hitler's Hangman: The Life of Heydrich, Yale University Press,‎ 2011, 336 p. (ISBN 9780300115758), p. 69-70
  37. a et b G. Knopp, op. cit., p. 79
  38. a et b M. Dederichs, op. cit., p.80-81
  39. P. Padfield, op. cit., p. 154
  40. M. Dederichs, op. cit., p. 80-81
  41. J. Delarue, op. cit., p. 169
  42. M. Dederichs, op. cit., p. 71
  43. P. Padfield, op. cit., p. 200
  44. P. Padfield, op. cit., p. 219-221
  45. M. Dederichs, op. cit., p. 95
  46. M. Dederichs, op. cit., p. 96-97
  47. G. Knopp, op. cit., p. 172
  48. Cité par M. Dederichs, op. cit., p. 97
  49. M. Dederichs, op. cit., p. 97
  50. H. Höhne, op. cit., p. 172
  51. P. Padfield, op. cit., p. 242
  52. Kurt Pätzold, « La Nuit de cristal, Les responsables, les victimes et la majorité silencieuse », p. 201, in François Bédarida (dir.), La politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989, p. 199-208.
  53. M. Dederichs, op. cit., p. 98
  54. a, b et c M. Dederichs, op. cit., p. 99-100
  55. J. Delarue, op. cit., p. 250-252
  56. G. Knopp, op. cit., p. 100
  57. Jochen Bölher, L'adversaire imaginaire : « guerre des francs-tireurs » de l'armée allemande en Belgique en 1914 et de la Wehrmacht en Pologne en 1939. Considérations comparatives, in Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Paris, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, 2006, p. 17-40
  58. Omer Bartov, L'armée de Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Paris, Hachette, 1999
  59. G. Knopp, op. cit., p. 175
  60. a, b et c M. Dederichs, op. cit., p. 101
  61. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2006, 3 vol, vol. I, p. 340-341
  62. M. Dederichs, op. cit., p. 102-103
  63. Voir sur ce point Ralf Ogorreck, Les Einsatzgruppen. Les groupes d'intervention et la « genèse de la solution finale »,Paris, Calman-Lévy, 2007
  64. G. Knopp, op. cit., p. 179
  65. G. Knopp, op. cit., p. 181
  66. H. Höhne, op. cit., p. 244-248
  67. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris, Gallimard, coll. Folio Histoire, 1991, p. 142
  68. P. Padfield, op. cit., p. 300-305
  69. G. Knopp, op. cit., p. 191
  70. a et b M. Dederichs, op. cit., p. 133
  71. a et b Intégralité du procès-verbal officiel de la conférence de Wannsee
  72. voir également Christopher R. Browning, La décision concernant la solution finale, dans Collectif, L'Allemagne nazie et le génocide juif, Colloque de l'École des hautes études en sciences sociales, Paris, Gallimard-Le Seuil, 1985, p. 207
  73. a et b Arno J. Mayer, La « solution finale » dans l’histoire, Paris, La découverte, 1990, p. 345
  74. A. Mayer, op. cit., p. 343-347
  75. M. Dederichs, op. cit., p. 155
  76. Sur l'ensemble de ce sujet, voir R. Hilberg, op. cit.
  77. M. Dederichs, op. cit., p. 156
  78. Guenter Lewy, La persécution des tsiganes par les nazis, Paris, Les belles lettres, 2003, p. 100, 119 et 126
  79. sur cet épisode, voir M. Dederichs, op. cit., p. 130-132
  80. G. Knopp, op. cit., p. 177-178
  81. M. Dederichs, op. cit., p. 131
  82. M. Dederichs, op. cit., p. 132
  83. M. Dederichs, op. cit., p. 92
  84. M. Dederichs, op. cit., p. 141
  85. M. Dederichs, op. cit., p. 145-146
  86. a et b M. Dederichs,op. cit., p. 162-164
  87. Sur les sort des enfants de Lidice, voir l'article (en) sur le site du Yad Vashem
  88. M. Dederich, op. cit., p. 176
  89. a, b et c M. Dederichs, op. cit., p. 170
  90. M. Dederichs, op. cit., p. 183-200
  91. M. Dederichs, op. cit., p. 87-88
  92. M. Dederichs, op. cit., p. 88-89
  93. J. Delarue, op. cit., p. 128-129
  94. Albert Speer, L'empire SS, Paris, Robert Laffont, 1982, p. 267
  95. G. Knopp, op. cit., p. 155
  96. Leon Goldensohn, Les entretiens de Nuremberg, Gallimard, Paris, 2005, p. 196
  97. Cité par M. Dederichs, op. cit., p. 94
  98. Gerwarth 2011, p. XIV et suivantes
  99. Wighton 1962
  100. Deschner 1980
  101. Cf. le jeu de mots mentionné par M. Dederichs, op. cit., p. 138 : HHHH - Himmlers Hirn Heisst Heydrich (« Le cerveau de Himmler s'appelle Heydrich »).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hannah Arendt (trad. Anne Guérin), Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire »,‎ 1991, 519 p. (ISBN 2-070-32621-7 et 9782070326211, lien OCLC?).
  • Shlomo Aronson, Reinhard Heydrich und die Anfaenge des SD und der Gestapo 1931-1935. Berlin - 1966; traduit en Anglais sous le titre Beginnings of the Gestapo System. Transaction Pub, 1969; réédité sous le titre Reinhard Heydrich und die Frügeschichte von Gestapo und SD, DVA, Stuttgart, 1971.
  • Omer Bartov, L'Armée d'Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre, Hachette, Paris, 1999. (ISBN 2012354491)
  • François Bédarida (dir.), La Politique nazie d'extermination, Albin Michel, Paris, 1989. (ISBN 2226038752)
  • (en) André Brissaud, The Nazi Secret Service, The Broadley Head, UK - 1974
  • Christopher R. Browning, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, Les belles lettres, Paris, 1994. (ISBN 2251380256)
  • Alan Burgess, Sept hommes à l'aube, J'ai Lu, Paris, 1970.
  • Collectif, L'Allemagne nazie et le génocide juif, Colloque de l'École des hautes études en sciences sociales, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1985. (ISBN 2020089858)
  • Mario R. Dederichs, Heydrich, Paris, Tallandier,‎ 2007 (ISBN 9782847344110)
  • Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, Fayard, Paris, 1962.
  • (de) Günther Deschner, Heydrich: Statthalter der totalen Macht,‎ 1980, 347 p. (ISBN 9783453010888)
  • Gaël Eismann et Stefan Maertens (dir.), Occupation et répression militaires allemandes, 1939-1945, Autrement, coll. Mémoires/Histoire, Paris, 2006. (ISBN 9782746709030[à vérifier : isbn invalide])
  • (en) Robert Gerwarth, Hitler's Hangman: The Life of Heydrich, Yale University Press,‎ 2011, 336 p. (ISBN 9780300115758)
  • Leon Goldensohn, Les Entretiens de Nuremberg, Gallimard, Paris, 2005. (ISBN 2082104419)
  • Daniel Jonah Goldhagen, Les Bourreaux volontaires de Hitler. Les Allemands ordinaires et l'Holocauste, Seuil, Paris, 1997. (ISBN 2020289822)
  • Lina Heydrich, Leben mit einem Kriegsverbrecher, W. Verlag, Pfaffenhoven, 1976.
  • Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, Gallimard, coll. Folio Histoire, Paris, 2006, 3 vol. (ISBN 2070309835)
  • Heinz Höhne, L'Ordre noir, Histoire de la SS, Casterman, Tournai, 1972.
  • Édouard Husson, Heydrich et la solution finale, Paris, Perrin, 2008
  • Guido Knopp, Les SS, un avertissement de l'histoire, Paris, Presses de la Cité, 2006. (ISBN 9782258064171)
  • Arno J. Mayer, La « solution finale » dans l'histoire, La Découverte, Paris, 1990. (ISBN 2707136808)
  • Ralf Ogorreck, Les Einsatzgruppen. Les groupes d'intervention et la « genèse de la solution finale », Calmann-Lévy, Paris, 2007. (ISBN 9782702137994)
  • (en) Peter Padfield, Himmler, Reichsführer SS, Papermac, London, 1990. (ISBN 0333646851)
  • Albert Speer, L'empire SS, Robert Laffont, Paris, 1982. (ISBN 2221009002)
  • Annette Wieviorka, Le procès de Nuremberg, ed. Liana Levi, Paris, 2006. (ISBN 286746420x)
  • (en) Charles Wighton, Heydrich, Hitler's Most Evil Henchman, Chilton Company,‎ 1962, 288 p.
  • (en) Max Williams et Ulric of England, Reinhard Heydrich. The biography, vol. 1: Road to War, Ulric Publishing, Church Stretton, 2001.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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